Meilleurs blés, Deuxième chapitre

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Premier chapitre
Vilmorin-Andrieux, Les meilleurs blés (1880)
Troisième chapitre


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II. Des influences qui modifient le rendement et la qualité des blés.

Les influences qui agissent de la manière la plus puissante sur la végétation et le rendement des blés sont, avant tout, celles du sol et du climat. Les maladies qui peuvent atteindre le blé doivent aussi être prises en considération, et l'expérience enseigne qu'elles sont plus fréquentes et plus graves dans certaines terres et dans certaines saisons que dans d'autres.

Il faut envisager le sol au point de vue de sa composition minérale, de sa richesse, de sa contexture physique et de sa préparation. Dans le climat il faut distinguer l'action du froid et de la chaleur, celle de la sécheresse et de l'humidité. Nous allons, aussi brièvement que possible, dire un mot de ces divers agents considérés en eux-mêmes et dans leur influence sur les blés, avant de passer à la description des principales variétés de froment, qui fait l'objet principal de cette publication.

Du sol.

Toutes les terres ne conviennent pas au blé, mais il en est peu qui ne puissent, par la culture et l'emploi des amendements, être amenées à produire avec profit la précieuse céréale. C'est que pour lui convenir parfaitement, il faut qu'un sol présente, avec une consistance moyenne, ni trop légère ni trop tenace, un mélange d'argile, de sable, de calcaire et de composés organiques.

Il est peu de pays qui ne possèdent des terres naturellement favorables à la culture du blé. Ce sont, avant toutes les autres, les alluvions, dans lesquelles les révolutions du globe ont opéré le mélange des divers éléments constitutifs

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des roches primitives. En même temps qu'elles contiennent d'ordinaire du sable et de l'argile mélangés, en proportions variables, entre eux et avec les composés calcaires, les terres d'alluvion sont habituellement unies et bien drainées, et les débris organiques n'y manquent jamais complètement. On peut dire que, de nos jours encore, en dépouillant les hauteurs et en comblant les vallées, la nature travaille à étendre la surface propre à être ensemencée en céréales.

Mais l'homme a aussi le pouvoir de transformer d'autres sols en terres à blé. Sur bien des points, les roches qui forment l'écorce du globe, granits schistes ou calcaires, ont été attaquées sur place par les agents naturels assez profondément pour fournir une couche arable d'une épaisseur et d'une consistance convenables pour la culture du blé. Quelques sols tout à fait sablonneux, quelques graviers presque stériles, sont à peu près les seuls terrains qui refusent de se laisser transformer en terres à blé. Le plus souvent l'apport de quelques amendements et d'engrais appropriés opéré par la main de l'homme suffit pour rendre la terre propre à la culture du froment. Il est certain qu'une immense étendue du territoire français actuellement consacrée à d'autres usages pourrait être à peu de frais amenée à produire du blé, si la culture en devenait plus profitable qu'elle ne l'est dans les circonstances actuelles.

Qu'elles possèdent naturellement ou qu'elles doivent à la culture l'aptitude à produire du blé, les terres doivent être soigneusement préparées avant d'en recevoir la semence. Si elles sont compactes et qu'elles retiennent l'eau, un drainage convenable doit les assainir. Si elles sont argileuses à l'excès et presque imperméables, il deviendra nécessaire de les labourer en billons. Dans tous les cas elles doivent être purgées des mauvaises herbes dans la mesure du possible, ameublies par de bons labours faits plusieurs semaines avant les semailles, et pourvues des éléments de fertilité qui peuvent leur faire défaut. Les détails relatifs à la préparation des terres et aux fumiers sont trop spéciaux pour trouver place ici. Enfin, l'époque du semis doit varier suivant les circonstances locales et suivant la variété cultivée.

Il peut être bon de dire ici quelques mots du choix des semences. On estime généralement que, pour la reproduction, le plus beau grain est le meilleur. Il n'en est pas toujours ainsi. Le blé qu'un meunier payera le plus cher ne sera

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pas toujours celui qui, semé, donnera les meilleurs résultats (étant bien entendu que l'on compare ici entre eux divers lots d'une même sorte de blé et non des variétés différentes), de même que l'animal le plus gras ne sera pas le meilleur reproducteur. Tout en distinguant les deux cas, qui ne sont pas strictement comparables, nous croyons que dans un blé très plein et très renflé, le développement et la vigueur du germe ne sont pas toujours en raison de la beauté du grain. Nous savons un des meilleurs agriculteurs de la Flandre française dont les excellentes terres portent des blés de Bergues admirables de blancheur et de grosseur, et qui, chaque année, va chercher pour ses semailles, dans un canton voisin moins fertile, du blé de la même race moins plein, mais plus nerveux que celui qu'il récolte lui-même. Nous croyons que cet exemple porte un enseignement: c'est qu'il faut aller prendre des semences dans une terre moindre plutôt que dans une terre meilleure que celle où elles doivent être transportées, et que par conséquent c'est une erreur de demander à des blés de semence d'être trop pleins et trop beaux.

Du climat.

Nous avons dit qu'en France l'étendue des terres à blé pourrait être considérablement accrue. Cela serait d'autant plus facile que le climat de notre pays convient remarquablement bien à ce genre de culture. Or l'influence du climat est extrêmement puissante sur le blé, et, bien qu'on en trouve des variétés qui s'accommodent des latitudes les plus extrêmes, les récoltes les plus abondantes et les plus beaux blés proviennent des climats tempérés, comme celui de l'Europe moyenne ou d'une partie de l'Amérique du Nord.

Les diverses variétés de blés demandent pour parcourir toutes les phases de leur végétation un espace de temps très variable. Sous le climat de Paris, les blés qui restent le plus longtemps en terre sont semés vers le 10 ou le 15 octobre et moissonnés à la fin de juillet. Certaines variétés ne réussissent bien que si elles sont semées de bonne heure, de manière à prendre pied dans le sol avant les froids. D'autres s'accommodent parfaitement de semis plus tardifs. En Écosse et même dans certains districts montagneux de la France, les semailles se font presque en même temps que la moisson, dans le mois de septembre. Le blé occupe alors le sol pendant une année entière.

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Les froments dont la végétation s'accomplit le plus rapidement, tels que certaines variétés de printemps, exigent un intervalle de soixante et dix à cent vingt jours, selon la latitude, entre la germination et la maturité, et pendant cet intervalle il faut que la lumière ne fasse pas défaut et que la température moyenne s'élève au moins pendant le dernier mois, c'est-à-dire entre la floraison et la maturité du grain, à 18° centigrades. La culture du blé s'arrête donc au nord là où ces conditions cessent de se rencontrer d'une manière régulière.

Dans les pays tropicaux le blé réussit assez mal et ne se cultive guère que sur les montagnes, où l'altitude tempère la chaleur du climat.

L'influence fâcheuse des températures extrêmes se fait sentir aussi dans la zone intermédiaire, et malgré leur rusticité les blés d'hiver souffrent parfois des rigueurs de la saison. Il est fort peu de variétés qui résistent à un froid sec de 15° ou 20° centigrades, et si la gelée survient quand la terre est humide, ou qu'elle reprenne de la force après un dégel incomplet, il suffit d'un froid bien moindre pour faire périr les blés.

Dans le centre de l'Europe, à l'époque des grands froids, la terre est habituellement couverte de neige, et c'est grâce à cette circonstance que la culture du blé y donne à peu près constamment de bons résultats. En France il n'en est pas toujours de même, et certains hivers sans neige ont gravement compromis la moisson. Sans remonter bien loin, nous pouvons citer celui de 1876 à 1877 où près d'un tiers des blés en terre a été détruit par les froids. La résistance des diverses variétés à l'action des gelées est assez inégale ; nous aurons soin, en décrivant chaque blé, de faire connaître ce que nous savons de ses aptitudes sous ce rapport. Qu'il suffise ici de dire que les races les plus rustiques se trouvent parmi les blés tendres d'hiver et parmi les épeautres.

Ce n'est pas seulement, au surplus, par le degré de froid des hivers que le climat agit sur les blés. Des chaleurs excessives survenant au moment où le grain se forme sont aussi très nuisibles aux récoltes. Le grain mûrit alors d'une manière précipitée, ne se remplit pas de farine, et reste petit, maigre, retrait, avec une cassure vitreuse ou cornée, comme l'ont habituellement les blés durs : on dit, dans ce cas, qu'il est échaudé.

Cet accident n'est pas rare et il est impossible de l'empêcher de se produire, mais on peut éviter le danger dans une certaine mesure en cultivant des blés

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moins sensibles que d'autres à l'action des vives chaleurs. C'est pour cette raison que dans les pays où les blés risquent d'être échaudés, on donne la préférence aux blés rouges, qui sont moins exposés à cet accident que les blés blancs. Souvent c'est sur les blés de printemps que les grandes chaleurs ont les effets les plus désastreux. Comme ils mûrissent en général une huitaine de jours plus tard que ceux d'automne, ils sont plus exposés à être surpris par les chaleurs de la fin de juillet avant que leur grain soit complètement formé. Nous en avons eu en 1871 un exemple dont bien des cultivateurs doivent se souvenir. Les comités de secours étrangers ont distribué des blés de printemps pour semence dans les départements les plus éprouvés par la guerre. Ces blés, mis en terre dans de bonnes conditions, mais un peu trop tardifs pour notre climat, n'ont monté qu'imparfaitement et n'ont pas produit de grain, arrêtés dans leur croissance par la chaleur et la sécheresse. Et pendant ce temps, en Angleterre, les mêmes blés donnaient d'excellents résultats comme blés de mars, parce que, sous l'influence d'un climat plus frais et plus humide, la végétation se poursuivait sans arrêt durant tout le mois de juillet, et la moisson mûrissait heureusement dans le courant d'août, tandis que chez nous depuis près d'un mois tout avait séché sur pied.

L'importance de l'action exercée sur le rendement des blés par la chaleur et la sécheresse des étés a une telle importance, qu'on ne saurait trop y insister. On n'irait pas trop loin, à notre avis, en disant qu'on dépayse plus un blé et qu'on en rend la réussite plus incertaine en le déplaçant de cent lieues dans le sens de l'ouest à l'est qu'en le transportant d'une distance égale du midi au nord. C'est du moins ce qui se passe en France d'une manière très frappante. Les variétés qui réussissent le mieux sur nos côtes de l'ouest et du nord-ouest sont en grande partie des blés blancs, un peu tardifs, mais fertiles en paille et en grain, qui, sous l'influence d'hivers doux et d'étés tempérés, donnent des récoltes aussi remarquables par leur abondance que par leur qualité. Ces mêmes variétés transportées en Champagne, en Bourgogne ou en Lorraine, sont parfois détruites par l'hiver, et quand elles résistent au froid, un coup de chaleur réduit souvent la récolte d'un tiers ou de moitié. L'expérience en a été faite bien des fois. Cela s'explique par la différence des climats, dont l'un, plus maritime, est doux et humide avec une température relativement constante, tandis que l'autre, plus

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continental, offre, avec une moyenne annuelle à peu près semblable, des températures extrêmes beaucoup plus divergentes.

Si le transport a lieu de l'est à l'ouest, ou plus généralement d'un climat continental vers un climat maritime, les inconvénients sont d'une autre nature : nous le verrons en parlant de la rouille.

Des maladies.

Nous avons dit que les blés sont sujets à diverses maladies dont l'influence sur le rendement en grain n'est pas à négliger; nous allons mentionner rapidement les principales.

ROUILLE. - La plus fréquente et la plus connue est la rouille, champignon microscopique qui se développe et se nourrit dans les tissus de la plante, et qui fait son apparition à l'extérieur sous forme de petits amas de poussière rougeâtre, tout à fait semblable à la rouille du fer, dont sont couverts les feuilles, les chaumes et même l'épi du blé malade. Or, nous avons remarqué un très grand nombre de fois qu'aux environs de Paris la rouille exerce principalement ses ravages sur les variétés de blés originaires des pays dont le climat est plus sec que le nôtre. C'est ainsi qu'il n'est presque pas possible de cultiver ici les magnifiques blés blancs de l'Australie, non plus que beaucoup de ceux de l'Amérique du Nord. Il y a quelques années, à la suite de la conquête de Khiva par les Russes, nous avons reçu une collection intéressante des blés cultivés aux environs de Tashkend, en Turkestan. A notre grand regret, elle a été perdue à peu près complètement, parce que la rouille a attaqué toutes les variétés avec une telle violence, qu'en deux ou trois ans elles ont cessé de produire du grain capable de germer. Plusieurs races de blé de la Russie méridionale sont dans le même cas, et la propension qu'a le blé de l'île de Noé à prendre la rouille nous paraît confirmer la croyance, généralement reçue, à son origine orientale.

La contre-partie de ces observations nous est fournie par les races qui nous viennent de l'Angleterre, des Pays-Bas, et par un blé provenant du Lazistan, sur la côte orientale de la mer Noire. Jamais nous n'avons vu ce blé rouillé: or le Lazistan est une province où il pleut aussi souvent et plus abondamment que dans notre Bretagne. Nous croyons pouvoir conclure de là qu'une variété de froment se défend d'autant moins bien contre la rouille qu'elle est originaire d'un climat plus sec en été.

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Ce qui n'est point une hypothèse, mais un fait d'observation, c'est que certains blés sont moins que d'autres exposés à la rouille; que leur origine ou leur constitution en soit cause, certaines variétés jouissent, sous ce rapport, d'une immunité plus ou moins complète, et cette considération doit influer sur le choix que fait le cultivateur d'une race à adopter.

CHARBON. - Nous en dirons autant au sujet du charbon, qui amène la destruction partielle et le plus souvent complète du grain et des balles dès avant l'épiaison, mais qui est moins fréquent dans le blé que dans l'orge et l'avoine. Un très petit nombre de variétés seulement est sujet à celle maladie, contre laquelle, non plus que contre la rouille, on ne connaît pas de remède.

CARIE.- Malheureusement plus fréquente est la carie ou noir, dont le siège est dans le grain, et qui en transforme le contenu en une poudre noire d'une odeur fétide. Presque tous les blés sont exposés à prendre cette maladie, qui est contagieuse. Elle ne paraît pas sévir plus particulièrement sur telle ou telle variété, et le traitement des semences par le sulfate de cuivre permet de l'éviter d'une manière à peu près certaine.

ERGOT. - Nous mentionnerons seulement en passant l'ergot, commun sur le seigle dans les années humides, rare en toutes circonstances sur le blé. C'est encore un champignon qui en est la cause, et la seule précaution qu'on puisse recommander consiste à débarrasser par des criblages le grain sain du grain ergoté, qui est un poison assez violent.

De la verse.

Enfin nous arrivons à l'un des plus grands fléaux des blés, qu'on peut regarder comme un accident plutôt que comme une maladie: nous voulons parler de la verse, si funeste partout, mais surtout redoutable dans les terres fertiles et bien cultivées.

On a cherché à expliquer la verse par diverses raisons physiques ou chimiques, notamment par le manque dans le sol de silicates alcalins. Nous croyons qu'elle est principalement amenée par trois causes dont chacune isolément peut suffire à la déterminer et qui souvent agissent de concert.

La première se trouve dans le tempérament propre de certaines variétés de blé dont l'épi est lourd et les feuilles amples et grandes, tandis que la paille n'en est pas assez ferme pour supporter le poids qui la surcharge. Le blé

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d'Odessa sans barbes ou Richelle de Grignon, le blé blanc de Mareuil, et plusieurs blés durs, présentent cet inconvénient, au moins sous le climat de Paris ; ils sont naturellement beaucoup plus exposés à verser que d'autres. Il est à remarquer que ce ne sont pas toujours les blés dont la paille est grosse et raide qui versent le moins, souvent au contraire ils s'abattent tout d'une pièce, tandis qu'on voit rester debout d'autres variétés dont la paille, plus mince et plus flexible, plie et ne rompt pas. Quand la verse est due à cette cause, elle ne se produit guère que quand l'épi est devenu lourd par l'effet du développement du grain ; la maturation peut alors se faire encore dans d'assez bonnes conditions, et, à part la difficulté plus grande de la moisson, le dommage n'est pas très grave.

Bien plus sérieux sont les effets de la verse quand elle est occasionnée par de grandes pluies ou des vents violents survenant vers le moment de la floraison ou peu après. Des champs entiers sont alors renversés ; les tiges, vertes et tendres, encore sont couchées les unes sur les autres et parfois pourrissent ou sont recouvertes par les mauvaises herbes, qui anéantissent presque tout espoir de récolte. Cette seconde cause de verse s'ajoute souvent à la troisième, qui en aggrave les conséquences. Celle-ci réside dans le mode de culture suivi et surtout dans les semis trop serrés. Quand après l'hiver le blé commence à prendre de la force, qu'il cesse de taller et s'apprête à monter en épis, les tiges, encore toutes basses, développent de longues et larges feuilles qui couvrent rapidement la terre. Si le semis est trop épais, ces feuilles forment à la surface du champ une sorte de feutre que ne peuvent traverser les rayons du soleil. Les jeunes tiges, affamées d'air et de lumière comme le sont toutes les parties aériennes des végétaux, s'allongent alors outre mesure pour sortir de l'ombre où elles languissent; elles s'étiolent, et, comme toutes les plantes étiolées, en viennent à ne plus pouvoir porter leur propre poids. En outre, confinées dans une atmosphère tiède et humide, elles sont quelquefois envahies par la moisissure. Le bon sens des paysans des environs de Paris leur a fait reconnaître le danger des blés trop drus et trop vigoureux au printemps, et leur a suggéré un remède approprié. Quand, au mois d'avril, un blé est trop beau en herbe, ils en coupent les feuilles à la faucille, sachant bien que les tiges ainsi effrondées (ou effromées, dans leur langage) se

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fortifieront par l'action de l'air et du soleil, et que le danger de la verse sera amoindri, sinon tout à fait écarté. Il serait fort difficile d'user de ce procédé dans la grande culture; il faut donc trouver un autre moyen de prévenir l'étiolement des blés, et ce moyen, la pratique des semis en lignes est là pour le fournir. En dirigeant les rayons du nord au sud et en les espaçant assez pour que les feuilles d'un rang ne recouvrent pas le rang voisin, on donne aux tiges toutes chances de se développer régulièrement sous l'influence de l'air et du jour, et de prendre de la force en même temps qu'elles s'accroissent en longueur. II faut avoir soin toutefois de ne pas répandre le grain trop dru sur les rangs, car alors on n'éviterait le danger qu'à moitié, les brins d'un même rang s'étouffant les uns les autres. On doit songer que les grains de blé semés au semoir germent à peu près tous, tandis que répandus à la volée, ils ne viennent à bien que dans la proportion de 50 pour 100 environ. Lors donc qu'au semoir on emploie autant de semence qu'à la volée, on sème par le fait deux fois aussi serré. Parmi de nombreuses expériences que nous avons faites à ce sujet, nous en citerons brièvement une qui nous paraît assez concluante. En plein champ, dans une bonne terre, mais dans les conditions ordinaires de la grande culture, nous avons ensemencé au semoir quatre parcelles semblables entre elles et d'égale étendue. Sur l'une d'elles qui servait de comparaison, on a mis environ 180 litres de semence à l'hectare; les autres n'ont reçu que la moitié, le tiers et le sixième de la semence donnée à la première, c'est-à-dire respectivement 90, 60 et 30 litres. Or, il s'est trouvé, à la récolte, que le rendement en paille et en grain allait croissant depuis la parcelle la plus serrée jusqu'à la plus claire, et non seulement le rendement de la dernière était le plus considérable, mais le grain en était encore le plus beau et le plus lourd à volume égal; il ne s'était produit de verse que sur une portion de la parcelle semée serré. Il s'agit ici d'un blé d'automne semé dès le mois d'octobre et en bonne terre. Plus tard, en saison, il faut semer plus épais. Il en est de même dans les terres pauvres, ainsi que pour les blés tallant peu, et surtout pour les blés de printemps. La grosseur ou la finesse du grain doivent aussi être prises en considération. L'expérience est à ce sujet le meilleur guide, mais elle doit être éclairée par la réflexion et le raisonnement.