Férule: transport du feu (Marco)

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Claude Marco, février 2012. Transport du feu au creux d'une férule.


Introduction

J'avais lu chez Pierre Lieutaghi, à propos de la férule[1], ceci : Les habitants des îles grecques transportent encore le feu d'un lieu à l'autre dans une tige de fenouil géant [sic] (R. Graves, op. cit., 1p. 163)... c'est surtout grâce à leur moelle, qui, une fois sèche, se consume lentement à la façon de l'amadou, donnant une petite braise qui "se conserve parfaitement bien sans endommager l'écorce", que les férules ont à voir avec le feu. Celui qu'on "transporte d'un lieu à l'autre" dont parle Graves n'a pas été dérobé sur l'Olympe ; c'est simplement la veilleuse des paysans du Sud. "Les bergers siciliens ont toujours un morceau de férule ainsi allumé avec eux" dit Bosc en 1821 [en note : Bosc & coll., op. cit., 1958. Il se peut que l'information, y compris dans la version de Graves soit reprise des auteurs du XVIIIe s. comme Valmont de Bomare, où elle figure à peu près dans les mêmes termes]. Il est vraisemblable que le mythe prométhéen se fait l'écho de cette pratique millénaire, aliment et véhicule du plus ancien serviteur des sociétés.

Cette information était confirmée par d'autres auteurs[2] et par des spécialistes de l'Antiquité grecque comme Suzanne Amigues[3], et Paul Mazon[4] qui a écrit : La férule dont il s'agit (narthex) est une ombellifère, dont la tige renferme une moelle fibrineuse, qui prend feu assez aisément et peut alors se consumer, à l'intérieur de la tige, sans brûler l'écorce. Les Anciens s'en servaient parfois pour transporter le feu, et plusieurs voyageurs du XVIIIe et XIXe siècle l'ont encore vue ainsi employée dans les îles de la mer Egée.

J'avais effectué un essai où l'incandescence s'était enfoncée au creux de la tige, sous l'action du vent et de mon souffle, pendant un temps qui m'était apparu suffisamment long pour en confirmer la possibilité. Aussi, c'était en 2006, avais-je envisagé lors d'une balade contée, de raconter le mythe de Prométhée. Je comptais, au moment de dire : Prométhée sut le tromper et déroba, au creux d'une férule, l'éclatante lueur du feu infatigable, empoigner la tige de férule accrochée, depuis le départ, à ma ceinture et faire apparaître le feu. Magique ! Mais il m'avait été impossible de conserver cette incandescence au-delà d'une à deux minutes. C'est ainsi que je me suis mis à chercher les témoignages historiques de cet usage.

Le texte le mieux documenté que j'ai trouvé sur le sujet, est dû à A. Hamard[5] ; en voici l'essentiel :

D'une étude comparative sur les modes archaïques de transfert du feu, qui a sa place en d'autres colonnes, je voudrais extraire quelques notes sur l'utilisation préhistorique comme "torche lente", c'est-à-dire comme brandon ou allume-feu à combustion lente des tiges de Narthex, ou Férule ou Fenouil Géant, en d'autres termes de Ferula communis des botanistes. [...]

Les récits de voyageurs : Tournefort, Bent, Ray

Chacun connaît le célèbre mythe de Prométhée, qui a tant fait couler d'encre de la part des hellénistes, des philosophes et des ethnographes. Très longtemps les passages fameux d'Eschyle et d'Hésiode relatant comment Prométhée déroba le feu du ciel à Zeus et le rapporta aux hommes dans une férule ou tige de Narthex, devaient rester du point de vue technique, totalement mystérieux. Ce ne fut pas un ethnographe mais un botaniste J. P. de Tournefort (1654-1708), qui fit la lumière sur cette curieuse énigme. Voici en quel terme :

La Férule des anciens croît en abondance dans cette isle [Skinosa, l'ancienne Skinussa de Pline] ; cette plante a conservé même son ancien nom parmi les Grecs d’aujourd’hui, qui l’appellent Nartheca, du grec littéral Narthex. Elle porte une tige de cinq pieds de haut, épaisse d’environ trois pouces, noueuse ordinairement de dix pouces en dix pouces, branchue à chaque nœud, couverte d’une écorce assez dure de deux lignes d’épaisseur : le creux de cette tige est rempli d’une moelle blanche, qui étant bien seche, prend feu tout comme la méche : ce feu s’y conserve parfaitement bien, & ne consume que peu-à-peu la moelle, sans endommager l’écorce[6]  ; ce qui fait qu’on se sert de cette plante pour porter du feu d’un lieu à un autre ; nos matelots en firent provision : cet usage est de la première antiquité, et peut servir à expliquer un endroit d'Hesiode, qui parlant du feu que Promethée vola dans le ciel, dit qu'il l'emporta dans une Ferule[7].

Et Tournefort précise encore : La férule d'Italie et de France est différente de celle de Grèce ; ainsi quand Martial a dit que la Férule étoit le sceptre des pédagogues à cause qu'ils s'en servoient à châtier les écoliers, il a parlé sans doute de l'espèce qui vient en Italie, en France et en Espagne sur les côtes de Méditerranée.

Après Tournefort le voyageur anglais J. Théodore Bent devait faire lui aussi, cette fois à Lesbos, les mêmes observations sur l'usage ancien du fenouil géant, qu'il confond toutefois avec un roseau.

Le mythe de Prométhée, produit assurément d'une longue élaboration millénaire, plongeant ses racines dans le vieux fond préhistorique indo-européen, nous fait donc connaître un mode de transfert du feu d'un lieu à un autre, connu en Grèce au moins dès l'aurore des temps historiques. A la lumière des nombreux faits similaires ou voisins que j'ai eu l'occasion de relever chez diverses populations très archaïques, il paraît légitime d'admettre que ce mode de transfert ait été aussi un usage préhistorique chez les ancêtres des Grecs et diverses populations méditerranéennes.

Ce qui tend également à l'établir est le fait que les Grecs de l'antiquité historique ayant fait — jusqu'à la domination romaine — un large usage des torches résineuses qu'ils poussèrent d'ailleurs à un assez haut degré de perfection, il ne paraît pas être question de la férule parmi les nombreux textes faisant état des types variés de torches qu'ils utilisèrent. Il semble donc que l'usage de celle-ci ait été, dès l'antiquité historique grecque, un procédé fort rustique et déjà archaïque, qui a néanmoins réussi à survivre jusqu'à l'époque actuelle dans les îles de Skinosa et de Lesbos. Il est d'ailleurs probable que l'on ait ainsi transporté le feu d'une île à l'autre.

En tout état de cause, il y aurait donc lieu, pour les régions méditerranéennes, de noter l'éventuelle présence de résidus carbonisés de fenouil dans les foyers et amas de cendres néolithiques et des âges métalliques. Et les folkloristes pourraient s'exciter à rechercher si l'usage indiqué par l'illustre naturaliste français n'aurait pas survécu au Moyen-Age dans nos campagnes méridionales...

En matière de conclusion, je me permets d'inviter nos Collègues de la Côte d'Azur à expérimenter la combustion lente et interne du fenouil bien sec (utilisé aujourd'hui dans l'alimentation des boissons) et à faire part à notre Société de leurs observations. De mon côté, je les tiendrai au courant d'expériences incessantes avec du fenouil de Grèce."

Le site internet Persée et son moteur de recherche, qui m'avait permis d'accéder à cet article, n'en a révélé aucune suite. Selon l'auteur, le mythe de Prométhée nous fait donc connaître un mode de transfert du feu d'un lieu à un autre, connu en Grèce au moins dès l'aurore des temps historiques, qui aurait été aussi un usage préhistorique, à la lumière de nombreux faits similaires ou voisins. Mais il aurait été, dès l'antiquité historique grecque, un procédé fort rustique et déjà archaïque, qui a néanmoins réussi à survivre jusqu'à l'époque actuelle dans les îles de Skinosa et de Lesbos. Ces affirmations étant étayées par les seuls témoignages de Bent et de Tournefort.

Je n'insisterai pas sur la confusion entre le fenouil et la férule, qui sont fréquentes, pour m'attarder sur les citations de Tournefort et Bent.

Le pronom personnel indéfini on utilisé par Tournefort dans la phrase : ce qui fait qu’on se sert de cette plante pour porter du feu d’un lieu à un autre est utilisé, par A. Hamard et bien d'autres, avant et après lui, pour preuve que les habitants de la mer Egée utilisaient la férule pour transporter du feu au creux de sa tige.

Mais si l'on a la curiosité de lire les lignes qui précèdent immédiatement cette citation, on trouve ceci : Après avoir fait un tour de promenade dans l'isle de Cheiro, nous passâmes à Skinosa autre écueil abandonné, d'environ 12 milles de tour, [...] Il ne reste à Skinosa que des masures d'une ville ruinée, parmi lesquelles on ne voit rien de remarquable, ce qui fut cause que nous nous y arrêtâmes qu'environ deux heures pour y herboriser.

Il n'y avait pas d'habitant sur l'écueil de Skinosa lorsque Tournefort y débarqua !

Je ne pense pas que le botaniste avait l'intention de suggérer qu'il avait assisté à un tel transport, car citant les usages de la plante à son époque, il a écrit : Celle de Gréce sert aujourd'hui à faire des tabourets[8]. Le contexte du paragraphe suggérant de lire ne sert plus en Grece qu’à faire des tabourets comme le transcrit L’Encyclopédie[9].

J. T. Bent écrit[10] : A Lesbos ce roseau [reed] est appelé νάρθηκα (νάρθηξ) reste du mot ancien pour désigner le roseau dans lequel Prométhée rapporta le feu du ciel. On comprend bien [One can understand] cette idée : un paysan de nos jours qui veut transporter du feu d'une maison à une autre le mettra dans un de ces roseaux pour l'empêcher d'être soufflé par le vent.

Le voyageur anglais n'a pas assisté à une telle utilisation, il l'a déduite du fait que le terme pour la désigner est le "reste du mot ancien pour désigner le roseau dans lequel Prométhée rapporta le feu du ciel". Il est donc abusif d'affirmer que J. T. Bent a fait à Lesbos, les mêmes observations sur l'usage ancien du fenouil géant que Tournefort.

Voici les différents sens du mot ancien νάρθηξ, -ηκος[11]  :

  • I. férule, arbrisseau, Hés. Th. 565, O. 52
  • II. objets divers faits de bois de férule :
    1. tige ou baguette de férule que portent les fidèles de Bacchos, Eur. Bacch. 113 ; Plut. M. 714 f.
    2. bâton pour frapper, Xén. Cyr. 2, 3, 17.
    3. boîte ou étui à serrer les remèdes, Luc, Ind. 29 ; p. ext. cassette, Plut. Alex. 8 (obscur) (Lucien contre un ignorant 29 : ἐλεφαντίνους νάρθηκας : boîtes d'ivoire)."

Il aurait donc été tout aussi légitime de déduire, du fait qu'ils la nommaient de son ancien nom grec, que les habitants de Lesbos honoraient encore Dionysos, frappaient leurs enfants avec une férule ou utilisaient cette dernière pour conserver leurs plantes médicinales.

Un autre voyageur anglais, J. Ray[12], est cité à propos de la Sicile, en particulier par Valmont de Bomare[13]. J. Ray rapporte : Nous avons observé, quand nous avons voyagé dans cette île, qu'en Sicile quelques uns ont utilisé de la moelle spongieuse des tiges de celle-ci en guise d'amorce [fomite] pour que le feu puisse prendre ; d'où l'on comprend pourquoi les poètes ont imaginé [finxerint] que Prométhée a transporté sur terre le feu céleste au creux d'une férule [au moyen d'une férule creuse]. Il s'agit d'une utilisation de la moelle de férule comme initiateur de feu, et non comme moyen de son transport.

Tous les textes parlant d'un transport du feu au creux d'une tige de férule (moyen qui reproduit le geste de Prométhée) ont-ils pour origine les observations de nos trois voyageurs ? Il est bien sûr impossible de l'affirmer, car le plus souvent, les auteurs ne citent pas leurs sources et de nouveaux détails apparaissent au fil des écrits. Mais nous pouvons fortement le suspecter car tous les textes rencontrés paraphrasent la description de la plante faite par Tournefort et résumée ainsi par Lamarck : L'écorce de la plante est épaisse et dure, et tout l'intérieur est rempli d'une moelle blanche qui prend feu très facilement, et ne se consume que très lentement sans endommager l'écorce. Description qui est inexacte, nous le verrons dans la partie botanique puis dans le compte rendu de nos expérimentations.

Les citations, sur la férule, de Baumann (1984)[14] : Utilisée par les matelots pour allumer leur pipe sur le pont de leur bateau balayé par les vents et de D. Le Dantec (2011)[15] : Les marins allument leur pipe avec cette herbe sur le pont de leur bateau, peuvent paraître très éloignées de celle de Tournefort (1717) jusqu'à la lecture de sa phrase : ce qui fait qu’on se sert de cette plante pour porter du feu d’un lieu à un autre ; nos matelots en firent provision, telle qu'elle est transcrite par l'Abbé Banier (1738)[16] : Les matelots s'en servent pour transporter du feu d'une île à l'autre.

De même les citations de Bosc (1821)</ref>Dans Lieutaghi (2006)</ref> : Les bergers siciliens ont toujours un morceau de férule ainsi allumé avec eux et de Lafargue (1909)[17] : De nos jours les bergers de Sicile, pour avoir toujours du feu, ont un morceau allumé de férule, [...] et le conserve sous la cendre, apparaissent sans rapport avec l'observation de J. Ray en Sicile, car la moelle de férule sert "d'initiateur de feu". Mais voici comment elle est rapportée par Valmont de Bomare[18] : ce qui fait qu'en certains pays, surtout en Sicile, au témoignage de Ray, on se sert de cette plante pour transporter du feu d'un lieu à l'autre.

On peut, de plus remarquer que toutes ces citations, emploient le présent de l'indicatif, alors qu'elles s'échelonnent sur trois siècles.

Un peu de botanique

La férule pose divers problèmes botaniques :

D'abord on trouve en France deux sortes de férules qui peuvent être distinguées ainsi :

  • 1- Feuilles molles et minces, dernières divisions très fines, quasi capillaires ou étroitement planes (largeur 0,5 - 1 mm), vertes sur les deux faces.
  • 2- Feuilles fermes et un peu charnues, dernières divisions plus larges 1,3 - 2,3 (3) mm ; planes, vertes à la face supérieure, glauques à la face inférieure.

La première nommée Ferula communis L. (= F. ferulago L., F. nodiflora L., F. lobeliana Vis., F. nodiflora sensu Bonnier), est présente dans les départements des Alpes Maritimes, du Var, de l'Aude et des Pyrénées Orientales, signalée dans les Bouches du Rhône. On lui attribue des remontées vers le nord : Ardèche, Drôme, Vaucluse, à confirmer vis-à-vis de F. glauca.

La seconde, Ferula glauca L. (= F. communis subsp. glauca (L.) Rouy & E.G. Camus, Peucedanum glaucum (L.) Link, F. neapolitana Ten.), est signalée dans les départements du Gard et de l'Hérault. Elle remonte en Ardèche.

J.-P. Reduron propose de faire de cette dernière une espèce à part entière[19]. Elle est vraisemblablement la férule décrite par Tournefort (ferula glauco folio, caule crassissimo, ad singules nodos ramoso & ombellifero. Coroll. Inst. rei herb. 11)[20]

Ensuite les flores françaises : Coste ; Bonnier ; Fournier ; "Flore du CNRS" [Guinochet et al. (1975)] ; Flore Forestière de France [Rameau... (2008)] affirment toutes que sa tige est creuse[21]. Pour Fournier, c'était au prix d'une contradiction : (la tige servait, dans l'antiquité, à conserver et transporter le feu, et la moelle formait allumeur ; de là le rôle de la Férule dans la légende de Prométhée). - Pl. glabre ; tige très épaisse, creuse, striée.

Pour d'autres auteurs, comme Lieutaghi, Reduron et Filippi, la tige est creuse [et] remplie de moelle[22]

J'ai pu entrer en contact avec J.P. Reduron qui m'a écrit : Il apparaît que l’indication de « tige creuse » provient de la description de Coste, reprise par la suite dans la plupart des flores... il semble qu’il vaut mieux décrire la tige des Ferula communis et F. glauca comme « pleine, emplie de moelle susceptible de se désagréger sous certaines conditions particulières ».

Le dernier problème concerne aussi la description de cette tige.

Tournefort précise que la tige est épaisse d’environ trois pouces, soit 8,1 cm[23], et à une écorce assez dure de deux lignes d’épaisseur, soit 4,5 mm. Mais une tige de férule n'a pas d'écorce, au sens botanique actuel. Elle possède des faisceaux libéro-ligneux réunis par un anneau de sclérenchyme et des faisceaux de collenchyme sous-épidermique, saillants à l'extérieur, donnant un aspect cannelé à la tige, le tout recouvert d'un épiderme vernissé dont l'épaisseur est d'un dixième de millimètre[24]. Comme on peut le constater sur cette photo, cet ensemble ne présente pas de discontinuité nette avec la moelle, elle-même traversée par des faisceaux libéro-ligneux. Ce qui justifierait ce que nous avions constaté : l'extérieur de la tige brûle tout aussi facilement que l'intérieur.

Je ne résiste pas au plaisir de terminer cette partie botanique, par ces deux descriptions de la plante :

  • A. J. Reinach[25] : Ce roseau (Ferula communis L.), qui atteint 3 à 4 mètres, avec ses noeuds réguliers et les longues feuilles retombantes qui en partent, devient, une fois vidée de sa moelle blanchâtre, un bois aussi sec que léger, très propre à donner des étincelles par frottement. C'est pourquoi il passait pour celui dans lequel Prométhée avait dérobé le feu céleste.
  • J.-P. Vernant[26] : Prométhée décide d'aider les hommes et de leur donner le feu. Il prend une branche d'un type de fenouil qui inverse l'extérieur et l'intérieur, en ce sens que l'extérieur est humide alors que l'intérieur est totalement sec. Il monte vers le ciel, prend de la foudre de Zeus un sperma, une étincelle, qu'il introduit dans le fenouil, lequel va brûler intérieurement.

Des essais contemporains

La participation en 2010 à un colloque d'ethnobotanique[27] a été l'occasion de reprendre mes essais. Je me suis fait aider par T. Boucherat, expérimentateur en archéologie de la préhistoire.

Les férules utilisées avaient été cueillies en 2006 près de Ganges (34) et à Delphes, puis en 2008 à Sanilhac (30). Les essais ont eu lieu en juin et septembre 2010, à l'extérieur par temps ensoleillé et sec, pour la conservation d'une incandescence, à l'abri d'un auvent, par temps pluvieux et venté pour les braises.

L'allumage s'est fait à l'aide d'un chalumeau. La poursuite de la combustion était évaluée en soufflant pour vérifier la présence d'une incandescence, ce qui avait pour effet de relancer la combustion. Les temps mesurés sont vraisemblablement majorés.

  • Ni la position de la tige : tige verticale, incandescence vers le haut (14 essais), vers le bas (6 essais), tige horizontale (4 essais) ;
  • ni le fait que l'épiderme soit vernissé (20 essais) ou dégradé (4 essais) ;
  • ni la présence d'un trou médullaire (1 essai) ;

ne nous ont semblé jouer un rôle suffisamment déterminant pour permettre le transport du feu d'un lieu à l'autre car les temps mesurés les plus longs ont été de l'ordre de deux minutes.

Seules des altérations de l'épiderme permettant une meilleure oxygénation (fentes longitudinales) nous ont permis de prolonger la combustion.

Les combustions les plus longues (2 min) ont été obtenues avec de tiges de 16 mm de diamètre (2 essais). Les temps ont été inférieurs à 30 s pour une tige d'un diamètre de 28 mm (3 essais) et 20 s pour une tige d'un diamètre de 29 mm (1 essai). L'augmentation du diamètre ne nous a donc pas semblé être un facteur décisif pour permettre une conservation de l'incandescence un temps suffisant pour transporter le feu d'un lieu à l'autre[28].

La combustion s'est très souvent prolongée sur l'extérieur de la tige alors qu'elle avait cessé au creux de la moelle. Il nous semble donc faux de décrire une tige d'une férule comme un cylindre de moelle très inflammable, entouré par une "écorce" qui ne le serait point.

Pour vérifier si l'échec de la conservation de l'incandescence était dû à un défaut d'oxygénation, nous avons repris certains échantillons et les avons martelés jusqu'à refendre l'épiderme (4 essais) ou refendu au couteau (1 essai), la combustion s'est alors faite sur toute la partie travaillée. La combustion a duré 14 minutes, à l'abri du vent pour une tige martelée sur une longueur d'environ 5-6 cm.

Par ailleurs, nous avons taillé des mèches dans la moelle d'autres échantillons. Celles d'un diamètre réduit (inférieur à 2 cm) se sont consumées sur toute leur longueur. Nous avons renoncé à mesurer le temps d'une telle combustion quand nous avons constaté à quel point il était lié à la force du vent.

Pour allumer un nouveau feu, l'utilisation d'une mèche s'est avérée très facile, celle d'une tige martelée beaucoup moins à cause de la difficulté à maintenir, tout en soufflant, un point de contact entre la partie incandescente et ce que l'on veut enflammer (cette difficulté cesse si l'on fait tomber les parties incandescentes sur le matériau à enflammer). Par contre, nous avons échoué à récupérer l’incandescence lorsqu'elle était enfoncée au creux de la tige.

Nous avons aussi essayé de conserver des braises dans une tige de férule (2 essais dans des férules de 27 mm de diamètre et 2 essais pour un diamètre de 31 mm). Les braises posées sur le sommet de la tige de férule se sont conservées pendant plus de 10 min, mais tout transport en était impossible. Nous avons ensuite placé les braises dans un trou de 2 cm de profondeur, nous n'avons pas réussi à conserver leur incandescence.

Nous avons regretté de ne pas avoir de tige de férule d'un diamètre plus gros, car le résultat aurait pu être tout autre. Mais, autant que nous ayons pu l'observer, il n'y avait pas d'incandescence au point de contact entre la braise et la moelle, l'interaction entre les deux ne semblant se produire qu'au moment où l'on activait la combustion en soufflant. La tige de férule nous semblait, alors, se comporter comme n'importe quel récipient.

Ces expérimentations ne prétendent pas être une reconstitution des essais de Tournefort. Lorsque le botaniste débarque sur l'ilot de Skinosa un 23 septembre[29], les férules de l'année contiennent encore de la sève[30] et sont impossibles à enflammer. A-t-il utilisé des férules arrivées à maturité les années précédentes ? Quel était leur état de dégradation ? De plus qu'elle a été la durée de la combustion ? Nous pouvons seulement supposer qu'elle lui a parue suffisamment longue pour le convaincre. C'était aussi ma conviction lors de mon premier essai en 2006.

Mais elles montrent qu'une tige de férule permet de facilement transporter du feu dès lors qu'on renonce à le "cacher au creux de sa tige", c'est-à-dire à reproduire le geste de Prométhée. La plante y perd une propriété unique qui la plaçait au-dessus de tous les autres végétaux dans les pays méditerranéens sensibles aux risques d'incendies.

Témoignages d'utilisation récente

Il n'est donc pas étonnant que les témoignages d'utilisation de férule pour transporter du feu soient différents de ceux précédemment évoqués :

En Sardaigne, où Nadine Ribet[31], qui a enquêté sur la pratique des brûlis par la technique dite à feu courant, a "entendu parler" d'un usage actuel de la férule comme torche vive. Où dans une légende, St Antoine descend dans les enfers avec son cochon, vole le feu et trompe les diables en le cachant dans une férule[32] qu'il agite en faisant des moulinets ou dans la queue de son cochon[33].

En Corse, où le Samedi Saint le curé allumait le feu nouveau sur la place de l'église. Nous y enflammions un bout de férule et nous transportions le feu nouveau à la maison (Rennu)[34] [Rennu, Renno, village situé au nord-est d'Ajaccio]. Par ailleurs Marcelle Conrad indiquait, dans une de ses conférences, qu'à cette occasion : la moelle était allumée et brûlait lentement[35].

J'ai pu contacter Paul Simonpoli, qui a dirigé l'enquête du Parc naturel régional de Corse et la rédaction de l'ouvrage qui en a résulté ; il m'a fourni les compléments suivants :

- Le transport du feu nouveau à Pâques a pu effectivement se faire avec la férule mais le plus souvent on apportait un morceau de bois qu’on allumait et qu’on remportait.

- La férule n’est pas partout présente. Là où elle existe, elle est crainte des bergers à cause de ses effets nocifs sur la santé des bêtes mais elle est aussi très utilisée sèche. Elle sert en particulier à transporter le feu. Voici un témoignage recueilli à Altagène (région Alta Rocca), auprès de Maria Leandri :

"les vieux s’éclairaient avec la férule le soir quand ils allaient à la veillée chez les uns et les autres. Dans notre cave, il y avait toujours une dizaine de tiges en train de sécher. Pour faire un flambeau, on prenait un bâton sec, on en fendait la pointe (deux entailles perpendiculaires) puis on l’allumait à la braise. La sève à l’intérieur se consumait et pour l’enflammer, on l’agitait de droite à gauche ; on disait « battà a ferula » (« battre la férule »). En marchant, lorsqu’on avait besoin de flamme pour s’éclairer, on agitait sa tige de férule."

Dans d’autres régions, c’est l’asphodèle que l’on employait à cet usage et dans les villages de montagne, c’est avec le bois gras de pin laricio, découpé en bûchettes « a deda » que l’on confectionnait les flambeaux. Comme la férule, l’asphodèle contient une sève qui en séchant constitue un bon combustible[36]. On l’utilisait aussi pour allumer le feu. Dans les années 1930, le lampion a remplacé ces flambeaux pour s’éclairer lors des déplacements nocturnes au village».

Je vous indique aussi que le transport du feu de maison en maison qui était de pratique courante se faisait surtout avec des tisons ardents. On venait chercher un tison chez le voisin lorsque son feu était éteint (ce qui arrivait rarement). Ainsi le feu allait et venait d’une maison à l’autre.

Cette dernière remarque n'est pas exclusive de la Corse, on trouve dans Jacquou le Croquant qui se passe en Périgord au XIXe s. : En ce temps-là, ... nous conservions le feu sous la cendre, ordinairement. Quelquefois, lorsqu’il se trouvait éteint, il fallait en aller quérir dans un vieux sabot, chez les voisins qui en donnaient de bonne grâce, à charge de revanche.[37]

Retour sur l'Antiquité

Il en était déjà de même lors de l'Antiquité. On trouve chez Homère :De même que l'habitant d'un champ situé loin de tout voisinage ensevelit un tison dans la cendre grisâtre, afin de conserver le germe du feu ; car il ne pourrait ailleurs trouver une seule étincelle : de même Ulysse s'ensevelit dans les feuilles.[38] Et plus tard chez le poète latin Ovide : Ils entrent dans la demeure du vieillard, toute noircie par la fumée. Un peu de feu se conservait sur un tison de la veille ; le vieillard s'agenouille ; son souffle réveille la flamme.[39]

Si ce feu venait à s'éteindre, on allait déjà en chercher chez le voisin, car il est habituel de plaire à [son] voisin, afin qu’il t’allume ton feu au besoin, qu’il te rende quelques bons offices comme le remarque Socrate s'adressant à son fils aîné Lamproclès[40] .

Ce sont aussi des braises qui apparaissent dans les textes grecs, pour transporter du feu. Elles sont contenues dans des chytra [χύτρας, marmite de terre cuite][41]. Lorsque Xénophon rapporte comment, en 390 avant J.-C., le roi de Sparte Agésilas s'empare de la péninsule montagneuse du Peiraion, lors de son expédition contre Corinthe[42]. Et dans la comédie d'Aristophane (Ve s. av. J.-C.) Lysistrata[43], quand de vénérables vieillards cherchent à déloger des femmes enfermées dans l'Acropole, en mettant le feu aux portes. Cet emploi des chytra, pour transporter des braises, était-il habituel ? Ce n'est pas sûr, il est qualifié par Xénophon d'expédient qui, bien que petit en lui-même, n’en mérite pas moins d’être cité. Et pour Aristophane, mettre cet ustensile de cuisine entre les mains d'honorables citoyens pouvait avoir un effet comique renforçant l'inversion des rôles masculins et féminins présents dans la comédie.

La férule a-t-elle été utilisée par les Grecs pour transporter du feu ? Aucun texte ne permet de l'affirmer. On trouve seulement chez Pline des allusions à la conservation du feu.

Dans le livre VII de son Histoire naturelle, Pline traite des auteurs de diverses inventions et écrit : obtenir du feu à partir de la pierre [est dû à] Pyrode fils de Cilix et le conserver [avec] une férule à Prométhée[44]. Dans le livre XIII, à propos de la férule, qu'il place parmi les plantes étrangères, il ajoute : C'est un fait certain que les férules conservent très bien le feu, et que les meilleures sont celles d'Egypte.[45] F. communis et glauca sont absentes de l'Egypte actuelle ["Ferula communis is wide spread in North Africa, mostly in Morocco and Algeria, but not found in Egypt." [UICN (2005, p. 139)] et n'apparaissent pas dans l'ouvrage de F. Woenig sur les plantes de l'Ancienne Egypte. Toutefois, on y note la présence de F. marmarica et F. sinaica [Boulos (2000, vol. 3, p. 176-177)] qui sont des plantes assez proches et pourraient aussi avoir été appelées "férules".</ref>


La phrase du livre XIII fait-elle référence à un usage réel ou n'est-elle que la simple conséquence de celle du livre VII ? Alfred Ernoux, qui a établi et traduit ce livre, penche pour cette seconde possibilité car il note : C'est dans une férule que Prométhée emporta le feu qu'il avait dérobé à Zeus (ou à Héphaistos), cf. Hésiode[46].

C'est aussi mon cas car un siècle plus tôt, le grec Diodore de Sicile (Ie s. av. J.-C.) rapportait : Japet fut père de Prométhée, celui qui déroba le feu du ciel pour en faire part aux hommes. Le vrai sens de cette fable est qu'il a trouvé les matières combustibles propres à allumer et à entretenir le feu." [τῶν πυρείων]. Cet usage de la férule, comme "initiateur de feu", apparaît clairement chez Galien (IIe s. ap. J.-C.) : C’est de cette manière, du moins je le pense, qu’Archimède brûla les trières des ennemis. Car, à l’aide d’un pureion [πυρείον, moyen d'allumer du feu], on enflamme avec facilité de la laine, de l’étoupe, une mèche, de la férule, et enfin tout ce qui est sec et léger.[47]

On peut suspecter que la férule ait été utilisée comme torche en relation avec le culte de Dionysos. Dans un passage des Bacchantes[48] d'Euripide (480-406 av. J.-C.), Dionysos tient une torche de pin ou de résine faite à partir d'une férule[49] [πεύκας ἐκ νάρθηκος]. Mais la scène, où sont exposés les prodiges suscités par l'apparition du dieu ne brille pas par le réalisme des détails qui la parsèment.

Par ailleurs, la plante est souvent associée au dieu, dans de nombreux décors des céramiques et dans la littérature. Chez Euripide, Penthée s'exclame : le père de ma mère - Quel ridicule ! Tient le narthex et fait le bacchant [νάρθηκι βακχεύοντ᾽][50] et Platon cite ce proverbe : Nombreux sont les porteurs de férule, mais rares, les vrais Bacchants[51].

Il est temps d'en arriver à l’épisode du vol du feu par Prométhée[52]. Cet épisode apparaît dans deux textes d'Hésiode, datés du milieu du VIIIe siècle avant J.C. : la Théogonie et Des travaux et des jours[53].

Dans la Théogonie, il sert à illustrer que au vouloir de Zeus il n'est pas facile de se dérober. Mais dans Des travaux et des jours, il est introduit par : Les dieux ont enfoui la nourriture des hommes. Sans cela tu ne travaillerais qu'un jour et récolterais de quoi vivre toute une année sans rien faire... Mais Zeus a caché ce qui fait te fait vivre, le jour où l'âme en courroux, il se vit dupé par Prométhée aux ruses retorses.


En voici le récit :

C'était au temps où à Mécôné se réglait le différend entre les dieux et les hommes. Prométhée avait d'un cœur plein de zèle, partagé un bœuf énorme. Mais il cherchait à égarer la pensée de Zeus.

Aussi pour l'un, il avait placé les chairs et les abats goûteux dans la peau et couvert le tout de la panse du bovin.

Pour l'autre, il avait rangé en tas les os nus de la bête, et artifice perfide, les avait recouverts d'une appétissante graisse blanche.

"O Prométhée, fils de Japet, remarquable entre tous, tu as été, noble ami, bien partial dans ce partage", le railla Zeus, Père des dieux et des hommes.

"Zeus très haut, le plus glorieux des dieux qui sont et qui furent, prends la part que, dans ta poitrine, ton cœur t'invite à choisir", répondit Prométhée aux ruses retorses avec un léger sourire.

Zeus aux pensées éternelles avait deviné la ruse. Mais en son âme, il préparait déjà le malheur des mortels, et comment l'accomplir. De ses deux mains, il souleva la graisse blanche, à la vue des os nus de la bête, la colère envahit son âme, la bile emplit son cœur.

C'est pour cela, que depuis ce jour, les hommes font brûler, sur l'autel des sacrifices, les os nus des victimes et en offrent aux dieux la fumée odorante.

Zeus, l'assembleur des nuées s'emporta et dit "Fils de Japet, qui en sais plus que nul autre au monde, tu n'as pas renoncé, je le vois, aux ruses retorses". Le souvenir de cet affront sans cesse en mémoire, Zeus refusait, pour le profit des mortels, à diriger sur les frênes l'élan du feu infatigable.

Mais Prométhée sut le tromper et déroba, au creux d'une férule, l'éclatante lueur du feu infatigable[54].

Lorsque Zeus, qui gronde dans les nues, vit briller au milieu des hommes l'éclatante lueur du feu, il fut mordu profondément au cœur et irrité jusqu'aux tréfonds de son âme.

Aussitôt, il créa, contrepartie du feu, un mal destiné aux humains. [l'engeance maudite des femmes qui cachent sous l'apparence d'une chaste vierge", "un esprit impudent" et "un cœur qui se plaît aux artifices, il créa la première d'entre elles, Pandore].

Prométhée n'apparaît pas comme un bienfaiteur de l'humanité. C'est à cause de ses ruses retorses que les hommes doivent gagner leur nourriture à la sueur de leur front, "supporter" la présence des femmes. La panse peu ragoûtante du bœuf lui sert à cacher les chairs et les abats goûteux ; l'appétissante graisse blanche à cacher les os nus de la bête et le fragile épiderme de la férule, l'élan du feu infatigable. Personne n'a osé affirmer qu'Hésiode se soit inspiré d'usages réels, pour les deux premières ruses. Ni qu'à l'origine les anciens Grecs allait récupérer le feu sur des frênes enflammés par la foudre, car c'est ainsi que Zeus le leur donnait[55]. Ce serait trop invraisemblable.

Conclusion

Pourquoi cela a-t-il été différent pour la férule ? Peut-être parce que transporter le feu au creux de sa moelle nous paraît vraisemblable, tout en étant suffisamment extraordinaire, pour qu'on ait envie d'y croire.

Si ces dernières lignes ne vous convainquent pas, sachez qu'il est possible de formuler une hypothèse alternative. Car la tige de la plante a été utilisée pour préserver le "pouvoir" de certaines plantes médicinales. Il existe une notation de Théophraste (372-287 av. J.-C.), sur le dictame [Origanum dictamnus, plante endémique de Crète] que l'on place au creux d'une férule ou d'un roseau pour qu'il ne s'évente pas, car il est moins efficace une fois éventé[56]. Cet usage de la plante semble se poursuivre car le mot ναρθηξ, qui la désigne, a aussi le sens de "boîte ou étui à serrer les remèdes". Ce sens est attesté au premier siècle chez Plutarque[57] et chez Lucien de Samosate[58]. Par ailleurs, on trouve dans une encyclopédie de la fin du XVIIIe s.: NARTHECIUM, boîte de médicamens. Ce nom est formé de narthex, férule, plante dans la tige de laquelle on renfermoit des médicamens, après en avoir ôté la moelle.[59] Ce sens semble être à l'origine du terme narthex utilisé en architecture chrétienne[60]. Toutefois, rien n'indique qu'un tel usage existait déjà à l'époque d'Hésiode[61].

Références

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  2. Fournier (1977) ; Baumann (1984, p. 61) ; Collina-Girard (2005) ; Filippi (2007, p. 122) ; Le Dantec (2010, p. 230).
  3. Théophraste (éd. 1993, Livre III, commentaires p. 137) ; Théophraste (éd. 2010, p. 14).
  4. Hésiode (éd. 2002, note p. 88).
  5. Hamard. L'auteur est présenté, dans le bulletin de la société préhistorique d'où provient ce texte, comme un documentaliste-bibliographe en Préhistoire.
  6. C'est moi qui souligne (comme dans la suite du texte), on trouve ici l'origine de l'expression signalée dans la note 2.
  7. L'orthographe des citations est celle des textes originaux.
  8. Ibidem p. 245.
  9. Diderot... (1751, Tome VI, article "Férule").
  10. Bent (1885, p. 365).
  11. Bailly (1950, à νάρθηξ, ηκος).
  12. Ray (1738, T. I, p. 51, article "Ferula" (traduit du latin par R. Elbaze)).
  13. Valmont de Bomare (éd. 1791, T. III, p. 374-375, article "Férule"). Cette citation est absente de la première édition (éd. 1764, T. II, p. 374-375).
    Le voyageur anglais est aussi cité par Garidel : "Mr Raï (sic) a observé qu'en Sicile on se sert de la moëlle spongieuse de la férule pour servir d'amorce au feu"- p. 174. Et par Lamarck : "Rai (sic) dit qu'en Sicile elle [la moelle blanche de la férule] remplace l'amadou"- livre 11, p. 121.
  14. Baumann (1984, p. 61). Il est question de la propriété de la férule de conserver le feu, mais le sens reste le même.
  15. Le Dantec (2010, p. 230).
  16. Banier (Abbé) (1738, livre 1, p. 123).
  17. Lafargue (1909) Le mythe de Prométhée, le culte du feu.
  18. Voir note 13.
  19. "L'absence d'intermédiaires et les différences morphologiques (feuillage, fruit, plantule) et chimiques me font opter pour le traitement de Ferula communis et Ferula glauca comme espèces distinctes." [Reduron (2007, vol. 3, p. 1266)].
    L'élément de clef dichotomique y compris les parties soulignées, la synonymie et les répartitions géographiques sont empruntés à cet ouvrage [p.1262, 1266, 1283].
  20. Ibidem p. 244, en note dans la marge.
    . Pour Susanne Amigues [Théophraste (2010, p. 224)] la férule présente en Grèce est F. glauca.
  21. Les Flores sont classées dans l'ordre chronologique de leur première édition : Coste (1980) - vol. 3 p. 178-179 ; Bonnier (1990) - vol. 3 p. 427 ; Fournier (1977) - vol.1, p. 686 ; Guinochet... (1975) - vol. 2 p. 472 ; Rameau... (2008) - p. 1585.
  22. Lieutaghi (voir 1e page) ; Reduron (2007, p. 1272), Filippi (2007, p. 122).
    Ce qui est une façon de résoudre la contradiction existant entre les résultats de l'observation et le légitime respect dû aux rédacteurs de ces flores. L'objectif de ces rédacteurs est de permettre la détermination d'une plante, toute l'attention est donc portée sur les éléments discriminants dans les clefs dichotomiques. La présence ou non de moelle est un "détail" qui figure en complément dans la description de la plante, il est par exemple absent de Flora Europaea [Tutin et al. (1978, vol. 2 p. 359)].
  23. Je n'ai, pour ma part, jamais rencontré, à ce jour, ni en en France, ni à Delphes (Grèce), de férule d'un tel diamètre. On trouve la photographie d'une férule aussi large dans [Théophraste (2010, p. 224)].
  24. Description réalisée avec l'aide de Joël Mathez.
  25. Daremberg (1877, article "Thyrsus", p. 1026). La partie soulignée est assortie de la note : Cf. Lenz, Die Botanik der Alten, p. 563 ; Murr, Die Pflanzenwelt in der griech. Mythologie, p. 231.
  26. Compte rendu de la conférence : Pandora, la première femme par Jean-Pierre Vernant, professeur émérite, Collège de France le jeudi 11 mars 2004 à la Maison Française d'Oxford.
  27. Neuvième séminaire annuel d'ethnobotanique du domaine européen : Les plantes et le feu, 21 et 22 octobre 2010, Musée départemental ethnologique de Haute Provence, Prieuré de Salagon, Mane (04).
  28. L'Abbé Banier parle de "le conserver pendant plusieurs jours". Banier (1738, livre 1, p. 123).
  29. "De Skinosa nous passâmes à Raclia autre écueil à trois mille de distance, [...] nous couchâmes à Raclia le 23 septembre". Ibidem p. 246.
  30. "Nous incisâmes quelques tiges de Ferule dans cette isle, le lait qui en sortit"." Ibidem p. 246.
  31. Nadine Ribet, Des plantes pour donner le biais au feu. De la férule prométhéenne au trubiscu sarde. Séminaire annuel d'ethnobotanique déjà cité.
  32. Calvino (1984), Saint Antoine donne le feu aux hommes.
  33. Dominique Pauvert, lors de sa communication : Rituel de tio Tio aux soufflaculs carnavalesques (le feu et autres embrasements du corps en carnaval), 34e congrès de la Société de Mythologie Française, les 20, 21 et 22 août 2011, Chambon-sur-Lac (63790).
  34. Parc (1988, p. 105).
  35. Marcelle Conrad, conférence faite à Cervioni le 3 avril 1981, au nom de l'Association pour l'Etude Ecologique du Maquis, site adecec.net.
  36. Cette affirmation sur les propriétés combustibles de la sève de la férule et de l'asphodèle est à rapprocher de celles de la résine dont l'abondance est la caractéristique du "bois gras".
  37. Le Roy (1897, p. 50).
  38. Homère, livre I, 32.
  39. Ovide, Fastes. livre V, v. 505.
  40. Xénophon, Mémorables, livre ΙI, chap. II, 12.
    Chercher du feu est même un motif légitime, pour une femme mariée, de sortir de son domicile en pleine nuit. Un mari trop crédule témoigne : "Dès que le jour parut, ma femme revint et ouvrit la porte. Je lui demandai pourquoi les portes avaient fait du bruit pendant la nuit ; la lumière, dit-elle, qui était auprès de l'enfant, s'est éteinte, et on a été l'allumer chez les voisins." Lysias, 14.
  41. Pour la représentation d'un chytra, voir Bats M.
  42. Xénophon, Helléniques, livre IV, ch. V.
  43. Aristophane (1996), Lysistrata, vol. II, p. 123.
  44. Pline (1848-) - Livre VII, LVII, 7. Traduction de cette dernière phrase, volontairement "mot à mot", par R. Elbaze.
  45. Pline (2003), p. 57 et p. 58, XLIII, 3.
    La traduction de Dubochet [Pline (1848-)] : "Il est certain que l'on conserve très bien le feu dans les férules ; celles d'Égypte sont les meilleures "ne peut être retenue car la préposition "dans" est absente du texte de Pline (ignem ferulis optime servari certum est easque in Aegypto praecellere).
  46. Pline (2003, note 126, 3, p. 110)
  47. Galien, De temperamentis, I, 657 Kühn ou Peri Kraseon, III. 2, 657-658. Résultats d'expérimentations dans Roussel (2005, p. 237-238).
  48. Lacroix (1976, vers 146-147), et note correspondante p. 148.
  49. Nous avons réalisé une telle torche en entaillant l’extrémité d’une tige de férule que l’on a plongé dans de la résine.
  50. Lacroix (1976, vers 250).
  51. "ναρθηκοφόροι μὲν πολλοί, βάκχοι δέ τε παῦροι" [Platon, Phèdon, 69d].
  52. On retrouve cet épisode dans Eschyle (526-456 av. J.-C.), où le Titan s'écrie "Dans une férule creuse [ναρθηκοπλήρωτον] j’ai emporté la source cachée du Feu" Il est par contre absent de Platon où le feu est dérobé à Héphaistos et Athéna, Platon, Protagoras, [320d] à [322a].
  53. Le récit a été établi à partir des traductions d'A. Bonnafé [Hésiode (éd. 1993)], P. Brunet [Hésiode (éd. 1999)] et P. Mazon [Hésiode (éd. 2002)].
  54. Pour montrer à quel point nous sommes tenté de voir dans Prométhée un être humain (un Prince pour l'Abbé Banier, op. cit.) et non un dieu, ces détails techniques ajoutés pour rendre le récit de son exploit, plus "vraisemblable" :
    - "C'est dans une tige de narthex que Prométhée, disait la légende, avait caché et conservé le feu céleste, prenant soin d'agiter ce récipient peu ordinaire pour que l'élément divin ne s'y éteignît pas." Daremberg (1877, article "Ferula", p. 1094).
    - " Zeus décida (...) de ne plus envoyer le feu aux hommes. Prométhée le vola donc, pour le donner aux mortels et le transporta dans une tige de férule dont les deux extrémités étaient bouchées à l’argile." (J. PINSET, Dieux et déesses de l’Olympe, Paris, Laffont 1986) cité dans SIMOND M.
  55. "Zeus refusait, pour le profit des mortels, à diriger sur les frênes l'élan du feu infatigable". Paul Mazon écrit, à propos de cette phrase : "Mais le texte est loin d'être sûr, et il est possible que le mot Μελίῃσιν soit altéré". Toutefois, on retrouve dans l'œuvre d'Hésiode ces mêmes frênes, dans la "Théogonie" à propos des nymphes qui porte son nom : "Μελίας" et qui sont nées des gouttes de sang reçues par Gaïa lorsque Kronos castra son père Ouranos. On les retrouve aussi dans "Les Travaux et les Jours", lorsque Zeus crée la race de bronze, "fille des frênes [μελιᾶν], terrible et puissante".
  56. Théophraste (éd. 1993, Livre IX, 16, 2).
  57. Plutarque, Vie d'Alexandre, VIII. Avec le sens de cassette.
  58. Lucien de Samosate, 29. Qui évoque "des médecins les plus ignorants" qui" se font faire des boites à remèdes d'ivoire (ἐλεφαντίνους νάρθηκας)"
  59. Mongez (1792, T. IV, p. 240).
  60. Rey (1998) - voir Narthex.
  61. Il serait plus juste de renoncer à l'idée que derrière tout épisode mythologique se cache un fond de vérité. Pour s’en convaincre lire Paul Veyne (op. cit.).

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