Echinochloa stagnina (PROTA)

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Ressources végétales de l'Afrique tropicale
Introduction
Liste des espèces


Importance générale Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svg
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Fourrage Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svg
Fibre Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svg
Sécurité alimentaire Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg


Echinochloa stagnina (Retz.) P.Beauv.


Protologue: Ess. Agrostogr. : 53, 161, 171 (1812).
Famille: Poaceae (Gramineae)
Nombre de chromosomes: 2n = 18, 36, 54, 63, 72, 108, 126

Synonymes

  • Echinochloa scabra (Lam.) Roem. & Schult. (1817).

Noms vernaculaires

  • Bourgou, roseau sucré, roseau à miel du Niger (Fr).
  • Hippo grass, long-awned water grass, burgu grass (En).

Origine et répartition géographique

Echinochloa stagnina se rencontre dans toute l’Afrique tropicale ainsi qu’en Asie tropicale, où il a peut-être été introduit. Il est parfois naturalisé dans d’autres régions tropicales.

Usages

En Afrique tropicale, les grains d’Echinochloa stagnina sont traditionnellement collectés comme céréale, en particulier en période de disette. Echinochloa stagnina est semé comme céréale en Inde. Les tiges et les rhizomes sucrés ont été utilisés dans la production de boissons alcoolisées ou non alcoolisées et le sont encore dans l’extraction du sucre pour la confiserie et la fabrication de liqueurs. Les enfants sucent les tiges pour en extraire le sucre. Les savanes herbeuses à Echinochloa stagnina (“bourgoutières”) constituent d’importants pâturages de saison sèche pour les troupeaux d’éleveurs d’Afrique de l’Ouest. Au Tchad, on sème Echinochloa stagnina pour améliorer les pâturages, et en Egypte on le sème aussi comme herbe fourragère. On peut en faire du foin. Les tiges servent à recouvrir les toits et à fabriquer des nattes, les feuilles à calfater les bateaux. La cendre des feuilles brûlées a été utilisée dans la fabrication de savon et en tant que mordant dans la teinture à l’indigo.

Propriétés

Des plantes d’Echinochloa stagnina à mi-floraison au Niger contiennent : protéines brutes 11,3%, fibres brutes 32,5%, lipides bruts 2,2%, extraits sans azote 44,2%, Ca 0,31%, Mg 0,31% et P 0,25%. La moelle des chaumes contient 10% de saccharose et 7–8% de sucres réducteurs. Grâce à sa teneur en sucres élevée, Echinochloa stagnina passe pour une excellente herbe fourragère.

Description

  • Graminée aquatique vivace, atteignant 2,5 m de haut, voire plus (jusqu’à 10 m) si elle flotte, à gros rhizomes, souvent flottants ; tige (chaume) décombante, jusqu’à 2,5 cm de diamètre, souvent spongieuse, formant des racines et des ramifications sur les nœuds inférieurs.
  • Feuilles alternes, simples et entières ; gaine de 15–25 cm de long, glabre ou rarement poilue, lâche à la base de la plante ; ligule formée d’une ligne de poils, souvent absente sur les feuilles supérieures ; limbe linéaire, de 10–60 cm × 0,5–3 cm, ferme, à bord scabre et à pointe filiforme.
  • Inflorescence composée de grappes sur un axe central de 6–35 cm de long, érigée ou pendante ; grappes atteignant 15 cm de long, se chevauchant étroitement ou distantes, avec des épillets par paires.
  • Epillets étroitement ovales, de 3,5–6 mm × 1–2 mm, légèrement poilus mais à poils hérissés sur les nervures, à 2 fleurs avec la fleur inférieure mâle ou stérile et la fleur supérieure bisexuée ; glume inférieure d’environ la moitié de la longueur de l’épillet, brusquement acuminée à mucronée, glume supérieure aussi longue que l’épillet, sans arête ou avec une arête jusqu’à 4 mm de long ; lemme de la fleur inférieure avec une arête forte jusqu’à 25(–50) mm de long, lemme de la fleur supérieure de 3–5 mm de long ; étamines 3, anthères mauves ; ovaire supère, stigmates 2.
  • Fruit : caryopse (grain).

Autres données botaniques

Le genre Echinochloa comprend 30–40 espèces. Il s’agit d’un genre difficile d’un point de vue taxinomique, car les frontières entre les espèces sont rarement bien délimitées, les espèces étant elles-mêmes très variables. L’introgression entre espèces est courante. Echinochloa stagnina est extrêmement variable.

L’allongement de sa tige permet à Echinochloa stagnina de supporter une hausse du niveau de l’eau de 4 cm par jour, et il peut se rencontrer dans des trous d’eau atteignant 4 m de profondeur. Dans le delta central du fleuve Niger, la biomasse accumulée durant la saison des inondations peut atteindre 15–30(–40) t de matière sèche par ha. Les tiges piétinées par les animaux et recouvertes de terre forment des racines aux nœuds, ce qui représente pour Echinochloa stagnina un mode important de régénération naturelle. Echinochloa stagnina est autogame. Il a une photosynthèse en C4.

Ecologie

En Afrique tropicale, on trouve Echinochloa stagnina du niveau de la mer jusqu’à 2300 m d’altitude, en eaux peu profondes, dans les marécages et sur des sols argileux régulièrement inondés. Il forme souvent de gros tapis flottants, qui s’enracinent dans la boue. Echinochloa stagnina est souvent l’espèce dominante des pâturages naturels dans les plaines inondables du delta central du fleuve Niger et des rives du lac Tchad. Il peut constituer des peuplements massifs presque purs, ou être mélangés à Echinochloa colona (L.) Link, Echinochloa pyramidalis (Lam.) Hitchc. & Chase et Oryza longistaminata A.Chev. & Roehr.

Echinochloa stagnina est une adventice importante du riz en Afrique tropicale, dans le sous-continent Indien et en Thaïlande, obstruant parfois les cours d’eau.

Gestion

Echinochloa stagnina est multiplié par graines, boutures de tige ou division de plantes. Le poids de 1000 graines est d’environ 2,4 g. En conditions naturelles, les graines sont jetées dans l’eau. Lors d’essais, des graines entreposées sous l’eau dans l’obscurité à une température de 20°C n’ont montré aucune dormance et avaient un taux de germination de presque 100%, alors que d’autres conservées en conditions sèches avaient une période de dormance de 6–7 mois. On lève la dormance en retirant les glumes, ce qui a pour effet de réduire rapidement la viabilité. Les graines germent en l’espace d’une semaine après le semis. Lors de programmes de régénération au Mali, les semis ou les boutures enracinées sont repiqués au champ selon des densités de 10 000–16 000 plantes/ha.

Dans le delta central du fleuve Niger au Mali, les grains d’Echinochloa stagnina sont traditionnellement récoltés en bateau, en battant les inflorescences au-dessus d’un filet. Les grains s’égrenant facilement, ils sont récoltés assez précocement. Pour obtenir du sucre, les plantes récoltées sont traditionnellement mises à sécher au soleil, après quoi les feuilles sont retirées par brûlage. C’est à partir des tiges lavées et moulues que l’on extrait du sucre par filtrage à l’eau chaude. La matière végétative destinée au fourrage est coupée en bateau, puis consommée verte ou en foin. Le fourrage n’est pas seulement employé localement, mais il fait aussi l’objet d’un commerce important au marché de Tombouctou. Après la décrue, on laisse les animaux brouter ce qui reste jusqu’à la fin de la saison sèche.

Ressources génétiques

Il y a environ 100 ans, les “bourgoutières” du delta central du Niger étaient estimées à quelque 250 000 ha, mais depuis lors, une grande partie a été remplacée par des rizières. Vers 1970, elles n’étaient plus évaluées qu’à 8000–10 000 ha. Depuis 1970, cette réduction s’est encore accentuée en raison de la riziculture, de la diminution des précipitations, de la baisse des niveaux d’eau dans le fleuve, des récoltes excessives et du surpâturage, ce qui a entraîné un bouleversement du pastoralisme traditionnel. L’Institut international de recherche sur le bétail (ILRI), d’Addis Abeba, en Ethiopie, détient 9 entrées d’Echinochloa stagnina.

Perspectives

Echinochloa stagnina est une plante utile à usages multiples des zones semi-arides d’Afrique de l’Ouest, notamment dans le delta central du fleuve Niger. Tant son aire de répartition que son importance ont décliné à cause de plusieurs facteurs, et cette tendance sera difficilement réversible. Dans de nombreuses autres régions, Echinochloa stagnina est considéré comme une adventice, c’est pourquoi il ne semble pas opportun d’en assurer la promotion ailleurs. En outre, on manque d’informations sur les qualités nutritionnelles de son grain.

Références principales

  • Bonis Charancle, J.-M., 1994. Gestion des ressources naturelles: la régéneration des bourgoutières dans la boucle du Niger au Mali. Revue d’Elevage et de Médecine Vétérinaire des Pays Tropicaux 47(4): 425–434.
  • Burkill, H.M., 1994. The useful plants of West Tropical Africa. 2nd Edition. Volume 2, Families E–I. Royal Botanic Gardens, Kew, Richmond, United Kingdom. 636 pp.
  • François, J., Rivas, A. & Compère, R., 1989. Le pâturage semi-aquatique à Echinochloa stagnina (Retz.) P.Beauv. Etude approfondie de la plante ‘bourgou’ et des bourgoutières situées en zone lacustre du Mali. Bulletin des Recherches Agronomiques de Gembloux 24(2): 145–189.
  • Harlan, J.R., 1989. Wild grass seed harvesting in the Sahara and sub Sahara of Africa. In: Harris, D.R. & Hillman, G.C. (Editors). Foraging and farming: the evolution of plant exploitation. Unwin Hyman, London, United Kingdom. pp. 79–98.
  • Phillips, S., 1995. Poaceae (Gramineae). In: Hedberg, I. & Edwards, S. (Editors). Flora of Ethiopia and Eritrea. Volume 7. Poaceae (Gramineae). The National Herbarium, Addis Ababa University, Addis Ababa, Ethiopia and Department of Systematic Botany, Uppsala University, Uppsala, Sweden. 420 pp.

Autres références

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  • Clayton, W.D., 1989. Gramineae (Paniceae, Isachneae and Arundinelleae). In: Launert, E. & Pope, G.V. (Editors). Flora Zambesiaca. Volume 10, part 3. Flora Zambesiaca Managing Committee, London, United Kingdom. 231 pp.
  • François, J., Rivas, A., Hellemans, P. & Compere, R., 1991. Régéneration des bourgoutières en zone lacustre du Mali par semis en décrue, technique basée sur des études agrométéorologiques et écophysiologiques. Bulletin des Recherches Agronomiques de Gembloux 26(1): 169–181.
  • Gibbs Russell, G.E., Watson, L., Koekemoer, M., Smook, L., Barker, N.P., Anderson, H.M. & Dallwitz, M.J., 1990. Grasses of Southern Africa: an identification manual with keys, descriptions, distributions, classification and automated identification and information retrieval from computerized data. Memoirs of the Botanical Survey of South Africa No 58. National Botanic Gardens / Botanical Research Institute, Pretoria, South Africa. 437 pp.
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  • McKenzie, P.M., Michael, P.W., Urbatsch, L.E., Noble, R.E. & Proctor, G.R., 1993. First record of Echinochloa stagnina (Poaceae) for Puerto Rico and key to the Echinochloa in the West Indies. SIDA 15(3): 527–532.
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  • Yabuno, T., 1983. Biology of Echinochloa species. In: Proceedings of the Conference on Weed Control in Rice, 31 August – 4 September 1981. IRRI, Los Baños, Philippines. pp. 307–318.

Auteur(s)

  • M. Brink, PROTA Network Office Europe, Wageningen University, P.O. Box 341, 6700 AH Wageningen, Netherlands

Citation correcte de cet article

Brink, M., 2006. Echinochloa stagnina (Retz.) P.Beauv. In: Brink, M. & Belay, G. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands. Consulté le 14 avril 2019.


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