Latex (Planchon, 1888)

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Caractères généraux
Planchon, 1888. Etude sur les produits des Sapotées
Bois


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PRODUITS FOURNIS PAR LE LATEX


Les Sapotées laissent découler par les incisions pratiquées sur leur écorce un latex spécial, assez semblable comme aspect à celui qui fournit le caoutchouc, mais dont les propriétés sont fort différentes. Ce suc concrété constitue une substance particulière, dure à la température ordinaire, mais devenant plus ou moins ductile par l'eau chaude. Malléable dans ces conditions, elle rend aujourd'hui de très-grands services et est appelée à en rendre de plus grands encore. Cette substance porte, suivant les variétés considérées, les noms de Gutta-Percha, Balata, Maçaranduba, etc. Elle mérite d'être étudiée avec soin.


GUTTA-PERCHA

La Gutta-Percha (l) (ou mieux Gueutta Pertcha) est appelée souvent Gomme de Sumatra, nom qui n'est du reste qu'une traduction du premier. Elle porte aussi le nom de Gomme Gettania.

L'historique de la question des Guttes est extrêmement intéressant, en même temps qu'un peu complexe. Ce sujet a été


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(1) Il est regrettable, d'après Hooker, que cette substance n'ait pas conservé son nom véritable, qui est Gutta-Taban, le nom malais de Gutta-Percha s'appliquant dans le pays à un produit analogue, mais qui n'est pas celui du Dichopsis Gutta. On verra plus loin quelle est la vraie signification du mot gutta-percha dans le commerce malais.


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traité dans la thèse inaugurale de M. le docteur Beauvisage (1) ; il est donc inutile d'y revenir autrement que pour résumer la question en quelques mots. Signalée pour la première fois par Tradescant, puis oubliée, la Gutta-Percha fut de nouveau découverte par le docteur Montgomerie, en 1842. Celui-ci ne vit pas la plante productrice. Thomas Lobb, le premier, envoya de Singapore des échantillons qui permirent à Hooker de déterminer la plante comme une Sapotée. Plus tard Hooker, sur de nouveaux échantillons du docteur Oxley, rapporta l'arbre au genre Isonandra de Wight et le nomma Isonandra Gutta. Mais il reste de grands doutes sur l'identité des plantes envoyées en Angleterre par Lobb d'abord, par Oxley ensuite. Bentham rangea plus tard l'arbre à la Gutta-Percha dans le genre Dichopsis de Thwaites, sous le nom de Dichopsis Gutta, à cause de ses fleurs 6-mères et de l'absence de l'albumen, qui séparent ce genre des Isonandra proprement dits. Enfin on tend aujourd'hui à faire de cette plante une espèce du genre Palaquium de Blanco (Palaquium Gutta H. Bn), genre probablement légitime, mais que plusieurs auteurs mettent parmi les Bassia, tandis que Bentham et Hooker le considèrent comme rentrant dans les Dichopsis.

Le Dichopsis Gutta Benth. (Isonandra Gutta Hook.), Tuban ou Taban des Malais, est un fort bel arbre, qui atteint jusqu'à 30 mètres de haut (2) et qui pousse principalement au pied des collines, dans des terrains d'alluvions.

C'est près de Singapore qu'on l'a d'abord observé. On a dit ensuite qu'il existait dans la plupart des îles de la Malaisie, probablement à cause de la quantité de Gutta-Percha qu'on exportait de ces îles. Mais les arbres à Gutta sont fort nom-


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(1) Contribution à l'étude des origines botaniques de la Gutta-Percha. Paris, 1881.

(2) Vide Descript. in Baillon, Botan. médicale.


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breux, et, d'après Burck, le D. Gutta habitait exclusivement l'île de Singapore, sans même se rencontrer sur la péninsule malaise. Il a, du reste, été à peu près complètement détruit, et il n'en reste que quelques pieds.

Le Dichopsis Gutta a fourni au début la plus grande partie de la Gutta du commerce. Aujourd'hui, ce sont d'autres arbres du même groupe qui ont remplacé le producteur primitif, et il y aura lieu de faire une énumération aussi succincte que possible des arbres qui peuvent être ou qui sont utilisés sous ce rapport. Mais, pour le moment, il faut étudier d'abord la Gutta-Percha sans se préoccuper de son origine botanique exacte.

Récolte. — Le procédé ordinaire, qui commence fort heureusement à être un peu abandonné aujourd'hui, consiste à abattre l'arbre. On coupe des sujets ayant environ trente-cinq à cinquante ans ; on en enlève l'écorce en bandelettes circulaires, et on reçoit le latex dans des vases, ou bien on fait sur l'arbre abattu des incisions circulaires à un pied l'une de l'autre. Ce procédé primitif et imprévoyant n'avait guère d'inconvénients, vu le nombre des arbres, tant que la substance n'était employée que par les indigènes pour leurs chaussures ou le manche de leurs outils. Mais, la Gutta-Percha une fois connue en Europe, les usages se multiplièrent, et les demandes augmentèrent dans une proportion fabuleuse. D'après les chiffres données par M. Beauvisage, la quantité varia de 104 kilos en 1844 à 771,800 kilos en 1848. De là une activité fébrile dans l'abatage des arbres, qui tombaient les uns après les autres sans que personne songeât à l'avenir. Malgré les avertissements réitérés, ce gaspillage incroyable continua et, il faut bien le dire, continue encore. Le Dichopsis Gutta vrai, de l'île de Singapore, a à peu près disparu ; les quelques pieds qui restent dans l'île et dans le Jardin botanique de Buitenzorg sont protégés par l'administration, et il est défendu d'y toucher. Certes, les arbres ne manquent pas encore complètement dans


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ces immenses îles de la Sonde ; ils y sont au contraire fort nombreux. Mais peu à peu les arbres du littoral disparaissent ; on doit s'enfoncer dans les terres de plus en plus pour en trouver de nouveaux. Il faut songer, en effet, que la quantité de lait fournie par chaque arbre n'est pas très-considérable et n'approche pas de celle qu'on retire des arbres à caoutchouc.

D'après M. Bleekrod, chaque arbre abattu donne douze catties, soit 7 kil. 411. Naudin admet une moyenne de dix catties par pied, et pense qu'il faut dix arbres pour fournir un picul de gutta-percha. Si l'on songe que, du 1er janvier 1845 au 30 juin 1847, en deux ans et demi, on a exporté, de Singapore seulement en Europe, 6,918 piculs, on voit qu'il a fallu abattre 70,000 arbres à peu près dans cette courte période (1). M. Simmons pense qu'en neuf ans on doit en avoir abattu à peu près un million. En 1844 a commencé l'exploitation, et déjà, en 1847, il ne restait plus un seul arbre à gutta sur la pointe de la péninsule malaise. Tout récemment encore, en 1877, on a abattu 11,000 arbres en un seul mois (2).

Cette méthode d'abatage et d'écorçage, telle qu'elle est pratiquée à Sumatra, offre d'autres inconvénients que la destruction des arbres. En effet, le suc est reçu sur des feuilles étendues sur le sol, et, comme l'écoulement en est fort lent, la terre, les feuilles sèches, les débris de toute sorte viennent s'y mêler. Les pluies dispersent une partie de ce suc, et M. Seligmann-Lui a pu dire que, sur la totalité du suc produit par l'arbre, une partie n'est pas recueillie, une seconde est gâtée, une troisième est perdue.

Aujourd'hui, cependant, l'abatage des arbres commence à être abandonné et on en vient, dans quelques pays, à la sage


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(1) Naudin, Égoïsme et imprévoyance ; Fl. des serres et des jardins de l'Europe. (Article 883 des Miscellanées, vol. 11, p. 21, 1856.)

(2) Naudin et von Müller, Manuel de l'acclimateur, p. 320.


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méthode de l'incision. Les incisions se font vers la base de l'arbre ; elles ont 1 à 2 centimètres de profondeur et, en tout cas, ne doivent pas dépasser l'écorce. La quantité de suc ainsi recueillie, soit dans des noix de coco, soit dans des vases en feuilles de palmier, est assez variable. Mais l'expérience a démontré que le rendement est plus fort que par l'abatage. On peut, paraît-il, obtenir par arbre jusqu'à 18 kilogrammes de suc (l). Les chiffres de M. Bleekrod sont moins forts. Un arbre de 90 centimètres de circonférence, jeune encore par conséquent, donne à chaque saignée, pendant la saison des pluies, 79 gr. 2, et, pendant la saison sèche, 138 gr. 3. Dans un cas comme dans l'autre, la comparaison de chiffres montre l'absurdité de l'abatage (2).

Le suc qui découle de l'arbre est blanc, parfois jaune pâle, ou diversement coloré par les matières que renferme l'écorce ou le bois. On le dessèche en couches minces, qui brunissent par la dessiccation, puis on superpose ces couches pour former des pains ou des blocs. Parfois on hâte la dessiccation en employant la chaleur artificielle. Après la récolte, qui dure un mois environ, on fait bouillir la masse, puis on la coupe en lanières que l'on comprime avec les pieds, pour en faire des gâteaux pour le commerce (3).

En somme, tous ces procédés d'extraction sont fort primitifs et la perte de substance est considérable. Wray (4) a constaté que l'écorce rejetée du Payena Maingayi contient encore


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(1) Cauvet, Nouv. Élém. de mat. médicale, t. II, p. 727.

(2) Je dois ajouter pourtant que, d'après plusieurs auteurs dignes de confiance, l'incision donne fort peu de résultats, car le suc se concrète à l'orifice et arrête l'écoulement. Il se peut que ces différences d'appréciation soient dues à des observations faites sur des points et sur des espèces différentes.

(3) Bleekrod, Répert. de chimie de Barreswill.

(4) Kew Report, 1881.


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11,4 de gutte, qu'on pourrait en extraire par trituration et ébullition.

Essais de culture et Commerce. — En ce moment, du reste, on se préoccupe beaucoup de remédier à cette destruction des arbres à Gutte, et cela de trois façons: 1° en replantant les arbres détruits sur les lieux mêmes ; 2° en essayant de les acclimater sur d'autres points du globe ; 3° en recherchant d'autres essences capables de fournir de bons produits.

Les essais d'acclimatation ne sont pas assez avancés pour qu'on puisse en parler encore ; mais la reconstitution sur place offre moins de difficultés, et le nombre des espèces trouvées qui peuvent remplacer le Dichopsis Gutta est déjà considérable, comme on pourra le voir plus loin.

Il faudrait d'abord que les espèces botaniques donnant la Gutta-Percha la meilleure et la plus abondante fussent bien nettement déterminées. Des résultats nombreux sont déjà obtenus ; mais il faut bien dire qu'il règne encore une assez grande confusion sur ce point. Le travail de M. Beauvisage résume les connaissances acquises au moment où il a paru (1881). Les écrits de M. Pierre ont commencé à jeter une vive lumière sur cette question complexe, et il est permis de penser que la publication de la monographie que prépare ce savant botaniste, auquel j'ai déjà fait allusion dans la préface de cette étude, sera doublement précieuse et par les progrès qu'elle fera faire à la botanique pure et par les avantages que l'industrie ne manquera pas d'en retirer.

M. Sagot pense que l'on fera bien de faire des semis sous bois dans les forêts et de favoriser la croissance des jeunes plants, en éclaircissant successivement et par degrés les arbres autour d'eux. Il ne faudrait pas, d'après lui, chercher à constituer une forêt uniquement composée d'arbres à gutte, mais former plutôt un bois où ils entreraient en fortes proportions, mêlés à des arbustes à bois mou et à croissance rapide, et à


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quelques arbres de familles diverses. La variété des essences est utile à la forte végétation des arbres et à leur durée dans les forêts intertropicales (1).

L'administration des postes et télégraphes s'est préoccupée vivement de la production des Guttes, du commerce de cette substance et de la qualité comparée des sortes. Des missions pour l'étude de ces questions ont été, à plusieurs reprises, confiées à des ingénieurs. En 1883, M. Seligmann-Lui a visité Sumatra et la Cochinchine en vue d'étudier l'acclimatation possible des arbres à Gutte dans nos possessions d'Asie (2). M. Seligmann-Lui n'est botaniste à aucun degré, et n'a pas cherché à résoudre la question par les noms spécifiques appliqués aux échantillons recueillis. Il s'est attaché de préférence aux noms vulgaires des sortes, pensant que les naturels sauraient toujours trouver l'arbre qui répond à tel ou tel nom. Il distingue d'après ces noms, en tenant compte des différences de prononciation, neuf espèces : pour trois, la preuve de la qualité du produit est faite, et il n'y a plus qu'à s'efforcer de les multiplier ; pour les autres, il faut attendre que l'expérience ait décidé. La meilleure sorte est celle que les Malais connaissent sous le nom de Derrian ou Taban. Au second rang, viennent le Sundek et le Batou. Le nom malais des arbres à Gutte est Mayang.

Le rapport de M. Seligmann-Lui (3) conclut à l'essai de l'introduction des bonnes espèces en Cochinchine, sur des points qu'il indique ; mais il montre en même temps que les conditions géologiques et météorologiques réalisées dans cette


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(1) P. Sagot, in Litt.

(2) M. Serrulas a reçu une mission analogue, qui n'a pas, que je sache, été encore l'objet d'un rapport. M. Serrulas est reparti récemment pour l'archipel Malais, où il voyage en ce moment.

(3) Annales télégraphiques, 1883.


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région ne sont pas du tout celles des pays d'origine, et l'auteur a en somme peu de confiance dans les résultats. La côte Est de la presqu'île de Malacca lui paraît offrir de bien plus grandes chances et même la certitude du succès.

La culture des arbres à Gutte devient une nécessité de plus en plus pressante. La lecture du rapport de M. Seligmann-Lui montre fort bien, en effet, les causes de la disette ; elle montre en même temps que ces causes, loin de tendre à disparaître, ne peuvent que s'accentuer de jour en jour, et qu'avec les années la demande augmentera sans cesse, tandis que la production ira en diminuant.

Le cadre de cette étude ne permet pas de donner ici les chiffres que l'on trouvera dans des traités spéciaux, et qui montrent l'accroissement énorme de la demande à mesure que les usages de l'électricité se multiplient.

Dans les conditions actuelles, ce commerce ne peut s'étendre ; la quantité diminue, et, il faut bien le dire, la qualité aussi ; bien des industries ont déjà abandonné complètement l'usage de la Gutta-Percha, qui est devenue hors de prix et chaque jour plus falsifiée. Il est donc grand temps de prendre des mesures, et les producteurs trouveront, s'ils réussissent, une source de richesse dans l'exploitation de leurs plantations.

Actuellement, la Gutta-Percha vaut, à poids égal, six fois plus que le café et douze fois plus que le sucre !

C'est Singapore qui est le plus grand marché des Guttes, car Macassar est relativement peu important.

Caractères et propriétés. — La Gutta-Percha arrive dans le commerce européen sous forme de gros pains arrondis ou de blocs considérables, qui pèsent de 10 à 20 kilogrammes. Elle est fort impure et contient tous les débris que le bois, l'écorce de l'arbre, la terre même, ont pu lui laisser pendant son extraction.


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La couleur est plus ou moins foncée, suivant l'état de pureté. Épurée, elle est d'un blanc grisâtre ; ordinairement elle est d'un jaune un peu rougeâtre, ou même plus foncée encore. Elle semble quelquefois formée de plusieurs couches fibromembraneuses, comme nacrées. La densité est à peu près celle de l'eau.

A la température ordinaire elle est très-dure, très-résistante au choc et au frottement ; elle est un peu flexible lorsque la couche est peu épaisse, mais elle n'est à peu près pas élastique. Elle conduit très-mal l'électricité, et s'électrise par conséquent par le frottement. Aussi l'un des principaux usages auxquels on l'emploie (elle et les produits similaires) est-il l'isolement des fils télégraphiques sous-marins. Pour cela, rien, dit-on, ne peut la remplacer.

La Gutta-Percha est également un corps mauvais conducteur de la chaleur.

Elle est inaltérable au froid et à l'humidité.

C'est une substance poreuse. Payen (1) a pu constater le fait en évaporant sur une lamelle de verre une goutte d'une solution de Gutta-Percha et en examinant le résidu au microscope. L'emploi de la Gutta comme porte-caustique est basé sur cette propriété.

Si on la plonge dans de l'eau chaude, elle ne tarde pas à subir des modifications caractéristique. Vers 45 ou 46 degrés, elle commence à se ramollir. Entre 50 et 60, suivant la qualité, elle devient tout à fait ductile. Dès lors, on peut l'étirer en fils ; si l'on élève encore la température, cette ductilité augmente, et, à 100 degrés, dans l'eau bouillante, on peut pétrir la masse en tous sens, lui donner toute les formes, la modeler à volonté. Plus haut encore, vers 120 ou 130 degrés, elle fond ; quelques degrés de plus elle va bouillir, et, si l'on opère par


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(1) Journ. de pharmacie, troisième série, t. XXII, p. 172. — 1852.


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distillation sèche, elle fournira une huile volatile comme le caoutchouc. Enfin elle finit par brûler avec une flamme fuligineuse et pourtant assez brillante.

L'odeur et la saveur devraient être nulles ; mais il faudrait pour cela que la Gutte fût parfaitement pure, ce qui n'arrive guère.

Si, après l'avoir modelée, on la laisse refroidir, elle se fige dans la forme qu'on lui a donnée. Elle a alors une grande ténacité ; sa durée, si la qualité est bonne, est pour ainsi dire illimitée, et l'on peut à volonté, par l'action de la chaleur, la faire changer de forme, en souder les fragments, etc.

La Gutta-Percha ne cède rien à l'eau, et elle est très-peu soluble dans l'alcool, l'éther, les huiles grasses, les acides dilués. Elle se dissout bien, par contre, dans la benzine, l'essence de térébenthine, les huiles volatiles en général, le chloroforme, le sulfure de carbone. Tous ces dissolvants agissent mieux à chaud qu'à froid.

L'acide azotique concentré l'attaque ; les acides sulfurique et chlorhydrique la rendent cassante.

Il existe des différences considérables entre cette substance et le caoutchouc, qui est cependant un produit du même ordre. Les différences tiennent surtout à la consistance aux diverses températures :

A la température ordinaire, la Gutta-Percha est solide, dure, à peu près inextensible, tandis que le caoutchouc est souple, élastique.

A +10, le caoutchouc perd sa souplesse.

Au-dessous de zéro, il perd ses qualités spéciales d'extensibilité et devient fort dur.

Si l'on élève, au contraire, la température, et il suffit pour cela du séjour dans les tropiques, le caoutchouc devient adhésif et ne peut plus être d'aucun usage. La Gutta-Percha, au contraire, conserve ses propriétés spéciales à des températu-


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res très-basses, et se ramollit sans adhérer quand on la met dans l'eau chaude.

La Gutta est très-peu soluble dans l'éther, tandis que le caoutchouc est fortement soluble dans ce véhicule ; par contre, elle se dissout bien dans l'essence de térébenthine, qui agit mal sur le caoutchouc.

Sortes. — Les noms que l'on donne dans le commerce aux diverses sortes de Gutta-Percha ne valent pas qu'on s'y arrête, car ils ne répondent nettement ni à un lieu d'origine, ni à une espèce particulière d'arbre, ni à une qualité bien précise du produit. Ce sont ordinairement les noms des villes d'où ces produits sont portés à Singapore. Quant aux noms indigènes, ils varient selon les localités, et je n'ai pas à en faire l'énumération (1).

Tous ces noms donnent des indications d'autant moins exactes, que des mélanges sont faits constamment entre les diverses sortes. D'abord, dans les forêts mêmes, lorsque les indigènes n'ont pas à portée les arbres qu'ils cherchent, ils s'adressent souvent au premier arbre à Gutte qu'ils trouvent (Burck); puis les négociants chinois, à Singapore ou ailleurs, opèrent les mélanges les plus complexes, grâce à la ductilité de la gutte. Il y a même des sortes (Katella, Djankar, Kladi) (2) qui servent uniquement à ces mélanges et ne sont jamais vendues séparément. Les acheteurs distinguent d'ordinaire par l'habitude les bonnes et les mauvaises sortes, mais c'est là une reconnaissance tout à fait empirique. Le seul Balata dont il sera plus loin question est une sorte assez bien déterminée.


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(1) Bleekrod, Répert. de chimie de Burreswill. Voyez aussi Répert. de chimie, t. XII, 1856. — Beauvisage, loc. cit. — Seligmann-Lui, Rapport au Ministre des postes et télégraphes. (Ann. télégraph., septembre à décembre 1883.)

(2) Bleekrod, loc. cit.


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Composition chimique. — L'analyse a été faite par Payen. Il a pu constater qu'il y avait dans la Gutta-Percha une substance fondamentale, constituant la plus grande partie de la masse, assez analogue au caoutchouc, mais cependant spéciale : c'est la Gutta pure. En outre, on y rencontre deux résines : l'une soluble, l'autre insoluble dans l'alcool froid, et qui ont reçu les noms d’Albane et de Fluavile. Par l'alcool absolu et bouillant on les enlèvera donc toutes deux, et la Fluavile se déposera par refroidissement.

On trouve, en outre, une assez grande quantité d'impuretés diverses, des albuminoïdes, qui donnent parfois une odeur désagréable à la masse par leur altération, etc.

La Gutta pure forme les trois quarts de la masse et a les caractères spéciaux de la Gutta-Percha. Elle est blanche, opaque, fusible vers 100°.

L’Albane est également blanche, cristallisable. Elle ne fond qu'à 160. Il y en a 14 à 16 p. 100.

La Fluavile est jaunâtre, cassante ; il n'y en a que 4 à 6 p. 100. Elle fond à 50° (1).

Purification. — On peut purifier la masse en la lavant fortement à l'eau froide, puis en faisant agir l'eau chaude, et en élevant enfin la température au-dessus de 100° pour chasser l'eau qui pourrait rester (2). Le moyen le plus pratique est de dissoudre dans le benzol bouillant, puis de traiter par le gypse lavé en poudre, qui précipite les impuretés non dissoutes par la benzine. Après deux jours de repos, on décante et on mêle avec 2 vol. d'alcool à 90, en agitant constamment ; il se forme un précipité gélatineux blanc, qu'on n'a plus qu a dessécher a l'air (3).


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(1) Pour détails, voyez G. Planchon, Drogues simples. — Cauvet, Élém. de mat. médic., etc.

(2) Cotterell, Phar. Jour., 1874, série III, vol. 4, p. 955.

(3) Répert. de chimie appliquée, 1863. — Chemist Zeitung, 1880.


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Falsifications. — Des falsifications nombreuses font de la Gutta-Percha un produit fort incertain. On a vu qu'elle contient de nombreux débris et des impuretés dont on peut facilement la débarrasser. Ces fragments divers sont souvent multipliés volontairement pour augmenter le poids, et on trouve, paraît-il, des blocs de Gutte dont le centre est formé soit par un caillou, soit, le plus souvent, par une sorte inférieure. Les mélanges des gommes entre elles sont la règle. Il est même des sortes qui ne servent qu'à cet usage. Le collecteur fait souvent des mélanges qu'il est presque impossible de constater. Le marchand chinois, à qui il apporte les boules de Gutte grossière recueillies par lui, s'empresse de faire à son tour de nouveaux mélanges, et d'ajouter au produit diverses substances, et en particulier le suc coloré de l'écorce, qui donne une couleur un peu rosée demandée par le commerce. M. Seligmann-Lui, dans son voyage à Sumatra, à pu constater ces mélanges ; il s'est rendu compte de la signification commerciale exacte du mot Gutta-Percha : celle-ci, dans le langage du pays, est un mélange de deux parties de gomme de première qualité, appelée derrian ou taban, et d'une partie de gomme Sundek ou de deuxième qualité (1). (Celle-ci est produite probablement par le Payena Leerii.) Des mélanges bien plus complexes sont faits encore dans le pays. Enfin les barques apportent les produits à Singapore, où les Chinois font leurs achats sur le bateau même, et où se font des mélanges de ces mélanges, en sorte qu'il est impossible, sous les noms plus ou moins fantaisistes que reçoivent finalement ces gommes, de connaître leur provenance exacte.

Enfin le suc de diverses plantes, étrangères même à la famille, est parfois incorporé aux Guttes ; ainsi on cite le latex de l’Alstonia scholaris Br. et d'autres Apocynées, divers caoutchoucs, etc.


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(1) Annales télégraphiques, sept, à déc. 1883.


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Usages. — Ils sont nombreux, et tendent à augmenter de jour en jour. Ce n'est point ici le lieu d'insister sur les avantages que l'industrie retire de la Gutta-Percha pour la fabrication d'objets divers dont il serait difficile de faire même une énumération rapide. L'usage le plus important est l'isolement parfait des fils télégraphiques sous-marins, isolement que l'on obtient au moyen de la Gutta-Percha et du Balata.

Chaque fois que l'élasticité n'est pas nécessaire, la Gutta-Percha peut remplacer le caoutchouc, souvent même avec avantage. En outre, on a pu, en associant la Gutta-Percha à diverses substances, modifier ses propriétés et remédier à ses défauts. Ainsi on fabrique une Gutta-Percha vulcanisée en traitant cette substance par le soufre et en chauffant. Elle devient ainsi plus dure et plus élastique, et la coloration et la dureté varient suivant la durée du chauffage et la proportion du soufre (1). Cette Gutta-Percha vulcanisée est souvent associée au caoutchouc.

M. Fleury, pharmacien principal, a montré qu'en unissant 1/10 de camphre à la Gutta-Percha, on obtenait un produit mou et se soudant facilement à lui-même, à la température de 58°, et qui, en refroidissant, reste cohérent et élastique ; ce produit n'est pas cassant, comme l'est souvent la Gutta-Percha seule, et ne devient pas friable dans les pays chauds, en Algérie, par exemple (2). A l'air, la Gutta-Percha subit d'abord à la surface, puis dans toute sa masse, une altération qui la rend cassante.

Les usages médicaux sont assez nombreux. On fabrique avec la Gutta-Percha des instruments de chirurgie, des tubes, des appareils orthopédiques, des sondes, des bougies, des pessaires, des appareils à fractures, etc., etc.


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(1) Cauvet, Nouveaux Eléments de mat. médicale, t. II, p. 728.

(2) Lyon médical, 1881.


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C'est Oxley (de Singapore) qui l'a le premier appliquée au traitement des fractures. Elle donne des appareils légers, très-résistants, imperméables, utiles surtout pour la contention des fractures compliquées ; on la réserve, vu son prix élevé, pour certains cas où elle est vraiment précieuse, dans les fractures du maxillaire inférieur, par exemple. Mais elle a été abandonnée dans bon nombre de ses usages médicaux, car elle présente certains inconvénients (rupture des sondes et bougies, variation de volume par refroidissement, etc.) (1).

Les caustiques à la Gutta-Percha ont été appliqués par le Dr Maunoury et fabriqués par Robiquet (1856). Ils ont l'avantage d'être souples, portatifs, faciles à tailler ; on peut leur donner toutes les formes qu'on veut. Il suffit pour cela de les approcher d'un foyer de chaleur. Ils se conservent bien, à l'abri de l'humidité.

Le chlorure de zinc et la potasse ont été fort étudiés sous ce rapport (2). Mais ici encore la Gutta-Percha a rencontré des détracteurs nombreux (3).

On a fait aussi des plaques de Gutta-Percha chargées de divers médicaments (sels de plomb, de mercure, etc.), des plaques vésicantes, etc.

Acton, en 1848, s'est servi du mélange de caoutchouc et de Gutta-Percha pour préserver la peau contre l'action des poisons contagieux (gants d'autopsie, etc.) (4).


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(1) I1 m'est impossible d'entrer ici dans le détail des applications médicales de la Gutta-Percha ; la simple liste en serait déjà fort longue. Mais on lira avec intérêt l'article de M. le Dr Chauvel, ni Dict. encycl. des sc. médic. — Voyez aussi Chavasse, Nouv. Elém. de petite chirurgie (appareils à fractures). Paris, 1887, etc.

(2) Voyez Veillard, Généralités sur les caustiques et quelques considérations sur les caustiques à la Gutta-Percha, thèse de Paris, 1856.

(3) Voyez art. Gutta-Percha, in Dict. encyclop. des sc. médicales, et Bibliographie à la fin du même article.

(4) Cotterell, Pharm. Journ., mai 1874, IIIe sér., vol. IV, p. 955.


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On s'en sert fréquemment comme mastic pour les dents.

La vulcanite, si souvent employée dans la prothèse dentaire, est un mélange de Gutta-Percha et de caoutchouc vulcanisé, auquel on ajoute du soufre et de la silice. Très-malléable avant l'action de la chaleur, cette substance atteint, par une température de 180°, la dureté de l'ivoire.

Le mélange de Dürr, employé pour les fractures, est composé de Gutta-Percha, d'axonge et de résine de pin.

La traumaticine est une solution de Gutta-Percha dans le chloroforme. Étendue avec un pinceau comme le collodion, elle laisse une pellicule mince qui protège la peau contre les poussières, dans les coupures, brûlures, érosions, etc., et qu'on a essayée dans quelques maladies rebelles de la peau (psoriasis, eczéma, etc.).

On associe parfois aussi le Gutta-Percha avec la gomme ammoniaque ; c'est le mélange appelé mastic à la Gutta-Percha de Defays, qu'on emploie pour réparer les brèches aux pieds des chevaux (1).


AUTRES ARBRES A GUTTA-PERCHA

La préoccupation de suffire aux demandes de Gutta-Percha et la destruction rapide des arbres à Gutte exploités tout d'abord ont fait rechercher et trouver d'autres arbres de la même famille, pouvant remplacer les premiers. L'étude de cette im-


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(1) Cauvet, Mat. médic.


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portante question a été faite surtout par M. Pierre (1), directeur du Jardin botanique de Saïgon. M. Beauvisage (2), dans sa thèse inaugurale, a résumé les recherches des voyageurs et des botanistes qui se sont occupés de ce sujet, et la lecture de ce travail montre bien dans quelle confusion se trouve encore la question. Je renvoie donc aux publications de ces auteurs et au Traité de botanique médicale de M. Baillon, pour avoir la liste des plantes pouvant donner un suc utilisable, et je me bornerai à dire quelques mots des plus importantes, ou de celles qui sont le moins connues. M. Baillon cite quarante-trois espèces, plus quelques-unes sans détermination ; mais il y a dans le nombre les arbres qui fournissent le Balata. M. Beauvisage en étudie vingt-deux dans les seules Indes néerlandaises ; M. Pierre, dans le Bulletin de la Société linnéenne, en fait, avec une grande compétence, une longue énumération.

Les arbres à gutte vraiment utiles sont pour la plupart groupés dans une région fort restreinte, constituée par :

1° Le sud de la presqu'île de Malacca, jusqu'aux possessions siamoises ; encore la côte ouest ne donne-t-elle lieu à aucun commerce ;

2° La côte orientale de Sumatra, Banka, l'archipel de Riouw ;

3° Bornéo presque en entier, sauf l'extrême nord.

Il est remarquable qu'il n'en vient pas du tout de Célèbes, ni des Moluques, ni de la Nouvelle-Guinée. C'est que ces îles, ainsi que le fait remarquer M. Seligmann-Lui après d'autres, sont séparées des précédentes par une faille profonde, qui les fait appartenir à un autre groupe géologique. La flore et la faune présentent des différences correspondantes.


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(1) Pierre, in Bull. Soc. linnéenne de Paris. — Analyse in Bull. Soc. bot. de Fr., 1885, p. 152.

(2) Beauvisage, Contribution à l'étude des origines botaniques de la Gutta-Percha, th. Paris, 1881.


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En somme, les Mayangs ne dépassent pas le 6e degré, ni au Sud, ni au Nord, et s'étendent à peu près du 95e au 115e degré de longitude Est.

En passant en revue les genres des Sapotées, nous trouvons, comme pouvant donner les meilleures sortes, les arbres suivants :

Dichopsis. — C'est dans ce genre, et surtout dans les Palaquium de Blanco, auxquels on a rapporté le Dichopsis Gutta, que se rencontrent les produits les plus estimés ; il faut donc commencer par lui. Les recherches de M. Pierre permettent d'attribuer la production de la Gutte tout à fait supérieure aux espèces suivantes (1) :

Palaquium Gutta H. Bn. ; D. Gutta Benth., dont il vient d'être parlé ;

P. malaccense Pierre, de la péninsule malaise, une des meilleures.

P. formosum Pierre, de Sumatra, très-bonne espèce également ;

P. Princeps Pierre, de Bornéo ;

P. borneense Pierre, de Bornéo, devenu fort rare ;

P. oblongifolium (Isonandra Gutta Hook., var. oblongifolia de Vr.). M. Pierre pense que c'est une espèce et non une variété, et cette opinion est aussi celle de M. Beauvisage. — (Bornéo).

Les Dichopsis Lamponga Pierre, elliptica Benth, hexandra Clarke, Krantziana Hance, puberula Miq., polyantha Benth., etc., etc., donnent aussi de bons produits.

Certaines des Guttes dont il vient d'être question seraient même, d'après M. Pierre, supérieures à celles du P. Gutta (2).

Le D. Krantziana Hance (Isonandra Krantzii Pierre) est


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(1) Voy. Bull. Soc. botan., 1885, Bull. bibliogr., p. 152.

(2) Baillon, Dict. encyclop. des sc. médicales.


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l'une des espèces sur lesquelles l'attention est actuellement le plus attirée. Cet arbre, qui habite les forêts montagneuses du Cambodge et de la Cochinchine, produit le suc appelé Thior par les Cambodgiens et Chay en Annam. Ce suc, comestible comme le latex de beaucoup de Sapotées, et ayant même une saveur agréable de noisette, est recueilli au moyen de bambous enfoncés au point de réunion de deux entailles en V. On l'évapore sans arriver à l'ébullition, dans une bassine et en agitant. Le Thior concrété est alors grisâtre, souple, tenace, extensible, élastique à chaud. Il peut remplacer la Gutta-Percha dans beaucoup d'usages, ou être mélangé avec elle (1). M. Seligmann-Lui a retrouvé le Thior au Cambodge ; mais il n'en dit que quelques mots dans son rapport et ne semble pas y attacher d'importance.

Le D. oblongifolia Burck (Palaquium oblongifolium Pierre ; Isonandra Gutta, var. oblongifolia de Vr.) est, paraît-il, un des meilleurs producteurs de Gutte, et Burck n'hésite pas à le mettre sur le même rang que le Dichopsis Gutta, dont, pour plusieurs auteurs, il n'est qu'une variété. — Malacca, Bornéo, Sumatra et quelques autres îles de l'Archipel malais.

Parmi les Isonandra proprement dits, on trouve aussi des arbres précieux comme producteurs de Gutte. Malheureusement la plupart sont sujets à contestation, même au point de vue du genre dans lequel il convient de les placer. La synonymie des espèces, fort difficile d'ailleurs, sortirait tout à fait du cadre de ce travail, et je me contenterai de citer, d'après M. Baillon (2), les Isonandra dasyphylla Miq. (Payena pour Benth. et Hook.), macrophylla de Vr. (qui n'est pas non plus un Isonandra), Motleyana, dont le produit est abondant, mais médiocre ; Benjamina de Vr., donnant une belle Gutte rouge ;


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(1) Lanessan, les Plantes utiles des colonies françaises, p. 776.

(2) Traité de botanique médicale.


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xanthochyma de Vr., quercifolia de Vr., microphylla de Vr., rostrata Miq.

Une mention spéciale est due à l’Isonandra ? acuminata Miq., découvert en 1850 dans l'Inde et qui occupe de vastes espaces, en s'élevant même beaucoup en altitude (3,000 pieds). Très-abondant, paraît-il, dans les lieux exposés aux pluies du sud-ouest, il laisse découler un suc qui se concrète et devient rougeâtre au lieu de rester blanc. M. J. Lépine, de Pondichéry, a étudié ce produit assez abondant, puisque, d'après le général Cullen, un arbre qui a été fortement saigné peut, en une journée, en donner 5 kilogrammes. M. Lépine a vu que ce produit diffère beaucoup des autres Guttes. Il est fort cassant, ce qui est un défaut, et, lorsqu'il est ramolli, il est un peu visqueux. Il l'est encore bien plus après évaporation de ses dissolvants.

Cette viscosité empêche qu'on n'utilise ce produit comme vernis ou pour bien d'autres usages de la Gutta-Percha. Les qualités essentielles lui manquent surtout pour l'isolement des fils télégraphiques ; mais, outre qu'il peut servir à des mélanges, il peut aussi être utilisé dans bien des cas spéciaux. Ainsi on le recommande comme ciment à employer sous l'eau. Ce produit, nommé Paulee ou Pauchontee, mérite d'être étudié à nouveau, à cause de son abondance dans l'Inde. On suppose que le suc pourrait être fort bon, mais qu'il se gâte parce qu'on ne le fait pas bouillir assez tôt après la récolte (1).

Le genre Payena contient bon nombre d'arbres à Gutte. M. Pierre en cite une quinzaine, parmi lesquels plusieurs ont été extraits d'autres genres. En général, la Gutte des Payena, abondante, mais lente à se concréter, n'est qu'un produit de seconde qualité ; mais il prendrait place immédiatement après les meilleurs (2).


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(1) Pharm. Journ. and Trans., 11 août 1883.

(2) Heckel, Nouvelle Source de Gutta-Percha. — La Nature, 1885, vol. 2, p. 405.


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Il en est pourtant dont le suc donne une gomme complètement différente. Ainsi le Payena indéterminé des îles de la Sonde, dont Heckel et Schlagdenhauffen ont tout récemment étudié le produit (1), donne une Gutte jaune pâle, composée de deux résines et d'un véritable caoutchouc, qui reste après épuisement par l'alcool. On ne peut donc pas compter du tout sur ce produit pour remplacer la Gutta-Percha ; il ne pourrait guère fournir qu'un caoutchouc durci (2).

D'après M. Pierre, les meilleurs producteurs du genre seraient le Payena Leerii B. H. ; Croixiana Pierre (trouvé par M. Brau de St-Pol-Lias et Mme Errington de la Croix, à Sumatra) ; Benjamina Pierre (Isonandra Benjamina de Vr.), de Bornéo ; Beccarii Pierre, de Bornéo.

Le Payena Leerii B. H. (Keratophorus Leerii Hassk., Azaola Betis Blanco (3), Azaola Leerii Teisj. et Binn.), arbre à croissance plus rapide que le Dichopsis, paraît fort répandu dans les îles de la Sonde, où il habite les terrains marégageux ; il donne le produit connu sous le nom de Balam-Tanduk, sur lequel les opinions diffèrent, mais qu'en général on apprécie comme une bonne deuxième sorte. Moins homogène que la Gutta des Palaquium, elle est très-blanche, comme presque toutes les guttes de Payena.

La récolte du suc est décrite par Hasskarl (4). Il paraît que l'arbre n'est abattu que très-vieux, parce que les essaims d'abeilles s'y fixent souvent et qu'on préfère recueillir la cire que la Gutte. Par les incisions faites sur l'arbre vivant, il s'écoule peu de suc. L'usage est de couper l'arbre au pied, d'enlever la tête et d'inciser tout le tronc. Le produit que décrit M. Beau-


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(1) Comptes rendus Acad. sc., 4 juin 1888 (p. 1625).

(2) Journ. de ph. de Lorraine, n° 6, juin 1888.

(3) Cette synonymie, donnée par la plupart des auteurs, n'est pas exacte, d'après Pierre. (Soc. bot., 1886, p. 117 de la Revue bibl.)

(4) Voy. résumé in Répert. pharm., t. XII, 1856.


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visage sous le nom de gomme Seundek est, d'après lui, probablement dû au Payena Leerii, bien que M. Trimen croie à une espèce nouvelle.

Quant au Payena macrophylla, dont il a été question quelquefois comme d'une source importante de Gutte, il donne un produit qui reste, paraît-il, longtemps visqueux, mais qui, une fois sec, constitue une bonne sorte (1). Burck pourtant (d'après Cauvet) en fait une sorte très-inférieure.

On pourrait citer encore les P. Maingayi Clke, dasyphylla Miq., sumatrana Miq., Teysmanniana Pierre, Lowiana Pierre, etc., etc., dont les produits sont de valeur fort variable (2).

Mimusops. — Les M. Schimperi et M. Kummel Höchst. d'Abyssinie, donnent, d'après Heckel et Schlagdenhauffen (3), une Gutte dure, brun sale, se rayant à l'ongle, un peu adhérente à la peau quand on la chauffe dans la main. Elle contient beaucoup de sels. Purifiée, elle est extrêmement adhésive et élastique. Il est impossible de l'employer seule ; mais on a pu obtenir de bons clichés galvanoplastiques en l'associant à son poids de Gutte ordinaire. 42 % de ce produit brut sont constitués par une résine blanche amorphe. On n'y a pas trouvé de Fluavile. En somme, assez grands rapports de propriétés et de composition avec la Gutte de Dichopsis ; mais les produits du Butyrospermum Parkii sont bien plus voisins de la vraie Gutte.

Les Mumusops Elengi L. et M. Manilkara G. Don. ne


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(1) Beauvisage, loc. cit.

(2) Voy. la longue liste de ces Payena in Pierre, Bull. mens. de la Soc. linn. Paris, 1886, pp. 519-520 et 523-528 ; Anal. in Bull. soc. bot. de Fr., 1886, p. 117.

(3) C. R. de l'Acad. des sc., 4 juin 1888, p. 1625, et Journ. de ph. de Lorraine, première année, n° 6, juin 1888.


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fournissent que des Guttes de mauvaise qualité. — Les M. petiolaris, maxima, coriacea, Kauki, Vieillardi, donnent d'après Pierre une Gutta-Percha glutineuse — Les M. elata, et surtout le M. Balata, donnent des produits spéciaux, qui vont être étudiés plus loin.


Butyrospermum. — Le B. Parkii de l'Afrique équatoriale fournit un latex abondant, dont l'utilité a été récemment mise en lumière par un article de M. le professeur Ed. Heckel dans le journal la Nature (1). Il sera question, à propos des matières grasses que fournissent les Sapotées, de cet arbre magnifique, dont Schweinfurth parle comme d'un des rois des forêts africaines. Mais le latex n'est pas exploité, et pourtant l'abondance de cet arbre dans tout le bassin du Niger, et probablement aussi dans les régions encore mal connues de l'Afrique, le désignent à l'attention du commerce comme un des producteurs les plus important de Gutta-Percha. — Cette Gutte en effet, d'après Heckel, est très-analogue à celle des Dichopsis. Le professeur Schlagdenhauffen l'a examinée comparativement avec cette dernière : il a trouvé une identité complète quant à l'électrisation et au ramollissement dans l'eau bouillante, et, au point de vue pratique, dans la qualité des produits fabriqués avec les deux (moules galvanoplastiques). La solubilité dans le sulfure de carbone, le chloroforme, la benzine, l'alcool, est à peu près la même, ainsi que la quantité des cendres. Il y a seulement quelques différences dans la proportion d'Albane et de Fluavile, et dans la solubilité par l'éther, l'essence de térébenthine, l'acide acétique bouillant, etc. La solution dans ces liquides laisse à l'évaporation un résidu poisseux au lieu d'un vernis sec (2).

Bassia. — Les Bassia sont fort peu importants comme pro-


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(1) Heckel, la Nature, 1885, 2 e vol. — Id in C. R. Acad. sc., 1885, p. 1238 (11 mai).

(2) Heckel, loc. cit.

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ducteurs de Gutte. Cependant, d'après M. Daruty de Grandpré (de l'île de France) et d'après M. Potier (directeur du Jardin colonial de Saint-Denis Réunion), le B. latifolia donnerait un assez bon produit (1).

D'après une observation toute récente (15 juillet) et encore inédite que M. Heckel a bien voulu me communiquer, le suc du B. latifolia contient de l'amidon. M. Heckel a pu à grand' peine se procurer du lait frais de cet arbre, et l'a trouvé composé de globules de latex fort abondants, en même temps que. d'un certain nombre de grains d'amidon simples ou agré- gés et de grandeur fort inégale, les grains agrégés plus gros que les autres. La lumière polarisée et l'iode en indiquent nettement la nature. Je regrette que l'époque tardive où cette note intéressante m'est arrivée ne me permette pas de publier la figure qui l'accompagnait. — Je ne crois pas qu'on ait encore signalé l'amidon dans le latex des Sapotées.

Ce même latex, traité par l'acide sulfurique, donne une Gutta de couleur café au lait foncé, très-nerveuse, mais qui diffère absolument de la Gutte de Dichopsis et n'en a pas la propriété. Elle se rapprocherait plutôt de celle que MM. Heckel et Schlagdenhauffen ont récemment étudiée chez les Mimusops d'Abyssinie (voir Mimusops). Elle ne peut rendre aucun service à l'industrie.

Sans insister davantage sur toutes les Sapotées dont le latex se rapproche plus ou moins de la Gutta-Percha, il suffira de citer les genres Chrysophyllum (rhodoneuron, Cainito, glabrurn, lanceolaturn, etc., etc.), Bassia (jungheana, sericea etc.), Lucuma mammosa, fïssilis, lasiocarpa, gigantea, etc.), Dipholis, Imbricaria (surtout I. coriacea D C .) (2), Achras, Sideroxylon, etc. Mais ce sont là des produits de


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(1) Heckel, loc. cit.

(2) Labramia pour Bentham et Hooker.


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simple curiosité, de valeur très médiocre, et que l'on ne ré-colte pas, à cause de leur fragilité ou de leur viscosité.


BALATA

On donne le nom de Balata au produit retiré de diverses Sapotées des Indes Occidentales; ces produits se rapprochent plus ou moins de la Gutta-Percha, mais en diffèrent pourtant par des caractères essentiels.

Le vrai Balata (Bullet-tree, Bolletrie, arbre à Gutta-Percha de Surinam, Boerowé, etc.), est le Mimusops Balata Gaertner? (1) (Achras Balata Aublet, Mimusops bidentata DC, Sapota Mûlleri BL), arbre bien connu pour son bois de construction, mais dont le latex est resté longtemps sans usage.

C'est en 1856 que Bleekrod reçut, pour la première fois, de Surinam le suc d'un arbre nommé Bolletrie (ou Bullet-tree des Anglais), et dont le bois était appelé chair de cheval (Paardenvleesch). Il y constata la présence d'une vraie Gutta-Percha, et se procura alors des échantillons de l'arbre, qui fut décrit par Blume sous le nom de Sapota Mûlleri (2). C'est alors seulement que l'exploitation a commencé. Le Mimusops Balata habite le Venezuela, les Guyanes fran-


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(1) D'après M. Pierre (voy. Bull. soc. bot., 1885, p. 152), ce n'est pas l'espèce de Gaertner, et M. Bâillon a proposé {fiict. encycl. des se. méd., art. Gutta-Percha) de donner à cette espèce, si c'en est une, le nom de Mimusops Pierreana; mais la synonymie de cette espèce est très-embrouillée, et, les matériaux me faisant complètement défaut, je dois accepter sans commentaire le nom donné par la plupart des auteurs.

(2) Bleekrod, Note sur la Gutta-Percha de Surinam. Ann. des se. nat., série IV, vol. vu, page 220.


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caise, anglaise et hollandaise, où il croit abondamment chaque fois que le terrain s'élève. Il préfère, en effet, la région montagneuse. On le rencontre beaucoup dans le haut Maroni et dans le Brésil septentrional. Schomburgk le signale dans les Antilles qui se trouvent entre la côte et les Barbades. Il habite aussi la Jamaïque et la Trinité; mais il faut dire que le nom semble appliqué à deux arbres ; Grisebach les réunit en une espèce. Cependant les jeunes pieds qu'on rencontre dans les jardins de la Jamaïque et de la Trinité semblent être distincts du type de la Guyane.

Aublet le donne comme introduit à la Guyane de l'île Maurice, où on l'appelle Bois de Jiatte à feuille de Poirier (1). (Yoy. Bois et Fruits.)

Récolte. — Les arbres à Balata sont situés dans des régions d'accès difficile, dans des terrains d'alluvion marécageux, où l'on s'enfonce parfois jusqu'aux épaules. Mais cette récolte pé- nible et malsaine, à laquelle les femmes prennent souvent part, est très-lucrative, plus même que n'importe quel travail mécanique. Les collecteurs gagnent souvent d'un à cinq dollars par jour ; les plus habiles parfois davantage. Ils vendent ordinairement le lait non concrète.

Tantôt on abat les arbres, tantôt on les incise. Le collec- teur, armé d'une hache, d'un coutelas et de deux ou trois gourdes pour recevoir le suc, enlève un morceau d'écorce pour s'assurer si le lait coule bien. Dans ce cas il enlève la mousse et l'écorce extérieure, grossière, et, se tenant de côté, il fait des incisions obliques, en plaçant à la base, dans une niche spéciale, une calebasse qui reçoit le suc; ou bien celui-ci est conduit, par une feuille de Palmier ou de Canna placée au bas de la fente, jusqu'au-dessus de la calebasse posée à terre. Les


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(1) Voy. descript. de l'arbre, «^Martius, FI, Liras., et dans la thèse de M. Beauvisag-e.


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incisions se succèdent, formant une ligne en zigzag que le liquide suit en s'écoulant; chacune d'elles vient aboutir perpendiculairement au milieu de l'incision immédiatement inférieure. Les opérateurs habiles savent éviter d'abîmer l'arbre, et réservent ainsi des récoltes pour l'année suivante.

Généralement, le lait coule pendant une heure, d'abord en ruisselet, puis goutte à goutte.

L'opération bien faite peut être renouvelée tous les deux mois, dans la saison des pluies.

Quand on abat l'arbre, le lait en est extrait par des incisions parallèles, faites à un pied de distance.

Les récipients qui sont tapissés de Balata en sont débarrassés par l'immersion dans l'eau, qui détache la petite couche de suc concrète.

Le lait est desséché, à l'air et au soleil, dans des vases plats, huilés ou graissés. Il faut de deux jours à une semaine, suivant le temps. Puis la petite feuille de Balata est mise à sécher sur une corde (1).

D'après d'autres, le suc qui s'écoule est reçu dans une sorte de godet annulaire d'argile, dont on a eu soin d'entourer le tronc de l'arbre avant d'inciser. Le suc, d'après d'autres également, se concrète plus rapidement (six heures suivant les uns, 2 à 5 jours suivant les autres). Cependant l'échantillon reçu parBleekrod, en Europe, était arrivé liquide.

Les collecteurs de Balata considèrent les forêts comme inépuisables. Jusqu'à présent, ils ne s'éloignent pas à plus de deux jours de marche d'une rivière, et reviennent ensuite, char- gés de leur récolte de suc; mais, pour si loin qu'ils aillent, les Mimusops s'étendent bien plus loin encore. Dans quelques années, les collecteurs seront obligés d'établir des clairières autour desquelles ils rayonneront, quand ils auront épuisé les


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(1) Journ. of the Society of arts, 24 juillet 1885. C


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environs immédiats des cours d'eau. Les bûcherons qui exploitent l'arbre pour son bois vont bien moins loin encore.

Il y aurait certainement des mesures à prendre pour régler convenablement l'exploitation des forêts, qui sont livrées actuellement au premier venu. Des rapports, dont je n'ai pu voir que des extraits et dont je n'ai pas l'indication bibliographique exacte, ont été faits sur ce sujet par M. Jenman, botaniste du gouvernement au Demerara, et par M. Hugo Millier.

Latex. — Comme celui de beaucoup de Sapotées, le latex du Balata est comestible, et on remploie parfois pour remplacer le lait de vache. La saveur se rapproche beaucoup de celle de ce liquide, et il parait que, mêlé au café, il est très-difficile de distinguer si l'on a affaire à du lait ou à du latex. »

La quantité de suc fournie est relativement faible. D'après Guibourt, elle est de 425 à 560 grammes, mais ce chiffre est évidemment bas.

Ce latex, onctueux, passe à travers le papier à filtrer le plus fin, sans y laisser de dépôt.

Gutte de Balata. — Par évaporation du suc, on en obtient 13-14 % (1); on peut aussi l'obtenir par la coagulation au moyen de l'alcool absolu, ou plus facilement encore au moyen de l'éther. La Gutta-Percha se sépare alors tout entière, d'abord gélatineuse, puis ferme, très-pure et très-blanche, tandis que le réactif se charge des matières colorantes. Le coagulum est corné, élastique, résistant.

Obtenue directement sans l'intervention de réactifs, et une fois sèche, cette substance a une couleur rougeâtre, carnée, rappelant un peu certains cuirs.

Elle est plus lourde que l'eau.

Ses dissolvants sont le benzol, le sulfure de carbone, le chlo- roforme et, à chaud, l'essence de térébenthine. L'alcool absolu et l'éther anhydre le dissolvent en partie seulement.


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(1) Bleekrod, loc. cit.


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À -f 50°. elle se ramollit ; à -f 150, elle fond. Elle est com- bustible et répand en brûlant une odeur désagréable.

Elle s'électrise très-facilement et peut servir d'isolateur.

Elle peut comme la Gutta-Percha être vulcanisée au moyen du soufre, et devient alors élastique et souple.

Par l'ensemble de ses propriétés, elle est intermédiaire entre la Gutta-Percha et le caoutchouc : elle est plus fine que la Gutta-Percha, moins dure, et se ramollit à une température plus élevée. Elle est beaucoup plus élastique.

Les opinions varient un peu sur la valeur du Balata, et voici ce qui est dit dans le Catalogue des colonies françaises à l'Exposition universelle de 1878, p. 26: « Aucun industriel n'a été assez habile jusqu'à présent pour en tirer un bon parti. Tous les objets fabriqués sont devenus cassants en peu de temps: ce défaut est dû seulement à l'imperfection des méthodes, car des plaques de Balata conservées depuis vingt ans à l'Exposition permanente des colonies sont encore aussi souples qu'au premier jour. » Elle s'altère, paraît-il, beaucoup moins vite à l'air que ne le fait la Gutta-Percha.

Usages. — Les usages industriels sont nombreux ; ce sont, en général, ceux de la Gutta-Percha: courroies pour machines, bandes minces, souples et résistantes, lanières de toutes sortes, vêtements même et surtout isolement des fils télégraphiques. Il paraît cependant que l'isolement par le Balata n'est pas aussi parfait que par la Gutta-Percha (1). En médecine, c'est surtout pour la fabrication des instruments de chirurgie, et tout spécialement des bougies uréthrales, qu'on s'en sert; mais les inconvénients sont à peu près les mêmes que pour la Gutta-Percha, et l'usage chirurgical de cette substance est rare, au moins en France.

Commerce. — Il est assez considérable, puisque en 1881 la


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(1) L. Pierre, in Bull. Soc, linn. Paris, n° 64, 10 juillet 1885.


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Guyane anglaise seule a fourni 47,000 livres. Il pourrait être plus fort encore, si l'on perfectionnait la préparation de cette substance. Lorsqu'on l'extrait avec précaution et qu'elle est bien pure, on peut, en effet, en faire des ouvrages très-délicats, par exemple des fleurs artificielles.

Outre le Mimusops Balata, il existe un certain nombre d'ar- bres non exploités, je crois, pour le suc, mais qui portent le nom général de Balata et de Bolletrie. Ainsi, d'après Bleekrod, on a (1) :

Le Boerowé commun (Lucuma mammosa Gaertn.): c'est le Balata lucuma ;

Le Boerowé blanc (Dipholis salicifolia A. D C) : c'est le Balata Galimata ou Balata blanc. Cependant, d'après le Dict. de botanique de M. Bâillon, on penserait que le Balata blanc serait un Couratari (Myrtacée) ;

Le Boerowé bâtard (Bumelia (Dipholis) nigra Sw.): c'est le Balata bâtard, ou Towranero ;

Le Neesberry Bullet-tree (Activas Sideroxylon).

Le Balata Indien est le Labatia macrocarpa (voy. Bois).


MAÇARANDUBA

Le Macaranduba ou Massaranduba est une matière fort analogue au Balata, et que produit en se coagulant le suc laiteux du Mimusops elata du Brésil. Cet arbre abonde dans la vallée de l'Amazone et jusqu'au 23e degré Sud.

Le suc qu'on obtient par incision est comestible ; mais d'ordinaire on le mélange d'eau, de thé, de café, caries indigènes le croient difficile à digérer. On en fait aussi des bouillies. Il a en somme, à l'état frais, les usages du lait de vache.


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(1) Loc. cit.


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Coagulé, le latex forme une sorte de gomme, qui tient à la fois du caoutchouc, de la Gutta-Percha et du Balata, sans être pourtant identique à aucun. Cette matière est dure, poreuse, blanchâtre, plus élastique que le Balata. Une fois ramollie, elle reste plus longtemps molle et est alors visqueuse. Il est regrettable que la distance énorme où cet arbre vit rende le transport difficile, car ce produit pourrait être fort utile (1).

Au total, le latex des Sapotées est utilisé de deux façons : dans le pays même, par les indigènes, qui le boivent souvent comme aliment, et plus encore au dehors, à cause des Gutta-Perchas diverses dont l'industrie se sert de plus en plus.

Omphalocarpum. — Ballotté entre les Sapotées et les Temstrsemiacées, et définitivement réuni aux premières par M. Radlkofer et M. Pierre, ce genre donne aussi des produits analogues aux caoutchoucs et aux Guttes. M. Thomas Christy, le droguiste bien connu de Londres, en a reçu des échantillons. — L. Radlkoferi, que Pierre a détaché de l’O. procerum Pal. Beauv., donne un caoutchouc glutineux, analogue à la Gutte de certains fruits de Labourdonnaisia.

Enfin je dois encore signaler les produits visqueux fournis par les fruits du Lucuma paradoxa A. DC. (Vitellaria paradoxa Gsertn. Butyrospermum Parkii Kotsch.), de certains Labourdonnaisia et de bien d'autres Sapotées; mais ces guttes n'ont aucune importance.

Enfin il faut mentionner une substance spéciale, la Gomme Chicle, dont l'origine est encore mal déterminée, mais que l'on pense, d'après les renseignements des Mexicains, provenir de l'arbre qui fournit l'écorce de Monesia, [Lucuma glycyphlœa Mart. et Eich.) D'autres l'attribuent an Sapotillier. Cette substance, plastique dans l'eau chaude, a l'apparence


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(1) A. Delondre, Soc. impér. zool. d'acclimat., 1870, p. 496.


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de la Gutta-Percha crue ; mais elle est bien plus friable et plus fragile. Elle est surtout expédiée à New-York, où elle entre dans la composition de certaines peintures pour les vaisseaux; on l'a employée encore à l'isolement des fils télégraphiques. Mais sa fragilité la rend très-inférieure pour cet usage. — C'est aussi un masticatoire assez apprécié dans le pays d'ori-

[manque]