Hyphaene thebaica (PROTA)

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Hyphaene thebaica (L.) Mart.


Protologue: Hist. Nat. Palm. 3: 226 (1838).
Famille: Arecaceae (Palmae)
Nombre de chromosomes: 2n = 36

Synonymes

  • Hyphaene dankaliensis Becc. (1906), Hyphaene nodularia Becc. (1908).

Noms vernaculaires

  • Palmier doum, palmier fourchu, doum, doumier (Fr).
  • Doum palm, Egyptian doum palm, gingerbread palm, gingerbread tree, dum (En).

Origine et répartition géographique

Hyphaene thebaica est réparti du Sénégal et de la Gambie jusqu’en Somalie, et est particulièrement commun entre les latitudes 8°N et 12°N. Il est également présent en Libye, en Egypte, en Israël, sur la péninsule Arabique et en Inde occidentale. Hyphaene thebaica est souvent planté. Il était déjà cultivé dans l’Egypte ancienne, où il était considéré comme sacré.

Usages

Des bandes de jeunes feuilles non dépliées sont couramment utilisées pour tisser des nattes, des sacs, des paniers, des chapeaux, des éventails, des passoires, des bols, des cordes, de la ficelle, des filets et des textiles grossiers. Des feuilles plus âgées sont également utilisées pour tisser des nattes, des chapeaux, des paniers, des cordes, des récipients et d’autres objets. Au Sahel, on fabrique souvent des cordes pour les puits à partir d’Hyphaene thebaica. Les nervures médianes des segments de feuilles sont utilisées comme structure pour tisser des objets et, liées ensemble, elles sont utilisées comme balais. On utilise des feuilles entières pour la couverture des toits. En Erythrée, les pétioles sont tissés en nattes de couchage et utilisés dans la construction de maisons, de clôtures et de ponts. Les fibres du limbe de la feuille sont utilisées pour faire des sacs grossiers, mais l’extraction est laborieuse et la qualité pauvre. En Erythrée, on utilise les déchets de l’extraction des fibres pour le rembourrage et pour renforcer le ciment. La fibre du pétiole est utilisée pour faire des éponges et des brosses. Les racines donnent une fibre utilisée pour faire des collets, des filets de pêche et des nasses.

Le tronc est utilisé pour la construction de maisons, de clôtures, de traverses de chemin de fer et de pirogues. Coupé en planches, on le transforme en pirogues et en roues à aubes. Les troncs évidés sont utilisés comme abreuvoirs et comme tuyaux d’irrigation. Au Mali, on utilise le bois pour des perches, des fûts et des harpons. Il est également utilisé comme carburant et pour faire du charbon de bois. Les feuilles, les rachis et les fruits sont également utilisés comme carburant. La cendre du tronc est utilisée comme sel végétal.

Le bourgeon apical est consommé comme légume (“cœur de palmier”). Le coeur, à la base du tronc, est parfois consommé cuit, et l’hypocotyle des plantules est également cuit et consommé. On extrait de la sève de l’arbre juste avant la floraison pour la production de vin de palme.

Les jeunes feuilles et les tiges sont broutées par le bétail. Au Soudan, on coupe et on sèche les jeunes feuilles pour en faire du fourrage pour la saison sèche. Les feuilles plus âgées sont amères et immangeables. L’inflorescence mâle est un fourrage au Soudan.

Le mésocarpe des fruits de quelques arbres est immangeable, mais celui d’autres arbres est très appétent et a un goût sucré proche du pain d’épice. Il est parfois transformé en sirop ou broyé en farine pour faire des gâteaux ou des friandises.

Les fruits ont un endocarpe dur et les “noix” sont transformées en balles, en jouets et en armes. On fabrique de petits récipients avec l’endocarpe. L’amande dure des graines mûres était autrefois utilisée comme ivoire végétal pour fabriquer des boutons, des perles et de petites sculptures. L’albumen des graines immatures est tendre et renferme une cavité contenant un liquide qui est une boisson très appréciée au nord du Nigeria. L’albumen des graines immatures est consommé cru ou cuit. Les fruits secs donnent un colorant noir, utilisé pour teinter le cuir.

En médecine traditionnelle, au Mali, on masse la poitrine avec une pâte de racines pour soulager les douleurs thoraciques. Au Bénin, la décoction de feuilles d’Hyphaene thebaica et d’Elaeis guineensis Jacq., de parties aériennes d’Indigofera suffruticosa Mill. et de fruits de Xylopia aethiopica (Dunal) A.Rich., est absorbée comme boisson pour traiter la jaunisse. La macération d’écorce de racine se prend pour traiter les coliques intestinales et la hernie inguinale. Au Soudan, on lave les yeux avec une infusion de fibre de feuille pour traiter la conjonctivite, et on consomme les fruits contre les douleurs d’estomac et les infections de la vessie. Le mésocarpe aurait des propriétés diurétiques, et l’extrait de racine se boit en cas d’hématurie.

Production et commerce international

Les “noix” étaient autrefois exportées, par ex. du Soudan et de l’Erythrée, pour la production de boutons et de perles à partir de l’amande, et de petites boîtes à partir de l’endocarpe. Toutefois, de nos jours, les boutons sont principalement en plastique. Les fruits sont récoltés pour être vendus dans les villes. Des bottes de bandes de feuilles destinées au tissage, tout comme des produits tissés, sont commercialisés sur les marchés locaux.

Propriétés

Les feuilles fraîches contiennent environ 20% de fibres, mais le rendement après décortication est de seulement 12–13%. La fibre fait environ 40 cm de long, et est moins résistante et plus grossière que la fibre de jute. Les fibres ultimes font (0,5–)1,5–2,1(–3,6) mm de long et (10–)13–15(–25) μm de large. La pâte de feuille peut être transformée en papier de bonne qualité, mais les quantités disponibles sont trop faibles pour une production à l’échelle commerciale. Les fibres ultimes du rachis font en moyenne 0,8 mm de long et 13,7 μm de large, avec une épaisseur de paroi de cellule de 3,5 μm et une largeur du lumen de 6,8 μm. Les pâtes obtenues à partir du rachis par les procédés à la soude-anthraquinone (soude-AQ), au sulfite-anthraquinone alcalin (AS-AQ) et au sulfite-anthraquinone-méthanol alcalin (ASAM) ont des propriétés de résistance faibles et semblent impropres à la fabrication d’un papier compétitif. Cependant, un mélange avec de la pulpe d’écorce de kénaf donne un papier adapté à l’écriture et l’impression.

Le bois des arbres mâles serait dur, résistant, durable et résistant aux termites, mais le bois des arbres femelles est répertorié comme plus fibreux, moins durable et plus sensible aux attaques des termites et des xylophages. Les cellules des fibres du bois font 0,8–1,5 mm de long et 25–45 μm de large. Le papier constitué de la pâte de bois est de qualité inférieure.

La farine faite à partir du péricarpe contient par 100 g de partie comestible : eau 10,7 g, énergie 1239 kJ (296 kcal), protéines 2,6 g, lipides 0,4 g, glucides (dont fibres) 79,0 g, fibres 14,0 g, cendres 7,3 g, Ca 68 mg, thiamine 0,05 mg, riboflavine 0,10 mg et niacine 3,4 mg (Leung, Busson & Jardin, 1968). L’amande contient, par 100 g de partie comestible : eau 5,7–6,2 g, énergie 1654 kJ (395 kcal), protéines 2,4–5,0 g, lipides 4,9–8,0 g, glucides (dont fibres) 80,6 g, fibres 6,5–11,0 g, cendres 1,9–5,4 g, Ca 121–168 mg et P 170–281 mg (Leung, Busson & Jardin, 1968). Par 100 g de matière sèche, les graines contiennent 1,11 g d’acide tannique et 330 mg d’acide phytique.

Les fruits séchés et broyés ont montré des effets hypotenseur et hypolipidémique. Un extrait aqueux du mésocarpe du fruit a stimulé les contractions du myocarde de grenouille et de l’intestin de rat, mais a inhibé les contractions utérines chez des rats. L’extrait était capable de réduire la tension artérielle chez des chiens normaux ou atteints d’hypertension, mais n’avait aucun effet diurétique chez les lapins, et aucun effet œstrogène ou androgène chez les rats. L’extrait aqueux contenait des alcaloïdes, des sucres réducteurs et des glucosides. Des extraits à l’acétate d’éthyle, au méthanol et aqueux du fruit ont montré une activité antibactérienne et antifongique. Des extraits méthanoliques et aqueux du fruit ont montré une activité antioxydante, due à la présence de composants phénoliques. Un extrait aqueux de la feuille a montré une forte activité de piégeage des radicaux libres.

Des suspensions aqueuses de racine ont fait ressortir une activité hypolipidémique chez des rats, mais se sont également avérées toxiques sur le foie et les reins.

Description

Arbre dioïque atteignant 20 m de haut, à ramification dichotome ; tronc unique, atteignant 40 cm de diamètre, se divisant tôt en 2 rameaux, qui peuvent encore se diviser pour donner 8(–16) cimes, la plupart du tronc étant couverte de bases de feuilles qui se désagrègent en fibres à la base du tronc. Feuilles disposées en spirale formant des cimes denses, à 8–20 feuilles par cime, en éventail, atteignant 1,5(–2) m de long, s’engainant à la base ; pétiole atteignant 140 cm de long, bords bruns ou noirs à épines atteignant 1 cm de long, hastula atteignant 1,5 cm de long ; costa atteignant 3,5(–8) cm de long ; limbe de 55–90 cm de long, divisé costapalmé sur presque 75% de sa longueur, avec jusqu’à 40 segments, à une seule fibre entre chaque segment, bleu-vert ; segments pliés une fois, apex divisé, moitié extérieure à écailles brunes ou pâles. Inflorescence unisexuée, axillaire, entre les feuilles ; inflorescence mâle atteignant 120 cm de long, d’abord érigée, puis retombante, à prophylle tubuleux s’ouvrant en limbe lancéolé, inflorescences partielles de 25–30 cm × 1 cm, rachilles atteignant 20 cm × environ 1 cm, bractées de 7–8 mm × 3 mm et réunies dans un creux avec une petite ouverture, fleurs 3 par creux, disposées en cincinnus ; inflorescence femelle similaire à l’inflorescence mâle, atteignant 80 cm de long, rachilles habituellement solitaires, rarement par 2, de 12–25 cm × 1–2 cm, 1 fleur dans chaque creux. Fleurs unisexuées, 3-mères ; fleurs mâles à bractées vertes minuscules, calice à base tubuleuse et 3 lobes aigus en capuchon, corolle à pédicelle basal et 3 lobes se chevauchant, obovales et en capuchon, étamines 6, sur la base des lobes de la corolle ; fleurs femelles beaucoup plus grandes que les mâles, pédicelle court et large, sépales 3, libres, triangulaires, aigus et coriaces, pétales 3, arrondis, un peu plus petits que les sépales, scarieux, staminodes 6, ovaire globuleux, 3-loculaire mais seulement 1 loge fertile, stigmates 3, sessiles. Fruit : drupe, de forme et taille très variables, ovale à globuleuse à obovale, habituellement à quelques bosses irrégulières autour de la base ou des épaules vers l’apex, de 4,5–9 cm × 4,5–7(–8) cm, sessile ou à pédicelle court et large, lisse, brun jaunâtre à orange, rouge ou rouge-brun foncé, terne ou brillante, contenant 1 graine ; mésocarpe de 4–8 mm d’épaisseur, sec, fibreux ; endocarpe de 3–8 mm d’épaisseur, osseux. Graines comme le fruit quant à la forme, de 3–4 cm × 2,5–4 cm ; albumen blanc, à centre creux.

Autres données botaniques

Bien que plus de 40 espèces d’Hyphaene aient été signalées, le genre ne comprend probablement qu’environ 10 espèces, présentes dans les zones sèches des régions tropicales et subtropicales d’Afrique, quelques espèces s’étendant au Proche-Orient et vers les côtes occidentales de l’Inde. Sa taxinomie est souvent confuse et aussi mal comprise. Le genre a été révisé pour l’Afrique de l’Est, mais une révision supplémentaire pour les autres parties d’Afrique manque cruellement. Les données sur Hyphaene thebaica en Afrique de l’Est concernent habituellement Hyphaene compressa H.Wendl.

Croissance et développement

Lors de la germination, le pétiole du cotylédon enterre la radicelle et la plumule à une profondeur de 60 cm. La première feuille est linéaire ; les feuilles en forme d’éventail sont produites 2–3 ans après la germination. Le tronc se forme après 18–20 ans. La floraison a habituellement lieu dans la deuxième moitié de la saison des pluies. La pollinisation est effectuée par le vent. Les premiers fruits sont produits après 6–8 ans. Les fruits mûrissent en 8–12 mois. Les éléphants et les babouins consomment les fruits et disséminent les graines. Hyphaene spp. sont pléonanthiques, c’est-à-dire que les tiges ne meurent pas après la floraison. Les troncs coupés pour la production de vin de palme meurent, mais l’arbre se recèpe à partir de la racine. L’arbre peut produire des drageons.

Ecologie

Hyphaene thebaica est présent en zones arides et semi-arides avec une pluviométrie annuelle moyenne de (50–)200–600 mm, de 100 m au-dessous du niveau de la mer jusqu’à 1000 m d’altitude. Il est présent en vallées fluviales, autour des oasis, dans les zones humides des savanes herbeuses et des forêts claires puis sur les plaines inondables, mais également dans des endroits plus secs. Il pousse habituellement sur des sols légers et préfère un pH de 6,5–7,5. Hyphaene thebaica supporte le feu et tolère un gel léger et une salinité modérée, mais ne tolère pas l’eau stagnante. On considère la présence de l’arbre comme un indicateur de bonne qualité du sol avec une nappe phréatique élevée.

Multiplication et plantation

Hyphaene thebaica se multiplie par graines et par drageons. Le poids de 1000 graines est de 20–50 kg. On recommande le semis direct plutôt que le semis en pépinière, car la radicelle et la plumule sont profondément enfouies avant la germination. La germination peut démarrer 1 mois après le semis, mais peut également prendre jusqu’à un an.

Après le semis, le sol doit rester humide pendant 2–3 mois, passé ce délai, les plants sont capables de résister jusqu’à 10 mois de sécheresse. Dans des essais de germination au Nigeria, des semences fraîchement récoltées ont mieux germé que des semences datant de 13 mois. Par ailleurs, les semences non traitées germent beaucoup moins bien que celles dont le péricarpe a été retiré et que les amandes nues (péricarpe et endocarpe retirés). Des semences fraîches et datant de 13 mois trempées dans de l’eau avant le semis ont eu un taux de germination plus élevé que des semences non trempées. La plus forte germination de semences fraîchement récoltées a été obtenue avec des semences scarifiées mécaniquement et trempées dans de l’eau pendant 3 jours.

Gestion

Le palmier peut être recépé et élagué.

Récolte

La coupe du cœur de palmier ou le tirage de vin de palme tue la branche.

Rendement

Un arbre adulte peut produire 50 kg de fruits par an.

Traitement après récolte

Pour obtenir du matériau de tissage, les segments sont séparés et sont rendus souples en les mouillant, la nervure médiane est retirée, et le limbe est divisé en bandes, la largeur dépendant de l’article à confectionner. En Erythrée, on a extrait les fibres mécaniquement de la feuille. Avant d’être décortiquées, les feuilles étaient trempées dans l’eau pendant 24 heures. On obtient la fibre de la racine par un trempage de 2–3 jours et par battage avec des morceaux de bois.

Ressources génétiques

Hyphaene thebaica a une grande aire de répartition et est souvent fréquent, mais il est par endroits surexploité et menacé. Au Niger, par exemple, des feuilles juvéniles entières sont coupées trop régulièrement et intensivement sur les jeunes palmiers, entraînant une transformation du port arborescent normal en un port rampant sous terre. En Erythrée, l’abattage d’arbres vivants est illégal.

Perspectives

Hyphaene thebaica est un arbre polyvalent extrêmement utile pour les régions arides et semi-arides, donnant des fibres, du matériau de construction, des aliments, du fourrage et de nombreux autres produits. En Erythrée, il joue un rôle important dans la sécurité alimentaire : il fournit de la nourriture en temps de disette et les feuilles sont une source de revenus. Pour assurer sa disponibilité à l’avenir, il convient de faire en sorte que l’espèce soit exploitée de manière durable. La variabilité de la qualité des fruits peut offrir des perspectives de sélection et d’amélioration génétique.

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Sources de l'illustration

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Auteur(s)

  • T. Soromessa, Addis Ababa University, P.O. Box 1176, Addis Ababa, Ethiopia

Citation correcte de cet article

Soromessa, T., 2011. Hyphaene thebaica (L.) Mart. [Internet] Fiche de PROTA4U. Brink, M. & Achigan-Dako, E.G. (Editeurs). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Pays Bas. <http://www.prota4u.org/search.asp>.

Consulté le 13 novembre 2020.


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