Mammee (Arveiller)

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Arveiller, Raymond, 1963. Contribution à l'étude des termes de voyage en français (1505-1722). Paris, d'Artrey. 571 p.


115. Mammee

Nom accepté : Mammea americana


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Le mot a été relevé par M. Dauzat dans son dictionnaire étymologique avec les indications : « (mameis, 1533, Martyr) empr. à l'esp. mamei, mot de la langue arawak (Venezuela) ». K. König et G. Friederici sont d'accord avec De Goeje pour voir dans le mot espagnol un emprunt à l'arouak des Tainos d'Haïti [1].

Aux attestations fournies par K. König [2] on ajoutera les deux suivantes, qui ont leur importance pour le passage du mot dans la langue des géographes et botanistes aux XVIe-XVIIe siècles :

1575 : « parleray simplement de ceux qui sont hors de nostre cognoissance, et le premier est celuy que les habitans du païs [Haïti) appellent Mamey, l'arbre en estant grand, et qui a les feilles [sic] fort fresches, et le fruit aussi grand que les deux poings... ie laisse les Poiriers qui ne sont autres que celuy mesme que cy dessus auons appellé Mamey. » Belleforest, Cosmogr. univ., II, col. 2108 et 2109.
La source, donnée à la page même, est l'histoire des Indes d'Oviedo,

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  1. K. König, op. cit., s. v. ; - Friederici, Amerik. Wtb., s. v. - De Goeje, Nouvel exam., p. 16. Le mot manque dans le Dict. étym. de Bloch-von Wartburg.
  2. 1533, mameis (Martyr) - 1555, Mamey (Oviedo) - 1568, Mamay (Gomara) - 1579, Mamey (Benzoni) - 1598, Mameyes (Acosta) - 1640, Mameyes, Mameya (Laet) - 1640 mamains (Bouton).


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que Belleforest lit d'ailleurs dans la version italienne de Ramusio [1].

1615 : « Du Mamei. L'Arbre Mamei est tout semblable à un Chastaigner en figure et en grandeur... ». Des Moulins, traducteur du latin de Daléchamps, Hist. gén. des Plantes, II, p. 643.

Renvois à un ouvrage latin « Scaliger Exer. 181. 8. » et à l'ouvrage bien connu d'Oviedo « Liu. 8. ch. 20 ». Passage du mot espagnol au français par l'intermédiaire du latin [2].

Si le mot manque dans Furetière (1690), il apparaît sons deux formes chez Th. Corneille (1694) : « mameya », arbre ; « mameyes », plur., fruits. L'auteur du Dictionnaire des Arts a résumé, en la suivant de très près, la version française de l’Histoire du Nouveau Monde (1640) de De Laet [3]. Ce dernier signale qu'il cite Oviedo et Gomara :

« entre lesquels [fruits de la province de Tabasco] on prise grandement les Mameyes qu'Ouiedo descrit entre les fruicts de l'Isle Hispaniole en cette façon, c'est un très-bon fruict, le plus souuent rond, de la grosseur du poing, d'une escorce rude, de couleur leonine, ayant parfois deux, parfois trois noyaux, couuerts au milieu d'une petite peau deliee, de couleur de chastagne, d'un goust amer comme fiel... [4]. »

Texte de Corneille :

« Sorte de fruit qui se trouve aux Indes Occidentales dans la Province de Tabasco. On le met au rang des meilleurs fruits du Pays. Il est souvent rond, gros comme le poing, et a son ecorce rude, et quelquefois jusqu'à trois noyaux, couvert au milieu d'une petite peau deliée, de couleur de chastaigne, d'un goust amer comme fiel... »

De l'arbre propre à la « province de Darien », le traducteur de De Laet écrit :

« Entre les arbres porte-fruicts, Gomara celebre ceux-ci : Le Mameya arbre fort beau, verdissant gayement, branchu, ayant les fueilles plus longues que larges d'un bois poreux, portant un fruict gros et rond, d'un goust de percet, mais d'une chair comme le coing ; ayant trois ou quatre noyaux ioints ensemble qui sont grandement amers [5]. »

Texte de Th. Corneille :

« Arbre fort beau des Indes Occidentales, qui croist dans la Province de Panama. Il est d'un verd agreable, branchu et d'un bois

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  1. Voir sur ce point les articles Albatros, Banian, Coco.
  2. Le latin de Daléchamps, Hist. gen. Plantarum, . II, p. 1836, utilise la même forme. Bauhin (Pinax, p. 417) y renvoie.
  3. Celle-ci traduit la version latine (1633) ; voir sur ce point l'article Paresseux.
  4. P. 191. Partiellement cité par K. König, op. cit., s. v.
  5. P. 277. Id.


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poreux. Ses feüilles sont plus longues que larges, et le fruit qu'il porte est gros et rond. Sa chair est semblable au coing, et il a trois ou quatre noyaux joints ensemble qui sont fort amers [1]. »

Les termes qui passent dans le français en 1694 remontent donc à des termes espagnols ; le texte espagnol qui les contenait a été traduit en néerlandais ; la version néerlandaise a éte traduite (ou plutôt adaptée) en latin, et la version latine a été traduite à son tour en français.

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  1. Le Dictionnaire de Furetière (1727) écrit Mamei (comme Daléchamps), Mameya et Mameyes (dans le même article).