Ochrosia borbonica (PROTA)

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Ressources végétales de l'Afrique tropicale
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Ochrosia borbonica J.F.Gmel.


Protologue: Syst. nat. 2 : 439 (1791).
Famille: Apocynaceae

Noms vernaculaires

  • Bois jaune, quinquina du pays (Fr).

Origine et répartition géographique

Ochrosia borbonica est endémique des îles Mascareignes (la Réunion et l’île Maurice).

Usages

A la Réunion, on fait bouillir un petit morceau d’écorce, et la décoction adoucie au miel est bue pour traiter la perte d’appétit, l’hypotension et la constipation, ainsi que pour faire tomber la fièvre, par ex. en cas de paludisme. L’écorce macérée dans du vin est ingérée quotidiennement pour purifier le sang ; l’écorce macérée dans du rhum ou de l’eau est ingérée avant les repas pour diminuer les crampes d’estomac. A Maurice, l’écorce bouillie avec les feuilles se prend pour traiter la fièvre. L’écorce est largement consommée comme tonique et stomachique et, en bain ou en boisson, contre les crampes d’estomac. Elle est également utilisée chez les enfants pour traiter l’eczéma, connu localement sous le nom de “tambave”.

Autrefois, le bois était utilisé comme bois d’œuvre pour confectionner des ustensiles domestiques.

Production et commerce international

Ochrosia borbonica n’est utilisé que localement, et comme il est devenu rare, il n’est plus guère commercialisé.

Propriétés

Les recherches menées sur les constituants actifs d’Ochrosia se sont concentrées sur des composants anticancéreux, suite à l’isolement chez l’espèce asiatique Ochrosia elliptica Labill., d’alcaloïdes indoliques : ellipticine, elliptinine, 9-méthoxy-ellipticine et isoréserpiline. De nombreuses Ochrosia spp. ont depuis lors fait l’objet de recherches sur leur teneur en alcaloïdes, et la production d’ellipticine in vitro à partir de cals d’Ochrosia elliptica a été réalisée avec succès.

L’écorce d’Ochrosia borbonica est riche en alcaloïdes indoliques et contient principalement de l’ellipticine, de la 9-méthoxy-ellipticine, de la réserpiline et de l’isoréserpiline. L’ellipticine et la 9-méthoxy-ellipticine possèdent des propriétés antitumorales, mais elles endommagent également les membranes biologiques, ce qui rend leur utilisation en médicaments impossible.

Les dérivés semi-synthétiques sont plus efficaces contre les cellules cancéreuses et sont moins toxiques. Jusqu’à présent, un seul dérivé de l’ellipticine, le celiptium® (N- méthyl-9-hydroxy-ellipticine, sous forme d’acétate) a été introduit sur le marché pour traiter le cancer du sein métastatique. Ce médicament a également montré un effet significatif contre plusieurs leucémies et lignées cellulaires de mélanomes. Les dérivés et les analogues de l’ellipticine sont également des inhibiteurs réversibles non compétitifs des cholinestérases et interagissent avec les récepteurs de la muscarine. Le dérivé hydroxy-méthyl-ellipticine de l’ellipticine possède un effet antiviral prononcé, et il fait l’objet de vastes essais dans les traitements cliniques contre le sida.

Description

Petit arbre pouvant atteindre 15 m de haut, glabre, à l’exception des sépales frangés, à latex blanc ; fût atteignant 40 cm de diamètre ; écorce gris foncé, fissurée ; branches portant des cicatrices foliaires circulaires. Feuilles en verticilles de 4, simples et entières ; pétiole de 1–3,5 cm de long, s’élargissant en stipule à la base ; limbe obovale à elliptique, de 3–25 cm × 1,5–5 cm, base décurrente sur le pétiole, apex arrondi, rétus, obtus ou aigu, pennatinervé à nombreuses nervures latérales à angle droit par rapport à la nervure médiane. Inflorescence : cyme terminale, mais paraissant souvent axillaire, multiflore ; pédoncule de 2–12 cm de long ; bractées écailleuses. Fleurs bisexuées, régulières, 5-mères, odorantes, sessiles ; sépales libres, ovales, de 2,5–3 mm de long, épais, sous-tendus par une bractéole sépaloïde ; tube de la corolle de 7,5–10 mm de long, cylindrique, légèrement élargi autour des étamines, blanc à gorge rose ou rouge, lobes elliptiques, de 6–13 mm × 3–7 mm, apex arrondi, étalés ; étamines insérées à 5–7 mm de la base du tube de la corolle, incluses, filets courts ; ovaire supère, constitué de 2 carpelles soudés à la base, style de 2,5–4 mm de long, fendu à la base, se terminant par une tête de pistil conique. Fruit constitué de (1–)2 drupes ellipsoïdes libres, de 3,5–4,5 cm × 2–3 cm, apex arrondi ou apiculé, indéhiscentes, lisses, portant 2 crêtes latérales, mésocarpe fibreux, chaque drupe contenant 1–2 graines. Graines elliptiques, aplaties, de 1,5–2,5 cm de long, ailées.

Autres données botaniques

Le genre Ochrosia comprend environ 30 espèces se rencontrant des îles Mascareignes et des Seychelles jusqu’en Asie du Sud-Est, dans le Pacifique et au nord de l’Australie. La Nouvelle-Calédonie est particulièrement riche en espèces endémiques. Ochrosia appartient à la tribu des Rauvolfieae, ainsi que le genre bien connu Rauvolfia.

Croissance et développement

Ochrosia borbonica fleurit presque tout au long de l’année, avec un pic en janvier et février. Les fruits sont principalement observés de novembre à février. Leur mésocarpe épais et fibreux permet aux fruits de flotter et d’être dispersés par les courants marins. De même, les cavités présentes dans leur endocarpe permettent aux graines de flotter. Les graines germent rapidement quand elles sont rejetées sur le rivage. La régénération naturelle d’Ochrosia borbonica est très lente. De plus, il ne dépasse guère la taille d’un arbuste dans la végétation semi-aride.

Ecologie

Ochrosia borbonica se rencontre dans les forêts, jusqu’à 1250 m d’altitude.

Multiplication et plantation

La multiplication d’Ochrosia borbonica s’effectue par graines ou par boutures. A l’île Maurice, la multiplication d’Ochrosia borbonica a été tentée par bouturage de bois mûr, et on trouve des plants dans les pépinières du ministère de l’Agriculture.

Ressources génétiques

A Maurice et à la Réunion, Ochrosia borbonica est devenu rare en raison de la destruction de son milieu et de la récolte destructrice de son écorce. Il est maintenant limité à de petites parcelles de forêt et le risque d’érosion génétique et d’extinction est réel pour cette espèce. Sur la Liste Rouge de l’UICN, il est classé comme en danger. Bien qu’Ochrosia borbonica soit officiellement protégé, il est toujours possible de trouver, sur les marchés de la Réunion, des morceaux d’écorce récoltés dans la nature.

Perspectives

Les alcaloïdes indoliques isolés d’Ochrosia borbonica possèdent des propriétés anticancéreuses et antivirales intéressantes. Ce potentiel ne pourra être pleinement exploité que si le futur de l’espèce est assuré.

Références principales

  • Bruneton, J., 1995. Pharmacognosy, phytochemistry, medicinal plants. Technique & Documentation Lavoisier, Paris, France. 915 pp.
  • Gurib-Fakim, A. & Brendler, T., 2004. Medicinal and aromatic plants of Indian Ocean Islands: Madagascar, Comoros, Seychelles and Mascarenes. Medpharm, Stuttgart, Germany. 568 pp.
  • Gurib-Fakim, A., Guého, J. & Bissoondoyal, M.D., 1995. Plantes médicinales de Maurice, tome 1. Editions de l’Océan Indien, Rose-Hill, Mauritius. 495 pp.
  • Lavergne, R., 2001. Le grand livre des tisaneurs et plantes médicinales indigènes de la Réunion. Editions Orphie, Chevagny sur Guye, France. 522 pp.
  • Leeuwenberg, A.J.M., 1988. The African species of Ochrosia Juss. In: Leeuwenberg, A.J.M. (Editor). Series of revisions of Apocynaceae 23. Agricultural University Wageningen Papers 87–5. pp. 45–53.
  • Leeuwenberg, A.J.M. & Rudjiman, 2005. Apocynacées. In: Autry, J.C., Bosser, J. & Ferguson, I.K. (Editors). Flore des Mascareignes. Famille 121–126. Institut de Recherche Scientifique pour le Développement, Paris, France, Mauritius Sugar Industry Research Institute, Mauritius & Royal Botanic Gardens, Kew, Richmond, United Kingdom. 31 pp.
  • Matte, G., Morette, C., Hallard, M., Pontiggia, P., Blanquet, D. & Hage, F., 2002. Viral and immunologic follow up of 4 to 9 years of AIDS treatments by quadruple combinations of virostatics including integrase inhibitors in short sequences differing by drug rotation. Acta Pharmacologica Sinica 23(1): 1–15.
  • van Valkenburg, J.L.C.H. & Hendrian, R., 2001. Ochrosia A.L. Juss. In: van Valkenburg, J.L.C.H. & Bunyapraphatsara, N. (Editors). Plant Resources of South-East Asia No 12(2): Medicinal and poisonous plants 2. Backhuys Publishers, Leiden, Netherlands. pp. 386–389.

Autres références

  • Aubert, S. & Picot, F., 2005. Bois jaune and tisaneurs: the application of article 8(j) in an overseas department. In: Bétard, L., Cegarra, M., Djama, M., Louafi, S., Marchenay, P., Roussel, B. & Verdeaux, F. (Editors). Biodiversity and local ecological knowledge in France. INRA, CIRAD, IDDRI, IFB, France. pp. 224–228.
  • Bisset, N.G., 1988. Phytochemistry of Ochrosia borbonica and O. oppositifolia. In: Leeuwenberg, A.J.M. (Editor). Series of revisions of Apocynaceae. Agricultural University Wageningen Papers 87–5. pp. 59–60.
  • Chénieux, J.C., Ramawat, K.G. & Rideau, M., 1988. Ochrosia spp.: in vitro production of ellipticine, an antitumour agent. In: Bajaj, Y.P.S. (Editor). Biotechnology in agriculture and forestry. Volume 4. Medicinal and aromatic plants I. Springer-Verlag, Berlin, Germany. pp. 448–463.
  • Lavergne, R. & Véra, R., 1989. Médecine traditionelle et pharmacopée - Contribution aux études ethnobotaniques et floristiques à la Réunion. Agence de Coopération Culturelle et Technique, Paris, France. 236 pp.
  • Loupy, M.M., 1987. Contribution à l’étude des plantes médicinales de l’île de La Réunion contenant des alcaloïdes: Ochrosia borbonica Gmelin (Apocynaceae), Tabernaemontana mauritiana Poiret (Apocynaceae). Thèse d’Exercise, Pharmacie, Université Montpellier I, Montpellier, France. 88 pp.
  • Moinet-Hedin, V., Tabka, T., Poulain, L., Godard, T., Lechevrel, M., Saturnino, C., Lancelot, J.-C., Le Talaël, J.-Y. & Gauduchon, P., 2000. Biological properties of 5,11-dimethyl-6H-pyrido[3,2-b]carbazoles: a new class of potent antitumor drugs. Anti-Cancer Drug Design 15(2): 109–118.
  • Rouillard, G. & Guého, J., 2000. Les plantes et leur histoire à l’Ile Maurice. MSM Printers, Port Louis, Mauritius. 752 pp.
  • Svoboda, G.H., Poore, G.A. & Montfort, M.L., 1968. Alkaloids of Ochrosia maculata Jacq. (Ochrosia borbonica Gmel.). Isolation of the alkaloids and study of the antitumor properties of 9-methoxyellipticine. Journal of Pharmaceutical Sciences 57(10): 1720–1725.

Sources de l'illustration

  • Leeuwenberg, A.J.M., 1988. The African species of Ochrosia Juss. In: Leeuwenberg, A.J.M. (Editor). Series of revisions of Apocynaceae 23. Agricultural University Wageningen Papers 87–5. pp. 45–53.

Auteur(s)

  • A. Gurib-Fakim, Faculty of Science, University of Mauritius, Réduit, Mauritius

Citation correcte de cet article

Gurib-Fakim, A., 2006. Ochrosia borbonica J.F.Gmel. In: Schmelzer, G.H. & Gurib-Fakim, A. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands. Consulté le 11 novembre 2021.


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