Meilleurs blés, Mélanges de blés

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Meilleurs blés, Choix de blés
Vilmorin-Andrieux, Les meilleurs blés (1880)
Supplément de 1909: Titre


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VI.
Des mélanges de blés

Nous nous sommes efforcé, dans les chapitres qui précèdent, de décrire chaque variété de blé prise isolément, et de donner des indications aussi précises que nous avons pu le faire sur les conditions les plus favorables à sa culture. Nous n'aurions pas cependant traité complètement notre sujet, si nous ne disions quelques mots d'une pratique conseillée par beaucoup d'agriculteurs expérimentés et que nous croyons en effet très recommandable: nous voulons parler du mélange de deux ou de plusieurs variétés, fait volontairement dans le but d'obtenir un produit plus abondant et plus assuré.

C'est un fait bien établi par de nombreux essais, que le mélange de deux variétés distinctes de blé donne presque constamment un rendement en grain plus considérable que celui qu'on aurait obtenu de l'une ou de l'autre de ces variétés cultivée seule; aussi voit-on souvent des cultivateurs habiles ensemencer leurs terres avec des blés mélangés.

On s'explique l'avantage de cette manière de faire, si l'on considère que chaque variété de blé diffère de toutes les autres, non seulement par ses caractères extérieurs, mais, dans une certaine mesure, par sa manière de se nourrir, par ses exigences spéciales, et par la nature des éléments qu'elle puise dans le sol; ce sont assurément des différences légères, mais suffisantes cependant pour exercer une influence marquée sur le rendement. On a dit très justement, en critiquant les semis trop serrés, que la mauvaise herbe la plus redoutable pour le blé, c'est le blé lui-même; cela est vrai, surtout si tous les pieds qui se trouvent en lutte et en concurrence appartiennent à la même variété, car les racines de chacun se trouveront constamment en contact avec les racines

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d'autres plantes qui, au même moment et à la même profondeur, rechercheront dans le sol précisément les mêmes aliments. Si deux variétés différentes ont été ensemencées conjointement, on peut s'imaginer facilement que la compétition ne sera pas aussi complète ni aussi acharnée.

Un autre avantage de la culture des blés mélangés, c'est qu'on en obtient en général du grain de plus belle apparence; c'est surtout le cas lorsqu'on a le soin de mélanger un blé à grain jaune ou blanc avec un blé à grain rouge, ou une variété à grain tendre avec une autre qui l'a un peu corné ou glacé; on obtient de la sorte ce qu'on appelle sur les marchés un blé panaché, ordinairement ces sortes de blés se vendent mieux que les blés purs. Il y a lieu de remarquer qu'on n'obtient généralement pas de très bons résultats si l'on se sert de nouveau, comme semence, du blé mélangé qu'on a récolté; presque toujours l'une des deux variétés arrive très promptement à dominer dans le mélange; il est donc bon de cultiver séparément et pures les variétés qui doivent être mélangées, et de ne les réunir qu'au moment du semis et dans les proportions que l'expérience aura montré être les plus avantageuses. On doit avoir soin de choisir, pour les cultiver en mélange, de blés qui se sèment à la même époque; cette considération doit avoir plus d'importance pour guider le choix du cultivateur que celle qui se tire de la maturité plus ou moins hâtive. On a remarqué en effet que si une variété précoce et une variété tardive sont cultivées en mélange, elles arrivent à mûrir à peu de chose près en même temps; la différence entre l'une et l'autre devient en tout cas si légère, que l'on peut, sans aucune crainte, couper le blé dès que l'une des variétés est mûre; l'autre alors achève parfaitement de mûrir en tas ou en moyettes.

Enfin, le mélange des blés permet d'obvier dans une certaine mesure aux inconvénients que pourraient présenter, sous certains rapports, des variétés du reste très bonnes et recommandables. Il y a, par exemple, des races productives donnant de très beau grain qu'on peut hésiter à cultiver seules, parce qu'on peut avec raison craindre de les voir verser; or, ces mêmes variétés mélangées avec d'autres de qualité moins fine, mais â paille très forte, très résistante, qui leur serviront d'appui, pourront mûrir dans de meilleures conditions et sans risquer de tomber; on obtiendra ainsi un produit assuré en grain et en paille. Nous donnons ci-après quelques exemples de mélanges de blés pris parmi les plus usités ou nous

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paraissant des plus recommandables. Nous répétons ici ce que nous avons dit à propos du classement des blés d'après les terrains qu'ils préfèrent: les indications que nous donnons n'ont rien d'absolu et ne doivent être acceptées comme définitives qu'après expérience faite dans chaque localité.

Mélanges pour terres franches ou d'alluvions riches

1° - A semer de bonne heure.

  • Blé blanc de Flandre et blé Victoria d'automne.
  • Blé Trump et blé Browick.
  • Blé blanc de Flandres et blé Prince Albert.
  • Blé blanc Shireff et blé rouge d'Écosse.
  • Blé Pétanielle blanche et blé Nonette de Lausanne.

2° - A semer en novembre.

  • Blé Victoria blanc et blé de l'île de Noé.
  • Blé Chiddam d'automne à épi blanc et blé à épi carré.
  • Blé Hunter et blé rouge inversable.
  • Blé red chaff Dantzick et blé de Saumur d'automne.

3° - A semer en février.

  • Blé Rousselin et blé de l'île de Noé.
  • Blé seigle et blé Richelle blanche de Naples.
  • Blé de Zélande et blé rouge de Saint-Laud.

4° - A semer en mars.

  • Blé Chiddam blanc de mars et blé de Saumur de mars.

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Mélanges pour terres argilo-calcaires

5° - A semer de bonne heure.

  • Blé blanc de Flandres et blé rouge d'Écosse.
  • Blé Hunter et blé de Crépi.
  • Blé Tunstall et blé Victoria d'automne.

6° - A semer en novembre.

  • Blé Chiddam d'automne à épi blanc et blé rouge inversable.
  • Blé Victoria blanc et blé de Saumur d'automne.
  • Blé de l'île de Noé et blé Chiddam d'automne à épi rouge.
  • Blé blanc de Hongrie et blé-rouge de Saint-Laud.
  • Blé roseau et blé rouge de Hongrie.
  • Blé Rousselin et blé à épi carré.

7° - A semer en février.

  • Blé red chaff Dantzick et blé rouge de Saint-Laud.
  • Blé Richelle blanche de Naples et blé Hérisson sans barbes.
  • Blé de l'île de Noé et blé d'Odessa sans barbes.
  • Blé Rousselin et blé seigle.
  • Blé de l'île de Noé et blé Richelle blanche de Naples.

8° - A semer en mars.

  • Blé Chiddam blanc de mars et blé de Noé.
  • Blé de Saumur de mars et blé Richelle blanche de Naples.

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Mélanges pour les argiles compactes et terres froides

9° - A semer à l'automne.

  • Blé à duvet et blé à épi carré.
  • Blé Tunstall et blé Browick.
  • Blé Poulard d'Australie et blé Pétanielle blanche.

10° - A semer au printemps.

  • Blé de Saumur de mars et blé Chiddam blanc de mars.
  • Blé Rousselin et blé Richelle blanche de Naples.

Mélanges pour terres maigres, sables ou graviers

11° - A semer de bonne heure.

  • Blé Hunter et blé de Crépi.
  • Blé blanc Shireff et blé Poulard blanc lisse.

12°- A semer en novembre.

  • Blé rouge de Hongrie et blé Chiddam d'automne à épi rouge.
  • Blé Rousselin et blé seigle.
  • Blé Hérisson et blé de l'île de Noé.

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13° - A semer au printemps.

  • Blé Hérisson et blé Victoria de mars.
  • Blé de Saumur de mars et blé carré de Sicile.

Nous pensons que ces quelques mélanges pourront suffire à donner l'idée de ceux qu'on peut faire dans les divers pays et dans les diverses conditions de la culture; nous nous sommes bornés, pour ne pas trop grossir cet ouvrage, aux cas les plus ordinaires. Si, au lieu de deux blés seulement, on jugeait à propos d'en mélanger davantage, il suffirait de réunir deux des mélanges que nous indiquons, ou d'en choisir un seul auquel on ajouterait un troisième blé pris parmi ceux qui figurent dans la même liste.

--fin du livre--