Eleusine coracana (PROTA)

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Importance générale Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svg
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Céréale / légume sec Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg
Médicinal Fairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg
Fourrage Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg
Fibre Fairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg
Sécurité alimentaire Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svg
Changement climatique Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svg


répartition en Afrique (cultivé)
1, partie de tige avec feuilles ; 2, inflorescence ; 3, partie d'une branche d'inflorescence ; 4, épillet; 5, fleuron sans lemme ni paléole ; 6, grain avec lemme et paléole ; 7, grain. Source: PROSEA
port de la plante
détail port d'une plante en fleurs
inflorescence
champ
panicules presque mûres
panicules récoltées

Eleusine coracana (L.) Gaertn.


Protologue: Fruct. sem. pl. 1 : 8 (1788).
Famille: Poaceae (Gramineae)
Nombre de chromosomes: 2n = 36

Synonymes

  • Eleusine indica (L.) Gaertn. subsp. coracana (L.) Lye (1999).

Noms vernaculaires

  • Eleusine, coracan, mil rouge (Fr).
  • Finger millet, African millet, koracan (En).
  • Luco, capim colonial, nachenim (Po).
  • Mwimbi, ulezi (Sw).

Origine et répartition géographique

L’éleusine a été domestiquée dans les hautes terres d’Afrique de l’Est. Les vestiges archéologiques les plus anciens que l’on connaisse ont été trouvés lors de fouilles à Axoum, en Ethiopie, et on estime qu’ils remontent à 5000 ans. Ils ressemblent aux types d’éleusine très évolués qui sont encore cultivés en Ethiopie. La culture de l’éleusine s’est répandue dans les savanes de l’est et du sud de l’Afrique au cours de l’expansion des techniques de travail du fer, pour arriver finalement en Afrique du Sud il y a près de 800 ans. En Afrique tropicale, elle est maintenant cultivée depuis l’Ethiopie et l’Erythrée jusqu’au Mozambique, au Zimbabwe et en Namibie. Elle est également signalée à Madagascar. Bien que peu importante en Afrique de l’Ouest, l’éleusine a été observée dans une zone de faibles précipitations à l’est du Sénégal, en particulier au Niger et au nord du Nigeria. L’éleusine est arrivée en Inde il y a 2000–3000 ans. Depuis l’Inde, elle s’est répandue à travers l’Asie du Sud-Est jusqu’à la Chine et au Japon. Aux Etats-Unis, on la cultive à petite échelle comme graines pour les oiseaux.

Usages

L’usage principal de l’éleusine en Afrique est de fournir du malt destiné à la production de bière locale ainsi que d’autres boissons, alcoolisées ou non. En Ethiopie un alcool distillé, connu sous le nom d’ “areki”, est produit à partir de l’éleusine. L’éleusine est également utilisée comme céréale alimentaire, en particulier pendant les périodes de disette. L’usage le plus courant de la farine d’éleusine est la préparation d’une bouillie, qui se sert habituellement accompagnée de légumes, de viande ou de poisson. La farine fraîchement moulue et légèrement humide sert à confectionner des “galettes” qui sont ensuite enveloppées dans des bractées de maïs ou des feuilles de bananier et grillées. Crues, ces “galettes” se conservent plusieurs jours ; lorsqu’on le souhaite, on ajoute de l’eau pour former une bouillie claire rafraîchissante. On écrase aussi des bananes avec cette farine et de ce mélange on confectionne des galettes aplaties que l’on frit à l’huile ou que l’on fait cuire dans une poêle sans matière grasse.

La paille d’éleusine s’emploie comme fourrage pour les bovins, les ovins et les chèvres. Elle produit un excellent foin, et en Inde on la cultive comme plante fourragère. En Ouganda, les sous-produits de la production de bière d’éleusine sont donnés en nourriture aux poulets, aux cochons et à d’autres animaux. L’éleusine a des usages médicinaux, par ex. le grain sert de prophylaxie à la dysenterie. En Afrique australe, le jus obtenu à partir d’un mélange de feuilles d’éleusine et de feuilles de Plumbago zeylanica L. se prend en interne comme remède contre la lèpre. La paille d’éleusine s’emploie comme chaume pour les toitures et pour faire des nattes, et en Chine elle sert à la fabrication de papier. Au Soudan, on fabrique des cordes avec les feuilles.

Production et commerce international

Dans les statistiques de production et de commerce, l’éleusine est généralement groupée avec le mil (Pennisetum glaucum (L.) R.Br.) et les millets, tels que le panis (Setaria italica (L.) P.Beauv.) et le millet commun (Panicum miliaceum L.). La superficie cultivée d’éleusine est estimée à environ 3 millions d’ha, qui produisent chaque année près de 2,5 millions t de grain. L’Inde est le plus gros producteur. La superficie totale cultivée chaque année en Afrique est relativement stable, et légèrement inférieure à 1 million d’ha. Les principaux producteurs africains sont l’Ethiopie, l’Ouganda, le Malawi et le Zimbabwe. En Afrique, la production de grain d’éleusine est destinée à la consommation locale. Les excédents sont vendus sur les marchés locaux. Les échanges à l’échelle internationale, même entre pays voisins, sont négligeables en Afrique.

Propriétés

Le grain entier d’éleusine contient par 100 g de partie comestible : eau 10,9 g, énergie 1377 kJ (329 kcal), protéines 7,4 g, lipides 1,3 g, glucides 77,7 g, fibres 4,3 g, Ca 397 mg, P 190 mg, Fe 17,1 mg, traces de β-carotène, thiamine 0,18 mg, riboflavine 0,11 mg et niacine 0,8 mg (Leung, Busson & Jardin, 1968). La composition en acides aminés essentiels par 100 g d’aliment est de : tryptophane 107 mg, lysine 213 mg, méthionine 229 mg, phénylalanine 383 mg, thréonine 310 mg, valine 487 mg, leucine 701 mg et isoleucine 324 mg (FAO, 1970). Le grain entier s’emploie en meunerie, fournant une farine à forte teneur en fibres, qui la rendent difficile à digérer. Pour l’alimentation, on préfère le grain de couleur blanche. Pour la fabrication de bière, on préfère le grain sombre, plus amer. En brasserie, l’éleusine possède une activité enzymatique plus importante que celle de n’importe quelle autre céréale, à l’exception de l’orge, ce qui la rend très indiquée. La paille d’éleusine possède une digestibilité in vitro de 40–60%.

Description

  • Graminée annuelle robuste, tallant abondamment, en touffes, atteignant 170 cm de haut ; tige mince, érigée ou géniculée ascendante, glabre et lisse, parfois ramifiée, formant des racines aux nœuds inférieurs ; système racinaire superficiel, ramifié, fibreux.
  • Feuilles alternes, distiques, simples et entières ; gaine aplatie, se chevauchant, fendue sur toute la longueur ; ligule de 1–2 mm de long, fimbriée ; limbe linéaire à linéaire-lancéolé, atteignant 75 cm × 2 cm, généralement replié, scabre sur le dessus.
  • Inflorescence : panicule terminale digitée, souvent avec un ou quelques rameaux (les “pouces”) en dessous du groupe principal de 4–19 ramifications (les “doigts”) ; ramifications minces à robustes, linéaires à oblongues, atteignant 24 cm de long, réfléchies lorsqu’elles sont minces et droites à incurvées aux extrémités lorsqu’elles sont vigoureuses, parfois munies de rameaux secondaires, chacune portant 60–80 épillets.
  • Epillets ovoïdes-ellipsoïdes, atteignant 10 mm × 4 mm, la plupart disposés en deux rangs sur un côté du rachis, à (3–)6–9(–12) fleurs ; glume inférieure de 1–4 mm de long, pourvue d’une carène à 3 nervures, glume supérieure de 2–5 mm de long, pourvue d’une carène à (3–)5–7 nervures ; fleurs bisexuées, mais fleurs terminales parfois stériles ou mâles, disposées en 2 rangs opposés ; lemme étroitement ovale, de 2–5 mm de long, paléole légèrement plus courte que la lemme ; étamines 3 ; ovaire supère, à deux styles libres terminés par un stigmate plumeux.
  • Fruit : grain à paroi libre et molle (utricule), 4–7 par épillet, plus ou moins globuleux, atteignant 2 mm de diamètre, blanc, rouge, brun ou noir ; péricarpe restant distinct au cours du développement et formant à maturité une structure papyracée entourant la graine.

Autres données botaniques

Le genre Eleusine comprend environ 10 espèces, réparties dans les régions tropicales et subtropicales d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Sud. L’ancêtre sauvage le plus probable de l’éleusine est Eleusine africana Kenn.-O’Byrne (éleusine sauvage), généralement considéré comme une sous-espèce d’Eleusine coracana (subsp. africana (Kenn.-O’Byrne) Hilu & de Wet) parce qu’il est également tétraploïde (2n = 36) et que lors des croisements avec l’éleusine, il produit des hybrides fertiles. Colonisateur agressif, il forme de vastes populations ininterrompues dans les milieux perturbés, où l’on continue à le récolter comme une céréale sauvage en période de disette. C’est une adventice nuisible pour l’agriculture africaine, qui envahit les champs d’éleusine, et bien qu’il soit avant tout autogame, il arrive qu’il se croise avec la céréale pour former des complexes hybrides d’adventices très variables.

Les cultivars primitifs d’éleusine ressemblent à l’éleusine sauvage par la morphologie de leur inflorescence, mais il leur manque l’aptitude à disperser naturellement leurs graines. Ils sont caractérisés par des inflorescences aux ramifications étalées, droites ou légèrement incurvées à l’extrémité à maturité. Répandus en Afrique, ces cultivars sont également cultivés dans le sud et l’est de l’Inde.

Un second groupe de cultivars africains et indiens des hautes terres se caractérise également par l’étalement des ramifications de l’inflorescence. Les cultivars d’Afrique de l’Est ont habituellement des ramifications qui atteignent 24 cm de long, alors que d’autres en Afrique de l’Est et dans le sud de l’Inde possèdent des ramifications de 10–18 cm de long. Les cultivars africains ont souvent des inflorescences plus minces que les cultivars indiens, ce qui permet aux ramifications de devenir réfléchies à maturité. Certains individus dans les champs de ces cultivars ont parfois des épillets groupés en glomérules le long du rachis.

Un groupe de cultivars morphologiquement distinct est cultivé largement depuis l’Ethiopie jusqu’à la Zambie. Ces cultivars se caractérisent par des inflorescences à ramifications étalées avec de gros épillets étroitement lancéolés, disposés en deux rangs égaux sur un seul côté du rachis. Des cultivars morphologiquement proches sont cultivés dans les montagnes de l’Inde orientale, mais leurs gros épillets ont une disposition irrégulière et ils sont essentiellement disposés tout autour du rachis.

Les cultivars les plus évolués ont des ramifications très prolifiques, groupées de façon à former une structure en forme de poing. Ces cultivars sont cultivés dans toute l’aire de répartition de l’éleusine cultivée en Afrique et dans le sous-continent indien. Les cultivars d’éleusine les plus couramment cultivés en Afrique et en Inde possèdent des inflorescences beaucoup plus petites avec des ramifications plus ou moins étalées qui peuvent s’incurver ou se réfléchir un peu à la maturité.

Croissance et développement

Les graines d’éleusine n’ont pas de dormance. Mais elles ne germent toutefois pas dans des sols dépourvus d’une humidité suffisante pour assurer la croissance de la jeune plante. Les jeunes plantes sont sensibles à la sécheresse, mais les plantes adultes entrent en phase de dormance pendant de courtes périodes de sécheresse et produisent de nouvelles talles lorsque les conditions redeviennent favorables. Les plantes, qui tallent fortement et s’enracinent aux nœuds inférieurs, fournissent une excellente protection contre l’érosion des sols. La période de la plantation à la floraison est de 50–120 jours ; le cycle cultural est de 3–6 mois au total. La floraison de chaque inflorescence prend entre 8–10 jours, en allant du haut vers le bas sur les ramifications. Avant tout autogame, l’éleusine présente environ 1% d’allogamie. De fortes pluies au moment de la floraison diminuent la formation de graines. L’éleusine a une photosynthèse en C4.

Ecologie

La croissance optimale de l’éleusine se produit à une température moyenne d’environ 23°C. En Afrique orientale et australe, l’éleusine est cultivée depuis le niveau de la mer jusqu’à 2500 m d’altitude environ, le plus souvent à 1000–2000 m. Sa culture se pratique surtout dans des régions où les précipitations se situent entre 750–1200 mm pendant la saison de croissance. La pluviométrie minimale requise pour l’éleusine est de 300–500 mm, mais en dessous de 750 mm, on cultive plus souvent le sorgho et le mil en raison de leur meilleure tolérance à la sécheresse. L’éleusine est une plante de jours courts, avec une photopériode critique généralement proche de 12 heures.

L’éleusine pousse sur toutes sortes de sols, mais elle préfère les terres fertiles, bien drainées, sableuses à sableuses-limoneuses à capacité de rétention d’eau modérée. Elle préfère un pH de 5–7, mais tolère des sols très alcalins (pH de 11). Elle ne supporte pas l’asphyxie racinaire.

Multiplication et plantation

L’éleusine est multipliée par graines. Le poids de 1000 graines est de 2–3 g. Les champs sont préparés à la houe ou à la charrue tirée par des animaux. Pour lutter contre les mauvaises herbes, on peut labourer les champs au début des pluies, laisser germer les adventices puis labourer une deuxième fois, voire jusqu’à six fois, avant de semer la céréale. Un hersage avant le semis permet aussi de réduire les mauvaises herbes. Le semis s’effectue à la volée ou en lignes derrière la charrue. Des densités de semis de 35 kg/ha peuvent être atteintes lorsque le semis se fait à la volée ; pour le semis en lignes, ces densités ne seront que de 3–10 kg/ha. Dans ce dernier cas, on sème à une profondeur de 2–3 cm sur des lignes espacées de 20–35 cm. Dès que possible, on éclaircit en laissant 5–12 cm entre les plantes sur la ligne. En Inde, on fait parfois germer les graines en pépinière, et les plants sont repiqués au champ à l’âge de 3–4 semaines. Bien qu’elle demande beaucoup de travail, cette pratique permet d’obtenir du grain nouveau bien avant la maturité de l’éleusine semée au champ. Une autre méthode consiste à semer ou à planter l’éleusine 1–2 semaines avant l’apparition présumée des pluies.

L’éleusine est souvent associée à d’autres céréales, des légumes secs ou des légumes. En Ethiopie, les cultures pures d’éleusine sont courantes. En Afrique, ce sont le plus souvent de petits exploitants qui cultivent l’éleusine.

Gestion

Les adventices constituent un gros problème chez l’éleusine, et les deux semaines qui suivent la germination sont critiques. Il est courant d’effectuer plusieurs désherbages manuels, ce qui demande beaucoup de main-d’œuvre. Lorsque l’éleusine est semée en lignes, on a souvent recours à des extirpateurs tirés par des animaux. L’éleusine réagit bien aux engrais. Les quantités recommandées sont de 40–60 kg de N, 26–40 kg de P et 30–50 kg de K par ha. Mais les petites exploitations ont rarement les moyens d’acheter des engrais chimiques. L’éleusine réagit tout aussi bien à un apport de fumure organique ou de cendres. Dans certaines parties d’Afrique, l’éleusine est cultivée selon un système agricole itinérant, comme le système “chitemene” en Zambie. Au Kenya et en Tanzanie, elle est souvent la première culture mise en place après le défrichement du terrain, lorsque la pression des adventices est faible et que la fertilité du sol est relativement élevée. La culture de l’éleusine se pratique généralement en rotation avec d’autres cultures annuelles, des légumes secs de préférence. En Ouganda, elle est cultivée après le tabac ou le coton.

Maladies et ravageurs

L’éleusine est relativement peu touchée par les maladies et les ravageurs. La maladie la plus grave est la piriculariose provoquée par le champignon Magnaporthe grisea (synonyme : Pyricularia grisea). Il s’attaque à l’éleusine sur toute son aire de culture. Toutes les parties aériennes sont touchées, depuis la levée jusqu’à la maturité. Une réduction considérable du rendement se produit lorsque les inflorescences sont contaminées au cours de la formation du grain. Les méthodes de lutte font appel à la rotation des cultures et à l’utilisation de cultivars résistants ou tolérants. Bipolaris nodulosa (synonyme : Helminthosporium nodulosum) entraîne un brûlure des feuilles marron foncé et une pourriture des racines et du collet, tandis que Helminthosporium leucostylum provoque la chute des feuilles et une brûlure des semis et des inflorescences.

Parmi les insectes ravageurs, on trouve entre autres la mouche du sorgho (Atherigona soccata), des foreurs de tiges, des chenilles, des criquets et des sauterelles ; la coccinelle phytophage (Epilachna similis) provoque de temps à autre de sérieux dégâts. Les oiseaux du genre Quelea constituent un problème dans certaines régions. Les principales adventices dans la culture d’éleusine en Afrique tropicale sont, entre autres, l’éleusine sauvage Eleusine indica (L.) Gaertn. et Brachiaria deflexa (Schumach.) Robyns. Difficiles à distinguer de l’éleusine cultivée au cours des premiers stades de développement, ces espèces sont presque impossibles à éliminer correctement. En Ethiopie, l’adventice dicotylédone Guizotia scabra (Vis.) Chiov. représente un problème, mais on l’élimine généralement à la main. Le parasite des racines Striga hermonthica (Delile) Benth. est présent sur toute l’aire de culture de l’éleusine en Afrique, mais il semble rarement poser de graves problèmes. Lors du stockage, l’éleusine résiste aux insectes en raison de la trop petite taille de ses grains, dans lesquels les charançons ne peuvent se glisser ; elle peut donc se conserver pendant plusieurs années sans dégâts importants.

Récolte

En Afrique, les champs d’éleusine sont souvent récoltés en plusieurs passages pour empêcher une perte de grain par égrenage, due à une maturité inégale. La récolte démarre généralement lorsque le grain des génotypes les plus précoces contient environ 10% d’humidité. On coupe les inflorescences une par une et on les laisse sécher.

Rendement

En Afrique, les rendements moyens en éleusine-grain, cultivée selon les méthodes locales, est de 0,25–1,5 t/ha. Dans des conditions expérimentales, avec des cultivars améliorés, une bonne maîtrise des mauvaises herbes et un recours aux engrais, on obtient des rendements jusqu’à 5 t/ha. Les rendements en paille vont de 1–2,5 t/ha pour les cultures pluviales à 9 t/ha pour les cultures irriguées.

Traitement après récolte

Le grain d’éleusine se conserve soit tel quel après battage soit sur les inflorescences, que l’on bat selon les besoins. Ce battage s’effectue généralement en frappant les inflorescences avec un bâton. Le grain est moulu à la meule de pierre ou dans un moulin. On peut ajouter un peu d’eau au cours du broyage pour que les grains ne s’éparpillent pas et que le son ne se fragmente pas. Le son grossier est ôté par vannage et peut servir à fabriquer de la bière. La paille est couramment pâturée par le bétail. En Afrique de l’Est, le grain destiné à la brasserie est généralement mis à tremper dans l’eau et laissé à germer pendant 2–3 jours ; après quoi on broie les graines germées, on les mélange à du maïs frit fermenté, du sorgho ou de la farine d’éleusine, et on les met à fermenter dans l’eau à nouveau pendant 2–5 jours.

Ressources génétiques

Les principales collections de ressources génétiques d’éleusine sont détenues et évaluées par l’ICRISAT (à son Centre pour l’Asie, Patancheru, Inde), et partiellement dupliquées dans les centres de l’ICRISAT pour l’Afrique australe et orientale (à Bulawayo, Zimbabwe, et à Nairobi, Kenya) et au SADC (à Bulawayo, Zimbabwe). Ces collections de ressources génétiques comportent environ 2800 entrées provenant d’Afrique et près de 2100 originaires d’Asie. Les collections africaines les plus importantes proviennent d’Ouganda, du Zimbabwe, du Kenya, du Malawi et de Zambie, et la plupart des collections asiatiques viennent de l’Inde et du Népal. Une vaste collection (d’environ 2000 entrées, principalement du Kenya) est détenue à la National Genebank of Kenya, à Muguga. Une autre grande collection, qui compte 1300 entrées issues d’Ethiopie, est conservée par l’Institute of Biodiversity Conservation (IBC), précédemment connu sous le nom de Plant Genetic Resources Center of Ethiopia (PGRC/E), à Addis Abeba (Ethiopie). Les ressources génétiques provenant du reste de l’Afrique tropicale et de l’Asie tropicale restent à prospecter.

Sélection

Les sélectionneurs d’éleusine doivent identifier une résistance à la piriculariose et l’incorporer dans des cultivars dont le rendement soit acceptable. L’évaluation pour la résistance est en bonne voie. Des progrès sont également accomplis pour réduire la sensibilité à la verse et pour raccourcir le cycle de croissance, et aussi pour augmenter la tolérance au stress hydrique et les rendements obtenus avec les pratiques agricoles traditionnelles. Le castrage et la pollinisation manuels des fleurs d’éleusine sont des tâches laborieuses qui freinent la rapidité des progrès par recombinaison de caractères. Au Zimbabwe, une lignée mâle stérile a été créée. La liste des cultivars améliorés commercialisés en Afrique comporte ‘Tadesse’, ‘Padet’ et ‘Boneya’ en Ethiopie, ‘P-283’, ‘P-224’, ‘P-221’ et ‘Serere-1’ au Kenya, ‘Engeny’, ‘Serere-1’, ‘Gulu-E’ et ‘ P-224’ en Ouganda, ‘Steadfast’ et ‘M-144’ en Zambie et ‘FMV-1’ et ‘FMV-2’ au Zimbabwe.

Chez l’éleusine tant cultivée que sauvage, le niveau de polymorphisme des marqueurs ADN est limité. Une carte génétique établie à partir des marqueurs de polymorphisme de longueur des fragments de restriction (RFLP) et de polymorphisme de longueur des fragments amplifiés (AFLP) est en cours de constitution, à l’aide de croisements entre l’éleusine cultivée et sauvage.

Perspectives

La superficie cultivée en éleusine varie d’année en année, à la fois en Afrique et en Asie. Toutefois, la tendance fait apparaître une stabilité ou une augmentation de l’éleusine dans la plupart des pays où elle constitue une céréale de base. Une contrainte de poids pour la production de l’éleusine est la quantité de main-d’œuvre qu’elle requiert, surtout pour le désherbage, la récolte et la mouture. Toutefois, son excellente tenue au stockage, ainsi que le fait qu’en Afrique on la préfère aux autres céréales pour la production de la bière locale garantissent à l’éleusine une place en agriculture.

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Sources de l'illustration

  • Jansen, P.C.M. & Ong, H.C., 1996. Eleusine coracana (L.) Gaertner cv. group Finger Millet. In: Grubben, G.J.H. & Partohardjono, S. (Editors). Plant Resources of South-East Asia No 10. Cereals. Backhuys Publishers, Leiden, Netherlands. pp. 90–95.

Auteur(s)

  • J.M.J. de Wet, Department of Crop Sciences, Urbana-Champaign, Turner Hall, 1102 South Goodwin Avenue, Urbana, IL 61801, United States

Citation correcte de cet article

de Wet, J.M.J., 2006. Eleusine coracana (L.) Gaertn. In: Brink, M. & Belay, G. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands. Consulté le 16 avril 2019.


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