Henné (Candolle, 1882)

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Nom accepté : Lawsonia inermis L.

Indigotiers
Alphonse de Candolle, Origine des plantes cultivées, 1882
Tabac

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Henné. — Lawsonia alba, Lamarck (Lawsonia inermis et L. spinosa de divers auteurs).

L'usage des femmes de l'Orient de se teindre les ongles en


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rouge avec le suc tiré des feuilles du Henné remonte à une grande antiquité. La preuve en est dans les anciennes peintures et momies égyptiennes.

Il est difficile de savoir quand et dans quel pays on a commencé à cultiver l'espèce pour subvenir aux nécessités de cette mode aussi ridicule que persistante, mais cela peut remonter à une époque très ancienne, puisque les habitants de Babylone, de Ninive et des villes d'Egypte avaient des jardins. Les érudits pourront constater si l'usage de teindre les ongles a commencé en Egypte sous telle ou telle dynastie, avant ou après certaines communications avec les peuples orientaux. Il suffit, pour notre but, de savoir que le Lawsonia, arbuste de la famille des Lythracées, est plus ou moins spontané dans les régions chaudes de l'Asie occidentale et de l'Afrique, au nord de l'équateur.

J'en possède des échantillons venant de l'Inde, de Java, de Timor, même de Chine 1 et de Nubie, qu'on ne dit pas recueillis sur des pieds cultivés, et d'autres échantillons de la Guyane et des Antilles, qui proviennent sans doute d'importations de l'espèce. Stoks l'a trouvé indigène dans le Belouchistan 2. Roxburgh le regardait aussi comme spontané sur la côte de Coromandel 3, et Thwaites 4 l'indique pour Ceylan d'une manière qui fait supposer une espèce spontanée. M. Clarke 5 la dit « très commune et cultivée dans l'Inde, peut-être sauvage dans la partie orientale ». Il est possible qu'elle se soit répandue dans l'Inde, hors de la patrie primitive, comme cela est arrivé au xviie siècle à Amboine 6 et plus récemment peut-être aux Antilles 7, à la suite de cultures, car la plante est recherchée pour le parfum de ses fleurs, outre la teinture, et se propage beaucoup par ses graines. Les mêmes doutes s'élèvent sur l'indigénat en Perse, en Arabie, en Egypte (pays essentiellement cultivé), en Nubie et jusqu'en Guinée, où des échantillons ont été recueillis 8. Il n'est pas fort improbable que l'habitation de cet arbuste s'étendît de l'Inde à la Nubie ; cependant c'est toujours un cas assez rare qu'une telle distribution géographique. Voyons si les noms vulgaires indiquent quelque chose.

On attribue à l'espèce un nom sanscrit, Sakachera 9 ; mais, comme il n'a laissé aucune trace dans les divers noms des langues modernes de l'Inde, je doute un peu de sa réalité. Le nom persan Hanna s'est répandu et conservé plus que les autres (Hina des Indous, Henneh et Alhenna des Arabes, Kinna des

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1. Fortune, n° 32.

2. Aitchison, Catal. of Punjab, etc., p. 60 ; Boissier, Fl or., 2, p 744.

3. Roxburgh, Fl. ind., 2, p. 238.

4. Thwaites, Enum. Ceyl., p. 122.

5. Clarke, dans Hooker, Fl. brit. India, 2, p. 573.

6. Rumphius, Amb., 4, p. 42.

7. Grisebaeh, Fl. brit. W. Ind., 1, p. 271.

8. Oliver, Fl. of trop. Africa, 2, p. 483.

9. Piddington, Index to plants of India.


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Grecs modernes). Celui de Cypros, usité par les Syriens du temps de Dioscoride 1, n'a pas eu la même faveur. Ce détail vient à l'appui de l'opinion que l'espèce était originairement sur les confins de la Perse et de l'Inde, ou en Perse, et que l'usage, ainsi que la culture, ont avancé jadis de l'est à l'ouest, d'Asie en Afrique.

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1. Dioscorides, 1, cap. 124 ; Lenz, Bot. d. Alterk., p. 177.