Maerua crassifolia (PROTA)
Introduction |
Importance générale | |
Répartition en Afrique | |
Répartition mondiale | |
Fruit | |
Légume | |
Colorant / tanin | |
Médicinal | |
Bois d'œuvre | |
Bois de feu | |
Fourrage | |
Fibre | |
Sécurité alimentaire | |
Maerua crassifolia Forssk.
- Protologue : Fl. Aegypt.-Arab. 104 (1775).
- Famille : Capparaceae
- Nombre de chromosomes : n = 10
Origine et répartition géographique
Maerua crassifolia est réparti dans les zones sahélienne et soudano-sahélienne depuis la Mauritanie et le Sénégal jusqu’en Somalie, et de là vers le sud jusqu’en Tanzanie. Il se rencontre aussi en Afrique du Nord et depuis la péninsule Arabique jusqu’au Pakistan.
Usages
Maerua crassifolia a des usages médicinaux dans toute son aire de répartition. La macération de feuilles fraîches broyées, mélangée à du beurre, sert de remède contre la diarrhée. Les feuilles broyées sont appliquées sur le corps pour soulager la fièvre. L’infusion de feuilles séchées se boit pour arrêter les vomissements et soigner les maux d’estomac. La décoction de feuilles séchées est absorbée pour traiter le paludisme, la jaunisse et la constipation. Elle est aussi appliquée sur des affections dermiques, notamment sur la tête. Le jus de feuilles fraîches aide à surmonter la constipation et, mélangé à de l’eau ou de la bouillie, le rhume ordinaire. L’infusion de l’écorce de tige broyée est absorbée comme boisson ou utilisée comme lavement pour soigner les problèmes de l’estomac. L’usage principal qui est fait de Maerua crassifolia par les Touaregs du Sahel est comme médicament vétérinaire. Ils nourrissent leurs chameaux affaiblis et infestés de tiques avec les plantes broyées de Maerua crassifolia, mélangées à du sel, de l’eau et du mil. Ceci donne une réduction radicale du nombre de tiques et de la diarrhée. Les infections oculaires des chameaux se traitent avec un collyre préparé avec le jus de feuilles mastiquées qui est pressé à travers une mousseline. Pour cicatriser les plaies sous la selle, les feuilles broyées sont versées là-dessus ou les feuilles sont cuites dans du beurre et utilisées en application topique. Les Gabras au sud de l’Ethiopie et au nord du Kenya se servent de l’infusion d’écorce comme remède contre la diarrhée des chamelons.
Les feuilles se consomment comme légume cuit et sont vendues localement à cette fin. En Afrique de l’Ouest et du Nord, les fleurs et les fruits sont également consommés. Au Kenya, les cendres sont utilisées par les Massaïs comme colorant noir. En tant que fourrage, il est une nourriture pour toutes sortes de bétail à l’exception des chevaux. Il est notamment important pendant la saison sèche. Les chameaux sont friands des pousses en fleurs. Le bois est très dur et sert à fabriquer des poteaux, des manches, des charrues, des abreuvoirs et des douves. En Afrique de l’Ouest, on le considère inadapté comme bois de feu car il produit une fumée d’une odeur dégoûtante. Cependant, les Chamus et les Rendilles au Kenya font usage du bois comme combustible. Les deux tribus désinfectent par fumigation leurs récipients au moyen d’un bâton ardent et notent une odeur agréable. Au Soudan, l’écorce s’utilise pour purifier l’eau. Les jeunes rameaux sont largement utilisés comme bâtons à mâcher, et en Afrique du Nord Maerua crassifolia est probablement l’espèce la plus fréquemment utilisée à cette fin.
Production et commerce international
Les feuilles fraîches ou séchées de Maerua crassifolia sont vendues sur les marchés locaux.
Propriétés
Différents extraits de feuilles de Maerua crassifolia en provenance du Mali ont été testés pour leur activité antioxydante, fongicide, larvicide et molluscicide, mais aucune activité significative n’a été observée. L’espèce est riche en β-carotène, et de ce fait elle a été proposée comme plante fourragère pour augmenter les teneurs en vitamine A dans le lait de vache.
Au Niger, les feuilles fortement odorantes ont été analysées pour leurs teneurs nutritionnelles et comparées à d’autres légumes-feuilles sauvages. Les teneurs en calcium et en sélénium sont élevées ainsi que la valeur calorifique. Les teneurs en fer et en magnésium étaient moyennes et les teneurs en cuivre, manganèse et phosphore étaient basses. Les feuilles contiennent jusqu’à 2,1% de protéines dans la matière fraîche et la composition en acides aminés est favorable pour la consommation humaine. La cuisson diminue l’amertume des feuilles.
La composition nutritionnelle des feuilles (matière sèche) broutées par les chameaux varie avec la saison. Les valeurs répertoriées sont les suivantes : protéines brutes 13,9–18,4%, fibres au détergent neutre 35–57% et cendres 12–28%.
Description
Arbre petit, étalé, fortement ramifié, atteignant environ 9 m de haut ; fût tordu, jusqu’à 40 cm de diamètre ; écorce lisse, écailleuse sur les troncs âgés, grise ; cime arrondie et aplatie, ouverte ; branches normalement pendantes, densément couvertes de petites lenticelles, jeunes branches pubescentes. Feuilles alternes sur les jeunes rameaux et groupées sur les rameaux plus âgés, simples et entières ; stipules étroitement triangulaires ; pétiole jusqu’à 3(–7) mm de long ; limbe oblancéolé, obovale ou obovale-elliptique, de 1–5,2 cm × 0,4–3,3 cm, obtus, apex émarginé ou rarement aigu, pubescent ou glabre. Inflorescence : groupe de 2–4 fleurs, parfois fleurs solitaires à l’aisselle de jeunes pousses. Fleurs bisexuées ; pédicelle de 3–10 mm de long ; sépales (3–)4(–5), de 7–9 mm de long, obtus, papyracés, pubescents ; pétales absents ; étamines 23–45, filets de 1–2 cm de long, blancs ; ovaire sur un gynophore atteignant 2 cm de long, cylindrique, 1-loculaire. Fruit : capsule cylindrique jusqu’à 5(–7) cm de long, sensiblement resserrée entre les graines, grise à brune, densément pubescente, contenant jusqu’à 15 graines. Graines subglobuleuses, d’environ 6 mm de diamètre, brun pâle, lisses.
Autres données botaniques
Le genre Maerua comprend environ 50 espèces, la majorité dans les régions sèches de l’Afrique tropicale, mais certaines s’étendant aussi au Proche-Orient et en Asie tropicale.
Plusieurs autres espèces de Maerua dans la région ont des usages médicinaux.
Maerua bussei
Maerua bussei (Gilg & Gilg-Ben.) Wilczek est un arbuste ou petit arbre sempervirent atteignant 5 m de haut, présent en Ouganda, en Tanzanie, en Zambie et en R.D. du Congo. En Tanzanie, la décoction des racines se boit ou bien les racines pilées se frictionnent sur la poitrine pour soigner les douleurs thoraciques.
Maerua duchesnei
Maerua duchesnei (De Wild.) F.White (synonyme : Ritchiea duchesnei (De Wild.) Keay) est un arbuste grimpant ou un petit arbre atteignant 8 m de haut dans la forêt semi-décidue. Il se rencontre depuis la Sierra Leone jusqu’au Soudan et en Ouganda. Au Congo, le jus de la racine chauffée sert de gouttes d’oreille pour soigner les oreilles enflammées. Le bois est doux, fibreux, dur, blanc, et s’utilise pour la sculpture au Nigeria.
Maerua oblongifolia
Maerua oblongifolia (Forssk.) A.Rich. est une espèce très variable dont l’aire de répartition se chevauche avec celle de Maerua crassifolia mais s’étend à l’Inde. C’est un arbuste buissonnant ou grimpant atteignant 3 m de haut, muni d’un système racinaire épais qui lui permet de repousser rapidement après les incendies annuels. En Ethiopie, les feuilles servent de pansement pour les blessures. En Afrique de l’Ouest, des parties non spécifiées de la plante s’utilisent en mélange avec d’autres plantes à traiter la syphilis. Au Ghana et en Ethiopie, les rameaux font office de cure-dents. L’activité antibactérienne a été confirmée dans l’extrait aqueux. Au Soudan, les tiges sont utilisées pour traiter le paludisme et l’extrait au méthanol de la tige s’est avéré efficace contre le parasite de la malaria. Des proto-alcaloïdes avec une fraction pyrrolidinique seraient responsables pour l’activité anti-plasmodium. En Ethiopie, les feuilles se consomment en légume. La plante sert de fourrage pour les moutons et les chèvres.
Croissance et développement
Maerua crassifolia fleurit normalement pendant la saison des pluies, mais à basse altitude également pendant la saison sèche. Il est considéré comme une plante à croissance lente.
Ecologie
Maerua crassifolia se rencontre dans la savane herbeuse sèche, la savane arbustive décidue, les fourrés et les maquis semi-désertiques sur sols sableux, depuis le niveau de la mer jusqu’à 1600 m d’altitude.
Multiplication et plantation
Maerua crassifolia se multiplie par graines.
Gestion
En Afrique de l’Ouest, Maerua crassifolia est habituellement épargné lors du défrichement des terrains, souvent protégé et parfois même planté.
Ressources génétiques
Maerua crassifolia est répandu mais n’est nulle part commun et il se rencontre disséminé. A l’exception d’un danger de surpâturage local par les chameaux, on n’a pas identifié d’autres menaces en Afrique tropicale. Cependant, en Afrique du Nord, l’exploitation intensive est à l’origine d’une régénération inadéquate et de la malformation des arbres. Le sable instable recouvre et étouffe les semis, ce qui contribue à diminuer son aire de répartition.
Perspectives
Maerua crassifolia a de nombreux usages médicinaux ainsi que d’autres applications. Cependant, très peu d’analyses pharmacologiques des différentes parties végétales ont été effectuées, et davantage de recherches sont requises pour évaluer son potentiel comme plante médicinale. Comme il est intensivement exploité en Afrique du Nord, des mesures de protection s’imposent afin de sauvegarder son aire de répartition.
Références principales
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Auteur(s)
- C.H. Bosch, PROTA Network Office Europe, Wageningen University, P.O. Box 341, 6700 AH Wageningen, Netherlands
Citation correcte de cet article
Bosch, C.H., 2013. Maerua crassifolia Forssk. In: Schmelzer, G.H. & Gurib-Fakim, A. (Editeurs). Prota 11(2): Medicinal plants/Plantes médicinales 2. PROTA, Wageningen, Pays Bas. Consulté le 6 avril 2025.
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