Musa textilis (PROTA)

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Fibre Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svg


Musa textilis Née


Protologue: Anal. Cienc. Nat. 4: 123 (1801).
Famille: Musaceae
Nombre de chromosomes: 2n = 20

Noms vernaculaires

  • Abaca, chanvre de Manille, bananier à fibres (Fr).
  • Abaca, abacá, Manila hemp (En).
  • Cânhamo-de-manila (Po).

Origine et répartition géographique

L’abaca est originaire des Philippines et du nord de l’Indonésie. Jusqu’aux années 1920, il n’existait pas ou peu de culture commerciale en dehors des Philippines, mais depuis il a été cultivé avec succès dans d’autres pays de l’Asie du Sud-Est ainsi qu’en Amérique centrale et en Equateur. En Afrique tropicale, il a été cultivé au Cameroun, en Guinée équatoriale (Bioko), au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie, mais actuellement il ne semble cultivé qu’en Guinée équatoriale et au Kenya.

Usages

La fibre d’abaca extraite de la gaine foliaire de Musa textilis est principalement utilisée pour des papiers spéciaux et des cordages. Elle a longtemps été la fibre préférée pour les cordages des pêcheurs et de la marine en raison de sa solidité et de sa résistance à l’eau de mer, mais cet usage s’est restreint avec l’avènement de la fibre synthétique. De nos jours, la fibre d’abaca est principalement utilisée pour la pâte et le papier. On l’utilise pour fabriquer différents produits comprenant des sachets de thé, des billets de banque, du papier filtre, du papier d’emballage de saucisses, du papier pour condensateurs, du papier à cigarettes et les fameuses enveloppes de Manille (qui étaient traditionnellement fabriquées à partir de vieux cordages en abaca). La fibre convient pour faire des textiles une fois floconnée, un processus au cours duquel les paquets de fibres sont coupés à une longueur uniforme afin qu’ils puissent être filés dans un dispositif de filature du coton. Elle sert à des étoffes haut de gamme, particulièrement dans des mélanges avec de la soie ou de la fibre d’ananas (Ananas comosus (L.) Merr.). La fibre de l’abaca est également utilisée pour des produits artisanaux tels que des paniers, des dessous de plat, des hamacs, des sacs et des chaussures. Elle trouve de plus en plus d’usages dans les matériaux de construction manufacturés tels que les panneaux de revêtement, les carreaux de sol et les tuiles, et comme fibre de renfort dans l’asphalte et le béton. On l’utilise également dans les composites de plastique en carrosserie automobile comme substitut au renfort en fibre de verre.

La gaine foliaire externe entière séchée est utilisée dans la fabrication de panneaux pour plafonds et de tapisserie, ainsi que pour des plateaux, paniers, lambris et napperons. On utilise les gaines foliaires internes pour couvrir les toits et pour ombrager les plants en pépinière, et comme plats et récipients alimentaires. Des rubans d’abaca servent à la décoration et de matériel d’emballage. Les feuilles sont utilisées pour envelopper des aliments, comme aliment pour animaux, ou transformées en pâte à papier.

On utilise le jus d’abaca en médecine traditionnelle aux Philippines pour coaguler le sang des blessures.

Production et commerce international

Selon des estimations de la FAO, la production mondiale annuelle moyenne de fibres d’abaca en 2001–2005 était d’environ 99 000 t. Les principaux producteurs étaient les Philippines avec une moyenne annuelle d’environ 69 000 t (sur une surface cultivée moyenne d’environ 120 000 ha) et l’Equateur avec environ 28 000 t (sur environ 20 000 ha). Les producteurs secondaires étaient le Costa Rica (1100 t sur 1100 ha), l’Indonésie (600 t sur 600 ha), la Guinée équatoriale (500 t sur 1800 ha) et le Kenya (30 t sur une surface inconnue). La production annuelle des Philippines était relativement stable, mais en Equateur la production a augmenté de 25 000 t en 2001 à 29 000 t en 2005, sur une surface évaluée à 17 000 ha en 2001 et à plus de 22 000 ha en 2005. Le prix au niveau du producteur par tonne de fibre d’abaca en 2001–2005 a augmenté de US$ 309 à US$ 596 aux Philippines et de US$ 429 à US$ 583 en Equateur. La production des Philippines provient essentiellement de petits exploitants, alors qu’en Equateur de grandes plantations dominent.

Le principal exportateur en 2001–2005 était les Philippines, avec une exportation annuelle moyenne de produits d’abaca de 44 000 t, dont 15 000 t de fibres, 7000 t de cordages, 19 000 t de pâte et 3000 t d’autres produits. Les principaux importateurs étaient le Royaume-Uni et le Japon.

Propriétés

La fibre primaire (qualité commerciale) est obtenue à partir des faisceaux vasculaires de la couche extérieure de la gaine foliaire. La couche intermédiaire contient une petite quantité de fibres secondaires fragiles, et la couche interne ne contient pas de fibres. Les brins de fibres dans le commerce sont des faisceaux de cellules de fibre de 1–3,5 m de long. Les cellules ultimes font (2–)4–8(–12) mm de long et (6–)13–29(–53) μm de diamètre, avec une largeur de lumen de (1–)7–14(–33) μm et une épaisseur de paroi cellulaire de (1–)4,5(–16) μm. Elles s’effilent progressivement en une extrémité pointue ou arrondie. Les extrémités irrégulières sont rares. En général, elles sont plus fines et plus pointues que celles du sisal (Agave sisalana Perrine). On observe souvent de très fines dislocations et marques transversales. La coupe transversale des cellules de fibre est un polygone ovale ou arrondi de 5–6 côtés. Les fibres de l’abaca contiennent 55–64% d’α-cellulose, 18–23% d’hémicelluloses, 5–18% de lignine, 1% de pectines, et 1–3% de cendres.

La fibre de l’abaca est classée parmi les fibres dures, comme le sisal. Elle est remarquable pour sa solidité et sa résistance à l’eau douce et salée. Elle dispose d’une résistance à la traction de 850–1400 N/mm², un allongement à la rupture de 8–12% et un module d’élasticité d’environ 72 GPa. Elle est trois fois plus résistante que la fibre de coton (Gossypium spp.), deux fois plus que le sisal et est également plus résistante que le chanvre (Cannabis sativa L.) et le chanvre du Bengale (Crotalaria juncea L.). Elle est plus résistante à l’eau salée que la plupart des autres fibres végétales. Les couleurs de la fibre d’abaca disponible dans le commerce varient du blanc presque pur au brun foncé en passant par l’ivoire selon le cultivar, la position de la gaine sur le pseudo-tronc, l’extraction et le traitement des fibres.

Les fibres de l’abaca sont une excellente matière première pour faire des papiers spéciaux. Comparées au bois, les fibres ultimes sont plus longues et plus fines et l’abaca contient moins de lignine, de cendres, de silice et de produits d’extraction, et plus de cellulose, ce qui contribue à un fort rendement en pâte et à une faible consommation de produits chimiques lors de la fabrication de pâte et de blanchissage. Elles ont également une forte teneur en pentosanes qui contribue à une forte résistance à l’éclatement, au pliage et à la traction. Le papier à lettres produit à partir de vieux papiers mélangés à 5% de pâte d’abaca blanchie, issue d’un traitement à la soude à froid ou de pâte chimico-thermomécanique, présente une résistance similaire à celle de vieux papiers mélangés avec 20% de pâte de bois de résineux.

Falsifications et succédanés

Les principaux substituts de l’abaca pour la fabrication de cordages sont les matières synthétiques et le sisal. Les deux sont plus économiques que l’abaca, mais l’abaca résiste mieux au glissement que les deux autres et est plus solide et résistant à l’eau salée que le sisal. Les concurrents de l’abaca pour la production de papiers spéciaux sont les fibres synthétiques, telles que la viscose et le polyester, qui sont également utilisés mélangés avec de l’abaca. D’autres espèces de Musa et des cultivars stériles sont parfois utilisés pour fabriquer des papiers spéciaux, des vêtements et des produits artisanaux en fibres, mais aucun n’atteint la résistance de Musa textilis.

Description

Plante herbacée vivace à port touffu, constituée à maturité de 12–30 ou plus de pseudo-troncs à différents stades de développement, lorsque elle n’est pas perturbée ; corme cylindrique, court, portant des bourgeons qui donnent de courts rhizomes avec des drageons et de nombreuses racines adventives minces s’étendant à 2–3 m et généralement confinées aux 25 cm supérieurs du sol ; pseudo-tronc (formé par 12–25 gaines foliaires) cylindrique, de 2,5–8 m de haut, de 15–20 cm de diamètre à la base, généralement vert, parfois strié de façon irrégulière de brun foncé, rouge, violet ou même presque noir à la base, portant jusqu’à 12 feuilles. Feuilles disposées en spirale, simples ; pétiole de 30–70 cm de long, raide ; limbe étroitement oblong, de 100–240 cm × 20–60 cm, arrondi ou cordé et inégal à la base, arrondi ou aigu à l’apex, généralement uniformément vert foncé au-dessus, glauque au-dessous. Inflorescence : épi racémiforme, terminal, retombant, issue du rhizome, avec le pédoncule majoritairement inclus dans le pseudo-tronc ; axe avec des groupes 1–2-sériés (mains) de 8–14 fleurs, disposés transversalement, chaque groupe à l’aisselle d’une bractée ; bractées lancéolées, de 10–50 cm × 6–12 cm, se chevauchant étroitement, caduques, coriaces, brun rougeâtre à vertes. Fleurs unisexuées ; périanthe de 5 tépales extérieurs soudés et un tépale intérieur adaxial ; fleurs mâles dans la partie supérieure de l’inflorescence, d’environ 4 cm de long, caduques, à 5 étamines légèrement exsertes et un pistillode ; fleurs femelles à la base de inflorescence (premiers 3–6 nœuds), à ovaire infère de 5 cm de long. Grappe de fruits horizontale, lâche ; le fruit est une baie étroitement ovoïde ou ellipsoïde, de 5–9 cm × 2–5 cm, arquée à maturité, rétrécie à la base en un stipe tronqué trapu d’environ 1 cm de long, péricarpe de 1 mm d’épaisseur, vert à maturité ; pulpe peu abondante, chamois pâle, immangeable ; contenant de nombreuses graines. Graines subglobuleuses-turbinées, de forme très irrégulière, d’environ 2–3 mm × 3–4 mm, lisses, noires.

Autres données botaniques

Le genre Musa comprend 30–50 espèces et de nombreux hybrides principalement triploïdes. Musa est souvent divisé en 5 sections, Musa textilis appartenant à la section Australimusa. Sur la base d’une analyse AFLP, il a été proposé de réduire le genre à 3 sections, d’après le nombre de chromosomes.

La structure générale de Musa textilis est similaire à celle des cultivars de bananes comestibles, mais il est plus mince, les feuilles sont plus petites et les fruits contiennent des graines. Parmi plus de 400 cultivars d’abaca aux Philippines, seuls 20 ont une importance commerciale. Une étude taxinomique plus poussée de l’espèce est nécessaire.

Anatomie

Les faisseaux de fibres sont disséminés de manière aléatoire dans les couches extérieures et intermédiaires de la gaine foliaire.

Croissance et développement

Les graines d’abaca lèvent 2–4 semaines après le semis. La croissance initiale est lente, mais s’accélère après 2–4 mois. Alors que le premier pseudo-tronc pousse, de nombreux drageons commencent également à pousser à la base de la plante. Les premiers pseudo-troncs fleurissent 18–24 mois après le semis. Les plantes provenant de drageons de 1 an peuvent fleurir 10–12 mois après la plantation, et celles provenant de cormes après 16–18 mois. Ensuite, la floraison s’étale toute l’année dans une touffe. L’abaca est allogame et pollinisé par les chauves-souris. Les stigmates sont réceptifs pendant 2 jours, et le pollen reste viable pendant 2 jours. L’autogamie stricte est impossible en raison de la séparation des fleurs mâles et femelles dans l’inflorescence et de la floraison plus précoce des fleurs femelles, mais une fécondation entre pseudo-troncs collatéraux de la même touffe est possible. Les premiers fruits mûrs sont présents 27–34 mois après la plantation. A la maturité des fruits, le tronc meurt.

Une plante cultivée est habituellement constituée de 10–20 pseudo-troncs de différentes maturités, 4–8 de ces troncs fleurissant chaque année. Habituellement, les pseudo-troncs sont récoltés juste avant la floraison, ce qui fait que la floraison et la fructification n’ont pas lieu dans une plantation typique. La plante peut atteindre 25 ans, mais n’est habituellement pas cultivée pendant plus de 15 ans, car sa productivité diminue à partir de cet âge.

Ecologie

L’abaca a besoin de conditions chaudes et humides pour bien pousser. Il est cultivé avec succès à des latitudes comprises entre 5°S et 15°N, au-dessous de 500(–1200) m d’altitude, et pousse bien avec une pluviométrie annuelle répartie de manière homogène de 2000–3200 mm, une température moyenne de 27°C, et une humidité relative d’environ 80%. Il ne tolère pas la sécheresse, l’asphyxie racinaire ou les vents forts. Le chaud et le froid extrêmes ont un effet nocif sur la plante. Un sol fertile, profond et bien drainé convient particulièrement pour planter de l’abaca. Cette fertilité naturelle est particulièrement importante si on tient compte du fait que la culture est habituellement plantée et récoltée pendant plusieurs années avec peu ou pas de fertilisants.

Multiplication et plantation

Musa textilis peut se multiplier par drageons, cormes, graines ou plantes cultivées in vitro. Le semis de graines n’est pas fréquent car les plantes qui en sont issues prennent davantage de temps pour atteindre leur maturité et n’expriment pas toutes les caractéristiques du parent à cause d’une hétérozygotie élevée. Les graines sont toutefois utiles à des fins de sélection. Les drageons et cormes sont le matériel de plantation le plus courant. On préfère habituellement les cormes aux drageons car ils sont plus faciles à manipuler et à transporter. Lors de leur préparation, il faut faire attention de ne pas détruire les bourgeons. Les drageons matures sont utilisés pour remplir les trous dans des plantations établies. Les cormes et les drageons peuvent s’obtenir à partir de champs plantés existants ou d’une pépinière spécialement désignée avec des plants en doubles lignes espacées de 2 m, avec 1 m entre les lignes d’une paire et 1 m entre les plants au sein d’une ligne. Les plantes cultivées in vitro sont également utilisées pour la plantation, en particulier lorsqu’on veut lutter contre les maladies et améliorer le rendement.

L’abaca peut être planté de façon irrégulière parmi des arbres coupés ou en forêt partiellement défrichée ou bien en plantation plus ordonnée. Les matériels de plantation sont espacés de 2–3 m × 2–3 m, selon la taille du cultivar, donnant une densité de plantation de 1100–2500 pieds/ha. Ils sont plantés dans des trous de 40–50 cm de profondeur, au début de la saison des pluies (ou toute l’année en régions sans périodes sèches prononcées) pour garantir un départ vigoureux.

On peut planter l’abaca en association dans des systèmes agroforestiers avec des arbres tels que Leucaena leucocephala (Lamk) de Wit pour fournir à l’abaca l’ombrage et la protection contre le vent nécessaires, et pour maintenir une température et une humidité constantes. L’utilisation d’arbres fruitiers ou de cocotiers (Cocos nucifera L.) à cette fin fournit un revenu supplémentaire, outre la protection de la culture d’abaca. Lors de son établissement, l’abaca peut également être cultivé en association avec des cultures vivrières annuelles telles que l’arachide (Arachis hypogaea L.), le niébé (Vigna unguiculata (L.) Walp.) ou le riz (Oryza sativa L.), et une fois la plantation arrivée à maturité il peut être cultivé en association avec des cultures annuelles tolérantes à l’ombrage. La recherche menée aux Philippines a montré que les cultures de couverture avec des plantes légumineuses telles que Calopogonium mucunoides Desv. et Desmodium heterocarpon (L.) DC. ssp. ovalifolium (Prain) Ohashi peuvent améliorer le rendement de l’abaca.

Gestion

L’abaca exige peu de soins comparé à d’autres cultures. Le champ doit être bien désherbé pendant la première année, grâce à un travail du sol superficiel et un désherbage en couronne à des intervalles de 2–3 mois. On estime que 100 t/ha de feuilles et pseudo-troncs frais d’abaca absorbent 280 kg de N, 13 kg de P, 430 kg de K et 89 kg de Ca par ha. Lorsque la fibre est extraite au champ et que toutes les autres parties de la plante sont réincorporées au sol, la perte d’éléments nutritifs est considérablement inférieure et on n’applique habituellement pas d’engrais chimiques. Des canaux peuvent permettre le drainage dans des sols retenant l’humidité. L’éclaircissage du surplus de drageons peut être effectué de façon à limiter à 8 le nombre annuel de pseudo-troncs à maturité. La durée de production rentable varie selon le cultivar et les conditions de croissance, et dans les zones correctement entretenues il se peut que la production ne diminue pas pendant plus de 20 ans. En général, cependant, un remplacement est entrepris lorsque les plantes ont 10–15 ans.

Maladies et ravageurs

L’abaca étant vivace et habituellement multiplié par voie végétative, les infections virales représentent un gros souci. Les maladies virales les plus importantes sont le virus du bunchy top de l’abaca (ABTV) et le virus de la mosaïque de l’abaca (AbaMV). Le bunchy top de l’abaca, un babuvirus, est la maladie la plus destructrice de Musa textilis. Il est transmis par le puceron du bananier (Pentalonia nigronervosa). Le virus peut se répandre sur de longues distances, car le vent peut largement disséminer les formes ailées du puceron qui reste porteur du virus pendant 5–12 jours. Les plantes infectées forment des stries chlorosées blanc jaunâtre et des nervures transparentes ; les plantes rabougrissent et leur cime prend la forme d’une rosette touffue ; finalement les limbes des feuilles se dessèchent et brunissent. On préconise la lutte par approche holistique consistant en une pulvérisation pour lutter contre les pucerons vecteurs, suivie de l’élimination des plantes infectées et un traitement herbicide des souches pour empêcher la croissance des drageons. L’utilisation de matériels sains issus de culture de tissus est importante pour replanter les régions affectées. Le virus de la mosaïque de l’abaca, qui n’a pas encore été détecté en Afrique, est une souche du virus de la mosaïque de la canne à sucre (SCMV), un potyvirus. Il est transmis par différentes espèces de pucerons telles que Aphis gossypii, Aphis glycines et Rhopalosiphum maidis, mais cette transmission est non-persistante (le virus ne se maintient à l’intérieur des insectes que moins de quatre heures). L’apparition de la mosaïque de l’abaca est caractérisée par la marbrure des feuilles, à savoir des stries vert foncé à pâle ou jaunâtres, qui s’étendent de la nervure médiane jusqu’aux bords ; la marbrure est également présente sur d’autres parties de la plante. Les plantes touchées n’atteignent pas leur pleine taille. Les plantes-hôtes relais de la maladie sont la canne à sucre (Saccharum officinarum L.), le maïs (Zea mays L.), Canna indica L. et Maranta arundinacea L. Les mesures de lutte comprennent le traitement herbicide, l’élimination des plantes infectées et l’amélioration génétique pour la résistance.

La maladie fongique la plus importante de l’abaca est la fusariose ou maladie de Panama, provoquée par Fusarium oxysporum f.sp. cubense, qui est également une maladie importante chez le bananier à fruits comestibles. Elle commence par une pourriture à la base des pseudo-troncs, pourriture qui remonte jusqu’à atteindre le limbe des feuilles ; les plantes deviennent jaunâtres et finalement flétrissent. Des coupes transversales de pseudo-troncs et cormes infectés montrent des faisceaux vasculaires noir-violet. Les premiers symptômes visibles de la maladie sont l’enroulement vers l’intérieur du limbe vers l’extrémité des feuilles inférieures et la croissance lente des plantes. La maladie est principalement propagée par le matériel de plantation et les outils, et elle reste dans le sol des champs infectés. En conséquence, les principales mesures de lutte sont l’utilisation de matériel végétal sain, l’élimination et le brûlage les plantes infectées et la mise en quarantaine des champs touchés. Certains cultivars ont montré une tolérance envers cette maladie. Parmi les maladies fongiques secondaires, il y a la pourriture sèche de la gaine provoquée par Marasmius spp. et la pourriture du tronc provoquée par Deightoniella torulosa (synonyme : Helminthosporium torulosum).

Le charançon du corme (Cosmopolites sordidus) est un important insecte ravageur. Il endommage la plante en creusant des tunnels dans le corme à la base de la plante. On peut l’éliminer par un traitement insecticide du matériel de plantation et de la base de la plante, mais comme c’est onéreux et dangereux pour l’environnement, on préfère lutter par des pratiques culturales. Ces méthodes comprennent l’utilisation de matériel végétal propre, le principal moyen de propagation des charançons étant le matériel infesté.

Récolte

Les pseudo-troncs sont récoltés individuellement à l’apparition de la feuille terminale, une petite feuille qui précède la sortie de l’inflorescence. La récolte d’un pseudo-tronc consiste à écimer le tronc à la base des limbes et à abattre le tronc par une coupe oblique à proximité du niveau du sol. Habituellement, 2–4 pseudo-troncs sont prêts en même temps pour la récolte. La première récolte peut avoir lieu 18–24 mois après la plantation, et les récoltes suivantes tous les 3–12 mois, selon les conditions de croissance et le cultivar. Les rendements des premières récoltes sont habituellement restreints et on en obtient de meilleurs avec des plantes de 4–8 ans. La même plante peut être récoltée pendant 10–15 ans sans être remplacée.

Rendement

En 2001–2005, le rendement moyen estimé en fibre a décru de 1470 kg/ha à 1300 kg/ha en Equateur, et de 680 kg/ha à 570 kg/ha aux Philippines. En Guinée équatoriale, le rendement moyen à cette période était estimé à environ 280 kg/ha. Les rendements varient d’après le cultivar et le lieu, et la pression exercée par les maladies est un facteur important expliquant les faibles rendements aux Philippines.

Traitement après récolte

Dans les 24 heures suivant la récolte, les gaines foliaires utilisables des pseudo-troncs sont déroulées une par une. Elles sont habituellement regroupées d’après leur position dans le pseudo-tronc, afin de séparer les fibres de différentes qualités. Les gaines extérieures donnent des fibres solides, grossières et plus sombres (meilleures pour des cordages) et les gaines intérieures donnent des fibres plus légèrement colorées, moins résistantes, et plus fines (meilleures pour la fabrication de papier).

Lors d’une opération appelée “tuxying”, les couches extérieures des gaines foliaires sont détachées en rubans de 5–8 cm de large, avec un couteau ou un morceau de bambou pointu. Ces rubans ou “tuxies” sont ensuite peignés : ils sont nettoyés de leur pulpe (épiderme et parenchyme) pour obtenir des fibres propres. Cette opération peut se faire manuellement, en plaçant les rubans entre une surface en bois plate et un couteau dentelé et en tirant les rubans ; ou mécaniquement, avec un axe motorisé qui tire les rubans entre le couteau et la surface plate. Plus les dentelures du couteau sont rapprochées, plus les fibres obtenues sont pures et propres, mais moins elles sont nombreuses (les couteaux non dentelés donnant les fibres les plus propres, mais en plus faible quantité). La pulpe qui n’est pas retirée des fibres lors de cette opération les décolorera pendant le séchage. Les fibres peuvent également être extraites par décorticage mécanique, le pseudo-tronc entier étant broyé et nettoyé de sa pulpe, bien que les fibres obtenues soient de moindre qualité dans la mesure où les fibres primaires et secondaires des gaines foliaires sont extraites en même temps et mélangées. L’extraction manuelle permet habituellement un taux de récupération des fibres de 1,2–1,5% du poids du pseudo-tronc frais, l’extraction sur un axe 1,5–2,5%, et le décorticage mécanique 3–4%. Aux Philippines, la plupart des agriculteurs utilise l’extraction manuelle, alors qu’en Equateur presque toute la fibre d’abaca est extraite sur un axe. La fibre extraite est suspendue sur des perches pour sécher, sous un abri ou à l’air libre (ou mécaniquement, dans le cas d’un décorticage mécanique). Après une période de séchage de quelques heures à quelques jours, la fibre est triée et mise en balles de 125 kg. Aux Philippines, on classe les qualités normalisées en 2 classes principales : fibre extraite manuellement ou mécaniquement. Au sein de chaque classe, les fibres sont à nouveau classées selon leur résistance, leur propreté, leur couleur, leur texture et leur longueur. Le système de classement en Equateur est plus simple et s’appuie principalement sur la couleur et le diamètre des brins.

L’industrie du papier utilise les meilleures qualités de fibre d’abaca pour les papiers poreux et résistants tels que les sachets de thé et le papier d’emballage de saucisses. Les qualités inférieures sont utilisées pour fabriquer des papiers résistants tels que les sacs d’aspirateurs et les enveloppes de Manille. La réduction en pâte se fait habituellement par un processus à base de soude, de sulfite alcalin ou kraft, bien que les traitements à la soude à froid (CSP) ou chimico-thermomécanique (CMTP) produisent également du papier offrant de bonnes propriétés optiques et de résistance. Les pâtes adaptées à la production de rayonne viscose ont été préparées à partir de fibre d’abaca en utilisant les processus kraft et au sulfite alcalin. Il est possible de blanchir biologiquement la pâte kraft d’abaca en utilisant le champignon de la pourriture blanche Trametes versicolor.

Ressources génétiques

Les Philippines sont le centre de diversité génétique de l’espèce. Le National Abaca Research Center (NARC), situé à la Leyte State University à Leyte, Philippines, détient la plus grande collection au monde de ressources génétiques de Musa textilis, avec plus de 600 entrées à la fois de types cultivés et sauvages. Les entrées sont également conservées in vitro. Une partie de la collection du NARC a été caractérisée en ce qui concerne la morphologie, la composition chimique, la qualité et les propriétés physiques des fibres. Bien que Musa textilis ait contribué génétiquement à donner certaines variétés de bananes hybrides comestibles sans graine, il n’a été utilisé dans aucun programme de sélection de bananes comestibles.

Sélection

La majeure partie du travail d’amélioration génétique est effectuée aux Philippines. Les priorités lors de la sélection sont la résistance aux maladies et aux ravageurs, en particulier aux virus. D’autres priorités comprennent une maturité précoce, un rendement et une qualité des fibres élevés, et la tolérance à la sécheresse et à l’acidité. Il a été proposé d’insérer par génie génétique des gènes de résistance à divers virus dans Musa textilis à partir d’espèces sauvages apparentées sans graines. Parmi les apparentés susceptibles d’être utilisés en amélioration, qu’elle soit classique ou biotechnologique, on citera “pacol” (une forme à fibres très solides de Musa balbisiana Colla), “canton” et “minay” (hybrides stériles de Musa textilis et Musa balbisiana), et Musa alinsanaya R.V.Valmayor.

Perspectives

La culture de Musa textilis a longtemps été confinée aux Philippines et, plus récemment, à l’Equateur. Aux Philippines, de nombreux efforts sont entrepris pour améliorer la production d’abaca en luttant contre les maladies, en ouvrant de nouvelles surfaces aux plantations, en mécanisant l’extraction des fibres, et en replantant de nouvelles variétés résistantes aux maladies dans les champs ravagés par les ouragans. Ces efforts peuvent également favoriser la production d’abaca dans d’autres régions. Il est difficile de trouver des renseignements sur la production et les rendements en Afrique, mais il semble que ces derniers soient très faibles en Guinée équatoriale, le principal producteur africain d’abaca. Cependant, l’abaca pourrait être une culture intéressante à la fois pour les petits et grands producteurs en Afrique tropicale. Il exige peu d’entretien et peu d’intrants, et peut être cultivé en association avec des cultures vivrières, fourragères et certaines espèces d’arbres. Malgré la concurrence du sisal et des fibres synthétiques, la fibre d’abaca est de plus en plus demandée sur le marché international, et cette augmentation devrait continuer au fur et à mesure qu’on découvre de nouveaux usages. Dans un monde de plus en plus concerné par l’environnement, l’abaca offre de nombreux avantages environnementaux par rapport aux cordages synthétiques et à la fibre de verre pour les composites plastiques. Sa production est neutre ou même négative en carbone, et les sous-produits de sa production et de sa transformation sont facilement biodégradables. L’abaca est plus respectueux de l’environnement que de nombreuses autres fibres naturelles, étant donné que sa culture nécessite peu d’intrants dérivés du pétrole telles que les engrais synthétiques, et l’extraction de la fibre d’abaca nécessite peu ou pas de produit chimique ou d’eau.

Références principales

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Sources de l'illustration

  • Gonzal, L.R. & Valida, A.F., 2003. Musa textilis Née. In: Brink, M. & Escobin, R.P. (Editors). Plant Resources of South-East Asia No 17. Fibre plants. Backhuys Publishers, Leiden, Netherlands. pp. 186–193.

Auteur(s)

  • G. Vaughan, Museo Arqueológico de Tunja, UPTC, Avenida Central del Norte, Tunja, Boyacá, Colombia

Consulté le 6 mars 2020.


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