Moly

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"Le problème de l'identification du moly est un des plus difficiles de la botanique ancienne parce que les témoignages laissés tant par les Grecs que les Romains se rapportent à plusieurs plantes et que des confusions se sont inévitablement produites tout au long de la littérature médico-botanique. Les modernes sont loin d'être unanimes, puisque, pour le seul moly homérique, les identifications proposées représentent 8 familles et 10 genres." (André, 1974, in Pline, XXV, p. 100).

  • Leucojum aestivum
  • Galanthus nivalis, λευκόϊον - leukoion, "violette blanche". Le nom Galanthus est inconnu en grec et en latin anciens, et a été créé par Linné : Galanthum dicta a γάλα lac & ἄμθος flos, cum flos hic lactis instar niveus sit. [Je dis Galanthus, de γάλα - gala lait & ἄμθος - anthos fleur, parce que sa fleur est blanche de neige comme le lait.] (Hortus cliffortianus, 1738, p. 135)

Le nom μῶλυ est le neutre substantivé de l'adjectif μωλύς, lié au verbe μωλύομαι, "s'amollir, s'affaiblir". Le μῶλυ serait donc "ce qui émousse", en l'occurence "ce qui rend inopérantes les drogues de Circé". (Lamberterie d'après Amigues)

Ruel (1552), qui a écrit une traduction latine commentée de Dioscoride qui a fait autorité, dit que "le Moly est inconnu de notre temps". Les botanistes postérieurs y ont vu un Allium, et Caspar Bauhin, dans le Pinax de 1623, p. 75 (voir pdf) a une notice Moly et eius species où il distingue 14 taxons, sans parler d'autres synonymes dans son genre Allium.

Sources

Homère (10, 302-306)

ὣς ἄρα φωνήσας πόρε φάρμακον Ἀργεϊφόντης
ἐκ γαίης ἐρύσας καί μοι φύσιν αὐτοῦ ἔδειξε.
ῥίζῃ μὲν μέλαν ἔσκε, γάλακτι δὲ εἴκελον ἄνθος·
μῶλυ δέ μιν καλέουσι θεοί, χαλεπὸν δέ τ' ὀρύσσειν
ἀνδράσι γε θνητοῖσι· θεοὶ δέ τε πάντα δύνανται.

Sur ces paroles, le Tueur d'Argos me remit une herbe qu'il avait tirée du sol, et m'en fit voir la nature : de la racine elle était noire, mais sa fleur ressemblait à du lait ; les dieux l'appellent moly ; elle est difficile à arracher, du moins pour les mortels ; les dieux, eux, peuvent tout.

Théophraste (HP, 9, 15, 7)

τὸ δὲ μῶλυ περὶ Φενεὸν καὶ ἐν τῇ Κυλλήνῃ. φασὶ δ' εἶναι καὶ ὅμοιον ᾧ ὁ Ὅμηρος εἴρηκε, τὴν μὲν ῥίζαν ἔχον στρογγύλην προσεμφερῆ κρομύῳ τὸ δὲ φύλλον ὅμοιον σκίλλῃ· χρῆσθαι δὲ αὐτῷ πρός τε τὰ ἀλεξιφάρμακα καὶ τὰς μαγείας· οὐ μὴν ὀρύττειν γ' εἶναι χαλεπόν, ὡς Ὅμηρός φησι.

Le moly croît aux environs de Phénéos et dans le Cyllène. C'est, dit-on, une plante semblable à celle dont Homère a parlé, pourvue d'une racine ronde qui fait penser à un oignon et de feuilles semblables à celles de la scille ; on l'utilise pour les antidotes et les pratiques magiques ; toutefois elle n'est pas difficile à arracher, comme le dit Homère. (trad. Suzanne Amigues).

Dioscoride (3.47.1)

<μῶλυ>· τὰ μὲν φύλλα ἔχει ἀγρώστει ὅμοια, πλατύτερα δέ, ἐπὶ γῆν <κλώμενα>, ἄνθη <δὲ> λευκοΐοις παραπλήσια, γαλακτόχροα, ἥσσονα δὲ πρὸς τὰ τοῦ ἴου, καυλὸν δὲ λεπτόν, πή- χεων τεσσάρων· ἐπ' ἄκρου δὲ ἔπεστιν ὡσεὶ σκορδοειδές τι· ῥίζα δὲ μικρά, βολβοειδής.

αὕτη σφόδρα ἀγαθὴ πρὸς ὑστέρας ἀναστομώσεις τετριμμένη καὶ μετ' αἰρίνου ἀλεύρου προστιθεμένη ἐν πεσσῷ.

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RV: μῶλυ· οἱ δὲ λευκόϊον ἄγριον καλοῦσιν.

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Le molu a les feuilles semblables à celles du chiendent, mais plus larges, retombantes, des fleurs assez voisines de celles des perce-neige (leukoion), couleur de lait, mais plus petites que celles du perce-neige, une tige grêle, de quatre coudées, surmontée à l'extrémité comme qui dirait de quelque chose qui rappelle l'ail ; la racine est petite, bulbeuse - (ou : semblable à celle d'un muscari) -. Celle-ci, broyée et appliquée en pessaire avec de la farine d'ivraie, est très bonne pour les matrices béantes. (in extenso. - (trad. Suzanne Amigues)

RV : Molu : on l'appelle aussi "perce-neige sauvage". (trad. Suzanne Amigues)

Pline (XXI, 180)

Quin et alterum genus, quod halicacabon uocant, soporiferum est atque etiam opto uelocius ad mortem, ab aliis morion, ab aliis moly appellatum.

Il existe encore une autre espèce d'halicacabon ; elle est narcotique et conduit à la mort plus rapidement même que l'opium ; les uns l'appellent morion, les autres moly (trad. J. André, C.U.F., 1969).

Pline (XXV, 26-27)

(26) Clarissima herbarum est Homero teste quam vocari a dis putat moly, et inventionem eius Mercurio adsignat contraque summa veneficia demonstrationem. nasci eam hodie circa Pheneum et in Cyllene Arcadiae tradunt specie illa Homerica, radice rotunda nigraque, magnitudine cepae, folio scillae, effodi autem non difficulter. (27) Graeci auctores florem eius luteum pinxere, cum Homerus candidum scripserit. inveni e peritis herbarum medicis qui et in Italia nasci eam diceret adferrique e Campania autumni aliquot diebus, effossam inter difficultates saxeas, radicis XXX pedes longae ac ne sic quidem solidae, sed abruptae.

Traduction de Littré

VIII. (IV.) [1] La plante la plus célèbre est, d'après Homère, celle qu'il croit être appelée moly (allium magicum, L.) par les dieux : ce poète en attribue la découverte à Mercure, et il en signale l'efficacité contre les plus puissants maléfices (Od. X, 302). Aujourd'hui, dit-on, elle croît aux environs du lac Phénée, et dans la contrée de Cyllène en Arcadie. Elle est semblable à la description d'Homère ; elle a la racine ronde et noire, la grosseur d'un oignon et la feuille de la scille ; on a de la peine à l'arracher. Les auteurs grecs nous en peignent la fleur tirant sur le jaune, tandis qu'Homère a dit qu'elle était blanche. J'ai rencontré un médecin habile dans la connaissance des herbes, qui m'a assuré que cette plante croissait en Italie, et qui m'en a fait apporter quelques jours après de la Campanie un échantillon qu'on avait tiré à grande peine des difficultés d'un terrain pierreux. La racine avait trente pieds de long, et encore elle n'était pas entière ; elle s'était cassée.

Références

  • Amigues, Suzanne, 1995. Des plantes nommées moly. Journal des savants. 1 : 3-29. doi : 10.3406/jds.1995.1582
  • André, Jacques, 1958. Pythagorisme et botanique. Revue de Philologie, de Littérature et d'Histoire Anciennes, 32 : 218-243 (moly : pp. 233-241) aperçu
  • Dorie, M., 1967. Les plantes magiques de l'Odyssée. Lotos et moly. Revue d'histoire de la pharmacie, 55ᵉ année, 195 : 573-584. doi : 10.3406/pharm.1967.7693 (étude qualifiée de superficielle par Amigues)
  • Lamberterie, Ch. de, 1988. Grec homérique μῶλυ : étymologie et poétique. LALIES, 6 : 129-138.
  • Lamberterie, Ch. de, 1990. Les adjectifs grecs en -υς, Louvain-la-Neuve, t. I, 375-390
  • Stannard, Jerry, 1962. The Plant Called Moly. Osiris, 14 : 254-307.