Eragrostis tef (PROTA)

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répartition en Afrique (cultivé)
1, partie supérieure d'une panicule ; 2, partie d'inflorescence avec épillets. (Iskak Syamsudin)
porte de la plante
panicules
panicules lâches
grains
champs de tef en Ethiopie
champ
grains en vente sur le marché

Eragrostis tef (Zucc.) Trotter


Protologue: Boll. Soc. Bot. Ital. 1918 : 62 (1918).
Famille: Poaceae (Gramineae)
Nombre de chromosomes: 2n = 40

Synonymes

  • Eragrostis abyssinica (Jacq.) Link (1827),
  • Eragrostis pilosa (L.) P.Beauv. subsp. abyssinica (Jacq.) Asch. & Graebn. (1900).

Noms vernaculaires

  • Tef, teff (Fr).
  • Tef, teff, teff grass (En).
  • Tef (Po).

Origine et répartition géographique

Le tef est originaire du nord de l’Ethiopie, où il est largement cultivé. On sait peu de choses sur sa domestication, mais il est possible qu’elle soit antérieure à l’introduction du blé et de l’orge dans cette région. Le tef descend peut-être d’Eragrostis pilosa (L.) P.Beauv., espèce sauvage étroitement apparentée, tétraploïde (2n = 40) et annuelle comme lui, et dont la répartition est cosmopolite. La culture du tef pour son grain est restée essentiellement confinée à l’Ethiopie et dans une certaine mesure aux hautes terres d’Erythrée. Mais il est également cultivé au nord du Kenya. A petite échelle, il existe une production commerciale de tef en Afrique du Sud, aux Etats-Unis, au Canada, en Australie, en Europe (Pays-Bas) et au Yémen. Le tef est cultivé aussi comme plante fourragère, par exemple en Afrique du Sud, au Maroc, en Australie, en Inde et au Pakistan. Dans d’autres pays tropicaux, il a fait l’objet d’une introduction à titre expérimental, soit pour son grain, soit pour son foin ; c’est le cas des autres régions de l’Afrique orientale et australe. On le rencontre couramment à l’état subspontané.

Usages

En Ethiopie et en Erythrée, la farine de tef s’emploie surtout pour confectionner l’ “injera”, un pain peu épais, aplati et en forme de crêpe, fait à partir d’une pâte mise à fermenter pendant 2 à 3 jours. L’injera, qui se fabrique dans toutes les tailles, se consomme avec différentes sauces (appelées “wot”), à base de viande ou de légumes secs. C’est la farine de tef qui produit la meilleure qualité d’injera : souple, molle et d’aspect brillant, elle ne colle pas aux doigts, ne se déchire pas quand on la manipule et elle a un goût un peu aigre. On peut ajouter du fenugrec (Trigonella foenum-graecum L.) en petite quantité pour améliorer le goût de l’injera. Il en augmente également la teneur en lysine. On mélange aussi de la farine d’orge ou de sorgho à la farine de tef pour confectionner l’injera. Parmi les autres préparations traditionnelles à base de farine de tef, il faut citer le “kitta” (pain non levé), l’ “atmit” ou “muk” (gruau), des bouillies et des boissons alcoolisées locales. Plusieurs recettes adaptées au goût des Occidentaux ont été élaborées avec de la farine de tef, aux Etats-Unis notamment, où elle a trouvé des créneaux dans le marché de l’alimentation diététique et comme spécialité gastronomique. Dans tout un ensemble de produits, la farine de tef sert d’épaississant, par ex. dans les soupes, les ragoûts, les sauces au jus de viande et certains desserts.

En Ethiopie, la paille de tef est employée comme fourrage, surtout au cours de la saison sèche. Mélangée à de l’argile, elle donne du pisé pour les maisons locales ; on en fait aussi des briques, des fourneaux, des greniers, des lits et des poteries.

En dehors de l’Ethiopie, le tef est surtout cultivé pour son foin (par ex. en Afrique du Sud) et comme fourrage vert (par ex. au Maroc ou en Inde). En Afrique du Sud, on le plante pour lutter contre l’érosion, souvent en mélange avec Eragrostis curvula (Schrad.) Nees ou avec d’autres graminées.

Production et commerce international

En 1992–1998, on cultivait chaque année 1,9 million d’ha de tef en Ethiopie, ce qui représente environ 30% de la superficie totale cultivée en céréales dans ce pays. Avec une production moyenne de 1,6 million de t de grains par an, le tef constitue 22% de la production annuelle de céréales en Ethiopie. Chaque année, on produit en moyenne 4 millions de t de fourrage de tef (27% de la production nationale). En Ethiopie, ce sont des petits exploitants qui cultivent le tef, celui-ci étant surtout destiné au marché local et à la consommation familiale. Les statistiques des années 1997/98 et 1998/99 indiquent que 1800 t de grains de tef ont été exportés chaque année. Bien que l’on ne dispose d’aucune statistique récente, il existe pour cette denrée un marché à l’export, au Proche-Orient, en Amérique du Nord et en Europe, principalement pour les immigrés éthiopiens.

Propriétés

La composition des grains de tef entiers par 100 g de partie comestible est : eau 11 g, énergie 1407 kJ (336 kcal), protéines 9,6 g, lipides 2,0 g, glucides 73 g, fibres 3,0 g, Ca 159 mg, Mg 170 mg, P 378 mg, Fe 5,8 mg, Zn 2 mg, thiamine 0,3 mg, riboflavine 0,2 mg, niacine 2,5 mg et acide ascorbique 88 mg (National Research Council, 1996). La composition en acides aminés essentiels par 100 g de partie comestible est : tryptophane 146 mg, lysine 273 mg, méthionine 246 mg, phénylalanine 474 mg, thréonine 334 mg, valine 491 mg, leucine 724 mg et isoleucine 378 mg (FAO, 1970). Les grains d’amidon du tef sont des conglomérats constitués de nombreux granules polygonaux simples de 2–6 μm de diamètre. Leur teneur en amylose est de 25–30%. La zone de température de gélatinisation de Kofler en phase chaude est de 68°C (début) – 74°C (pic) – 80°C (conclusion) ; ce sont des valeurs comparables à l’amidon d’autres céréales tropicales, mais la fourchette est plus étroite que celle du maïs. La viscosité de cet amidon est bien plus faible que celle de l’amidon de maïs, son indice d’absorption d’eau est plus élevé, et son indice de solubilité dans l’eau est plus bas.

En raison de la petite taille de ses grains, on ne produit habituellement que de la farine complète de tef (son et germe inclus), ce qui lui donne une haute valeur nutritive. La composition de la farine de tef en acides aminés est bonne et ses protéines sont facilement assimilables. Excellente source de minéraux, notamment Ca et Fe, le tef joue semble-t-il un rôle dans le faible taux de cas d’anémie en Ethiopie. Comme il ne contient pas de gluten, cela en fait un bon substitut du blé dans les régimes des personnes atteintes de maladies cœliaques. Plusieurs espèces de levures et de bactéries entrent en jeu dans la préparation de l’injera, mais on sait peu de choses quant à leur identité et à leur importance relative. En Ethiopie, ce sont les types à grains blancs qui sont préférés dans l’alimentation, mais la consommation d’injera préparé à partir de types à grains rouges ou bruns est en augmentation, en particulier chez les citadins soucieux de leur santé.

Le bétail préfère la paille de tef à la paille d’autres céréales et sa qualité est comparable à celle d’une bonne pâture naturelle. Les analyses font ressortir une digestibilité relativement élevée (65%), mais une teneur assez faible en protéines (1,9–5,2%).

Description

  • Graminée annuelle cespiteuse, atteignant 150(–200) cm de haut, à système racinaire fibreux et superficiel ; tige (chaume) habituellement érigée, simple ou peu ramifiée.
  • Feuilles 2–6 par chaume, alternes, simples ; gaine glabre ; ligule de 0,5–1 mm de long, ciliée ; limbe linéaire, de 25–45 cm × 0,1–0,5 cm, glabre.
  • Inflorescence : panicule de 10–65 cm de long, à 10–40 rameaux primaires fins, très lâche à rachis central complètement exposé ou très compacte à rachis central totalement invisible, portant 30–1100 épillets par panicule.
  • Epillets à pédicelle long, étroitement oblongs, de 4–9 mm × 1–3 mm, à 2–12(–20) fleurs ; fleurs bisexuées ; glumes inégales, lancéolées, acuminées, glume inférieure de 1–2,5 mm de long, glume supérieure de 1, 5–3 mm de long ; lemme de 2–3 mm de long, à 3 nervures, scabéruleuse sur la carène et vers l’extrémité acuminée, vert pâle à violet foncé ; paléole similaire à la lemme, mais à 2 nervures ; étamines 3, anthères atteignant 0,5 mm de long, 2-loculaires ; ovaire supère à 2 stigmates.
  • Fruit : caryopse (grain) ovoïde à ellipsoïde, de 1–1,5 mm × 0,5–1 mm, blanc jaunâtre à brun foncé.

Autres données botaniques

On ne sait pas grand chose sur la biosystématique d’Eragrostis, genre vaste et complexe du point de vue taxinomique qui comprend plus de 350 espèces, principalement dans les régions tropicales et subtropicales, dont 14 seraient endémiques à l’Ethiopie. Le tef est la seule espèce d’Eragrostis cultivée pour son grain.

Les grains de plusieurs espèces fourragères sont parfois consommés par les hommes, surtout comme aliment de famine, notamment Eragrostis cilianensis (All.) F.T.Hubb., Eragrostis ciliaris (L.) R.Br., Eragrostis curvula (Schrad.) Nees, Eragrostis cylindriflora Hochst., Eragrostis gangetica (Roxb.) Steud., Eragrostis pilosa (L.) P.Beauv., Eragrostis tremula Steud. et Eragrostis turgida (Schumach.) De Wild.

Les relations génétiques entre espèces sont pratiquement inconnues. L’hybridation du tef est une opération fastidieuse, ce qui n’incite pas à faire de nombreux essais de croisements. Eragrostis tef est un allotétraploïde dont les progéniteurs diploïdes sont inconnus.

On a distingué et décrit les cultivars de tef en fonction de la couleur des graines et des inflorescences, de la ramification des inflorescences et de la taille des plantes. Commercialement, le tef est classé en fonction de la couleur des graines : “netch” (blanches), “tikur/ka’y” (brun-rouge) et “sergegna” (mélangées). La variation moléculaire mise en évidence par les marqueurs ADN (RFLP, RAPD et AFLP) n’a rien à voir avec la variation morphologique.

Croissance et développement

La germination du tef a lieu habituellement 3–4(–12) jours après le semis. Dans des essais, la germination dépassait les 90% à des températures comprises entre 15–35°C ; aucune germination n’a eu lieu à 10°C. On ne remarque pas de stade de gonflement de l’épi chez le tef : les inflorescences sortent brusquement de la gaine de la feuille supérieure, sans qu’il y ait gonflement. Les fleurs s’ouvrent le matin (entre 7–9 heures), réagissant à la lumière et à la température. Le tef est avant tout autogame, avec un très faible niveau d’allogamie (pas plus de 1%) et le pollen est émis en début de matinée. Dans l’inflorescence, la maturité florale démarre à partir du haut et progresse vers le bas, tandis que dans l’épillet, elle progresse de la base vers le haut. Les graines mûrissent dans le mois qui suit la fécondation. Le cycle complet de croissance, du semis à la maturité, prend 2–5(–6) mois. Le tef a une photosynthèse en C4.

Ecologie

Le tef est une céréale qui montre une grande souplesse d’adaptation et pousse dans des milieux très divers, depuis le niveau de la mer jusqu’à 2800 m d’altitude. Les rendements les plus élevés sont obtenus à des altitudes de 1800–2100 m, avec une pluviométrie annuelle de 750–850 mm, des précipitations saisonnières (juillet–décembre) de 450–550 mm et des températures journalières moyennes comprises entre 15–27°C. Les rendements chutent lorsque les précipitations saisonnières passent sous la barre des 250 mm et que la température moyenne au moment de la pollinisation dépasse 22°C, mais aussi quand la période de croissance est inférieure à 90 jours, ce qui rend alors nécessaire le recours à des cultivars précoces. Malgré son système racinaire superficiel, le tef résiste à la sécheresse en raison de sa capacité à se régénérer rapidement après un stress hydrique modéré et à produire du grain sur une période relativement courte. Sa croissance végétative rapide et son cycle de vie court rendent le tef particulièrement adapté aux régions sujettes à une sécheresse après de brèves précipitations. Chez le tef, la floraison est retardée en période de jours longs. En Ethiopie, la majeure partie de la production de tef a lieu au cours de la principale saison des pluies (“meher”), entre juillet et novembre. Le tef est cultivé le plus souvent sur des vertisols (terres noires, lourdes et argileuses aux horizons bien nets) et des andosols (terres jeunes, peu profondes, résultant de l’érosion de cendres volcaniques en conditions humides). Le tef cultivé sur vertisol donne des rendements plus élevés, à condition qu’il n’y ait pas d’asphyxie racinaire prolongée et que les nutriments, notamment azotés, soient suffisamment disponibles. Les cultivateurs atténuent généralement les effets de l’asphyxie racinaire en ajustant leur date de semis ou en ayant recours à des systèmes de drainage de surface (sillons). Les carences en micronutriments peuvent aussi constituer des facteurs limitants sur les vertisols. Le tef est normalement cultivé sur des sols à pH neutre, mais on a observé qu’il pouvait supporter une acidité correspondant à des pH inférieurs à 5. Il existe des différences entre les cultivars quant à leur réponse à la salinité. Le tef se rencontre à l’état subspontané le long des routes et des voies ferrées, ainsi que dans la savane herbeuse sèche sur les limons sablonneux.

Multiplication et plantation

Le tef est reproduit par graines. Il n’y a pas de dormance des graines et la germination est rapide. Le poids de 1000 graines est de 200–500 mg. Une seule inflorescence peut produire plus de 1000 graines et une seule plante plus de 10 000. Les graines de tef restent viables pendant plusieurs années, à condition d’éviter le contact direct avec l’humidité et le soleil. En Ethiopie, la production de tef fait appel à des pratiques traditionnelles vieilles de plusieurs siècles. Pour travailler la terre, on utilise une charrue tirée par des bœufs (la “maresha”), qui repasse 2–5 fois avant le semis. Des études montrent qu’on peut faire pousser du tef en conditions culturales simplifiées (un seul labour, afin d’amener les graines en contact avec la terre), à condition d’utiliser des herbicides non sélectifs. Pour améliorer la germination et l’installation des jeunes plantes sur les vertisols, on affermit le lit de semis en le faisant piétiner par des animaux domestiques. D’habitude, les paysans sèment le tef à la volée sur un lit de semis fin et humide. Une quantité de semences de 15–30 kg/ha est suffisante, mais les paysans vont souvent jusqu’à 40–50 kg/ha, parce que les semences sont difficiles à répartir de manière égale, que la viabilité des semences de ferme est moindre et aussi que cela aide à supprimer les mauvaises herbes aux premiers stades. On laisse les graines en surface ou bien on les recouvre légèrement à l’aide de branches tirées par des bœufs sur le champ. On peut également semer le tef en lignes à l’aide d’équipements agricoles adaptés. Une plantation en lignes réduit la verse lorsque la croissance est bonne. On pratique habituellement la culture pure, mais il arrive que des cultivars précoces de tef soient utilisés dans des systèmes de culture associée, y compris la culture décalée et la culture en allée.

On a réussi à mettre au point des protocoles d’embryogenèse somatique et de régénération de plantes in vitro, en partant de la feuille, de la racine ou de la graine pour démarrer des cultures de tissus dans un milieu de Murashige et Skoog.

Gestion

Une fois la culture installée, la plupart des paysans luttent contre les mauvaises herbes en désherbant à la main une ou deux fois. Certains ont recours à des herbicides tels que le 2,4-D pour éliminer les dicotylédones, complété par un désherbage manuel pour éliminer les graminées. Les apports suivants sont préconisés sur sol léger : 25–40 kg de N et 10–18 kg de P par ha ; et sur les terres argileuses lourdes : 50–60 kg de N et 10–15 kg de P par ha. Le tef répond davantage à l’azote qu’au phosphore en produisant des plantes de grande taille et de grandes quantités de biomasse ; en conséquence, des quantités élevées d’azote favorisent la verse. Pour réduire ce risque, les paysans diminuent l’apport en azote ou sèment leur tef après une culture de légumes secs sans remettre d’engrais, et ils diffèrent le moment de semer, de manière à ce que les pluies aient cessé au moment de l’épiaison. La rotation du tef avec d’autres céréales, des légumes secs et du noug (Guizotia abyssinica (L.f.) Cass.) est pratique courante en Ethiopie.

Maladies et ravageurs

On connaît de nombreuses maladies (principalement d’origine fongique) et de ravageurs qui s’attaquent au tef, mais seules quelques-unes ont une importance économique, mais dans des lieux limités et lors d’années particulières. Parmi ces maladies, la rouille des feuilles (Uromyces eragrostidis), l’helminthosporiose (Helminthosporium miyakei) et la fonte des semis (Drechslera spp. et Epicoccum nigrum) sont les plus importantes. Une faible densité de semis et un semis précoce diminuent les dégâts provoqués respectivement par la rouille des feuilles et la fonte des semis. Des fongicides permettant de lutter contre ces deux maladies ont été identifiés au niveau expérimental, mais on ne leur connaît aucun cas d’emploi au champ. Il n’y a pas eu de sélection pour la résistance, en raison d’une variation génétique limitée pour ce caractère, ainsi que de la nature sporadique des maladies et de leur spécificité écologique. On ne connaît aucune maladie d’origine virale ou bactérienne.

Parmi les ravageurs connus pour s’attaquer aux graines de tef en cours de germination et aux plantules, il faut citer la sauterelle de brousse (Decticoides brevipennis), la noctuelle du tef (Mentaxya ignicollis), d’autres sauterelles, des fourmis et des termites. Le coléoptère noir du tef (Erlangerius niger) s’attaque quant à lui aux inflorescences. Parmi les adventices, ce sont les graminées annuelles qui sont responsables des dégâts les plus importants. L’adventice parasite Striga hermonthica (Delile) Benth., l’adventice envahissante Parthenium hysterophorus L., récemment introduite, et le liseron cosmopolite Convolvulus arvensis L. sont également devenues problématiques. Un désherbage manuel et une rotation des cultures, particulièrement avec des légumes secs, sont les méthodes les plus courantes pour traiter ces mauvaises herbes du tef, le recours aux herbicides restant très limité. Si les grains de tef stockés ne sont pas attaqués par les insectes des greniers, les rongeurs peuvent constituer en revanche un problème.

Récolte

Le tef est récolté au bout de 2–5(–6) mois après le semis, lorsque les parties végétatives se mettent à jaunir. Le jaunissement du pédicelle de l’épillet est un bon indicateur de maturité. Si la récolte est effectuée après la maturité physiologique, l’égrenage est inévitable, en particulier par temps venteux et pluvieux. En Ethiopie, la récolte débute en novembre et se poursuit jusqu’en début janvier. Elle se fait à la main à l’aide de faucille. Les paysans coupent les plantes au niveau du sol, les entassent sur le champ et les transportent jusqu’à l’aire de battage. Dans le cas d’une culture de foin, il est possible normalement de récolter 9–12 semaines après le semis.

Rendement

Les rendements en grains de tef sont inférieurs à 1 t/ha, mais les paysans qui utilisent des cultivars améliorés et suivent de bonnes pratiques culturales atteignent facilement 1,7–2,5 t/ha. Des rendements supérieurs à 2,5 t/ha ont été enregistrés dans plusieurs régions en Ethiopie à l’occasion de récents programmes de vulgarisation. Dans des essais, des rendements allant jusqu’à 4,6 t/ha ont été obtenus. Pour la paille, les rendements sont normalement de 3 t/ha, mais on a déjà enregistré des productions jusqu’à 20 t/ha.

Traitement après récolte

On procède au battage par dépiquage (en faisant piétiner la récolte par des animaux domestiques). Certains cultivateurs louent des moissonneuses-batteuses servant aux autres céréales pour le battage. Le tef se conserve dans n’importe quelle installation de stockage disponible sur place. Comme il n’est pas attaqué par les insectes des greniers, il ne nécessite aucune protection chimique. Il arrive même que les paysans mélangent les graines de tef avec celles de légumes secs pour protéger ces dernières des charançons. Le tef est traditionnellement vendu en Ethiopie sous forme de grains et non de farine. La paille est entassée à proximité des maisons des agriculteurs qui nourrissent ainsi leur bétail pendant la saison sèche ; ils en vendent parfois une petite partie.

Ressources génétiques

L’Institute of Biodiversity Conservation (IBC), autrefois connu sous le nom de Plant Genetic Resources Center of Ethiopia (PGRC/E), détient 2541 entrées de tef recueillies dans différentes régions agro-écologiques, et 1497 entrées acquises à travers des dons et des rapatriements. Actuellement, l’IBC ne possède aucune collection d’espèces sauvages d’Eragrostis. La plus grande partie des collections de ressources génétiques de tef est conservée ex situ ; les graines sont séchées pour atteindre un taux d’humidité de 3–7% et elles sont conservées dans des sacs doublés d’aluminium à –10°C pour un stockage de longue durée et à 4°C pour un stockage de courte durée. Dans certaines régions d’Ethiopie, on a recours à la conservation et à l’amélioration in situ, avant tout pour aider les paysans à maintenir la diversité de l’espèce et à préserver les principaux types cultivés de l’extinction tout en améliorant leur potentiel de rendement. Le Debre Zeit Agricultural Research Center, qui dépend de l’Ethiopian Agricultural Research Organization (EARO), a choisi un échantillon de 320 entrées qui représente la diversité phénotypique du tef, pour faciliter les études génétiques et la sélection. En dehors de l’Ethiopie, des collections plus petites sont détenues au Brésil (Centro de Pesquisa Agropecuaria dos Cerrados (CPAC) de Planaltina ; 400 entrées), aux Etats-Unis (Western Regional Plant Introduction Station, USDA-ARS, Washington State University, à Pullman), en Allemagne (Federal Centre for Breeding Research on Cultivated Plants (BAZ), à Brunswick ; 30 entrées) et au Japon (National Institute of Crop Science de Tsukuba ; 30 entrées).

Sélection

Depuis les années 1960, d’importants travaux d’amélioration ont eu lieu au Debre Zeit Agricultural Research Center, en Ethiopie. Les objectifs principaux ont été la mise au point de cultivars à fort rendement destinés aux principales zones agro-écologiques de culture du tef et la résistance à la verse. La sélection classique n’a pas résolu le problème de la verse. Jusqu’à ce jour, 15 cultivars ont été obtenus par sélection directe au sein des variétés locales et recombinaison de caractères. Une technique de croisement a été mise au point en 1974 pour cette espèce et depuis, l’hybridation entre parents sélectionnés a permis la commercialisation de 5 cultivars. La plupart des paysans continuent à cultiver des variétés locales. Parmi les cultivars améliorés, les plus fréquemment cultivés sont ‘Magna’ (DZ–01–196), ‘Enatite’ (DZ–01–354), ‘Dukem’ (DZ–01–974), ‘Tseday’ (DZ–Cr–37) et ‘Ziquala’ (DZ–Cr–358). L’interaction génotype-milieu est forte chez le tef, surtout en raison des effets du milieu sur les dates de floraison et de maturité.

L’hybridation interspécifique avec des espèces sauvages d’Eragrostis a été tentée, mais elle n’a réussi qu’avec Eragrostis pilosa ; les caractères favorables transférés au tef étaient une taille réduite et la précocité. Eragrostis curvula pourrait donner une tige robuste et de grosses graines, mais ses hybrides avec le tef ne donnent pas de graines. On s’efforce actuellement de dresser une carte de liaison génétique pour le tef. On tente aussi de sélectionner des cultivars haploïdes doublés résultant de culture d’anthères ou de microspores. Les marqueurs ISSR (“inter simple sequence repeats”) sont plus prometteurs que les autres marqueurs ADN pour quantifier la diversité génétique et identifier les génotypes du tef.

Perspectives

En Ethiopie, l’expansion du tef à de nouvelles zones de production s’est poursuivie sans relâche, malgré le fait que les paysans soient incités à cultiver d’autres céréales connues au lieu du tef. Cette culture s’est propagée jusqu’aux basses terres, où le sorgho et le maïs ont souvent échoué en raison d’un fort stress hydrique. En dehors de l’Ethiopie, la culture du tef a débuté à une échelle limitée aux Etats-Unis et en Europe, où les cibles sont les populations immigrées éthiopiennes, et l’utilisation comme substitut du blé sans gluten. Il est raisonnable de penser que si des investissements sont faits en recherche et développement, le tef peut s’élever jusqu’au rang de culture spéciale dans les pays développés. La tendance à la verse est le plus grand défaut du tef ; le recours à des équipements et à des pratiques culturales appropriées peuvent constituer des solutions temporaires. A la longue, les approches biotechnologiques - passant par l’introduction de gènes nanifiants clonés provenant d’autres céréales - paraissent nécessaires pour arriver à avoir au champ des génotypes de tef qui ne versent pas. Il conviendrait aussi d’augmenter le ratio entre inflorescence et chaume, bien que la paille de tef ait son importance. On connaît encore mal l’influence des facteurs du milieu sur la qualité nutritionnelle du tef et les variations de sa qualité comme aliment du bétail.

Références principales

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  • van der Hoek, H.N. & Jansen, P.C.M., 1996. Minor cereals. In: Grubben, G.J.H. & Partohardjono, S. (Editors). Plant Resources of SouthEast Asia No 10. Cereals. Backhuys Publishers, Leiden, Netherlands. pp. 150–156.

Autres références

  • Assefa, K., 2003. Phenotypic and molecular diversity in the Ethiopian cereal, tef (Eragrostis tef (Zucc.) Trotter): Implications on conservation and breeding. PhD thesis, Swedish University of Agricultural Sciences, Alnarp, Sweden. 42 pp.
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  • Ayele, M., Tefera, H., Assefa, K. & Nguyen, H.T., 1999. Genetic characterization of two Eragrostis species using AFLP and morphological traits. Hereditas 130: 33–40.
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Sources de l'illustration

  • Hanelt, P. & Institute of Plant Genetics and Crop Plant Research (Editors), 2001. Mansfeld’s encyclopedia of agricultural and horticultural crops (except ornamentals). 1st English edition. Springer Verlag, Berlin, Germany. 3645 pp.

Auteur(s)

  • H. Tefera, Ethiopian Agricultural Research Organization, Debre Zeit Center, P.O. Box 32, Debre Zeit, Ethiopia
  • G. Belay, Ethiopian Agricultural Research Organization, Debre Zeit Center, P.O. Box 32, Debre Zeit, Ethiopia

Citation correcte de cet article

Tefera, H. & Belay, G., 2006. Eragrostis tef (Zuccagni) Trotter. In: Brink, M. & Belay, G. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands. Consulté le 13 novembre 2018.


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