Introduction |
Euphorbia pereskiifolia Houllet ex Baill.
- Protologue: Adansonia 1: 105 (1861).
- Famille: Euphorbiaceae
Synonymes
- Synadenium pereskiifolium (Houllet ex Baill.) Guillaumin (1935).
Noms vernaculaires
- Kiyuyu (Sw).
Origine et répartition géographique
Euphorbia pereskiifolia est présent au Kenya et en Tanzanie.
Usages
Au Kenya, Euphorbia pereskiifolia est utilisé par les tradipraticiens pour préparer un remède anti-asthmatique. Bien qu’il s’agisse d’une plante extrêmement toxique, ces tradipraticiens emploient depuis des décennies la décoction de feuilles, mélangée à du jus de citron, de la poudre à lever et du miel, pour traiter efficacement l’asthme sans effets secondaires. Les feuilles seraient un puissant purgatif. En Tanzanie, les femmes souffrant de menstruations excessives boivent le jus de feuilles fraîches écrasées. La lèpre est traitée avec les cendres de feuilles séchées brûlées. Le latex, très irritant pour la peau et les muqueuses, provoque des ampoules et des douleurs. On ingère quelques cacahuètes trempées dans le latex comme purgatif radical. Les furoncles se traitent aussi avec le latex. Les racines contiennent aussi ce puissant latex ; un extrait à l’eau froide de racines pelées mélangé à du sucre que l’on laisse reposer trois jours est ensuite absorbé contre les toux rebelles et la tuberculose.
Outre ces usages médicinaux, le latex est un ingrédient de poison de flèche au Kenya. Au Kenya et en Tanzanie, il sert de poison pour la pêche.
Propriétés
Un criblage phytochimique préliminaire de l’extrait aqueux de feuilles et de tiges a révélé la présence d’hétérosides, de terpénoïdes, de flavonoïdes et d’autres composés phénoliques.
Un extrait aqueux de tiges et de feuilles a provoqué des contractions sur de l’iléon de cobaye isolé. Un hétéroside, l’acide 2-O-β-D-glucopyranosyl-L-malique, a été isolé de l’extrait aqueux, mais il s’est avéré inactif.
Description
Arbuste monoïque, succulent, atteignant 5 m de haut, à ramification lâche ; tiges cylindriques, à latex abondant. Feuilles disposées en spirale, simples et généralement entières ; stipules modifiées en de petites glandes brunes ; pétiole ailé, d’environ 1 cm de long ; limbe obovale, atteignant 19 cm × 10 cm, base cunéiforme, apex obtus à arrondi, charnu, glabre, pennatinervé, nervure médiane proéminente au-dessous. Inflorescence : fausse ombelle axillaire, composée de 2–5 cymes, constituées de groupes de fleurs appelés “cyathes” ; pédoncule atteignant 4 cm de long et rameaux d’environ 2 cm de long ; bractées largement ovales, d’environ 3,5 mm × 3 mm, à poils courts ; cyathe avec involucre en forme d’entonnoir d’environ 2,5 mm × 6 mm, densément couvert de poils courts au-dessous, crête glanduleuse d’environ 1 mm de large, profondément sillonné, jaune verdâtre, lobes d’environ 1,5 mm de diamètre, bord poilu, chaque cyathe contenant 1 fleur femelle entourée de plusieurs fleurs mâles. Fleurs unisexuées ; fleurs mâles sessiles à bractéoles frangées en forme d’éventail, périanthe absent, étamine d’environ 3 mm de long ; fleurs femelles à pédicelle atteignant 6 mm chez le fruit, périanthe obtusément 3-lobé, ovaire supère, 3-loculaire, styles 3, d’environ 2 mm de long, soudés sur la moitié de leur hauteur, profondément bifides à l’apex. Fruit : capsule 3-lobée d’environ 7 mm × 7 mm, à poils courts, à 3 graines. Graines ovoïdes, d’environ 2,5 mm × 2 mm, obtusément quadrangulaires, finement rugueuses, gris brunâtre pâle, caroncule minuscule.
Autres données botaniques
Le genre Euphorbia comprend environ 2000 espèces et est présent dans le monde entier. Le genre Synadenium (une quinzaine d’espèces sur le continent africain) a classiquement été séparé du genre Euphorbia, essentiellement parce que les glandes des cyathes forment un anneau, alors que les glandes des espèces d’Euphorbia sont séparées ou se touchent. Cependant, de récentes analyses moléculaires ont établi que Synadenium était imbriqué dans Euphorbia section Monadenium, et c’est pourquoi on l’inclut maintenant dans Euphorbia. Plusieurs autres Euphorbia spp. appartenant à la section Monadenium ont des usages médicinaux.
Euphorbia cupularis
Euphorbia cupularis Boiss. (“arbre de l’homme mort” ; synonyme : Synadenium cupulare (Boiss.) L.C.Wheeler) est présent au Mozambique et en Afrique du Sud. Le latex, extrêmement toxique, irritant et provoquant des cloques, ne se prend jamais par voie interne. En Afrique du Sud, les feuilles sèches broyées ou les feuilles broyées dans de l’eau se prisent pour traiter les maux de tête, le catarrhe et la grippe. Les feuilles séchées se consomment pour traiter l’asthme. Placé dans une cavité dentaire, le latex sert à traiter les maux de dents ; on en passe aussi sur les plaies infectées. Les racines brûlées sont utilisées avec d’autres plantes pour traiter la paralysie. L’écorce est employée dans un puissant filtre magique. Un extrait éthanolique de feuilles a inhibé la synthèse des prostaglandines de façon significative.
Euphorbia neoglaucescens
Euphorbia neoglaucescens Bruyns (synonyme : Synadenium glaucescens Pax) est un arbre succulent endémique de la Tanzanie qui ressemble sur le plan morphologique à Euphorbia pereskiifolia ; il des usages médicinaux similaires. Le jus des feuilles fraîches broyées se prend pour traiter les menstruations excessives et comme purgatif ; la décoction de feuilles additionnée de jus de citron, de poudre à lever et de miel se boit pour traiter l’asthme. Des applications de cendres de feuilles séchées mélangées à de l’eau servent à traiter la lèpre. L’extrait d’écorce de racine se prend avec du sucre pour traiter la toux sévère et la tuberculose ; l’extrait de racine s’emploie en gouttes pour traiter le mal d’oreille. On met quelques gouttes de latex sur 1–2 cacahuètes que l’on consomme comme purgatif. Le latex sert également de poison pour la pêche.
Ecologie
Euphorbia pereskiifolia se rencontre sur les sols sableux ou sur les rochers dans la forêt claire côtière ou fluviale, depuis le niveau de la mer jusqu’à 250 m d’altitude.
Gestion
Euphorbia pereskiifolia se multiplie facilement et rapidement par boutures, qui doivent faire au moins 20 cm de long. Une fois coupées, il faut les laisser reposer à l’abri de la lumière pendant au moins une semaine pour qu’elles forment un cal à l’extrémité sectionnée. Il faut veiller à éviter tout contact de la peau ou des muqueuses avec le latex en raison de ses propriétés irritantes. Euphorbia pereskiifolia peut également se multiplier par graines. On utilise la plupart du temps des plantes sauvages, ou quelques arbres plantés à proximité des villages, et aucune mesure de gestion n’est nécessaire.
Ressources génétiques
Bien qu’Euphorbia pereskiifolia ne soit présent qu’au Kenya et en Tanzanie, rien n’indique qu’il soit menacé d’érosion génétique. En tant qu’espèce d’Euphorbia (semi-)succulente, son commerce international est régulé par l’annexe 2 de la CITES.
Perspectives
L’utilisation d’Euphorbia pereskiifolia comme plante médicinale n’est pas recommandée, en raison de son latex très toxique. A moins que des composés pharmacologiques intéressants ne soient isolés, l’importance de cette espèce restera locale, comme médicament contre l’asthme.
Références principales
- Bruyns, P.V., Mapaya, R.J. & Hedderson, T., 2006. A new subgeneric classification for Euphorbia (Euphorbiaceae) in southern Africa based on ITS and psbA-trnH sequence data. Taxon 55(2): 397–420.
- Carter, S. & Radcliffe-Smith, A., 1988. Euphorbiaceae (part 2). In: Polhill, R.M. (Editor). Flora of Tropical East Africa. A.A. Balkema, Rotterdam, Netherlands. pp. 409–597.
- Eggli, U. (Editor), 2002. Illustrated handbook of succulent plants: Dicotyledons. Springer, Berlin, Germany. 554 pp.
- Neuwinger, H.D., 1996. African ethnobotany: poisons and drugs. Chapman & Hall, London, United Kingdom. 941 pp.
- Neuwinger, H.D., 2000. African traditional medicine: a dictionary of plant use and applications. Medpharm Scientific, Stuttgart, Germany. 589 pp.
Autres références
- Chhabra, S.C., Mahunnah, R.L.A. & Mshiu, E.N., 1990. Plants used in traditional medicine in eastern Tanzania. 3. Angiosperms (Euphorbiaceae to Menispermaceae). Journal of Ethnopharmacology 28: 255–283.
- Chhabra, S.C., Uiso, F.C. & Mshiu, E.N., 1984. Phytochemical screening of Tanzanian medicinal plants. I. Journal of Ethnopharmacology 11: 157–179.
- Grace, O.M., Prendergast, H.D.V., Jäger, A.K. & van Staden, J., 2002. Bark medicines in traditional healthcare in KwaZulu-Natal, South Africa: an inventory. South African Journal of Botany 69(3): 301–363.
- Hedberg, I., Hedberg, O., Madati, P.J., Mshigeni, K.E., Mshiu, E.N. & Samuelsson, G., 1983. Inventory of plants used in traditional medicine in Tanzania. II. Plants of the families Dilleniaceae-Opaliaceae. Journal of Ethnopharmacology 9: 105–128.
- Hermansson, K., Kenne, L., Rukunga, G.M. & Samuelsson, G., 1990. Isolation and characterization of 2-O-beta-D-glucopyranosyl-L-malic acid from Synadenium pereskiifolium. Phytochemistry 29(2): 513–515.
- Jäger, A.K., Hutchings, A. & van Staden, J., 1996. Screening of Zulu medicinal plants for prostaglandin-synthesis inhibitors. Journal of Ethnopharmacology 52: 95–100.
- Neuwinger, H.D., 2004. Plants used for poison fishing in tropical Africa. Toxicon 44(4): 417–430.
- Powys, A. & Duckworth, L., 2006. Miti ni Mali. A handbook of useful East African medicinal plants for people and livestock. DFID, Nairobi, Kenya. 65 pp.
- Watt, J.M. & Breyer-Brandwijk, M.G., 1962. The medicinal and poisonous plants of southern and eastern Africa. 2nd Edition. E. and S. Livingstone, London, United Kingdom. 1457 pp.
Auteur(s)
- L.E. Newton, Department of Biological Sciences, Kenyatta University, P.O. Box 43844, Nairobi 00100, Kenya
Citation correcte de cet article
Newton, L.E., 2008. Euphorbia pereskiifolia Houllet ex Baill. In: Schmelzer, G.H. & Gurib-Fakim, A. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands. Consulté le 5 avril 2025.
- Voir cette page sur la base de données Prota4U.