Introduction |
Heliotropium ovalifolium Forssk.
- Protologue: Fl. Aegypt.-Arab. : 38 (1775).
- Famille: Boraginaceae
- Nombre de chromosomes: 2n = 22
Noms vernaculaires
- Grey leaf heliotrope (En).
Origine et répartition géographique
Heliotropium ovalifolium est répandu en Afrique tropicale et subtropicale y compris Madagascar. Son aire s’étend à l’Asie tropicale et à l’Australie.
Usages
Heliotropium ovalifolium est utilisé contre la syphilis dans au moins 3 différents pays africains, et il est réputé avoir des propriétés analgésiques. En Tanzanie, la plante séchée est mélangée avec du beurre, et on enduit d’une couche épaisse de ce mélange les zones douloureuses lors des accès de fièvre. En Ethiopie et en Tanzanie, on l’applique sur les piqûres de scorpion. Au Sénégal et au Kenya, la plante est pâturée par tous les animaux domestiques, et en Australie par les chameaux. En Zambie toutefois, elle n’est pas pâturée par les bovins. Au Kenya, les feuilles sont mâchées comme succédané du tabac.
Propriétés
Les alcaloïdes du groupe des pyrrolizidines sont un constituant commun des Boraginaceae et des Asteraceae, ainsi que du genre Crotalaria parmi les Papilionaceae. Ces alcaloïdes montrent des effets toxiques prononcés sur le foie et les poumons, tandis que l’on a aussi rapporté des actions cytotoxiques, mutagènes et carcinogènes. Les alcaloïdes rétronécine, hélifoline et héliotropamide ont été isolés. On a signalé que l’hélifoline montrait in vivo et in vitro une action de blocage des ganglions. La rétronécine (fraction amino-éthanol de nombreuses pyrrolizidines mais sans la partie ester) et l’hélifoline (analogue 1,2-saturé de la rétronécine) sont présumées non hépatotoxiques. La supinine (une pyrrolizidine), et l’héliophénanthrone (dérivé du phénanthrone), de même que des benzoquinones (héliotropinone A et B) ont été isolées des parties aériennes de la plante. Ces deux quinones ont montré des propriétés antifongiques et antibactériennes. L’héliotropamide n’a montré aucune action antifongique ou antibactérienne, ni aucune action d’élimination de radicaux.
Des cas d’empoisonnement de moutons et de chèvres ont été rapportés au Soudan, et une maladie hépatique mortelle des chevaux en Australie a été également attribuée à Heliotropium ovalifolium. En Afrique australe, cette même espèce est soupçonnée être la cause du “syndrome de la trompe flasque”, affection mortelle chez les éléphants. Au Nigeria, la plante est considérée comme toxique, causant diarrhée et vomissements.
Falsifications et succédanés
De nombreuses autres espèces du genre Heliotropium contiennent des alcaloïdes du groupe des pyrrolizidines, et sont souvent utilisées à des fins analogues à Heliotropium ovalifolium.
Description
Plante herbacée pérenne, atteignant 90 cm de hauteur, parfois lignifiée à la base, très ramifiée ; jeunes branches pubescentes argentées. Feuilles alternes, simples ; stipules absentes ; pétiole jusqu’à 1,5(–2) cm de long ; limbe elliptique ou obovale, jusqu’à 5,5 cm × 2,5 cm ; base cunéiforme ; apex rétus, mucroné ou aigu. Inflorescence : cyme spiciforme, à pubescence soyeuse, dépourvue de bractées, à fleurs disposées sur deux rangs, jusqu’à 4 cm de long. Fleurs bisexuées, régulières, 5-mères ; calice à lobes presque libres, densément couvert de poils antrorses ; corolle en forme d’entonnoir, jusqu’à 3 mm de long, pubescente à l’extérieur, lobes ovales-triangulaires, jusqu’à 2 mm de long ; étamines incluses dans le tube de la corolle, à filets très courts ; ovaire supère, 4-loculaire. Fruit se fendant en 4 nucules, densément couvertes de poils blancs.
Autres données botaniques
Le genre Heliotropium comprend quelque 250 espèces réparties dans les zones tropicales, subtropicales et tempérées chaudes de tous les continents. Leur classification souffre de l’absence de révision taxinomique récente couvrant les espèces de l’Ancien Monde et du Nouveau Monde. Le genre Heliotropium est d’un intérêt particulier pour l’est et le nord de l’Afrique orientale, étant associé aux aires d’essaimage initial des criquets pèlerins (Locusta migratoria). De même, certains papillons sont souvent associés à Heliotropium, ayant besoin de certaines pyrrolizidines comme précurseur pour leurs phéromones.
Heliotropium ovalifolium, Heliotropium ciliatum Kaplan et Heliotropium strigosum Willd. appartiennent au sous-genre Orthostachys.
Heliotropium ciliatum
Heliotropium ciliatum se rencontre en Angola, en Namibie, au Botswana, au Zimbabwe, au Mozambique et en Afrique du Sud. Les Bochimans du Kalahari font bouillir ses feuilles et boivent cette décoction pour soigner la fièvre et les maux d’estomac. En Namibie, on boit une décoction de racines et de feuilles ou bien on l’administre en lavement pour traiter les douleurs dans les jambes. L’œdème résultant de problèmes cardiaques est traité par un bain dans une décoction de la plante entière ou par un bain de vapeur.
Heliotropium strigosum
Heliotropium strigosum est répandu en Afrique et en Asie tropicales ainsi qu’en Australie. On l’utilise en Tanzanie et en R.D. du Congo pour traiter les abcès de la poitrine par application d’un mélange de la plante entière avec du beurre. Au Soudan, on pense que la plante est efficace contre les piqûres de scorpion. En Inde, on l’utilise pour traiter les morsures de serpents, les piqûres d’insectes et de scorpions, pour éliminer les douleurs dans les membres, pour traiter les affections des yeux et pour guérir les furoncles, les blessures et les ulcères. Il est brouté par les chameaux au Soudan, mais non par le bétail au Sénégal. Heliotropium strigosum est une espèce variable. L’absence de bractées dans l’inflorescence la distingue de la plupart des autres espèces d’Heliotropium poussant en Afrique tropicale.
Heliotropium supinum
Heliotropium supinum L. appartient au sous-genre Piptoclaina, qui est étroitement apparenté au sous-genre Orthostachys. Il est largement réparti en Afrique tropicale, en Afrique du Sud, en Afrique du Nord, en Europe méridionale et dans le sud-ouest de l’Asie. En Namibie, la plante réduite en pulpe est mélangée d’eau et appliquée sur les tumeurs. Des pyrrolizidines, l’héliotrine et la lasiocarpine, ont été isolées, et des extraits ont été testés pour lutter contre Sclerotinia sclerotiorum, maladie du pois chiche, avec un succès limité.
Croissance et développement
Heliotropium ovalifolium peut fleurir tout au long de l’année. La saison de floraison est très longue, et de nouvelles fleurs se développent au sommet de la cyme alors qu’il y a déjà des nucules mûres à la base de l’inflorescence. Il peut se comporter comme une espèce pionnière, et reste vert bien avant dans la saison sèche.
Ecologie
Heliotropium ovalifolium se rencontre dans des milieux divers, mais préfère en général des endroits secs.
Traitement après récolte
Les plantes d’Heliotropium sont généralement récoltées lorsqu’elles sont pleinement développées, et peuvent s’utiliser fraîches ou sèches.
Ressources génétiques
Heliotropium ovalifolium est très répandu, et il n’est pas menacé d’érosion génétique.
Perspectives
Les alcaloïdes d’Heliotropium ont été considérés comme des agents potentiels en chimiothérapie, et des essais cliniques ont été effectués. Ils ne sont pas entrés dans l’usage pharmaceutique parce qu’ils ont de graves effets toxiques (hépatotoxiques entre autres) attribués aux pyrrolizidines. L’application externe pour favoriser la guérison des blessures et pour combattre les infections semble moins hasardeuse, mais il faudrait pour cela davantage de recherche. Le rôle d’Heliotropium ovalifolium dans la reproduction des insectes nuisibles mérite l’attention.
Références principales
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Autres références
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Sources de l'illustration
- Andrews, F.W., 1956. The flowering plants of the Anglo-Egyptian Sudan, Volume 3. Buncle, Arbroath, United Kingdom. 579 pp.
Auteur(s)
- A. Gurib-Fakim, Faculty of Science, University of Mauritius, Réduit, Mauritius
Citation correcte de cet article
Gurib-Fakim, A., 2006. Heliotropium ovalifolium Forssk. In: Schmelzer, G.H. & Gurib-Fakim, A. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands. Consulté le 6 avril 2025.
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