Khaya grandifoliola (PROTA)

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Introduction
Liste des espèces


Importance générale Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svg
Répartition en Afrique Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg
Répartition mondiale Fairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg
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Bois d'œuvre Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svg
Bois de feu Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg
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Statut de conservation Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svg


répartition en Afrique (sauvage)
1, feuille ; 2, fleur ; 3, fruit déhiscent, une valve enlevée ; 4, graine. Redessiné et adapté par Iskak Syamsudin
port de l'arbre
base du fût
tranche
feuille, fruits et graines
diverses parties de l'arbre (W.D. Hawthorne)
coupe transversale du bois
coupe tangentielle du bois
coupe radiale du bois

Khaya grandifoliola C.DC.


Protologue: Bull. Soc. Bot. France 54, mém. 8: 10 (1907).
Famille: Meliaceae
Nombre de chromosomes: 2n = 50

Noms vernaculaires

  • Acajou à grandes feuilles, acajou du Bénin (Fr).
  • Broad-leaved mahogany, big-leaved mahogany, dry-zone mahogany, Benin mahogany (En).
  • Mogno de Benim (Po).

Origine et répartition géographique

Khaya grandifoliola est présent de la Guinée jusqu’au Soudan et en Ouganda. Il est parfois cultivé en plantation sur son aire de répartition naturelle, par ex. en Côte d’Ivoire et au Ghana, et des plantations expérimentales ont été établies en Indonésie.

Usages

Le bois (noms commerciaux : acajou d’Afrique, African mahogany) est apprécié en charpente, en menuiserie, pour la fabrication de meubles, l’ébénisterie et les placages décoratifs. Il convient à la construction légère, aux revêtements de sol légers, aux boiseries intérieures, à la construction navale, aux instruments de musique, aux jouets, aux bibelots, à la sculpture, le tournage et la pâte à papier. Traditionnellement, le bois est employé pour la fabrication de meubles, d’ustensiles ménagers et de pirogues monoxyles. Il est également utilisé comme bois de feu et pour la production de charbon de bois.

L’écorce, de saveur amère, est utilisée en médecine traditionnelle. Elle est beaucoup utilisée contre la fièvre provoquée par le paludisme. La décoction d’écorce se prend pour traiter les problèmes d’estomac, notamment les ulcères gastriques, les douleurs post-partum et les maladies de peau. Au Soudan, l’infusion d’écorce s’emploie pour soigner la diarrhée provoquée par les parasites intestinaux. La décoction d’écorce de racine se boit pour traiter la gonorrhée et la poudre d’écorce de racine en usage externe s’emploie pour les maladies de peau. En Ouganda, l’écorce est utilisée comme poison pour la pêche, et en R.D. du Congo elle sert à laver les étoffes. Khaya grandifoliola est planté comme arbre d’alignement et comme arbre d’ombrage ornemental. En Ouganda, il est apprécié dans la stabilisation des berges de rivière.

Production et commerce international

Les premières expéditions de grumes de Khaya à destination du marché britannique de bois d’œuvre ont eu lieu vers 1833 depuis la Côte d’Ivoire, et les exportations du Ghana ont commencé en 1888. Jusque dans les années 1950, le bois d’œuvre de Khaya representait jusqu’à 70% des exportations totales ghanéennes, soit un volume annuel d’environ 100 000 m³, mais depuis cette époque, elles n’ont cessé de décliner. Le bois de Khaya grandifoliola est exporté des pays ouest-africains (par ex. du Ghana) en mélange avec d’autres Khaya spp., notamment Khaya anthotheca (Welw.) C.DC. et Khaya ivorensis A.Chev. Le Ghana a exporté 11 000 m³ de bois scié de Khaya en 2003 au prix moyen de US$ 714/m³, 14 000 m³ en 2004 au prix moyen de US$ 527/m³, et 17 000 m³ en 2005 au prix moyen de US$ 755/m³. Les exportations ghanéennes de placages se sont élevées à 4000 m³ en 2003 au prix moyen de US$ 443/m³, 6000 m³ en 2004 au prix moyen de US$ 1677/m³, et 5000 m³ en 2005 au prix moyen de US$ 1938/m³. La proportion de Khaya grandifoliola dans ces quantités n’est pas claire, mais elle est sans doute bien moindre que celle des autres essences. La Côte d’Ivoire a exporté 41 000 m³ de sciages de Khaya en 2003 au prix moyen de US$ 397/m³, et 34 000 m³ en 2005 au prix moyen de US$ 439/m³. Le Cameroun a exporté 11 000 m³ de bois scié de Khaya en 2003, et 8600 m³ en 2004 et 2006. Au cours des dernières années, le marché nord-américain a dominé le commerce mondial de bois d’œuvre de Khaya, notamment pour remplacer l’acajou américain (issu de Swietenia) dont la disponibilité a considérablement chuté.

Propriétés

Le bois de cœur, brun rosé, fonce à l’exposition pour devenir brun rougeâtre. Il est habituellement nettement démarqué de l’aubier brun pâle à brun rosé, atteignant 5 cm de large, au moins dans le bois séché. Il est généralement contrefil ou parfois à fil droit, le grain est relativement grossier. Le bois des arbres de la savane serait parait-il plus foncé que celui des arbres de la forêt.

Le bois est plus lourd que celui de Khaya anthotheca et de Khaya ivorensis. Il est moyennement lourd à assez lourd, d’une densité de (560–) 640–730(–770) kg/m³ à 12% d’humidité. Il sèche généralement assez lentement à l’air, mais avec peu de déformation. Les taux de retrait sont moyens. Une fois sec, le bois est stable en service.

A 12% d’humidité, le module de rupture est de 92–119 N/mm², le module d’élasticité de 10 600–11 400 N/mm², la compression axiale de 53–74 N/mm², le cisaillement de 15–17 N/mm², le fendage radial de 14 N/mm et tangentiel de 18 N/mm, et la dureté Janka de flanc de 6090 N.

Le bois est assez facile à scier et à travailler, et l’effet d’usure sur les lames de coupe est modéré. On peut obtenir un fini lisse et le bois prend un aspect poli de très grande qualité. Le bois supporte bien le clouage et le vissage, mais il a une certaine tendance à se fendre. Il a de bonnes propriétés de collage. Les propriétés de déroulage sont médiocres, à cause de sa plus grande densité, comparé à Khaya anthotheca et Khaya ivorensis, et de son contrefil, mais le tranchage donne un placage décoratif. Le bois est moyennement durable, étant résistant aux termites mais sensible aux Lyctus. Le bois de cœur est fortement rebelle à l’imprégnation, l’aubier est moyennement résistant.

Des extraits d’écorce ont fait ressortir une activité antipaludique chez des souris infectées avec Plasmodium berghei. Plusieurs limonoïdes isolés de l’écorce et des graines ont manifesté une activité antipaludique distincte in vitro contre des souches résistantes à la chloroquine de Plasmodium falciparum, en particulier la gédunine, la 7-déacétylkhivorine, le méthylangolensate et le 6-acétylswieténolide. Le limonoïde le plus actif, la gédunine, a manifesté un effet additionnel lorsqu’on l’associait à la chloroquine. Dans des essais sur des rats, des extraits d’écorce ont eu des effets hypoglycémiques, hypoprotéinémiques et hypocholestérolémiques ; ils ont en outre montré de bons résultats dans le traitement des ulcères gastriques. Ils ont eu des effets positifs sur la production des globules rouges.

Des extraits d’écorce ont eu une activité nématicide contre Pratylenchus brachyurus, nématode nuisible à de nombreuses plantes cultivées dans le monde. Ils ont inhibé l’éclosion des œufs chez le nématode à kyste de la canne à sucre (Heterodera sacchari). Les extraits d’écorce et de graines ont manifesté des effets toxiques sur les moustiques Aedes aegypti. Des extraits de graines ont donné lieu à une mortalité élevée chez la punaise du cotonnier (Dysdercus sp.). Les limonoïdes du type mexicanolide isolés des graines ont montré une activité anti-appétante sur les larves de la coccinelle mexicaine des haricots (Epilachna varivestis), ravageur notoire des haricots et d’autres légumineuses cultivées. Les extraits d’écorce et de graines, ainsi que des limonoïdes (la khirovine isolée de l’écorce, et le fissinolide isolé de la graine), ont des propriétés molluscicides.

La gomme de l’écorce est extrêmement résistante à l’hydrolyse et fortement acide (pH 3,0–4,0). Elle contient des sucres (rhamnose, arabinose et galactose), ainsi que de l’acide glucuronique et de l’acide galacturonique. Des recherches ont montré que la gomme pouvait être très utile comme agent de formulation dans l’industrie pharmaceutique. Elle a fait preuve de bonnes propriétés pour les cachets à action soutenue, jusqu’à 5 heures, et une association avec de l’hydroxypropylméthylcellulose permettrait d’allonger le temps de libération des substances. La gomme s’est montrée efficace dans l’enrobage des racines de manioc, pour allonger leur durée de conservation, et elle pourrait aussi être employée comme stabilisant pour les crèmes glacées.

Falsifications et succédanés

Le bois de Khaya grandifoliola ressemble davantage au vrai acajou (issu de Swietenia spp.) que celui de Khaya anthotheca et Khaya ivorensis. Cependant, il est habituellement exporté d’Afrique de l’Ouest en mélange avec ces espèces sous le nom d’ “acajou d’Afrique” ou “African mahogany”. Le bois de makoré (Tieghemella) lui ressemble mais il est plus durable.

Description

  • Arbre habituellement caducifolié, monoïque, de taille moyenne à grande atteignant 40 m de haut ; fût dépourvu de branches sur 23 m, souvent tordu ou incliné à proximité du sommet, atteignant 120(–200) cm de diamètre, habituellement à contreforts atteignant 3 m de haut ; surface de l’écorce brun grisâtre, rugueuse, s’exfoliant en petites écailles circulaires et se crevassant, écorce interne rose foncé à rougeâtre, à traînées blanches, exsudant une gomme claire ; cime grande, arrondie ; rameaux glabres.
  • Feuilles disposées en spirale mais groupées vers l’extrémité des branches, composées paripennées à 3–5 paires de folioles ; stipules absentes ; pétiole et rachis atteignant ensemble 50 cm de long ; pétiolules de 0,5–1 cm de long ; folioles opposées ou presque, elliptiques à ovales-elliptiques ou oblongues-elliptiques, de (10–) 12–20(–30) cm × 5–10 cm, cunéiformes à obtuses ou arrondies et légèrement asymétriques à la base, courtement mais distinctement acuminées à l’apex, souvent à pointe tordue, bords entiers ou ondulés, épaisses et papyracées à finement coriaces, glabres, pennatinervées à 9–15 paires de nervures latérales.
  • Inflorescence : panicule axillaire atteignant 40 cm de long.
  • Fleurs unisexuées, fleurs mâles et femelles d’apparence très similaire, régulières, habituellement 5-mères, blanchâtres, au parfum doux ; pédicelle de 1–2 mm de long ; calice lobé presque jusqu’à la base, à lobes arrondis d’environ 1,5 mm de long ; pétales libres, elliptiques, d’environ 5 mm × 2 mm, légèrement cucullés ; étamines soudées en un tube urcéolé d’environ 5 mm de long, habituellement à 10 anthères incluses à proximité de l’apex, alternant avec les lobes arrondis ; disque en coussin ; ovaire supère, globuleux à conique, de 1–2 mm de diamètre, habituellement 5-loculaire, style atteignant 1 mm de long, stigmate discoïde ; fleurs mâles à ovaire rudimentaire, fleurs femelles à anthères plus petites, indéhiscentes.
  • Fruit : capsule ligneuse érigée, presque globuleuse, de 6–9 cm de diamètre, brun grisâtre, déhiscente par 5 valves, contenant de nombreuses graines.
  • Graines discoïdes ou quadrangulaires, fortement aplaties, d’environ 2 cm × 3,5 cm, étroitement ailées à la périphérie, brunes.
  • Plantule à germination hypogée, cotylédons restant enfermés dans le tégument ; épicotyle d’environ 6 cm de long ; 2 premières feuilles opposées, simples.

Autres données botaniques

Le genre Khaya comprend 4 espèces sur le continent africain et 1 ou 2 endémiques des Comores et de Madagascar. Il appartient à la sous-famille des Swietenoideae et semble être étroitement apparenté à Carapa et Swietenia. Les espèces de Khaya ont de fortes ressemblances au niveau des fleurs et des fruits, les différences les plus nettes résidant dans leurs folioles. Khaya grandifoliola est très proche de Khaya anthotheca (Welw.) C.DC. et peut même être conspécifique. Ce dernier diffère par des folioles habituellement plus petites et plus épaisses, et la paroi du fruit plus mince. Des hybrides entre les deux espèces ont été répertoriés.

Anatomie

Description anatomique du bois (codes IAWA pour les bois feuillus) :

  • Cernes de croissance : 2 : limites de cernes indistinctes ou absentes.
  • Vaisseaux : 5 : bois à pores disséminés ; 13 : perforations simples ; 22 : ponctuations intervasculaires en quinconce ; 23 : ponctuations alternes (en quinconce) de forme polygonale ; 24 : ponctuations intervasculaires minuscules (très fines) ( 4μm) ; 30 : ponctuations radiovasculaires avec des aréoles distinctes ; semblables aux ponctuations intervasculaires en forme et en taille dans toute la cellule du rayon ; 42 : diamètre tangentiel moyen du lumen des vaisseaux 100–200 μm ; (43 : diamètre tangentiel moyen du lumen des vaisseaux 200 μm) ; (46 : 5 vaisseaux par millimètre carré) ; 47 : 5–20 vaisseaux par millimètre carré ; 58 : gomme ou autres dépôts dans les vaisseaux du bois de cœur.
  • Trachéides et fibres : 61 : fibres avec des ponctuations simples ou finement (étroitement) aréolées ; (65 : présence de fibres cloisonnées) ; 66 : présence de fibres non cloisonnées ; 69 : fibres à parois fines à épaisses.
  • Parenchyme axial : 78 : parenchyme axial juxtavasculaire ; 79 : parenchyme axial circumvasculaire (en manchon) ; (89 : parenchyme axial en bandes marginales ou semblant marginales) ; 92 : quatre (3–4) cellules par file verticale ; 93 : huit (5–8) cellules par file verticale.
  • Rayons : 98 : rayons couramment 4–10-sériés ; (103 : rayons de deux tailles différentes) ; 106 : rayons composés de cellules couchées avec une rangée terminale de cellules dressées et/ou carrées ; 107 : rayons composés de cellules couchées avec 2 à 4 rangées terminales de cellules dressées et/ou carrées ; 115 : 4–12 rayons par mm.
  • Eléments sécrétoires et variantes cambiales : 131 : canaux intercellulaires d’origine traumatique.
  • Inclusions minérales : (136 : présence de cristaux prismatiques) ; (137 : cristaux prismatiques dans les cellules dressées et/ou carrées des rayons) ; (138 : cristaux prismatiques dans les cellules couchées des rayons).
(N.P. Mollel, P. Détienne & E.A. Wheeler)

Croissance et développement

Au Nigeria, des gaulis ont atteint une hauteur moyenne de 4,2 m et un diamètre de fût de 7 cm 4 ans après la plantation. En Côte d’Ivoire, des plants de Khaya grandifoliola plantés dans des endroits dégagés de la zone de forêt semi-décidue avaient atteint une hauteur moyenne de 13,5 m et un diamètre de fût moyen de 17 cm au bout de 10 ans. Cependant, dans la zone de forêt sempervirente, les plants ne faisaient que 9 m de haut et 11,5 cm de diamètre au bout de 8 ans. Au Nigeria, une hauteur moyenne de 21 m au bout de 20 ans a été observée. Cependant, en forêt naturelle au Nigeria, le diamètre moyen de fût pour des arbres de 100 ans a été estimé à seulement 60–70 cm.

Les arbres perdent généralement leurs feuilles à la saison sèche ; les jeunes feuilles sont d’un rougeâtre éclatant et poussent souvent en même temps que les fleurs. Les fleurs sont pollinisées par des insectes tels que les abeilles et les papillons de nuit. En Côte d’Ivoire, la fructification a lieu en janvier–mars. La dissémination des graines se fait par le vent, mais la plupart des graines tombent à proximité de l’arbre-mère.

La présence de champignons mycorhizes endotrophes en pépinière est importante ; une inoculation de spores d’Endogone a nettement amélioré la croissance des semis.

Ecologie

Khaya grandifoliola est présent dans la forêt semi-décidue, en particulier du type sec, et dans la savane, mais dans ce cas généralement le long des cours d’eau, dans les régions bénéficiant de 1200–1800 mm de pluviométrie annuelle et d’une saison sèche de 3–5 mois. Il est présent jusqu’à 1400 m d’altitude. On le rencontre parfois dans les parties rocailleuses et vallonnées de la forêt humide semi-décidue, où se trouve également Khaya anthotheca. Au Soudan et en Ouganda, il est présent dans les forêts de basses terres, surtout les forêts-galeries. Il préfère les sols humides mais bien drainés et il est commun par endroits sur les sols alluviaux des vallées.

Les graines peuvent germer en plein soleil comme à l’ombre, mais la régénération naturelle peut être très limitée dans la forêt. Au Nigeria, on a observé que les semis pouvaient s’établir dans la forêt dense, mais qu’ils présentaient alors une croissance très médiocre et survivaient rarement longtemps. Au Soudan, Khaya grandifoliola ne se régénèrerait pas sous un couvert forestier dense. Il peut y avoir une abondante régénération naturelle dans la savane qui est proche de la forêt et protégée des incendies. Dans les forêts-galeries nigérianes, la régénération était surtout abondante dans la zone limitrophe avec la savane. Au Nigeria, on a noté que la production de graines et de semis était plus importante les années de précipitations abondantes.

Multiplication et plantation

Khaya grandifoliola se multiplie par graines. Le poids de 1000 graines est de 200–300 g. Les graines sont souvent déjà la proie des insectes quand elles sont encore sur l’arbre ; il faut donc procéder à une sélection des semences intactes avant de semer. Les graines se conservent à l’abri de la chaleur ; dans un essai mené au Bénin, le taux de germination était toujours de 76% après 4 mois. On recommande d’ajouter des cendres au stockage pour réduire les attaques d’insectes. Les graines sont très sensibles à la dessiccation. Il n’est pas nécessaire de traiter les graines avant le semis. Il vaut mieux les semer en planches de pépinière ou en pots. Lors du semis, il ne faut recouvrir les graines que d’une mince couche de terre, ou les laisser partiellement découvertes. Les semences fraîches saines ont un taux de germination élevé, environ 90%, mais en conditions naturelles, celui-ci tombe rapidement à zéro au bout de 2 mois. La levée prend 10–35 jours. Il a été conseillé d’ombrager légèrement les jeunes semis jusqu’à ce qu’ils atteignent 1–2 mois, mais au Nigeria on a constaté que les semis poussaient mieux en pleine lumière, en les arrosant au moins tous les deux jours et en leur apportant un complément hebdomadaire d’une solution de NK. Ils peuvent rester en pépinière pendant un an environ jusqu’à ce qu’ils fassent 0,5–1 m de haut ; ensuite, le système racinaire est taillé à environ 30 cm de long et les branches effeuillées avant de repiquer au champ. On peut aussi repiquer des stumps en laissant 2–3 cm de tige et 25–30 cm de racine. En Ouganda, des semis de 2,5 m de haut avec un diamètre de tige de 5–8 cm à la base ont été utilisés pour le repiquage au champ. L’espacement habituel est de 2–4 m × 2–4 m. On récolte parfois des sauvageons pour la plantation.

Gestion

La plantation d’enrichissement en forêt naturelle a été pratiquée en Ouganda, mais elle a échoué, probablement en raison de la médiocrité des opérations de gestion sylvicole. Dans les jeunes plantations, un désherbage est nécessaire ; les jeunes arbres sont vulnérables à une élimination par les plantes adventices, de même que par les incendies. En Côte d’Ivoire, des plants de Khaya grandifoliola ont été plantés à l’ombre de Leucaena leucocephala (Lam.) de Wit âgés de 2 ans, espèce qui empêche les adventices de pousser et fixe l’azote dans le sol. Une éclaircie régulière des arbres d’ombrage au cours des premières années est nécessaire à une bonne croissance de Khaya grandifoliola. La première éclaircie dans une plantation de 1000 tiges/ha est effectuée lorsque les arbres ont atteint 15 m de haut et 15 cm de diamètre de fût, visant une densité de 400–500 tiges/ha. La seconde éclaircie à 200–250 tiges/ha peut être effectuée lorsque les arbres font 20 m de haut et 20 cm de diamètre, la troisième à 125–150 tiges/ha lorsqu’ils ont 25 m de haut et 25 cm de diamètre, et la quatrième à 75–100 tiges/ha lorsqu’ils ont 30 cm diamètre. En Afrique tropicale, Khaya grandifoliola a été planté avec succès en plantations mixtes, par ex. avec Milicia excelsa (Welw.) C.C.Berg, Triplochiton scleroxylon K.Schum., Gmelina arborea Roxb. et Margaritaria discoidea (Baill.) Webster.

Les cycles de rotation réalistes, en forêt naturelle, sont probablement de l’ordre de 80–100 ans, mais dans les plantations, une rotation de 40–60 ans est envisageable.

Maladies et ravageurs

Dans les plantations, Khaya grandifoliola peut être sérieusement affecté par le foreur des pousses Hypsipyla robusta qui tue la tige principale des jeunes arbres, les poussant à une ramification excessive et contribuant à leur mortalité. Les dégâts qu’il cause peuvent être limités par des techniques sylvicoles telles que l’ombrage par le haut des gaulis, la plantation mixte et l’ablation des pousses latérales. Les graines sont souvent attaquées par des coléoptères foreurs de graines et consommées par les petits rongeurs.

Récolte

Le diamètre minimum de fût pour la récolte de Khaya grandifoliola en forêt naturelle est de 60 cm en Côte d’Ivoire, 80 cm au Cameroun, en Centrafrique et en R.D. du Congo, et de 110 cm au Ghana.

Traitement après récolte

Les grumes sont sensibles aux attaques de capricornes et il ne faut pas trop attendre après l’abattage pour entamer la transformation. L’aubier est souvent extrait peu de temps après l’abattage pour prévenir les attaques de scolytes. Les fûts flottent sur l’eau et peuvent donc être transportés par la rivière.

Ressources génétiques

Khaya grandifoliola figure sur la Liste rouge de l’UICN en tant qu’espèce vulnérable en raison de la perte et de la dégradation de son milieu, ainsi que de son abattage sélectif. Comme d’autres Khaya spp., les peuplements ont été appauvris dans de nombreuses régions suite à des siècles d’exploitation commerciale.

Perspectives

Un approfondissement des recherches est nécessaire sur des systèmes de gestion appropriés en forêt naturelle pour assurer une exploitation durable de Khaya grandifoliola. Son taux de croissance appréciable fait de l’établissement de plantations plus étendues une option, mais les attaques de Hypsipyla constituent un sérieux inconvénient. Les effets combinés d’une sélection de provenances apportant une résistance génétique et de méthodes sylvicoles appropriées pourraient avoir un impact positif considérable sur les dégâts causés par le foreur de tige Hypsipyla robusta. La recherche doit s’attaquer en priorité à une sélection dans toute l’aire de répartition de génotypes résistants aux attaques de foreurs des tiges, à croissance rapide et d’un bois de qualité acceptable. La mise en œuvre de méthodes appropriées de multiplication végétative, y compris la culture de tissus, s’impose de toute urgence.

L’écorce a démontré plusieurs activités pharmacologiques intéressantes, en particulier contre le paludisme et les ulcères gastriques. Cela mérite davantage d’attention de la part des chercheurs pour l’éventuelle mise au point de nouveaux médicaments. Les activités tant insecticide, molluscicide que nématicide de l’écorce et des graines sont également dignes d’intérêt. La gomme a un potentiel comme matériau d’enrobage par compression pour les médicaments ciblés pour le côlon, et comme agent de stabilisation et de protection.

Références principales

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Sources de l'illustration

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Auteur(s)

  • E. Opuni-Frimpong, Forestry Research Institute of Ghana (FORIG), University P.O. Box 63, KNUST, Kumasi, Ghana

Citation correcte de cet article

Opuni-Frimpong, E., 2008. Khaya grandifoliola C.DC. In: Louppe, D., Oteng-Amoako, A.A. & Brink, M. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands. Consulté le 13 avril 2019.


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