Oxalide de Deppe (Potager d'un curieux, 1899)

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Oxalide crénelée
Potager d'un curieux, Introduction
Papilla


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Nom accepté : Oxalis tetraphylla

OXALIDE DE DEPPE
Oxalis tetraphylla Cav., var. Deppei ; O. Deppei Sweet.
Fam. des Oxalidées.


Plante vivace. Racine tubéreuse, napiforme, surmontée de petits bourgeons bulbiformes ; pétioles de 12 à 15 centimètres, pubescents dans la jeunesse, glabres ensuite, portant quatre folioles cunéiformes, obcordées,

Fig. 61. — Oxalide de Deppe.

sessiles, ciliées, glabres et zonées de pourpre en dessus, pubescentes en dessous; de mai à septembre, ombelles, de huit à dix fleurs rouge-cerise, tandis qu'elles sont d'un rose violacé dans le type de l'espèce, plus hautes que les feuilles ; pétales arrondis au sommet.

L'Oxalide de Deppe est originaire du Mexique. Elle a été apportée en Angleterre, en 1827, par M. Barclay, et, six ans plus tard, vers la fin de 1833, M. Jacquin aîné l'introduisit en France et la vit fleurir, pour la première fois, en 1834.


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Sa culture ne présente pas de difficulté. Elle demande, dit le Bon Jardinier, une terre riche et bien ameublie ; sa multiplication est facile, la plante produisant en grand nombre, vers le collet des racines, des bulbilles qui, plantées en avril, en terre légère, deviennent autant d'individus nouveaux.

Nous avons cultivé l'Oxalide de Deppe, dans la supposition qu'elle pouvait être considérée comme une plante potagère de quelque utilité ; mais, à ce point de vue, elle nous paraît être sans valeur. Les racines sont à peine mangeables. Nous avons apprêté les feuilles en guise d'Oseille, et, si cette distinction est possible, nous les avons trouvées plutôt sûres qu'acides, en somme peu agréables ; mais on verra, par les extraits qu'on va lire d'une lettre de M. Morren, directeur du jardin de l'Université de Liège, en date du 10 janvier 1845, à quel point on peut différer d'opinion avec nous.

« Voici huit ans, dit M. Morren, que, sous plus d'une forme, l'Oxalide de Deppe figure avec honneur sur nos tables. Voici à quels emplois multipliés nous la faisons servir : nous mangeons les feuilles en Oseille, les fleurs en salade, et les racines en Asperges.

« Les feuilles jeunes et prises au centre des touffes forment une Oseille excellente, d'un goût pur et sans craquement de sels calcaires (oxalate de chaux) ; leur emploi en potage, en sauce, ne peut mériter le blâme du palais le plus gourmet. Les fleurs coupées, même avec le bout de leur hampe, constituent, mêlées à la Laitue, un succédané du vinaigre, dont l'acidité, plus exquise et plus franche, est même préférée par une dégustation délicate ; ceci est pour l'usage de la plante pendant l'été.

« Vers la mi-octobre, ou même en novembre, on ôte


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la plante de la terre et l'on trouve à son collet une soixantaine de bulbilles qui, mises en réserve, servent à propager l'Oxalide ; au-dessous de ces bulbilles, on découvre deux à quatre grosses racines, longues de 10 à 20 centimètres et variant de 2 à 5 de diamètre. Ces racines, fusiformes comme de jeunes Carottes, offrent une certaine transparence qui fait penser au Salep des Turcs. Je ne puis partager l'avis que ces racines ont de l'analogie avec les Topinambours et les Scorsonères ; mais, dans ces matières, il est bien difficile de s'entendre : de gustibus non est disputandum. L'Oxalide offre de l'analogie avec l'Asperge et la jeune Carotte blanche, mais le goût en est plus délicat et, pardonnez-moi l'idée, ce goût est tant soit peu oriental. Nous faisons cuire ces racines à l'eau et au sel, et nous les mangeons à la hollandaise, c'est-à-dire avec une sauce au beurre frais fondu et aux jaunes d'œufs. Des amis m'ont assuré que ces racines avaient exercé sur leur organisme un effet analogue à celui qu'on éprouve lorsque, à la suite de quelque régime débilitant, on fait usage du Salep. Je puis assurer, au reste, que je me suis toujours bien trouvé de l'usage à tous mes repas de cette excellente plante. »

Devant ces affirmations, émises avec tant d'assurance et de conviction, on demeure déconcerté et l'on ne peut que répéter le de gustibus que l'auteur de la lettre oppose d'avance à ses contradicteurs. Les amateurs apprécieront. Nous n'hésitons pas à conseiller la culture en bordure de l'Oxalide de Deppe. La plante sera tout à fait à sa place dans les jardins des curieux.


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Publications à consulter :
  • O. Deppei. Lodd. Bot. cab., n° 1500 ; Hénon, Ann. des sc. phys. et natur. de la Soc. d'Agr. de Lyon, 1838-1839, vol. I, p. 82.
  • Lettre de M. Morren, directeur du jardin de l'Université de Liège, Revue horticole, 1845) vol. VI, p. 277.
  • Note sur l'O. Deppei, par M. Rachoux. Journ. de la Soc. centrale d'Hort. de France, vol. XXIII, p. 141.
  • Note de M. le Dr Mérat. Ibid., 1839, vol. XXIV, p. 90.