Introduction |
Importance générale | |
Répartition en Afrique | |
Répartition mondiale | |
Fruit | |
Oléagineux | |
Fourrage | |
Sécurité alimentaire | |
Cucumeropsis mannii Naudin
- Protologue: Ann. Sci. Nat., sér. 5,5 : 30 (1866).
- Famille: Cucurbitaceae
- Nombre de chromosomes: 2n = 22
Synonymes
- Cucumeropsis edulis (Hook.f.) Cogn. (1881).
Noms vernaculaires
- Egousi-itoo, égousi, gousi (Fr).
- Egusi-itoo, white seed melon, dark egusi (En).
- Lipupu (Po).
Origine et répartition géographique
L’égousi-itoo se trouve à l’état sauvage depuis la Guinée-Bissau jusqu’au Soudan méridional, l’Ouganda et l’Angola. Il est cultivé essentiellement en Afrique de l’Ouest, surtout au Nigeria, mais aussi parfois ailleurs comme en Côte d’Ivoire, au Cameroun et en Centrafrique. Jadis, l’égousi-itoo était un légume-graines très important en Afrique de l’Ouest et dans certaines parties d’Afrique centrale lorsqu’il y avait de nombreuses forêts permettant de pratiquer une agriculture itinérante. Actuellement, il connaît un profond déclin et est remplacé par la pastèque égousi (Citrullus lanatus (Thunb.) Matsum. & Nakai).
Usages
L’égousi est cultivé principalement pour ses graines riches en huile. Une fois grillées et pilées pour extraire l’amande du tégument, les graines sont propres à la consommation. Les amandes sont moulues en une pâte blanchâtre qui est utilisée dans les soupes et les ragoûts. Les graines (y compris le tégument) sont aussi rôties et servies en amuse-gueule. Leur goût n’est pas sans rappeler celui de l’arachide.
Une huile semi-siccative de prix élevé est extraite de l’amande, tandis que le résidu sert de nourriture aux animaux ou est utilisé dans la préparation d’amuse-gueule locaux. L’huile convient à la cuisine, à la fabrication de savons, et, moins couramment, à l’éclairage. Elle peut aisément être raffinée pour obtenir des produits de qualité destinés à la table. Elle a une qualité et une valeur supérieures à l’huile de coton. La chair du fruit, bien que comestible, n’est pas consommée d’habitude.
Au Ghana, le jus du fruit mélangé à d’autres ingrédients est appliqué sur le nombril des nouveaux-nés pour en accélérer la cicatrisation jusqu’à ce que les restes du cordon tombent complètement. Au Gabon, les feuilles macérées sont utilisées pour purger les nourrissons constipés. En Sierra Leone, les jeunes bouviers utilisent traditionnellement comme corne d’appel la coque séchée d’un fruit d’égousi provenant d’un type à petits fruits allongés.
Production et commerce international
L’égousi-itoo est considéré comme le véritable égousi indigène en Afrique de l’Ouest et centrale et on peut en trouver des graines sur la plupart des marchés de la région. Au Nigeria, la demande de graines, en particulier dans les villes, a donné lieu à des plantations à grande échelle. Bien que sa production soit sur le déclin, l’égousi-itoo demeure un article ordinaire sur les marchés. Son commerce est essentiellement local. La Côte d’Ivoire en exporte vers le Nigeria, mais aucune information sur les quantités n’est disponible.
Propriétés
La valeur nutritionnelle de la graine d’égousi-itoo par 100 g est la suivante : eau 8,3 g, énergie 2282 kJ (545 kcal), protéines 26,2 g, lipides 47,3 g, glucides 14,2 g, fibres 4,0 g, Ca 86 mg (Leung, W.-T.W., Busson, F. & Jardin, C., 1968). Les graines sont riches en niacine (14,3 mg/100 g). L’amande renferme 44% d’huile par rapport à son poids. Un échantillon d’huile d’égousi-itoo de Côte d’Ivoire consistait de 64,9% d’acide linoléique, 12,4% d’acide oléique, 11,8% d’acide stéarique et 10,9% d’acide palmitique.
Falsifications et succédanés
L’égousi-itoo est remplacé dans de nombreuses régions par la pastèque égousi (Citrullus lanatus).
Description
- Plante herbacée monoïque grimpante atteignant jusqu’à 5(–10) m de long, grimpant par des vrilles simples ; tige anguleuse, peu poilue.
- Feuilles alternes, simples ; stipules absentes ; pétiole atteignant 2–12(–15) cm de long, d’abord pubescent puis glabre ; limbe à contour largement ovale, de (6–)9–18(–21) cm × 7–15(–21) cm, profondément cordiforme à la base, pentagonal à 3–5-palmatilobé avec des lobes triangulaires à ovales, bord sinué-denté, légèrement poilu sur les nervures, scabre-ponctué, avec des nervures palmées.
- Fleurs unisexuées, régulières, 5-mères, jaunes ; calice campanulé, lobes atteignant 6 mm × 1,5 mm ; corolle à lobes brièvement unis à la base ; fleurs mâles en grappe axillaire, souvent ombelliforme, pédicelle atteignant 2 cm de long, lobes de la corolle atteignant 7 mm × 5 mm, avec 3 étamines libres quasiment sans filets ; fleurs femelles solitaires à l’aisselle des feuilles, pédicelle atteignant 5 cm de long, lobes de la corolle atteignant 11 mm × 6 mm, avec un ovaire infère, fusiforme, 1-loculaire, style en forme de colonne, 3 stigmates 2-lobés.
- Fruit : baie ellipsoïde à obovoïde de 17–25 cm × 8–18 cm, verte à jaune pâle ou blanc crémeux, mouchetée, brillante, à chair blanche, renfermant de nombreuses graines.
- Graines obovales, aplaties, de 1–2 cm × 0,5–1 cm, lisses, blanches.
- Plantule à germination épigée ; cotylédons foliacés, elliptiques.
Autres données botaniques
Cucumeropsis comprend une seule espèce. Il appartient à la tribu Melothrieae, au même titre que Cucumis.
Croissance et développement
En Afrique occidentale, l’égousi-itoo est planté habituellement entre le mois de mars et le mois de mai, au début de la saison des pluies, et récolté 6–8 mois plus tard (entre septembre et décembre). C’est une plante qui a besoin d’être soutenue, c’est pourquoi on la trouve en général en bordure des jardins, grimpant dans les buissons et les arbres. En culture itinérante, les débris laissés après les brûlis leur servent de tuteurs. L’égousi-itoo s’accommode mal de la culture en plein champ ou de la culture en plat.
Ecologie
L’égousi-itoo pousse en forêt, souvent à la lisière ou dans des clairières, mais aussi en forêt marécageuse, dans des savanes plus humides ou des champs abandonnés, jusqu’à 1150 m d’altitude.
Multiplication et plantation
Au début de la saison des pluies, on plante 3–4 graines par trou. Le poids de 1000 graines est de (150–)220–250 g. Les plantules lèvent en général en 6–8 jours. L’égousi-itoo apparaît souvent en culture associée, et se développe sur des tuteurs en même temps que l’igname ou bien fixée sur un robuste treillage d’au moins 1 m de haut.
Gestion
L’égousi-itoo est encore récolté essentiellement sur des peuplements sauvages, qui sont souvent épargnés lors de l’essartage des champs. En culture, elle nécessite un sol riche en fumure ou en matière organique partiellement décomposée. Des apports d’engrais azotés et potassiques peuvent augmenter les rendements de façon considérable, alors qu’un engrais riche en phosphore s’est révélé avoir peu d’effet.
Maladies et ravageurs
Au Nigeria, une grave maladie provoquant la fonte des semis et causée par Macrophomina phaseolina a été signalée. Les fruits sont parfois attaqués par la mouche des fruits Dacus punctifrons. Les larves se développent dans le fruit et finissent par provoquer une pourriture. Les mouches des fruits s’attaquent aux fruits quel que soit leur degré de développement, pouvant altérer sérieusement la production. Les pupes se trouvent dans le sol, c’est la raison pour laquelle il est recommandé de ne pas planter dans le même champ l’année suivante. La punaise sauteuse Halticus tibialis peut sucer la sève des feuilles ; les jeunes feuilles se rident, les autres se gonflent autour des trous de succion puis meurent par la suite. Plusieurs autres ravageurs qui s’attaquent aux Cucurbitaceae affectent aussi l’égousi-itoo.
Les graines d’égousi-itoo stockées dans des jarres ouvertes peuvent être sérieusement endommagées par des coléoptères en l’espace de quelques semaines de stockage ; ces insectes ont été identifiés comme Triboleum castaneum et Lasioderma serricorne, et ils affectent aussi les fruits séchés du gombo (Abelmoschus spp.) et de la roselle (Hibiscus sabdariffa L.).
Récolte
La récolte s’effectue lorsque les tiges sont sèches et que les fruits ont viré du vert au blanc crémeux ou au jaune.
Rendement
En culture extensive, lorsque l’égousi-itoo est planté près de débris de troncs d’arbres, le rendement des semences est d’environ 300 kg/ha. En culture plus intensive, lorsque la terre a été essartée et brûlée avant d’être cultivée, il peut atteindre 900 kg/ha. Une plante produit en général 2–5 fruits, chacun d’eux pesant 0,8–1,8 kg et renfermant 90–400 graines (soit jusqu’à 100 g).
Traitement après récolte
Après la récolte, les fruits sont ouverts (en exerçant une pression sur eux ou en les fendant), puis mis en tas ou en fosse pendant 14–20 jours afin que leur chair pourrisse. Entre-temps, une forte odeur âcre s’en dégage, ce qui explique que l’extraction des graines a lieu loin de la maison. Ensuite, les graines sont dégagées et soigneusement lavées pour retirer l’épais mucilage qui les recouvre ; après quoi, elles sont couvertes de sable ou de cendres pour éviter qu’elles ne collent, ce qui rendrait le décorticage difficile. Les graines sont séchées jusqu’à environ 10% de taux d’humidité avant d’être conditionnées. L’emballage doit être minutieux et les paquets doivent être stockés à l’abri de toute humidité, sinon les graines peuvent germer. On chauffe les graines à 60°C pour faciliter leur décorticage. Le poids d’une graine décortiquée est d’environ 60% de celui d’une graine sèche entière. Les amandes sont moulues, et servent de légume ou bien à produire une huile végétale à usage domestique. La transformation des graines d’égousi-itoo prend beaucoup de temps et exige une main-d’œuvre importante ; c’est une des raisons pour lesquelles la pastèque égousi l’a en partie remplacée.
Ressources génétiques
Des ressources génétiques de diverses Cucurbitaceae utilisées comme légumes-graines, y compris Cucumeropsis mannii, sont conservées actuellement à la banque de gènes du National Centre for Genetic Resources and Biodiversity (NACGRAB), à Ibadan (Nigeria).
Perspectives
A moins que le rendement en graines de l’égousi-itoo ne puisse être augmenté et que la conduite de la culture comme le traitement des graines ne soient simplifiés, il est probable qu’il continuera d’être remplacé par des cultivars de pastèque égousi, bien que des marchés de niche puissent se développer.
Références principales
- Adewusi, H.G., Ladipo, D.O., Sarumi, M.B., Adebisi, A.A. & Vodouhe, 2000. Agronomy in Nigeria. In: Akoroda, M.O. (Editor). Agronomy Re-union Day: A book on the theory and practice of agronomy as it has been in the last 33 years from July 1967 to the present in support of the Department of Agronomy, University of Ibadan, Nigeria.
- Burkill, H.M., 1985. The useful plants of West Tropical Africa. 2nd Edition. Volume 1, Families A–D. Royal Botanic Gardens, Kew, Richmond, United Kingdom. 960 pp.
- Eyo, S.E., Homme, H. & Aber, H., 1981. The composition of carbohydrate and proteins in the seeds of Irvingia gabonensis, Cucumeropsis mannii and Mucuna solanei from Nigeria. Plant Research and Development 13: 107–113.
- Jeffrey, C., 1967. Cucurbitaceae. In: Milne-Redhead, E. & Polhill, R.M. (Editors). Flora of Tropical East Africa. Crown Agents for Oversea Governments and Administrations, London, United Kingdom. 157 pp.
- Leung, W.-T.W., Busson, F. & Jardin, C., 1968. Food composition table for use in Africa. FAO, Rome, Italy. 306 pp.
- Sarumi, M.B., Ladipo, D.O., Denton, L. & Adebisi, A.A., 2002. Collection of the genetic resources of edible melon in Nigeria. A collection report submitted to IPGRI-SSA. IPGRI, Rome, Italy.
- Schippers, R.R., 2002. African indigenous vegetables, an overview of the cultivated species 2002. Revised edition on CD-ROM. National Resources International Limited, Aylesford, United Kingdom.
- Stevels, J.M.C., 1990. Légumes traditionnels du Cameroun: une étude agrobotanique. Wageningen Agricultural University Papers 90–1. Wageningen Agricultural University, Wageningen, Netherlands. 262 pp.
- van Epenhuijsen, C.W., 1974. Growing native vegetables in Nigeria. FAO, Rome, Italy. 113 pp.
Autres références
- Adebowale, K.O., Adebowale, Y.A. & Nicholson, G., 2002. Triacylglycerols in some underutilized tropical seed oils. 1. Systematic studies of 10 oils. Rivista Italiana delle Sostanze Grasse 79: 267–272.
- Bates, D.M., Robinson, R.W. & Jeffrey, C. (Editors), 1990. Biology and utilization of the Cucurbitaceae. Cornell University Press, New York, United States. 485 pp.
- Busson, F., 1965. Plantes alimentaires de l’ouest Africain: étude botanique, biologique et chimique. Leconte, Marseille, France. 568 pp.
- Dalziel, J.M., 1937. The useful plants of West Tropical Africa. Crown Agents for Overseas Governments and Administrations, London, United Kingdom. 612 pp.
- Kapseu, C. & Parmentier, M., 1997. Composition en acides gras de quelques huiles vegetales du Cameroun. Sciences des Aliments 17: 325–331.
- Keraudren-Aymonin, M., 1975. Cucurbitaceae. In: Bamps, P. (Editor). Flore d’Afrique centrale. Spermatophytes. Jardin botanique national de Belgique, Brussels, Belgium. 152 pp.
- Ladipo, D.O., Sarumi, M.B., Adewusi, H.G. & Adebisi, A.A., 1999. ‘Egusi’ diversity in Nigeria. A commissioned survey report submitted to IPGRI-SSA. IPGRI, Rome, Italy.
- Raponda-Walker, A. & Sillans, R., 1961. Les plantes utiles du Gabon. Paul Lechevalier, Paris, France. 614 pp.
Sources de l'illustration
- Jeffrey, C., 1967. Cucurbitaceae. In: Milne-Redhead, E. & Polhill, R.M. (Editors). Flora of Tropical East Africa. Crown Agents for Oversea Governments and Administrations, London, United Kingdom. 157 pp.
- Stevels, J.M.C., 1990. Légumes traditionnels du Cameroun: une étude agrobotanique. Wageningen Agricultural University Papers 90–1. Wageningen Agricultural University, Wageningen, Netherlands. 262 pp.
Auteur(s)
- J.K. Egunjobi, University of Ibadan, P.O. Box 22675, Ibadan, Nigeria
- A.A. Adebisi, Centre for Environment, Renewable Natural Resources Management, Research and Development (CENRAD), P.M.B. 5052, Jericho Hills, Ibadan, Nigeria
Consulté le 4 avril 2025.