Orge (Maison rustique 1, 1842)

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Seigle
Maison rustique du XIXe siècle (1836-42)
Avoine


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Section III. — De l'Orge.


L'Orge {Hordeum, Linn.); en anglais, Bar' ley;ei\ allemand. Gerste; en italien, Orzo, et en espagnol, Ceé«r/o, a des usages aussi nombreux qu'importans. Safarine, quoique plus courte que celle du froment et même du seigle,

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Fig. 652.

est cependant susceptible de donner un pain rude et de qualité inférieure, mais nouiris saut et sain, et qui s'améliore beaucoup parle mélange du seigle oudu froment.— On mange aussi I orge à l'état de gruau ou ù^orge mondé. Dans ce dernier élat, sous une forme analogue à celle du riz, et associée à de la viande, elle est fréquemment utilisée dans les fer es allemandes pour la nourriture de la famille. — Le grain d'orbe est diversement emplo^-é dans l'art de la distillerie. — En médecine, «)n le considère comme rafraîchissant; — enfin, personne n'ignore l'usage considérable qu'on en fait, dans une grande parlie de l'Europe, pour la Jabrication de la bière.

Nous verrons ailleurs avec détail que cette niéuie graujinée donne un excellent fourrage vert. — Sapaille, quoiqu'il y ait beaucoup de diversité dans l'opinion des écrivains et des cultivateurs, sur la valeur nutritive qu'on doit lui attribuer, diversité qui peut être due autant au choix des variétés qu'à la nature du terrain ; sa paille, disons-nous, si on s'en rapporte aux analyses chimiques, est cependant supérieure à celles du iVomeul et du seigle, comme Jourrage sec. — L'orge en grain est tort souvent substituée, dans le Midi surtout, à l'avoine, pour la nourriture des chevawj. —- Trempée, et encore mieux moulue ou simplement écrasée entre deux cylindres, et déjà en élat de i&vxa^uXdXion, elle augmente considérablement le lait des vaches, engraisse rapidement les bœujs, les cochons., les volailles, etc.

§!er.— Espèces et variétés (1).

Dans le froment, les épillets, solitaires sur chaque dent de Taxe, sont alternés sur deux côtés opposés. Dans l'orge, ils sont ternes sur chaque dent; les deux latéraux sont souvent mîiles et pédicellés; celui du milieu, sessile et hermaphrodite. Cependant, ce dernier caractère, très-ordinaire dans les espèces sauvages, l'est beaucoup moins pour les espèces cultivées. Il en est dont tontes les fleurs sont mt^me constamment hermaphrodites. — Les glumes sont à deux valves, qui forment une sorte d'involucre à six feuilles; — chaque glume renferme une seule balle à deux valves.

A. Orge carrée (2); — Orge commune de De Candolle {Hordeum vulgare, Lin.).

L'orge carrée a presque toujours toutes ses fleurs hermaphrodites et niuni».>s de barbes longuesetdroites. — Des 6 rangées de fleurs, 4 sont plus proéminentes que les autres, et donnent ainsi à l'épi une forme à peu près quadrangulaire.

1. Escourgeon., scourgeon (en Flandre); — Orge d'hiv er; — O.carréc (f hiver {Hordeum vulgare hybernum) {fig.SS'2). — C'est l'orge hivernale par excellence. Elle est très-eslimée ot

(1) Ce paragraphe est en grande partie extrait d'un Mémoire, encore inédit, sur les orges, par M. VilM »RIN. O. L. T.

(2) Quoique le nom français de rette espèce, correspondant au nom I)otanique latin, soit Orge commune, nous ne l'adoptons pas, parce qu'il tend à faire confusion avec l'orge ptate ou à 2 ranus, qui e>t, pour les França.s, la véritat)le orge commune. Le nom d'orge carrée n'est pas lion, puisque'l'espèce a réeltement 6 rangs rapprochés; mais comme c'est l'un des plus en usage, nous avons mieux aimé le conserver que d'en créer un uouveau. Vilm.

ORr.E.

Ibrl cultivée dans le nord de la France, où on la re^'arde comme la meilleure pour la bière, et la plus productive de ses congénères. Semée avant l'hiver, elle mûrit la première de tous nos autres grains. — Si on la semait au printemps, elle pounait parfois réussir; mais u< e telle pratique serait d'autant moins avantageuse dans les circonstances ordinaires, qu'elle ne monterait pas du tout si le printemps était sec.

2. Orge carrée de printemps ; — petite Orge ; Escourgeon de printemps {H. vulgare œstivum). — Cette variété, très -répandue dans le nord de l'Allemagne, est fort peu cultivée en France. Elle est cependant hâtive, passe pour s'acconmioder mieux qu'aucune autre des terrains médiocres, et peut être semée avec chances de succèsjusqu'à la fin de mai.

3 Orge noire [H. vulgare nigrum). — Celle-ci diffère des autres, autant par sa manière de végéter que par la couleur de son grain. Quoique bien évidemment de printemps, puisque, semée en automne, elle ne réussit pas, du moins sous le cîimat de Paris, si on la met en terre plus tard que la fin de mars, elle ne monte pas toujours. Dans ce cas, elle devient quelquefois bisannuelle : ses touffes se conservent vertes, passent l'hiver beaucoup mieux que si elles n'avaient commencé à se développer qu'en automne, et fructifient abondammeutl'année suivante. Une telle disposition pourrait la rendre doublement avautageuse, comme fourrage la 1" année, et comme récolte à grain la 2'. Quand elle monte bien, son produit est très-considérable.

4. Orge céleste;— Orge carrée nue ; — petite Orge nue (H. vulgare nudum; — H. cœleste, L.). — L'orge célesleest regardée comme une des plus productives, mais sous la condition, plus rigoureuse pour elle que pour toutes les autres, d'un bon terrain. On a pu remarquer avecTHAERquelle talle infiniment plus, quoique sur un même sol, et quoique les plantes soient à une même distance. — La paille est plus longue et de qualité supérieure. — Les

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épis acquièrent des dimensions plus consi.lé- j nibles et contiennent plus de grains. - Mais le caractère qui la distingue le plus enimemnienl, c'est que les balles de la corolle s écartent et laissent la graine entièrement nue après le battage. - D-après des essais multipliés, on doit regarder cette or^^e comme une Ses plus profitables à cultiver. -Llle pe»' «» ^ semée avec succès jusqu au commencement de mai.

B. 5. Onre à six rangs; - Orge hexagone ;Orge^à six quarts; -grosse 0'ge{en GaliDais){HorcIeumhexastichum,Un.)[l^?,-^^^).

Fig. 653.

presque toute la Trance);- Pamel/e,-- Paumoule (dans la Picardie); — Marsecht- (dans le Berrv) ; — BaUlarge ( dans le Poitou ;, —petite 'Orge ( en Câlinais ) ; — grosse Orge plate, elc.ifg. 654. )- Elle est générale

L'orge hexastique diffère particulièrement de l'orge carrée, par ses épis gros, ramasses, un peu pyramides, à six rangs égaux, sépares par des sillons profonds.

Cette espèce est d'hiver; cependant, semée au printemps, elle monte et mûrit parfaitement de sorte qu'on peut la considérer comme des deux saisons. Cette première qualité, fort importante en culture, la distingue déjà nettement de l'escourgeon, dont la plupart de nos auteurs lui ont mal a propos donné le nom. — Elle est d'ailleurs plus tardive que celle-ci de 8 à 10 jours, peut-être un

ment cultivée dans la plupart de nos départemens. — Son grain est souvent plus gros et plus lourd qne celui de l'escourgeon; — on en fait cas pour labière. Cette orge est trè.s-productive dans de bons fonds.

7. Orge nue à deux rangs ;— grosse Orge nue ( Hordeuni distichum nudum,]i.P)—Si l'on jugeait cette variété seulement sur la qualité de son grain, aussi lourd au moins que celui de froment, et qui rend son poids presque entier d'une farine supérieure à celle des autres orges, on devrait la regarder comme bien prélerable, non seulement à l'orj^e ordinaire à 2 rangs mais encore à peu près à toutes les autres; cependant elle n'a pas pri.sjusqu'y présent dans la eulture,ce qui est dû, sans doute, aux défauts qu'on lui a reconnus. Ainsi, elle rend moins en vo ume que les antres espèces; sa paille est cassante, au point que, dans les années orageuses, la récolte en est parfois Ibrt détériorée; eufin, elle est ti'èsdilficiie à batli-e, défaut qui lui est commun avec l'orgecélesle.Elie est, du leste, plus hâtive (lue celleci et que la plupart des autres es.èces.

Fig. 654.

peu moins rustique, mais encore plus productive quand elle s'hiverne bien. — A la vérité son grain est moins lourd et par conséquent moms bon;- sa paille est plus grosse et pl,us ferme.

C. Orge h deux rangs; — Orge distique {Hordeum distichum, Lin.).

Cette espèce a l'épi long, étroit; des 3 fleurs accolées ensemble sur chaque dent de 1 axe, celle du milieu est seule fertile et munie de barbes; - les grains sont disposes sur deux rangs parfaitement distincts.

V,. Orge couverte à deux rangs; — Orge ( dans

D. S. Orge ei'entail;— Orge pyramidale ( De CAuà.)\ — Orge r-LZ ; —Riz d'Allemagne, etc. ( Hordcum zeocriton, Lin. ) (/^.655).

Epi aplati, court, pyramide;

— grains dispo- ^^,.

I ses comme dans le groupe précèdent sur

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deux rangs ; — barbes évasées en forme d'éventail.

L'orge éventail, peu connue en France, est cependant robuste, productive; son grain, quoique comprimé, est plus gros et souvent plus lourd que celui de toutes les autres orges couvertes. — Elle se sème au printemps.

Fig. 556. E. 9. Orge trifurquée

( Hordeum trifurcatum, Seringe) {fig. 656).

Cette variété, trèssingulière, est sans barbes; — elle figure un gros épis de froment, dont les balles seraient terminées jjar de petites languettes à trois pointes; — son grain est nu, court; — sa paille extrêmement grosse. Quoiqu'elle nous ait paru peu productive et plutôt curieuse qu'économique, c<'|>( nuiiitt s.i qualité d Of^e lUK- (l< it enga{^erà ne la coiidamner qu'après des essais suffisamment approfouse sème au priu temps.

389 Très-rarement on fume directement pour l'orge, mais toujours, dans un bon système de culture, on lui destine des terres qui n'ont pas été épuisées par les récoltes précédentes. — Les engrais animaux, trop abondans, la disposeraient à acquérir, avant de monter en épis, une trop grande vigueur de végétation et nuiraient à son produit en grain, à nioins que l'on ne put recourir, pour les variétés hivernales,à l'effanage dontnous avons parlé ailleurs.

§ III.— Epoques et modes de semis.

dis. Elle

§ II — Choix et préparation du terrain.

L'orge n'est pas très difficile sur le choix <lu terrain. Toutefois elle se plait de prélérence sur les sols de consistance moyenne, s;il)lo argileux, moins compactes que ceux dont s'accommode au !)esoin le fronieiil, et moins légers que ceux dans lesquels le seigle peut encore prospérer. — Ajoutons que rorj;e tst une ressource précieuse pour les terrains calcaires nuMue à l'excès.

En Angleterre, où celte plante donne des produits parfois égaux, sous le point de vue péciuiiaire, à ceux du froment, et où on la cultive avec un soin particulier, elle succède rarement à une jachère morte. Généralement, elle vient après une récolte de tui-neps ou de pommes-det<'rre; — quelquefois après des pois ou des fèves; — jamais, chez les bons fermiers, après un autre grain.

Selon l'état du sol, on \^. prépare à recevoir la semence d'orge, soit par un seul labour rf'automneet quelques façons à l'extirpateur, au printemps; — soil par deux labours, l'un qui suit immédiatement la récolte préparatoire, l'autre qui pré ède le semis; — soit enfin par trois labours, si la malpr(»preté du sol l'exige, ce qui n'arrive que Irop souvent lorsque, contrairement au principe, on entrepreud de cultiver cette céréale après une aurre.

Quel que soit le nombre des labours, leur '/o/6ndeuresi presque toujours un élément (le succès.— Il faut aussi que leur résultat soit tui ameublissement aussi parfait que possible, puisque, comme le savent très-bien tous les praticiens, l'orge ne réussit jamais mieux '.lie lorsqu'elle est semée dans la poussière.

En Suède et en Laponie, l'orge est cultivée de préférence à tout autre grain, à cause de la rapidité de sa végétation, qui s'accomplit ordinairement en moins de huit semaines.— Au rapport de Lin.\é, semée le 26 mai, elle peut être récollée le 28 juillet.

Dans les parties méridionales de l'Europe, on la sème presque toujours avant l'hiver. En Espagne et en Sicile, il n'est pas rare d'obtenu- deux récoltes d'orge sur le même champ qu'tm ensemence une première fois en automne, de manière que la maturité arrive en mai, et une seconde fois en mai, pour moissonner en auiomne.

En Angleterre, comme en France, on sème l'escourgeon, et parfois l'orge hexagone, pendant tout le courant de septembre et une partie d'octobre. Quoiqu'elles puissent l'une et l'autre êtreaccidentellementendommagées par les froids et l'humidité excessives, leur culture, celle de l'escourgeon surtout, est assez étendue et fort importante dans plusieurs départemens du nord

C'est de la fin de mars au 15 avril qu'on fait le plus communément les semailles d'orges prinlanières; — cependant, ainsi que nous avons déjà dû l'indiquer en parlant des espèces et variétés de cette saison, la plupart réussissent encore dans le courant de mai, quelqnefoisméme au commencement de juin dans les terrains frais.

Quoique en Angleterre on fasse, à ce qu'il parait, quelquefois les semis d'orge au semoiret en lignes, le semis à ta volée, exclusivement pratiqué chez nous, l'est aussi presque paitout dans ce pays.

La quantité moyenne tforge qu'on peut répandre sur un hectare varie suivant la qualité du sol et le choix des variétés. M. de DomBASLE, que l'on sait être généraienienl porté pour les semis épais, recommande d'employer, pour la grosse orge plate, ainsi que pour l'orge nue à deux ran.;s, 1>50 à 300 lit. de semence par heclare; — pour la petite orge (|uaclrangulaire, 225 à 250;— pour l'orge céleste, 200 suffisent, parce que cette variété, dont le grain est moins gros, couvre d'ailleurs davantage le terrain par son tallemeut. — Dans beaucoup de lieux, \c maximum, pour les deux premières variétés, est de 250, et, pour la petite orge, de 200 litres seulement. Toutes les orges prinlanières aiment à

être recouvertes un peu i>rnfondémcnt.

Quand on les sème à la charrue, on peut les enterrer à 3 ou 4 pouces '0'" 081 à 0" 108). Dans les sols légers, c'est même une condition importante de leur réussite. Aussi,

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quand on ne sème pas suus raie, doit-on chercher à donner à la herse la plus grande enlrure possible.

Il esl à peine besoin de dire que pour cette plante, comme pour toute autre, il est nécessaire de choisir des graines de bonne qualité, nettes et bien nourries. On a aussi recommandé de les chauler, dans la crainte du charbon. Cette précaution, qui ne présente aucun inconvénient, peut être souvent utile.

§ IV. — De la culture d'entretien et de la quantité deâ produits.

"Les façons qu'exige l'orge ultérieurement aux semailles sont peu nombreuses, et souvent totalement négligées ; — on roule sur les terrains qui exigent celle précaution; — on herse quelquefois lorsqu'une forte pluie a durci le terrain à sa surface, pour faciliter la sortie des germes; mais, dès que la |)lante est levée, cette opération, à moins qu'on ne la fasse avec beaucoup de circonspection et à l'aide d'instrumens légers, présente plus d'inconvéniens que d'avantages, parce que l'orge casse avec une extrême facilité.

La plupart des variétés d'orge pèsent moins, à volume égal, que le seigle, et à plus forle raison que le froment, quoique la disproportion ne soit pas toujours la même. La grosse orge nue à deux ranj;s fait seule exception à cette règle. Après elle viennent l'orge céleste et les autres orges nues ; puis, parmi les espèces ou variétés à semences couvertes, l'orge éventail, l'orge proprement dite, Vescourgeou d'hiver et celui de printemps, qui qccupe un des derniers rangs. — Mai.-> si, sous le rapport du poids, comme sous beaucoup d'autres, l'orge le cède au froment, généralement elle l'emporte du moins sous celui de la production. — D'après Schwertz, la moyenne du froment par journal de Magdebourg, étant en Belgique de 11,80 sheflèlsde Berlin, celle de l'orge est de 17,93. — Du temps d' Arthur Young, la différence en Angleterre était de 9, 39 à 12, 60 en terrains ordinaires, et, dans les lieux où la culture du froment avait fait le plus de progrès, de 15 à 18 seulement. Nous ignorons si de pareils calculs ont été faits pour la France.

JNous avons déjà ait que la paille de cette céréale est peu estimée dans bea-.icoup de lieux, tandis que dans d'autres on en fait giand cas. La masse de ses produits varie considérablement de saison à saison et de variété à variété.

Oscar Leclerc-Thouin et Vilmorin.