Lens culinaris (PROTA)

De PlantUse Français
Aller à : navigation, rechercher
Prota logo vert.gif
Ressources végétales de l'Afrique tropicale
Introduction
Liste des espèces


Importance générale Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svg
Répartition en Afrique Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svg
Répartition mondiale Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svg
Céréale / légume sec Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svg
Légume Fairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg
Fourrage Fairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg
Auxiliaire Fairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg
Sécurité alimentaire Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svg


répartition en Afrique (cultivé)
1, rameau en fleurs et en fruits ; 2, graines. Source: PROSEA
port de la plante en fleurs
plantes en fruits
divers types de graines
champ de lentille infesté par l’orobanche
battage
vannage

Lens culinaris Medik.


Protologue: Vorles. Churpfälz. Phys.-Ökon. Ges. 2 : 361 (1787).
Famille: Papilionaceae (Leguminosae - Papilionoideae, Fabaceae)
Nombre de chromosomes: 2n = 14

Synonymes

  • Lens esculenta Moench (1794),
  • Vicia lens (L.) Coss. & Germ. (1845).

Noms vernaculaires

  • Lentille, lentillon (Fr).
  • Lentil, common lentil (En).
  • Lentilha (Po).
  • Mdengu (Sw).

Origine et répartition géographique

La lentille est un des plus anciens légumes secs cultivés en Asie occidentale, en Egypte et en Europe méridionale. Elle est probablement originaire d’Asie occidentale, d’où elle s’est diffusée vers la Méditerranée, en Asie, en Afrique et en Europe. Dans l’Antiquité, la lentille faisait régulièrement partie de l’alimentation des Grecs, des Juifs et des Romains, et c’était le plat de subsistance des pauvres, surtout en Egypte. Elle a été associée à de nombreuses légendes, contes et coutumes, et c’est le premier légume sec mentionné dans la Bible. Les plus anciens restes archéologiques de lentille ont été retrouvés en Grèce, datés de 11 000 avant J.-C., ainsi qu’en Syrie, datés de 8500–7500 avant J.-C. Mais on ne sait pas bien s’il s’agissait de plantes cultivées ou sauvages. C’est à partir du 5e millénaire avant J.-C. que l’on trouve des graines identifiées sans conteste comme domestiquées. La lentille a été introduite aux Amériques, en Nouvelle-Zélande et en Australie. Elle est maintenant largement cultivée dans les régions tempérées et subtropicales, ainsi que dans les tropiques en altitude et pendant les saisons froides. En Afrique tropicale, elle est cultivée au Soudan, en Erythrée, en Ethiopie (principalement sur les hauts plateaux du nord, du centre et de l’est), au Kenya, en Tanzanie, au Malawi, au Zimbabwe, à Madagascar, à la Réunion et à l’île Maurice. Sa culture se pratique aussi au Maroc, en Tunisie, en Algérie, en Libye, en Egypte et en Afrique du Sud.

Usages

La lentille est surtout cultivée pour ses graines mûres, qui sont consommées principalement en sauces et en soupes. En Ethiopie, on les utilise pour confectionner le “kik wot” (sauce de graines cassées), de la soupe (à base de graines entières ou de farine), le “nufro” (cuites à l’eau et salées), l’ “azifa” (cuites et réduites en purée) et l’ “elbet” (pâte de farine de lentille). De nombreux autres plats à base de lentilles sont préparés dans différents pays. On peut citer une salade de lentilles épicée, des galettes de lentilles accompagnées d’une sauce au yaourt et à la coriandre, un hachis de lentilles et de champignons, et les pommes de terre aux lentilles. En Inde, les graines cassées (“dal”) s’emploient en soupe et la graine entière se mange salée et frite. Les graines sont réduites en une farine qui sert à fabriquer des galettes et des pains, ou à préparer des aliments spéciaux destinés par ex. aux nourrissons ou aux invalides. Les jeunes gousses, les graines germées et les feuilles se consomment comme légume.

On nourrit parfois les animaux, en particulier les volailles, avec des graines de lentille pour leur procurer des protéines. Elles sont parfois employées comme source d’amidon dans l’industrie textile et dans l’imprimerie. Les cosses, les téguments et les tiges feuillées fraîches ou sèches fournissent du fourrage pour le bétail. La lentille se cultive parfois pour le fourrage ou comme engrais vert, bien que la production en matière sèche soit peu élevée. Sa paille sert de combustible. Les graines, dit-on, seraient un remède contre la constipation et d’autres problèmes intestinaux. En Inde, elles sont appliquées en cataplasme sur les plaies qui mettent du temps à guérir. En Ethiopie, on attribue aux graines des propriétés aphrodisiaques.

Production et commerce international

D’après les statistiques de la FAO, la production mondiale de lentilles en 1999–2003 s’élevait à 3,1 millions de t/an sur 3,8 millions d’ha. Les principaux producteurs étaient l’Inde (948 000 t/an sur 1,43 million d’ha), le Canada (616 000 t/an sur 554 000 ha) et la Turquie (473 000 t/an sur 490 000 ha). En Afrique tropicale, le principal producteur est l’Ethiopie (47 000 t/an sur 78 000 ha). Environ 60% de la production de lentille en Afrique (Afrique du Nord comprise) provient d’Ethiopie, où la superficie cultivée a baissé depuis le milieu des années 1980, mais cette tendance s’est inversée depuis la fin des années 1990 en raison de la mise sur le marché de cultivars résistants à la rouille et à la fusariose. Au Malawi, la lentille est cultivée au nord (près de Mzimba) pour approvisionner la communauté indienne. Les exportations mondiales de lentilles en 1998–2002 se sont élevées à près de 1 million de t/an. Les principaux exportateurs étaient le Canada (430 000 t/an), la Turquie (127 000 t/an), l’Australie (124 000 t/an) et l’Inde (120 000 t/an). Les principaux importateurs étaient l’Egypte (90 000 t/an), le Sri Lanka (86 000 t/an) et la Turquie (81 000 t/an).

Propriétés

La composition de graines de lentilles mûres crues, par 100 g de partie comestible, est : eau 11,2 g, énergie 1413 kJ (338 kcal), protéines 28,1 g, lipides 1,0 g, glucides 57,1 g, fibres alimentaires 30,5 g, Ca 51 mg, Mg 107 mg, P 454 mg, Fe 9,0 mg, Zn 3,6 mg, vitamine A 39 UI, thiamine 0,48 mg, riboflavine 0,25 mg, niacine 2,6 mg, vitamine B6 0,54 mg, folates 433 μg et acide ascorbique 6,2 mg. La composition en acides aminés essentiels, par 100 g de partie comestible, est : tryptophane 251 mg, lysine 1957 mg, méthionine 238 mg, phénylalanine 1383 mg, thréonine 1006 mg, valine 1392 mg, leucine 2034 mg et isoleucine 1212 mg (USDA, 2004). Les principaux acides aminés limitants sont la méthionine et la cystine. Parmi les facteurs antinutritionnels on trouve les inhibiteurs de trypsine, les hémagglutinines, les tanins, les phytates et les oligosaccharides, mais leurs taux sont beaucoup plus faibles que ceux des pois et des fèves, par exemple, et la lentille a la réputation d’être plus facile à digérer. Le foin de lentille contient 10,2% d’humidité, 4,4% de protéines, 1,8% de lipides, 50,0% de glucides, 21,4% de fibres et 12,2% de cendres.

Description

  • Plante herbacée annuelle érigée, vert pâle, atteignant 60(–75) cm de haut ; tige carrée, fortement ramifiée ; racine pivotante mince.
  • Feuilles alternes, composées-pennées à 5–16 folioles ; rachis de (1–)2,5–3,5(–5) cm de long, généralement terminé par une vrille ou une soie ; stipules entières, de 2,5–6 mm de long ; folioles opposées ou alternes, sessiles, oblongues ou elliptiques, de (3–)10–15(–20) mm × (1,5–)2–5(–8) mm, entières.
  • Inflorescence : grappe axillaire, à 1–4(–7) fleurs ; pédoncule mince, de (2–)3–4(–5,5) cm de long.
  • Fleurs bisexuées, papilionacées ; pédicelle court ; calice campanulé, à 5 lobes étroits, tube d’environ 1,5 mm de long, lobes d’environ 3 mm de long ; corolle bleu pâle, blanche ou rose, étendard de 5–7 mm × 4–5 mm, ailes d’environ 4,5 mm × 1,5 mm, carène d’environ 4,5 mm × 2 mm ; étamines 10, dont 9 soudées et 1 libre, anthères uniformes ; ovaire supère, 1-loculaire, style infléchi, surface interne barbue.
  • Fruit : gousse rhomboïde, comprimée latéralement, de 6–20 mm × 3,5–12 mm, pourvue d’un court bec, à 1–2(–3) graines.
  • Graines en forme de lentille optique, de 2–9 mm × 2–3 mm, grises, vertes, vert brunâtre, rouge pâle mouchetées de noir, ou noires ; hile minuscule.
  • Plantule à germination hypogée.

Autres données botaniques

Lors d’une révision récente du genre Lens, 4 espèces ont été reconnues, sur la base de caractères morphologiques, de la capacité à s’hybrider, et de données cytogénétiques, biochimiques et moléculaires ; il s’agit de Lens culinaris (qui comporte des types tant sauvages que cultivés) et de 3 espèces sauvages : Lens ervoides (Brign.) Grande, Lens nigricans (M.Bieb.) Godr. et Lens lamottei Czefr. Lens ervoides se trouve en Afrique orientale (Ethiopie et Ouganda).

Lens culinaris a été divisé en 4 sous-espèces (1 cultivée et 3 sauvages) :

  • subsp. culinaris : stipules entières, lancéolées, gousse indéhiscente, glabre, tégument tacheté ; c’est la lentille cultivée ;
  • subsp. odemensis (Ladiz.) M.E.Ferguson et al. (synonyme : Lens odemensis Ladiz.) : stipules légèrement hastées, celles du bas au moins légèrement dentées, gousse déhiscente, glabre, tégument recouvert d’un motif en W ; originaire de Libye, d’Israël, de Turquie et de Grèce ;
  • subsp. orientalis (Boiss.) Ponert (synonyme : Lens orientalis (Boiss.) Hand.-Mazz.) : stipules entières, obliquement lancéolées, gousse déhiscente, glabre, tégument généralement tacheté ; c’est l’ancêtre sauvage de la lentille cultivée, répartie depuis la Grèce jusqu’à l’Ouzbékistan et depuis la péninsule de Crimée jusqu’en Jordanie ;
  • subsp. tomentosus (Ladiz.) M.E.Ferguson et al. (synonyme : Lens tomentosus Ladiz.) : stipules entières, obliquement lancéolées, gousse déhiscente, tomenteuse, tégument tacheté ; originaire de Syrie et de Turquie.

Les cultivars de lentilles ont été divisés en 2 groupes, principalement sur la base de la taille des graines :

  • Groupe Microsperma : fleurs petites (de 5–7 mm de long), bleu-violet à blanches ou roses, gousses petites, convexes, graines petites (diamètre inférieur à 6 mm, poids de 1000 graines inférieur à 45 g), convexes, cotylédons rouges, orange ou jaunes ;
  • Groupe Macrosperma : fleurs grandes (de 7–8 mm de long), blanches, rarement bleues, gousses grandes, généralement plates, graines grosses (diamètre supérieur à 6 mm, poids de 1000 graines dépassant 45 g), aplaties, cotylédons généralement jaunes, parfois orange.

Le Groupe Macrosperma est prédominant en Afrique du Nord, en Europe et en Amérique, tandis que le Groupe Microsperma domine en Asie, en Egypte et en Ethiopie. En Asie occidentale et dans le sud-est de l’Europe, on cultive les deux groupes de cultivars.

Croissance et développement

Lorsque les températures sont optimales, les graines de lentille germent en 5–6 jours. La floraison débute 6–7 semaines après le semis. La lentille est habituellement autogame, mais la pollinisation croisée par les insectes peut atteindre 1%. Le cycle de croissance est de 80–110 jours pour les cultivars à cycle court et de 125–130 jours pour les cultivars à cycle long. La nodulation de la lentille se fait efficacement avec Rhizobium leguminosarum.

Ecologie

La lentille est cultivée comme une annuelle d’été dans les zones tempérées et comme une annuelle d’hiver dans les régions subtropicales. Sous les tropiques, elle est cultivée à des altitudes élevées (1800–2500(– 2700) m en Ethiopie) ou comme plante de saison froide. Elle pousse à des températures moyennes de 6–27°C, mais elle ne convient pas aux régions tropicales chaudes et humides. Un gel intense ou prolongé et des températures bien supérieures à 27ºC affectent énormément la croissance. La lentille nécessite une pluviométrie annuelle d’environ 750 mm et un temps sec au moment de la récolte, mais des précipitations annuelles de 300–2400 mm sont tolérées. Elle tolère modérément la sécheresse, mais il existe des différences entre les cultivars. La lentille a normalement besoin de jours longs pour fleurir, mais là aussi la réponse varie selon les génotypes, et il existe des cultivars indifférents à la longueur du jour. En Ethiopie, la lentille se cultive au cours de la brève saison des pluies (“belg”, février–mai) et pendant la principale saison des pluies (“kiremt”, juin–décembre), la seconde étant prédominante. Pour éviter l’asphyxie racinaire, la culture “kiremt” est semée sur des vertisols à la fin de la saison des pluies (en septembre) et croît sur l’humidité résiduelle du sol. En Inde, la culture se pratique pendant l’hiver, également sur l’humidité résiduelle du sol. La lentille peut se cultiver sur de nombreux types de sol, depuis les sols sableux à argileux assez lourds, mais elle ne supporte pas les sols inondés ou engorgés. Un pH avoisinant 7,0 est optimal pour la production de la lentille, mais elle tolère des pH de 4,5–9,0. La lentille est généralement très sensible à la salinité.

Multiplication et plantation

La lentille se multiplie par graines. Le poids de 1000 graines est de 10–90 g. Stockées dans un endroit frais et sec, les graines restent viables pendant plus de 5 ans. Une période de dormance de 4–6 semaines est courante, et on a découvert que certains cultivars répondaient à la vernalisation. La température minimale de germination est de 15ºC et la température optimale se situe vers 18–21ºC ; des températures supérieures à 27ºC sont nocives. Le lit de semis de la lentille doit être ferme et lisse. Les graines sont semées à la volée, ou plantées en lignes espacées de 20–90 cm en ménageant 5–25 cm entre les plantes sur la ligne. Les densités de semis vont de seulement 10 kg/ha en culture associée à 150 kg/ha pour les cultivars à grosses graines en culture pure. La profondeur de semis est de 1–6 cm selon la taille des graines et l’humidité disponible. La lentille est le plus souvent cultivée seule, mais il arrive qu’elle soit associée à d’autres cultures, par ex. en Inde avec l’orge, la moutarde ou le ricin.

Gestion

La lentille ne concurrence pas bien les adventices, surtout à l’état jeune. Elle doit être semée dans un champ propre et un désherbage doit généralement être effectué dans les 3 semaines après le semis. La lentille répond normalement bien aux engrais phosphorés. Une lentille qui a bien nodulé réagit rarement à l’application d’azote. Une culture de lentilles produisant environ 2 t/ha de graines absorbe environ 100 kg de N, 12 kg de P et 65 kg de K à l’ha. Au Soudan, la culture est irriguée, mais dans les autres régions d’Afrique tropicale, c’est une culture pluviale. En Ethiopie, la lentille est souvent produite en rotation avec les principales céréales à petit grain. Dans une rotation, il faut éviter de semer des lentilles après d’autres légumineuses, des Brassica, du tournesol ou de la pomme de terre, car ils sont sensibles aux mêmes maladies.

Maladies et ravageurs

Les maladies les plus importantes de la lentille sur le plan économique sont la rouille (Uromyces viciae-fabae), l’ascochytose (Ascochyta fabae f.sp. lentis), la pourriture grise (Botrytis cinerea), la stemphyliose (Stemphylium botryosum), la pourriture du collet (Sclerotium rolfsii) et la fusariose (Fusarium oxysporum f.sp. lentis). Les autres maladies fongiques sont le rhizoctone (Rhizoctonia solani), l’oïdium (Erysiphe polygoni, Leveillula taurica), l’anthracnose (Colletotrichum spp.), l’alternariose (Alternaria alternata) et la pourriture de la tige et des racines (Sclerotinia sclerotiorum). La rouille, la fusariose et la pourriture des racines sont les maladies les plus importantes au Soudan, en Erythrée et en Ethiopie. Des pertes de rendement de 10% dues à la rouille et de 50% à cause de la fusariose des tiges et de la pourriture des racines ont été enregistrées sur la lentille cultivée sur vertisol en Ethiopie. Le symptôme de la rouille est le changement de couleur des tiges et des feuilles, qui de vertes deviennent violettes ; en cas d’infection grave, la rouille entraîne la mort de la plante. La propagation de la rouille est favorisée par une humidité élevée et des températures modérées (17–25ºC). Les mesures de lutte font appel à la destruction des plantes atteintes, au traitement des semences aux fongicides et au recours à des cultivars résistants. La fusariose entraîne un enroulement des feuilles, suivi par le flétrissement de certains rameaux ou de la plante entière. Elle est favorisée par les sols légers et secs. Les mesures de lutte préconisées sont la rotation des cultures, le traitement des semences aux fongicides et le recours à des cultivars résistants. Des programmes de lutte intégrée contre les maladies ont été conçus pour lutter contre la fusariose et la pourriture des racines en Ethiopie et au Soudan. Les produits destinés au traitement des semences doivent être choisis et employés avec soin, car ils peuvent interférer avec le processus de nodulation. Plusieurs maladies virales affectent la lentille, les plus importantes étant le virus de la mosaïque du concombre (CMV), le virus de la jaunisse nécrotique de la fève (FBNYV), le virus de la mosaïque de la luzerne (AMV) et le virus de la maladie bronzée de la tomate (TSWV). Le virus de la mosaïque du pois transmis par graines (PSbMV) est courant en Ethiopie.

Les pucerons sont parmi les insectes ravageurs les plus importants de la lentille. En Ethiopie, le puceron du pois (Acrythosiphon pisum) est le plus important, car il provoque jusqu’à 25% de perte de rendement. Les graines stockées attirent les bruches (Callosobruchus spp.). L’orobanche (Orobanche spp.) est une adventice parasite importante de la lentille en Méditerranée et en Asie occidentale ; il est difficile de l’éliminer par des pratiques culturales ou des moyens génétiques.

Récolte

On récolte la lentille lorsque les gousses virent au jaune-brun et que les plus basses sont encore fermes. Si l’on attend davantage, cela peut conduire à l’égrenage. Dans de nombreuses régions, la plante est coupée à la main au niveau du sol et on la laisse sécher une dizaine de jours avant de procéder au battage et au vannage. Une autre méthode, en Ethiopie par exemple, consiste à récolter les plantes en les arrachant à la main, puis à les laisser sécher au champ jusqu’à ce que les graines aient atteint un taux d’humidité de 12–13%. Aux Etats-Unis, la récolte est mécanisée, et s’opère de préférence lorsque l’humidité est de 18–20%, de façon à éviter qu’il y ait trop d’égrenage et de graines abîmées.

Rendement

En Ethiopie, le rendement moyen en graines de lentilles avoisine les 600 kg/ha, ce qui est inférieur à la moyenne mondiale d’environ 800 kg/ha. Sur les hautes terres éthiopiennes, où le cycle de culture est long, des rendements de près de 4 t/ha ont été obtenus au cours d’essais, et de plus de 2 t/ha dans les champs des agriculteurs où les pratiques culturales conseillées avaient été suivies. En Asie, les rendements moyens en graines sont de 300–600 kg/ha en cultures associées et de 900–1100 kg/ha pour les cultures pures. Des rendements en tiges feuillées atteignant 7 t/ha sont envisageables pour les lentilles tardives en Ethiopie.

Traitement après récolte

La récolte de lentilles doit être séchée à un taux d’humidité de 11–14% ; à un taux inférieur, les graines ont tendance à se briser. En Ethiopie, on étale les plantes séchées sur une aire en ciment, sur laquelle elles sont dépiquées par des animaux de ferme, après quoi les graines sont séparées des résidus par vannage. Les graines nettoyées sont conservées entières ou décortiquées. A cause des insectes des greniers, surtout Callosobruchus spp., les graines de lentilles ne sont pas conservées plus de six mois, sauf si le stockage se fait dans une fosse (sous terre). Les graines récoltées mécaniquement peuvent être séchées dans des séchoirs à air chauffé, mais la température ne doit pas excéder 43ºC, afin de réduire l’éclatement du tégument.

Ressources génétiques

La plus grande collection de ressources génétiques de lentilles est celle de l’ICARDA (Centre international de recherche agricole sur les régions arides, à Alep, en Syrie), avec environ 10 000 entrées, dont des Lens sauvages. D’importantes collections sont également conservées à l’Australian Temperate Field Crops Collection (à Horsham, Victoria (Australie), environ 4800 entrées), à l’USDA-ARS Western Regional Plant Introduction Station (à Pullman, Washington (Etats-Unis), environ 2800 entrées), et à l’Institut Vavilov (à St. Petersbourg (Russie), environ 2400 entrées). La plus grande collection de ressources génétiques en Afrique tropicale (environ 370 entrées) est détenue par l’Institute of Biodiversity Conservation (IBC), à Addis Abeba (Ethiopie), pays considéré comme un centre secondaire de diversité pour la lentille. Quelques entrées de Lens ervoides ont été recueillies par l’IBC. La lentille cultivée présente un large spectre de variabilité au plan morphologique, aussi bien dans les parties végétatives que reproductives. Des analyses à l’aide de marqueurs biochimiques et moléculaires tels que RFLP et RAPD ne font généralement ressortir que peu de variabilité génétique, mais la variabilité est plus apparente lorsqu’on utilise des marqueurs ISSR.

Sélection

Comme c’est le cas pour de nombreuses autres espèces autogames, la variabilité génétique de la lentille s’est structurée en variétés locales fixées endémiques de zones bien précises. Depuis les années 1920, les travaux de sélection ont porté prioritairement sur la collecte et l’évaluation des variétés locales, sur la base de leur rendement, de la taille des graines et de la résistance aux maladies. Aujourd’hui, la sélection est complétée par des programmes de croisement, l’objectif principal étant le rendement, mais on s’intéresse également à l’adaptation générale, à la tolérance aux stress écologiques, à la résistance aux maladies et aux ravageurs, et à la qualité nutritionnelle. D’énormes progrès ont été accomplis en matière de résistance à la rouille, à la fusariose, à l’ascochytose et à la stemphyliose.

L’ICARDA a été mandaté au niveau mondial pour effectuer les recherches sur l’amélioration de la lentille. Les programmes nationaux d’amélioration de la lentille dans les pays producteurs utilisent leurs propres collections de ressources génétiques ainsi que des introductions provenant d’autres instituts. Ces programmes nationaux de pays producteurs de lentilles ont mis sur le marché de nombreux cultivars. L’Ethiopie, par exemple, a produit 10 cultivars (‘EL-142’, ‘R-186’, ‘Chalew’, ‘Chekol’, ‘Adaa’, ‘Gudo’, ‘Alemaya’, ‘Assano’, ‘Alem Tena’ et ‘Teshale’) ; elle est en train d’en créer d’autres, destinés à différentes zones agroécologiques. Des cultivars issus de programmes de croisement sont également en cours d’obtention. Le Soudan quant à lui a produit des cultivars destinés à son agriculture irriguée.

On estime que les espèces sauvages apparentées sont potentiellement intéressantes pour améliorer la tolérance aux stress écologiques. Divers instituts se penchent sur l’aptitude au croisement de ces espèces sauvages entre elles et avec la lentille cultivée. Habituellement, les croisements entre Lens culinaris et Lens ervoides ou Lens nigricans avortent, mais les hybrides F1 peuvent être sauvés et produire des générations F2 en ségrégation viables et largement fertiles.

On est parvenu à mettre en place des cultures de tissus de lentille à partir de méristèmes apicaux, de segments nodaux et de plantules intactes. On a obtenu une transformation génétique de plantes de lentille par électroporation, bombardement de particules et grâce aux méthodes utilisant Agrobacterium. Des plantes transgéniques fertiles ont été obtenues à l’aide du bombardement de particules. Des cartes de liaison génétique de la lentille ont été dressées.

Perspectives

Les graines de lentilles sont savoureuses, relativement faciles à cuire et possèdent d’excellentes qualités nutritionnelles en raison de leur teneur élevée en protéines et de leur bonne digestibilité. Si la sensibilité de la lentille aux maladies, en particulier la rouille et la fusariose, a freiné son développement, d’énormes progrès ont été accomplis dans la sélection pour la résistance aux principales maladies. En Afrique du Nord et de l’Est, la demande en lentilles reste élevée, tandis que la superficie cultivée et la production, demeurées constantes ou en déclin jusqu’à la fin des années 1990, se sont redressées par la suite. La lentille connaît à l’heure actuelle un regain de la demande à l’export, qu’il est possible de satisfaire grâce aux efforts de la recherche et du développement pour accroître les rendements, mettre sur pied des systèmes d’approvisionnement en semences, et améliorer la qualité grâce aux industries de transformation. C’est une culture adaptée à des régions agroécologiques variées et qui est utile en rotation avec les céréales. Par conséquent, son rôle dans les systèmes agraires reste important, en particulier en Ethiopie.

Références principales

  • Bayaa, B. & Erskine, W., 1998. Diseases of lentil. In: Allen, D.J. & Lenné, J.M. (Editors). The pathology of food and pasture legumes. CAB International, Wallingford, United Kingdom. pp. 423–471.
  • Ferguson, M.E., Maxted, N., van Slageren, M. & Robertson, L.D., 2000. A re-assessment of the taxonomy of Lens Mill. (Leguminosae, Papilionoideae, Vicieae). Botanical Journal of the Linnean Society 133: 41–59.
  • Jansen, P.C.M., 1989. Lens culinaris Medikus. In: van der Maesen, L.J.G. & Somaatmadja, S. (Editors). Plant Resources of South-East Asia No 1. Pulses. Pudoc, Wageningen, Netherlands. pp. 51–53.
  • Kay, D.E., 1979. Food legumes. Crops and Product Digest No 3. Tropical Products Institute, London, United Kingdom. 435 pp.
  • Knight, R. (Editor), 2000. Linking research and marketing opportunities for pulses in the 21st century. Proceedings of the third international food legumes research conference. Kluwer Academic Publishers, Dordrecht, Netherlands. 800 pp.
  • Muehlbauer, F.J., Cubero, J.I. & Summerfield, R.J., 1985. Lentil (Lens culinaris Medic.). In: Summerfield, R.J. & Roberts, E.H. (Editors). Grain legume crops. Collins, London, United Kingdom. pp. 266–311.
  • Muehlbauer, F.J. & Kaiser, W.J. (Editors), 1994. Expanding the production and use of cool season food legumes: a global perspective of persistent constraints and of opportunities and strategies for further increasing the productivity and use of pea, lentil, faba bean, chickpea and grasspea in different farming systems. Proceedings of the second international food legume research conference on pea, lentil, faba bean, chickpea, and grasspea, Cairo, Egypt, 12–16 April 1992. Kluwer Academic Publishers, Dordrecht, Netherlands. 991 pp.
  • Telaye, A., Bejiga, G., Saxena, M.C. & Solh, M.B. (Editors), 1994. Cool-season food legumes of Ethiopia. Proceedings of the first national cool-season food legumes review conference, 16–20 December 1993, Addis Ababa, Ethiopia. ICARDA, Aleppo, Syria. 440 pp.
  • Webb, C.G. & Hawtin, G.C., 1981. Lentils. CAB, Farnham Royal, United Kingdom. 216 pp.
  • Zohary, D., 1995. Lentil. In: Smartt, J. & Simmonds, N.W. (Editors). Evolution of crop plants. 2nd Edition. Longman, London, United Kingdom. pp. 271–274.

Autres références

  • Abraham, A. & Makkouk, K.M., 2002. The incidence and distribution of seed-transmitted viruses in pea and lentil seed lots in Ethiopia. Seed Science and Technology 30(3): 567–574.
  • Bejiga, G., Tsegaye, S. & Tullu, A., 1995. Stability of seed yield for some varieties of lentil grown in the Ethiopian highlands. Crop Research 9: 337–343.
  • Bejiga, G., Tsegaye, S., Tullu, A. & Erskine, W., 1996. Quantitative evaluation of Ethiopian landraces of lentil (Lens culinaris). Genetic Resources and Crop Evolution 43: 293–301.
  • Durán, Y., Fratini, R., García, P. & Pérez de la Vega, M., 2004. An intersubspecific genetic map of Lens. Theoretical and Applied Genetics 108(7): 1265–1273.
  • Erskine, W., 1997. Lessons for breeders from land races of lentil. Euphytica 93: 107–112.
  • Gulati, A., Schryer, P. & McHughen, A., 2002. Production of fertile transgenic lentil (Lens culinaris Medik.) plants using particle bombardment. In Vitro Cellular and Developmental Biology - Plant 38: 316–324.
  • Hawtin, G.C. & Chancellor, G.J. (Editors), 1979. Food legume improvement and development. Proceedings of a workshop held at the University of Aleppo, Syria, 2–7 May, 1978. International Development Research Centre, Ottawa, Canada. 216 pp.
  • ICARDA, 2002. Annual report 2001. International Center for Agricultural Research in the Dry Areas (ICARDA), Aleppo, Syria. 112 pp.
  • Lock, J.M., 1989. Legumes of Africa: a check-list. Royal Botanic Gardens, Kew, Richmond, United Kingdom. 619 pp.
  • Polhill, R.M., 1990. Légumineuses. In: Bosser, J., Cadet, T., Guého, J. & Marais, W. (Editors). Flore des Mascareignes. Famille 80. The Sugar Industry Research Institute, Mauritius, l’Office de la Recherche Scientifique Outre-Mer, Paris, France & Royal Botanic Gardens, Kew, Richmond, United Kingdom. 235 pp.
  • Popelka, J.C., Terryn, N. & Higgins, T.J.V., 2004. Gene technology for grain legumes: can it contribute to the food challenge in developing countries? Plant Science 167: 195–206.
  • Rubeena, Ford, R. & Taylor, P.W., 2003. Construction of an intraspecific linkage map of lentil (Lens culinaris ssp. culinaris). Theoretical and Applied Genetics 107(5): 910–916.
  • Smartt, J., 1976. Tropical pulses. Longman, London, United Kingdom. 348 pp.
  • Sonnante, G. & Pignone, D., 2001. Assessment of genetic variation in a collection of lentil using molecular tools. Euphytica 120: 301–307.
  • Summerfield, R.J. (Editor), 1988. World crops: cool season food legumes. A global perspective of the problems and prospects for crop improvement in pea, lentil, faba bean and chickpea. Proceedings of the international food legume research conference on pea, lentil, faba bean and chickpea held at the Sheraton Hotel, Spokane, Washington D.C., USA, 6–11 July 1986. Kluwer Academic Publishers, Dordrecht, Netherlands. 1179 pp.
  • Tadesse, N., Ali, K., Gorfu, D., Yusuf, A., Abraham, A., Ayalew, M., Lencho, A., Makkouk, K.M. & Kumari, S.G., 1999. Survey for chickpea and lentil virus diseases in Ethiopia. Phytopathologia Mediterranea 38(3): 149–158.
  • Thulin, M., 1983. Leguminosae of Ethiopia. Opera Botanica 68: 1–223.
  • USDA, 2004. USDA national nutrient database for standard reference, release 17. [Internet] U.S. Department of Agriculture, Agricultural Research Service, Nutrient Data Laboratory, Beltsville Md, United States. http://www.nal.usda.gov/fnic/foodcomp. November 2004.
  • Westphal, E., 1974. Pulses in Ethiopia, their taxonomy and agricultural significance. Agricultural Research Reports 815. Centre for Agricultural Publishing and Documentation, Wageningen, Netherlands. 263 pp.
  • Williams, P.C., Bhatty, R.S., Deshpande, S.S., Hussein, L.A. & Savage, G.P., 1994. Improving nutritional quality of cool season food legumes. In: Muehlbauer, F.J. & Kaiser, W.J. (Editors). Expanding the production and use of cool season food legumes: a global perspective of persistent constraints and of opportunities and strategies for further increasing the productivity and use of pea, lentil, faba bean, chickpea and grasspea in different farming systems. Proceedings of the second international food legume research conference on pea, lentil, faba bean, chickpea, and grasspea, Cairo, Egypt, 12–16 April 1992. Kluwer Academic Publishers, Dordrecht, Netherlands. pp. 113–129.

Sources de l'illustration

  • Jansen, P.C.M., 1989. Lens culinaris Medikus. In: van der Maesen, L.J.G. & Somaatmadja, S. (Editors). Plant Resources of South-East Asia No 1. Pulses. Pudoc, Wageningen, Netherlands. pp. 51–53.

Auteur(s)

  • G. Bejiga, Green Focus Ethiopia, P.O. Box 802, Addis Ababa, Ethiopia

Citation correcte de cet article

Bejiga, G., 2006. Lens culinaris Medik. In: Brink, M. & Belay, G. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands. Consulté le 10 avril 2019.


  • Voir cette page sur la base de données Prota4U.