Crambé (Vilmorin-Andrieux, 1904)

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Courge coloquinte
Vilmorin-Andrieux, Les plantes potagères, 1904
Cresson alénois

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CRAMBÉ MARITIME
Crambe maritima L. — Fam. des Crucifères.
SYNONYME : Chou marin.
NOMS ÉTR.
ANGL. Sea-kale. — ALL. Meer- oder See-Kohl. — FLAM. et HOLL. Zeekool, Meerkool. — DAN. Strandkaal. — SUÉD. Strandkål. — ESP. Soldanela maritima, Crambe, Col marina. — RUSSE Kapousta morskaïa. — POL. Kapusta morska.

Indigène. — Vivace. — Plante à feuilles amples, épaisses, frangées, souvent contournées et découpées sur les bords en segments arrondis, d'une couleur vert glauque toute particulière et à peu près identique sur les deux faces de la feuille ; tiges fortes, ramifiées, hautes de 0m50 à 0m60, portant un nombre de fleurs blanches, larges, et faisant place à des silicules à peu près sphériques d'un peu moins d'un centimètre de diamètre, blanches, assez dures, ne s'ouvrant pas à la maturité, et ne renfermant qu'une seule graine chacune. La graine non décortiquée pèse 210 grammes par litre, et un gramme en contient de 15 à 18 ; sa faculté germinative baisse rapidement après la première année.

Le Crambé ou Chou marin, qui se rencontre à l'état sauvage sur une grande partie des côtes de l'Europe occidentale, est fort peu usité comme légume en France, tandis qu'il est depuis de longues années l'objet d'une culture importante en Angleterre. Ce sont les feuilles, ou plutôt les pétioles qui sont employés comme légume ; on a soin, pour cela, de les faire blanchir en les privant de lumière, et l'on obtient de la sorte des pousses tendres d'un goût agréable et fin, tandis que ces mêmes pousses seraient d'une âcreté insupportable si on les laissait se colorer sous l'influence de la lumière.

Les Anglais possèdent plusieurs variétés horticoles du Crambé, celle que l'on désigne sous le nom de Feltham white semble être la plus perfectionnée ; elle se distingue du type décrit plus haut, qui est le seul connu en France, par ses feuilles plus développées, amples, très plissées sur les bords, à côtes larges et bien blanches, même sans le secours du blanchissement artificiel.

CULTURE. — Le Crambé est une plante vivace qui peut se multiplier par divisions ou par boutures de racines aussi bien que par semis. Pour employer la première méthode, on divise, à la fin de l'hiver et avant le réveil de la végétation, c'est-à-dire au mois de Février ou au commencement de Mars, les diverses ramifications des vieilles touffes de Crambé en tronçons d'une dizaine de centimètres, que l'on plante immédiatement en place, dans une bonne terre bien amendée et profondément labourée. Comme les plantes prennent un assez grand développement, il est bon de les espacer de 0m60 à 0m80 en tous sens. Dès la première année, les jeunes crambés prennent une certaine force et peuvent à la rigueur donner une récolte au printemps suivant. Il vaut mieux toutefois ne commencer à couper qu'à la seconde année.


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La multiplication du Crambé par semis peut se faire, soit en place, soit en pépinière. Dans tous les cas, on sème la graine de Mars en Juin, sans la dépouiller de son enveloppe. Dès que les jeunes plants ont quatre ou cinq feuilles, on les met en place, à la même distance que les boutures dont nous avons parlé plus haut. Le semis en place se fait en poquets placés, eux aussi, à la même distance les uns des autres. Ces poquets ou fossettes doivent être bien terreautés et tenus bien propres ; les arrosements doivent être fréquents jusqu'au développement complet des plants. Quand ils sont assez forts, et que les attaques du tiquet ne sont plus à craindre, on arrache les plants, à l'exception du plus fort, qu'on laisse seul en place ; pendant la fin de l'année du semis et pendant toute l'année suivante, les mêmes soins d'entretien doivent être donnés aux jeunes semis et aux plantations de boutures. Ce n'est qu'au troisième printemps que l'on peut commencer à cueillir sur les jeunes plantes, et elles peuvent ensuite rester en pleine production pendant huit ou dix ans.

Pour blanchir le Crambé, on couvre chacune des têtes de la plante d'un pot de jardin bien fermé, pour ne pas laisser pénétrer la lumière, et on le recouvre en outre plus ou moins complètement de terre ou de feuilles sèches.

Si l'on veut forcer les plantes, on se sert de fumier, dont on entoure et recouvre le pot ; au bout de quelques semaines, les pousses sont suffisamment développées pour être cueillies. On ne doit pas craindre, en les détachant, d'en couper la base à une certaine distance au-dessous de la partie blanche, car les souches tendent toujours à sortir de terre, Le Crambé peut encore se forcer en serre, en bâche ou dans tout autre endroit où l'on dispose de chaleur artificielle. On arrache pour cela les pieds entiers, et on les replante près à près dans du sable frais. Les pousses doivent, comme en plein air, être soustraites à l'action de la lumière, soit par un abri artificiel, soit par une épaisseur de sable assez grande. Il faut, tous les ans, avoir la précaution de les recouvrir de terre, pour empêcher qu'elles ne se déchaussent.

Pour conserver la vigueur des plantes, il est nécessaire de ne pas couper toutes les pousses d'un même pied ; il faut, par contre, veiller à ce que ces pousses qu'on a ménagées ne fleurissent pas, ce qui épuiserait inutilement la plante. Il est bon, à l'automne, de donner à la plantation quelques soins, qui consistent dans l'enlèvement des feuilles mortes, la suppression des pousses faibles et surabondantes et dans l'épandage de terre légère ou de terreau sur les portions qui tendraient à se déchausser. Comme le Crambé est une plante maritime, un peu de sel commun, employé comme amendement, ne peut qu'en favoriser la végétation.

Usage. — Les pétioles blanchis se mangent cuits à peu près à la manière des Asperges ou des côtes de Cardon. Bien préparés, ils conservent toute leur fermeté, et leur saveur rappelle celle des plus fins Choux-fleurs.


CRAMBE TATARICA (?). — Sous le nom d’Ovidius, M. Bichot a introduit en France, tout récemment, un légume qui semble se rattacher botaniquement au C. tatarica et qui, cultivé comme le C. maritima, donne des pousses comestibles.

Cette plante est encore peu répandue dans les cultures, et il serait téméraire d'affirmer qu'elle y tiendra jamais une place importante.