Morinda lucida (PROTA)

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Ressources végétales de l'Afrique tropicale
Introduction
Liste des espèces


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Bois d'œuvre Fairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg


répartition en Afrique (sauvage)
1, branche en fleurs ; 2, infrutescence. Redessiné et adapté par Achmad Satiri Nurhaman
port de l’arbre
branche en fruits
écorce récoltée

Morinda lucida Benth.


Protologue: Hook., Niger Fl. : 406 (1849).
Famille: Rubiaceae

Noms vernaculaires

  • Arbre à soufre, oruwo (Fr).
  • Brimstone tree (En).
  • Moindo (Po).

Origine et répartition géographique

Morinda lucida se rencontre du Sénégal jusqu’au Soudan, et vers le sud jusqu’à l’Angola et à la Zambie. Il est quelquefois planté autour des villages, comme par ex. au Bénin.

Usages

Le bois de Morinda lucida fournit des teintures allant du jaune au rouge. Au Nigeria et au Gabon, on emploie l’écorce des racines pour teindre les textiles en rouge écarlate. A l’occasion d’un deuil national ou de la mort d’un chef, les Ashantis du Ghana teignent des tissus de coton en rouge avec l’écorce de racines de Morinda lucida. Ces tissus, appelés “kobene”, sont portés comme vêtements de deuil par les officiels et par la famille du défunt. La racine est la principale source traditionnelle de teinture jaune pour les textiles dans la province du Kasaï en R.D. du Congo. On peut l’utiliser sans mordant. En Côte d’Ivoire, on ajoute aussi ces racines dans les cuves d’indigo, à la fois pour favoriser le processus de fermentation et de réduction nécessaire pour la teinture à l’indigo, et pour obtenir des bleus plus foncés. Dans ce procédé, on associe souvent des rameaux feuillés de Saba comorensis (Bojer) Pichon (synonyme : Saba florida (Benth.) Bullock). Dans la région de Kasongo, dans le nord-est de la R.D. du Congo, on combine des jeunes feuilles de Morinda lucida avec des feuilles d’une espèce de Philenoptera (source d’indigo) pour obtenir une teinture vert pâle utilisée en vannerie. Les racines, qui ont un goût amer, sont employées pour assaisonner la nourriture et aromatiser les boissons alcooliques, et au Nigeria elles sont appréciées comme bâtons à mâcher. Le bois donne un excellent charbon de bois, mais il fournit également du bois de construction, des étais de mine, du bois d’œuvre pour la fabrication de meubles et de pirogues, des poteaux, ainsi que du bois de feu. Les feuilles sont employées pour le nettoyage et le récurage, par ex. des calebasses. En Afrique de l’Ouest, Morinda lucida est une plante importante en médecine traditionnelle. Les décoctions et infusions ou les emplâtres de racines, écorce et feuilles sont des remèdes reconnus contre différents types de fièvre, notamment la fièvre jaune, le paludisme, la trypanosomiase et les poussées de fièvre lors de l’accouchement. La plante est également employée en cas de diabète, hypertension, congestion cérébrale, dysenterie, maux d’estomac, ulcères, lèpre et blennorragie. Au Nigeria, Morinda lucida est l’un des 4 remèdes traditionnels les plus utilisés contre la fièvre. En Côte d’Ivoire, on emploie une décoction d’écorce ou de feuilles contre la jaunisse, et en R.D. du Congo on la combine avec un pansement d’écorce de racines réduite en poudre contre les démangeaisons et la teigne.

Production et commerce international

En Afrique de l’Ouest, les racines de Morinda lucida sont vendues dans les boutiques et sur les marchés locaux, tant comme teinture que comme médicament, mais on ne dispose pas de statistiques sur les quantités en jeu. Les feuilles et les ramilles sont vendues sur les marchés comme tonique médicinal pour les jeunes enfants.

Propriétés

On a isolé du bois et de l’écorce de Morinda lucida 18 anthraquinones, dont les colorants rouges 1-méthyléther-alizarine, rubiadine et dérivés, lucidine, soranjidiol, damnacanthal, nordamnacanthal, morindine, munjistine et purpuroxanthine. On a également trouvé deux anthraquinols, l’oruwal et l’oruwalol, qui donnent une couleur jaune et pourraient être des intermédiaires dans l’élaboration des anthraquinones. Outre les anthraquinones, on a isolé des tanins, des flavonoïdes et des saponosides.

Le bois est jaune (d’où le nom d’arbre à soufre), virant au brun-jaune dans l’aubier et au brun foncé dans le bois de cœur. Il est moyennement dense et dur ; il se travaille et se finit bien, et il est durable, résistant aux champignons et aux termites et autres insectes.

Des essais effectués sur des animaux confirment l’efficacité attribuée à diverses applications médicinales traditionnelles de Morinda lucida. Des extraits ont montré une action anti-inflammatoire, antipyrétique et antalgique dans des essais sur des rats, et ont activé l’évacuation stomacale et la motilité intestinale. Des extraits de feuilles ont montré in vitro une action antipaludéen contre Plasmodium falciparum, tandis que plusieurs autres essais ont confirmé des propriétés antidiabétiques. On a également relevé des effets inhibiteurs sur des tumeurs cancéreuses chez des souris. Un extrait de feuilles a provoqué une mortalité de 100% chez l’escargot d’eau douce Bulinus globulus à une concentration de 100 ppm.

Description

  • Arbuste ou arbre petit ou moyen sempervirent pouvant atteindre 18(–25) m de hauteur, avec un fût et des branches souvent tordus ou noueux ; écorce lisse à grossièrement écailleuse, grise à brune, présentant souvent des couches violettes distinctes.
  • Feuilles opposées, simples et entières ; stipules ovales ou triangulaires, de 1–7 mm de long, tombant précocement ; pétiole jusqu’à 1,5 cm de long ; limbe elliptique, de 6–18 cm × 2–9 cm, base arrondie à cunéiforme, apex aigu à acuminé, luisant au-dessus, parfois finement pubescent lorsque jeune, ensuite avec seulement des touffes de poils à l’aisselle des nervures à la face inférieure et quelques poils sur la nervure centrale.
  • Inflorescence : capitule pédonculé de 4–7 mm de diamètre, en groupes de 1–3 aux nœuds, opposés à une feuille isolée ; pédoncule jusqu’à 8 cm de long, portant à la base une glande stipitée et en coupe.
  • Fleurs bisexuées, régulières, 5-mères, hétérostylées, odorantes ; calice en coupe, d’environ 2 mm de long, persistant ; corolle en trompette, d’environ 1,5 cm de long, blanche ou jaune verdâtre, lobes ovales-lancéolés, jusqu’à 5 mm × 2,5 mm ; ovaire infère, 2-loculaire, style de 8–11 mm de long avec stigmate à 2 lobes de 4–7 mm de long ; étamines 5, insérées sur la gorge de la corolle, à filets courts.
  • Fruit : plusieurs drupes groupées en un syncarpe succulent presque sphérique de 1–2,5 cm de diamètre, tendre et noir à maturité ; noyau ovoïde comprimé, jusqu’à 6,5 mm × 4 mm, brun-rouge foncé, très dur, à une seule graine.
  • Graine ellipsoïde, d’environ 3,5 mm × 2 mm × 0,5 mm, jaunâtre, tendre.

Autres données botaniques

Le genre Morinda comprend environ 80 espèces qui se rencontrent dans tous les tropiques. En Afrique, on en trouve 5 espèces. Les capitules floraux et fructifères relativement petits sur de longs pédoncules minces sont des caractères distinctifs de Morinda lucida. D’autres espèces de Morinda fournissent aussi des teintures jaunes et rouges, mais elles ont généralement d’autres usages plus importants. De nombreuses espèces, dont celles d’Afrique, sont d’importantes plantes médicinales, de large application contre divers types de fièvre et d’infections. La puissante teinture extraite de l’écorce et des racines de Morinda citrifolia L. est utilisée dans les centres de teinture traditionnelle des textiles en Afrique. L’écorce des racines de Morinda geminata DC. est utilisée en Côte d’Ivoire pour teindre les tissus de coton traditionnels en rouge-orange vif, et l’écorce est également ajoutée dans les bains d’indigo pour favoriser la fermentation et obtenir des couleurs bleues plus foncées. On a isolé à partir de l’écorce des racines de Morinda longiflora G.Don les anthraquinones rouges 1-méthyléther-alizarine et rubiadine, et les feuilles et les racines de Morinda morindoides (Bak.) Milne-Redh. contiennent également des composés d’anthraquinones employés pour la teinture en rouge.

Croissance et développement

En Côte d’Ivoire, la floraison de Morinda lucida intervient de février à mai, la fructification d’avril à juin.

Ecologie

Morinda lucida pousse dans les savanes herbeuses, les pentes exposées, les fourrés, les forêts, souvent sur des termitières, parfois dans des zones régulièrement inondées, depuis le niveau de la mer jusqu’à 1300 m d’altitude.

Gestion

Les parties utiles de Morinda lucida sont le plus souvent récoltées sur des plantes sauvages. Ce n’est qu’exceptionnellement que des plantes sont cultivées dans des jardins familiaux. La multiplication peut se faire par graines et par boutures, mais on ne dispose d’aucune donnée détaillée.

Traitement après récolte

Pour la teinture, l’écorce des racines ou les feuilles sont utilisées fraîches, pilées ou hachées. Pour les couleurs rouges, les fibres à teindre doivent tout d’abord être mordancées avec des plantes tannifères et de l’alun. Pour les couleurs rouges et jaunes, les bains de teinture sont préparés par ébullition de l’écorce de racines ou des rameaux feuillés dans l’eau pendant une ou deux heures avant de filtrer et de plonger les textiles dans le liquide coloré et faire bouillir à nouveau jusqu’à obtention de la nuance désirée.

Ressources génétiques

Morinda lucida est répandu en Afrique et n’est pas menacé d’érosion génétique. On n’en connaît pas de collection de ressources génétiques.

Perspectives

Morinda lucida est une espèce à usages multiples intéressante, fournissant des teintures, du bois d’œuvre, du combustible et des médicaments traditionnels. Pour une évaluation fiable, toutefois, il faudrait davantage de recherche sur sa composition chimique et sur ses possibilités de culture.

Références principales

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  • Verdcourt, B., 1989. Rubiaceae (Rubioideae). In: Launert, E. (Editor). Flora Zambesiaca. Volume 5, part 1. Flora Zambesiaca Managing Committee, London, United Kingdom. 210 pp.

Autres références

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  • Olajide, O.A., Awe, S.O. & Makinde, J.M., 1998. The effects of Morinda lucida Benth. (Rubiaceae) extract on the gastrointestinal tract of rodents. Phytotherapy Research 12: 439–441.

Sources de l'illustration

  • Pauwels, L., 1993. Nzayilu N’ti: guide des arbres et arbustes de la région de Kinshasa Brazzaville. Scripta Botanica Belgica. Volume 4. Jardin botanique national de Belgique, Meise, Belgium. 495 pp.

Auteur(s)

  • C. Zimudzi, Department of Biology, National University of Lesotho, P.O. Roma 180, Lesotho
  • D. Cardon, CNRS, CIHAM-UMR 5648, 18, quai Claude-Bernard, 69365 Lyon, Cedex 07, France

Citation correcte de cet article

Zimudzi, C. & Cardon, D., 2005. Morinda lucida Benth. In: Jansen, P.C.M. & Cardon, D. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands. Consulté le 10 février 2020.


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