Considérations sur les froments (Maison rustique 1, 1842)

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Maison rustique du XIXe siècle (1836-42)
Seigle


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Quelques considérations additionnelles sur les espèces et les variétés de froment.

Blés rouges et blés blancs. On a vu pins haut que, parmi les variétés du froment ordinaire {Iriticum sativum), il s'en trouve à grain blanc et à grain l'ouge ou rougeâtre : les premiers, désignés sous le nom de blés blancs, sont regardés comme les meilleurs de tous les fromens; on a, depuis quelques années, mis beaucoup d'intérêt à les introduire dans le centre de la France, et presque partout les cul tivateursen ont été extrêmement satisfaits; mais, dans beaucoup de lieux, les meuniers el les boulangers les ont décriés, au point d'en faire quelquefois délaisser la culture. Le mémoire de M. Desvaux contient à ce sujet d^'S remarques importantes, dont nous croyons utile de reproduire ici la substance. Le défaut des fromens blancs est de donner une pâte trop courte et moins liée que celle des fromens rouges; cela tient à ce qu'ils contiennent une trop grande proportion de fécule ou d'amidon, au détriment de celle du gluten. Il suffirait dès-lors d'y ajouter, à la mouture, une petite portion de blé dur ou glacé, dans lequel le gluten surabonde, pour en obtenir une pâte parfaite. Ce mélange, selon M. Desvaux, pourrait, au besoin, être suppléé par l'addition à la farine de blé blanc d'une petite quantité de gélatine animale.

Blés durs et blés tendres. Selon M. Desvaux, les fromens durs ne donnent que 70 parties de pain sur 100 parties de farine brute, tandis que les fromens tendres, et les blancs spécialement, en donnent 90. Ce serait une grande raison pour préférer les derniers; toutefois les blés durs ont aussi leurs avantages ; le pain fait avec leur farine, quoique moins blanc, est plus savoureux, sèche et durcit moins promptement, et parait être plus nutritif. Si ce dernier point couvait être apprécié rigoureusement en chiffres, cela établiraitpeut-êlre la compensation. Nous ajouterons que les blés durs sont d'une conservation meilleure et plus facile que les blés tendres ; enfin, on sait qu'ils sont les plus propres à la confection du vermicel et des autres pâtes analogues. — Les circonstances qui tendent à donner au grain du Iroment l'une ou l'autre de ces qualités sont imparfaitement connues. On sait qu'en général, les climats chauds, tels que celui de l'AiVique, donnent des blés durs, tandis que, dans le Nord, ce sont les blés tendres (lui domincnl;mais cette règle présente bien des exceptions : ainsi, nous avons vu la touselle devenir beaucoup plus glacée aux environs de Paris qu'elle ne l'est en Provence; quelquefois dans le blé de Pologne, froment dur par excellence, et dont la substance est presque vitieuse, on trouve desgrains complèlemtnt tendres et farineux ; d'autres espèces, et notamnieul le trimenia barbu de Sicile, présenlont assez fréquemment des grains dont une moitié est tendre et l'autre cornée. Les causes de ces variations, qui ne sont pas sans importance pour les cultivateurs, mériteraient d'être recherchées.

Blés d'hiver ou d'automne et blés de printemps. Linné avait fait de ces deux sortes de

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blés deux espèces botaniques : ses successeurs ne les ont pas admises, et, comme botanistes, ils ont eu raison. Mais les agronomes, beaucoup d'entre eux du moins, ont eu tort d'abonder tellement dans ce sens qu'ils aient presque regardé comme une hérésie de faire mention de blés de mars et de blés d'automne comme de choses distinctes. Bien que ce ne soient, à la vérité, que des qualités acquises,

au'une habitude de tempérament résultant 'une longue succession de semis dans une saison donnée, il est certain, cependant, que cette qualité est fort importante à considérer pour le cultivateur. Plusieurs écrivains ont avancé que l'on pouvait faire à volonté, en 3 ou 4 ans, un blé de mars d'un blé d'automne, et réciproquement. Cette assertion nous paraittrès-hasardée; il est peu probableque fou puisse faire ou défaire en 3 ou 4 ans ce qui, dans nos espèces acquises, est le résultat de la continuité d'une même influence pendantdes siècles. D'un autre côté, le peu de faits que nous connaissons est, en général, contraire à cette opinion. Nous pensons, enfin, qu'elle peut être récusée par cela seul qu'elle est généralisée.; il est possible, en effet, qu'à l'épreuve, cette proposition se trouvâtvérifiée pour une variété de froment, et qu'elle fût démentie pour dix autres. Les agriculteurs doivent donc se garder de ces raisonnemens théoriques qui tendent à leur persuader que du blé d'automne et du blé de mars sont à trèspeu près la même chose; s'ils ont à semer du froment au printemps, qu'ils prennent un vrai blé de mars, et qu'ils choisissent plus soigneusement encore un vrai blé d'hiver, s'ils sèment en automne. Mais tout en nous faisant ici les avocats de la rouf/we contre la fausse science, nous sommes très-loin de rejeter des essais et des tentatives ayant pour but d'éclairer ces questions et d'augmenter l'utilité des variétés. Voici même un sujet de recherches que nous proposerons. Rien ne serait, selon nous, plus important que d'arriver à trouver un froment qui pût servn-également pour les deux saisons, qui fût à la fois trèsrustique comme blé d'hiver, et assez hàtif pour que, semé en mars et même en avril, il parvint constamment, et dans le temps ordinaire des moissons, à sa maturité complète. On conçoit l'avantage qu'offrirait un pareil blé pour réparer les désastres d'un hiver rigoureux, ou les destructions locales causées par les inondations, par les mulots, les insectes, etc. En pareils cas, on a vu les fermiers manquer de blés de mars pour les réensemencemens, et être obligés de remplacer par de l'orge et de l'avoine leurs fromens détruits. Ici, les blés d'automne offriraiejit une ressource immédiate. Ce problème est probablement très-difficile à résoudre, attendu qu'il ne suffirait pas de la double condition énoncée plus haut, mais qu'il faudrait encore que ce fût im blé productif et de bonne qualité. Malgré la difficulté, nous ne croyons pas la chose impossible : la nature est si libérale en variétés et en combinaisons de qualités ! Nous proposons cette tâche à des agiiculteurs à la fois jeunes, éclairés et persévérans; il s'en élève heureusement aujourd'hui de tels en France. Un de leurs d';vau«ùers dans la carrière, ua des meilleurs

cultivateurs que nous possédions, M. Bourgeois, de Rambouillet, l'a déjà essayé sur le blé lammas sans un succès décisif; semé en mars, le grain n'était pas toujours assez nourri ou assez complètement mûr pour faire un bon blé marchand, et cette condition est de rigueur : à défaut du lammas, un autre froment d'automue la réalisera peut-être. Nous avonsindiquépar des marquesft, dans l'en umération qui précède, quelques vaiiétés réputées ou soupçonnées être des deux saisons; on pourrait commencer par celles-là sans renoncer à en essayer d'autres. Enfin, on a la ressource des variations naturelles et spontanées : en s'attachant à rechercher dans un bon froment d'automne, sur pied, des épis qui, sans altération accidentelle, fussent d'une maturité beaucoup plus précoce que le reste du champ, on parviendrait peut-être, ainsi, à créer ou trouver une variété qui satisfit aux conditions énoncées. C'est une œuvre de patience que nous proposons ; mais on a bien vu des hommesemployer leur vie à étudier et créer des variétés de jacinthe ou de tulipes ; pourquoi n'eu verrait-on pas qui destineraient quelques semaines paranuéeàéludierelcréer des variétés de froment.

Choix du terrain

§ II. — Choix du terrain

Les sols qui ont été désignés dans la seconde section du chapitre II de ce livre, sous le nom général dCargilo-sableux, sont ceux qui oonviennent le mieux au froment ; mais ils ne sont pas les seuls dans lesquels cette précieuse gi'aminée puisse donner de bons produits. Chaque jour, grâce à l'emploi plus abondant et mieux raisonné des engrais et des amendemeus, on s'aperçoit qu'il est possible d'étendre profitablement sa culture a des terrains qui n'en avaient point encore porté, — On doit regarder son apparition sur beaucoup de points de la France comme une preuve évidente des progrès agricoles.

Avec une préparation convenable, les terres fortes peuvent donner de beaux fromens. Toutefois les terres franches leur sont préférables, non seulement parce qu'il est plus facile de les travailler, mais encore parce qu'elles réunissent au plus haut degré les pi'opriétés physiques les plus favorables, c est-à-dire une consistance moyenne et une aptitude convenable à retenir l'humidité pluviale, tout en se pénétrant suffisamment de la chaleur solaire.

Le sol, les engrais et les amendemens apportent une grande différence, non seulement dans la quantité des produits du froment, mais dans les proportions relatives de ces produits, pailles et grains, et même dans celles des parties constituantes du grain, considéré chimiquement. — Si le choix des fumiers peut ajouter, aussi sensiblement qu'on l'a répété, à la quantité de gluten, il est certain que la nature du terrain influe beaucoup sur celle de la farine et du son. — Un champ humide produit des grains à écorce épaisse ; — un champ plus accessible à la chaleur donne une paille sensiblement moins longue, mais des grains mieux nourris en farine et par Conséquent de plus de valeur, puisque le volume du son est toujours on raison inverse du poids total

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De la préparation du sol

§ m. — De la préparation du sol.

Une des circonstances les plus nécessaires à la réussite du froment, c'est tjue le sol soit net de mauvaises herbes et suffisamment ameubli, au moins à quelques pouces de sa surface; car, après un labour profond, il n'est pas nécessaire de donner au soc une grande entrure avant d'exécuter les semailles.

Nous venons de dire, après un labour profond, et, en effet, ce serait se faire une fausse idée de la croissance du fromeiit, de croire que, parce que ses racines se contentent, à la rigueur, de 5 à 6 pouces, elles ne sont pas susceptibles de s'élendre davantage. Il est de fait que leur longueur est proportionnée à l'épaisseur de la couche arable, et il est hors de doute que leur développement plus ou moins grand influe sur celui de la tige. Toutefois, pour que ce développement ait lieu même au-delà des limites ordinaires, il n'est pas indispensable que le sol ait été tout nouvellement remué à une grande profondeur. — On a même cru remarquer que cette céréale s'accommode mieux, après l'émission de ses premières racines, d'un fond de consistance moyenne, que de celui qui aurait été ameubli à l'excès, et que, généralement, elle craint moins les effets du déchaussement dans le premier que dans le second cas.

A la surface du sol, il faut aussi, par un autre motif, éviter plutôt que chercher à atteindre une pulvérisation complète. Les petites mottes que les cultivateurs aim«nt à voir sur leurs guérets après les semailles, ont l'avantage de retenir la neige, et, en se fendant plus tard à la suite des gelées, elles procurent aux jeunes plantes un utile rechaussement.

De tout cela il ne faut pas conclure que le froment se plaise sur des terrains peu ou mal labourés. La première observation doit engager seulement à ne pas doimer trop de profondeur aux derniers labours, la seconde à modérer l'énergie des hersages ; et il n'en reste pas moins démontré que plus la terre a été ouverte aux gaz aériens, mieux elle est propre à la végétation du froment. — Le système de Tull, qu'avait en quelque sorte adopté Duhamel; celui que le majox Beatson a cherché tout récemment à faire prévaloir, et dont on ne peut nier quelques-uns du moins des résultats, viennent à l'appui de celte vérité. — Il est évident que les petites mottes dont il a été parlé ne font qu'ajouter aux bons effets des lanours, puisqu'elles multiplient les points de contact du sol avec l'atmosphère. C'est en grande partie pour se donner le temps de préparer convenablement les champs aux semailles d'automne, qu'on a si longtemps suivi sur une grande partie de la France, et qu'on suit malheureusement encore dans !,eaucoup de lieux, la coutume de jachères biennales ou triennales, et que, même d'après les méthodes de culture les plus perfectionnées, on a fréquemment recours à des jachères partielles. C'est par suite du même principe que les fromens succèdent généralenicnt avec avantage aux cultures fumées qui ont exigé de frcqueus

binages ou des butages. Dans tontes ces circonstances, le but principal est atteint : la terre est nettoyée, suffisamment ameublie, riche sans excès, pénétrée des gaz atmosphériques. La coïncidence de ces deux dernières conditions, comme on a pu déjà le pressentir, semble acquérir une importance toute particulière relativement au froment, lorsqu'on songe que c'est une des plantes qui réussissent le moins bien sur les terres qui n'ont point été encore ou qui n'ont pas été depuis longtemps sillonnées par la charrue. Personne n'ignore, en effet, qu'après un défoncement sur une défriche quelconque,ou sur une vieille luzerne retournée, etc, le fronient donne, comparativement à toutes les racines, et même à l'avoine, à l'orge et au seigle, de fort chétifs produits. Cependant, il fautsehâler d'ajouterque le trèfle, comme culture étouffante (voy. l'art. Assolement), lorsqu'il n'occupe le sol que peu de temps, et par cela même sans doute qii'il ne l'occupe que peu de temps, est une excellente prépara lion pour le froment. Cette exception, si oa peut la considérer comme telle, estdésormais bien connue.

Il serait impossible d'indiquer d'une manière précise le nombre de labours qu'il convient de donner pour préparer un champ aux semailles de blé, sans répéter en partie ce qui a été dit dans le chapitre V de ce livre, et dans la 3^ section du chapitre II, puisque ce nombre doit, de toute nécessité, varier en raison de la nature et de l'état du sol. — Sur une jachère, 3 ou 4 façons sont parfois insuffisantes ; — sur un trèfle rompu, — après une culture de vesceou de sarrasin,— après une récolte de féveroUes binées, etc., etc.,— un seul labour peut, au contraire, assez souvent suffire.

Les cultures intercalaires, considérées comme préparation au semis du froment, doivent donc être prises en grande considération. On a cherché à établir, sur ce point, des règles générales à l'article Assolement; nous croyons devoir en rappeler ici les conséquences pratiques : Dans les terres fortes, les fèves pour les blés d'automne, les choux pour ceux de printemps, lorsque leur réussite a été assurée par de riches engrais, sont généralement suivis d'une belle moisson. Si nous ne consultions que notre propre expérience, nous en dirions autant de la betterave, et il serait facile de trouver ailleurs bon nombre d'écrits et d'exemples à l'appui de notre opinion; mais, comme nous n'i^^uorons pas que les avis des cultivateurs sont encore partagés sur ce point, nous laissons à l'avenir le soin de prononcer en dernier ressort, bien convaincus, pour notre part, que sa décision sera favorable. — M. Mathieu i>E Dombasle a reconnu, conformément à la pratique allemande, que le colza ou la navette pré:;ède ordinairement une belle récolte de blé; nous avons pu fréquemment constater le même résultat sur divers points de la France, et, plus particulièrement, chez un habile cultivateur de l'Ouest, M. B. Cesbuon, qui ne craint pas, dans ses assoleraens, ordinairement très-truclueux. de faire venir régulièrement le froment après le colza. — Dans les terres franches, moins

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tenaces que les précédentes, le trèfle est, ainsi que nous l'avons déjà dit, une des meilleures cultures préparatoires. Enfin, dans les sols cncoi-e plus légers, la lupuline peut, jusqu'il un certain point, le remplacer pour cette destination. Quant aux pommes-deterre, l'opinion la plus répandue parmi les cultivateurs praticiens leur assigne une autre place; et, quoique nous soyons fondés à dire qu'avec d'abondans engrais elles n'épuisent pas assez le sol et ne l'effritent pas tellement qu'on ne puisse obtenir après elles de beaux fromens, toujours est-il qu'à moins d'expériences répétées avec succès pour chaque localité particulièi'e, nous ne voudrions pas recommander d'une manière générale de faire suivre immédiatement leur récolte d'une culture de froment, ou tout au moins de froment d'automne.

Les amendemens calcaires conviennent particulièrement à la culture du froment, dans tous les cas où Ton peut les employer conformément aux principes qui ont été développés ailleurs. — Dans les départemens où l'on fait un usage convenable de la chaux, on a remarqué que la qualité des blés s'est progressivement améliorée; non que les pailles y acquièi'ent des dimensions plus qu'ordinaires, mais parce que les épis y sont plus pleins et mieux nourris ; parce que la terre, disent les laboureurs, devient plus grainante. Ce fait, d'une grande importance, et sur lequel l'attention du cultivateur n'a pas été peut-être jusqu'ici assez attirée, si on s'en rapporte aux analyses répétées de Saussure, ne peut être dû à l'assimilation du carbonate de chaux dans l'acte de la nutrition ; car la petite proportion de ce sel qu'on retire par l'incinération des chaumes disparaît dans les épis pour faire place à une quantité presque toujours assez considérable de phosphate de chaux. Mais, soit que ces phosphates apparaissent dans le sol en même temps que les carbonates, à mesure que la chaux change d'état, soit que cet oxide forme avec les engrais, conformément à l'opinion de Chaptal, de nouvelles combinaisons mieux appropriées aux besoins de la plante, toujours est-il que si l'explication est incomplète ou douteuse, les effets sont avérés. Il y a quelques années, diverses personnes employèrent des résidus d'os, dont on avait extrait en grande partie la gélatine; le journal de la Société industrielle d'Angers constata les résultats avantageux de ces essais sur les fromens. L'un de nous fil aussi des expériences quilui donnèrentà penser que le phosphate de chaux, malgré son apparente insolubilité, pourrait bien être un utile stimulant de la végétation des blés. Toutefois, comme ces os contenaient encore visiblement de l'engrais, la question dut rester indécise.— Il est fort à désirer que de nouvelles tentatives viennent jeter quelque jour sur la théorie si curieuse et encore si peu avancée des slimulans. — Qu'on ne perde pas de vue les effets prodigieux du plâtre sur les légumineuses.

Presque partout on emploie exclusivement les engrais de litière produits dans la ferme même, mais il y a deux manières de les appliquer : En se conformant aux anciens usages, on fume directement pour le froment; et

quoique cette méthode ait l'inconvénient de porter souvent dans le sol les germes de mauvaises herbes, ou de faire partiellement verser les récoltes, lorsqu'on ne peut disposer que d'une faible quantité de fumiers, elle est encore la meilleure, surtout si ces fumiers sont déjà en partie consommés lorsqu'on les répand. — D'après le nouveau système de culture, au contraire, la masse des engrais disponibles étantbeaucoup plus cotisidérable,et l'usage de les répandre moins consommés commençant à prévaloir, on fume abondamment les plantes sarclées qui ouvrent la rotation, et l'on obtient parfois ensuite, sans addition de fumier, j usqu'à deux céréales séparées par un trèfle, l'une la seconde, l'autre la 4° année. Une trop grande fertilité du sol est peu favorable à la production immédiate du Iroment, parce qu'en donnant lieu à une végétation luxuriante des chaumes, elle les conduit à l'étiolement, et que, si elle ajoute à la longueur de la paille, ce ne peut être qu'au détriment de la qualité du grain. Aussi peuton dire sans paradoxe que les meilleures récoltes de blé ne se font pas toujours dans les champs les plus féconds.

Assez souvent, au lieu de les répandre immédiatement sur le terrain, o« transforme les engrais en composts, en les mêlant à une certaine auantilé de terre et de chaux. Cette méthoae est fort bonne en pratique. Un de ses principaux avantages est de faciliter plus que toute autre l'égale répartition de la matière fécondante à la surface, et par suite dans la masse du sol. — Les cendres lessivées, celles de tourbe, etc., etc., ajoutent à la masse et à l'énergie de semblables mélanges, dont on a fait connaître ailleurs la composition, les proportions et le mode d'^emploi.

Quant aux engrais pulvérulens, on les emploie, par supplémentaux autres, plutôt pour des cultures mtercalaires, telles que celles des choux, des colzas, des navets, des betteraves, etc., que pour le froment. Cependant, lorsqu'on veut éloigner dans une terre peu féconde le retour d'une fumure complète, on peut les utiliser fort bien pour préparer une récolte céréale. Selon qu'ils sont de nature à se décomposer ou moms ou plus vite, on les répand pour cela sur le trèfle avant sa dernière coupe, ou sur le froment même avant le hersage qu'on est, en certains lieux, dans l'usage de lui donner au printemps.

Pour les terres meubles naturellement sujettes à se soulever par l'effet des gelées, le parcage peut donner encore un engrais d'autant meilleur que le fumier de mouton augmente, dit-on, la quantité de gluten du grain. et que le piétinement du troupeau produit un plombage nécessaire. L'un de nous (M. Vilmorin) s'est toujours on ne peut mieux trouvé de faire parquer sur ses blés semés sous raie, dans les sols crétacés du Câlinais, immédiatement après les semailles.

Choix des semences

§ IV. — Choix des semences.

Notre vénérable confrère, M. Tessier, a soutenu par d'excellens raisonnemens et démontré par des faits positifs, que le renouvellement des semences ne peut être considéré


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comme une chose généralement nécessaire, ou même utile à la belle qualité des blés. Cependant, tandis que les habiles cultivateurs du pays de Caux et de plusieurs autres parties du royaume semblent attester, par une longue et invariable pratique, la solidité de cette opinion, d'autres cultivateurs non moins éclairés suivent une marche contraire, et demeurent convaincus, après des expériences répétées, des avantages qu'elle leur procure.

La première solution qui se présente à l'esprit, de Jaits aussi contradictoires, est tout naturellement que le froment, comme le lin, le chanvre et la plupart des plantes cultivées, se conserve plus longtemps exempt de toute dégénérescence, el dans un état de belle végétation, en certaines localités, que dans d'autres. Qu'un tel résultat soit exclusivement diï à la nature du sol ou à des causes moins facilement appréciables, il n'en est pas moins positif et bien reconnu comme tel par toutes les personnes qui se sont un peu occupées de physiologie végétale, dans ses rapports avec la culture. Sans sortir des limites étroites delà France, nos jardins, nos champs en offrent de fréquens et d'irrévocables exemples. D'un autre côté, les soins différens de culture peuvent i-nfluer beaucoup sur la qualité des produits. Toutes circonstances égales d'ailleurs, le fermier qui néglige les sarclages, les criblages, d'autant plus nécessaires pour lui que ses grains sont inévitablement plus salis de mauvaises graines, et qui ne chaule pas convenablement, ne peut espérer d'aussi belles récoltes que celui qui fait bien toutes ces opérations; de sorte que, tandis qu'* le premier se trouve fréquemment contraint de renouveler, le second peut n'avoir aucun intérêt à le faire; car il serait aussi déraisonnable pour lui de changer sa bonne semence pour une semence moins pure et moins nourrie, par cela seul qu'elle aurait été récollée hors de chez lui, qu'il devient indispensable au cultivateur négligent de chercher ailleurs ce qu'il n'a pas su se procurer sur son propre champ.

Selon nous, ce qu'il importe avant tout dans le choix des grains de semis, c'est qu'ils soient de bonne qualité, bien mûrs, et sans mélange de semences étrangères. La question du renouvellement nous semble seconcliiire toutes les fois que cette première con'iilion a été remplie. Elle devientau contraire fondamentale lorsqu'il en est autrement.

Les fromens nouveaux doivent être, autant que faire se peut, préférés pour semences. Il résulte cependant d'essais multipliés et précis, dus aussi à M. Tessier, qu'il n'est pas indispensable de semer toujours lejromcnt de la dernière récolte. Des blés récoltés en 1779, non seulement levèrent, mais donnèrent de fort bons produits en 1787, 1788 et 1789. D'autres semences de 2 et de 3 ans présentèrent des résultats encore plus satisfaisans. « On peut donc rega "der comme certain, ajoute notre vénérable confrère, que le froment bien mùr, et soigne convenablement, conserve longtemps sa vertu germinative, et qu'au moins celui des deux ou trois dernières récoltes peut servir comme celui delà plus récente, ce qu'o'i a peine à persuader aux cultivateurs. Comme il est un peu plus

longtemps à germer, à cause de sa sécheresse, il faut le semer un peu plus tôt. Ces remarques, appliquées à l'usage, offrent plusieurs avantages. Les ensemencemens en froment ancien sont utiles : 1° quand la dernière récolteesttropentachée de carie, dont le principe contagieux a moins d'activité dans les vieux fromens que dans les nouveaux ; 2" quand, la grêle ayant ravagé tous les champs d'un fermier, il ne lui reste pour l'essource que les grains de ses greniers; 3° dans les pays où la moisson retardée aj>proche de trop près du moment où l'on doit ensemencer les terres, par exemple, dans les cantons montagneux ; 4° enfin, quand les grains de la nouvelle récolle ont une qualité commerciale supérieure à celle de la précédente, circonstance où l'intérêt du cultivateur et celui du public exigent que, de préférence, on sème ceux de la précédente.» {Nouveau Cours complet d'agriculture théorique et pratique.)

A ces observations importantes, nous n'ajouterons qu'une seule remarque. C'est que, dans le cas où l'on se verrait forcé d'employer de vieux blés, il serait prudent de les essayer d'avance en petit, afin de s'assurer si un certain nombre de grains n'ont pas perdu leur propriété germinative, et de pouvoir, dans l'affirmative, proportionner la quantité de semence à celle des bons grains.

De la préparation de la semence

§ V. — De la préparation de la semence.

Après le criblage^ la seule préparation nécessaire, antérieurement aux semis, est le chaulage, opération fort importante, qui a pour but principal de détruire, à la surface des grains de blé, les poussières globuliformes qui servent à la reproduction de la carie et peut-être du charbon.

Le chaulage s'opère de plusieurs manières, et à l'aide de diverses substances. Dans quelques lieux, on emploie le sulfate de cuivre dissous et fort étendu d'eau. Dans d'autres, l'acide suli'urique affaibli, la potasse, etc., etc. Mais, de toutes les matières minérales, l'une des plus efficaces, des moins dangereuses à employer, des plus faciles et des moins dispendieuses à se procurer presque partout, est la chaux, qui a donné son nom à l'opération.

Le chaulage se Jait par aspersion et par immersion. D'après la première méthode, tantôt on répand la chaux concassée sur le grain, puis on verse dessus, en ayant la précaution de remuer sans cesse le mélange, autant d'eau qu'il est nécessaire pour l'étemdre et la transformer en bouillie; — ta^^ tôt on fait d'abord fuser la chaux à l'eau chaude, et on la répand ensuite sur le grain pour l'en imprégner entièrement à l'aide d'ime spatule.

Pour chauler par immersion, après avoir fait, comme précédemment, fuser la chaux

t'usqu'à ce qu'elle se délaie eu consistance de louillie fort claire, on y fait tremper le blé, on l'y remue à plusieurs reprises, de manière que chaque giaiu soit enveloppé et soumis sur tous ses points à l'action caustique, et on ne le retire que plusieurs heures après. — M. Tessieu pense que G boisseaux couiblos, ou 100 livres (50 kilogrammes) de chaux de

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bonne qualité suffisent au chaulnge de 8 seliers (12 hectolitres 1/2) de (Voineiit, et (|ue ces q^uanlitës exigent au moins 260 pintes (242 litres) d'eau.

La chaux bien employée est, à bon droit, considérée comme un des meilleurs préservatifs contre la carie; cependant il résulte des expériences de M.Mathieu de Dombasle qu'on peut ajouter encore à son énergie, par l'addition d'une petite quantité de sel marin. — Voici le résumé de ces expériences, faites sur des grains atteints également de carie, et infectés beaucoup plus qu'on ne les rencontre naturellement dans les circonstances les plus défavorables : —Mille grains, récoltés sur un terrain dont la semence avait été plongée pendant 2 heures dans une solution de 3 hectogrammes de sulfate de cuivre et de 1 kilog.5 hectog. de sel commun (hydrochlorate de soude) pour 50 litres d'eau, n'ont donné que 9 grains cariés. — Mille autres grains, provenant des mêmes semences plongées pendant le même temps dans ime solution de 6 nectogrammes de sulfate de cuivre pour 50 litres d'eau, n'en ont donné que 8.— Mille grains, provenant des mêmes semences plongées pendant 24 heures dans de l'eau dans laquelle on avait délayé 5 kilog. de chaux pour 50 litres d'eau, ont produit 21 grains cariés. — Enfin mille grains, provenant des mêmes semences plongées pendant 24 heures clans de l'eau dans laquelle on avait délayé 5 kilog. de chaux mêlée à 8 hectog. de sel commun pour 50 litres d'eau, n'en ont produit que 2. — Il est bon d'ajouter que, sur le terrain dont la semence n'avait reçu aucune préparation, de mille grains on en avait recueilH 486 cariés.

Il résulte de ces essais que le sulfatage, comme l'avaient indiqué toutes les expériences faites jusqu'à ce jour, est un moyen puissant pour détruire la carie; malheureusement, quoiqu'on ait exagéré ses dangers, l'emploi des sels de cuivre pourrait ne pas être sans inconvéniens en des mains inexpérimentées. — La chaux d'ailleurs est, comme on voit, d'un effet certain, et il est facile encore d'ajouter à l'action destructive qu'elle exerce sur le germe de la carie, par l'addition d'une quantité pécuniairement peu appréciable de sel marin. Nous croyons donc devoir recommander l'emploi de la chaux, de préférence à celui de toute autre substance.

On a souvent proposé, et on propose encore jourueliement, une foule d'autres recettes pour ajouter à l'énergie du chaulage, pour disposer les grains à une germination plus prompte, et les jeunes plantes à une végétation plus belle. J usqu'ici, à notre connaissance, aucune d'elles n'a survécu aux éloges des inventeurs, ou à une vogue passagère. Il est très-vrai qu'il existe des moyens de favoriser et d'activer le développement des germes, soit physiquement en mettant les graines dans des circonstances plus favorables, soit même chimiquement en rendant plus promplement soluble la substance amilacée des cotylédons ; mais il est au moins douteux que l'action d'un stimulant ou d'un engrais quelconque, appliqué aux semences, puisse s'étendre à toutes les phases de la végétation des plantes qui leur devront l'existence.

De la quantité de graines

§ VI. -- De la quantité de graines à employer pour les semis.

Cette quantité varie ou plutôt doit varier en raison de circonstances fort différentes. Dans les bons terrains, chaque pied tallanl beaucoup, il faut moins de semences que dans un terrain médiocre ; -par la même raison, il en faut moins aussi pour un semis d'automne, fait en temps opportun, que pour un semis de printemps; — moins dans un climat où les pluies printanières favorisent le développement des talles que dans celui où les sécheresses l'arrêtent de bonne heure, etc. RoziER s'était déjà élevé fortement coiitre les semis trop épais, lorsque celui de nos confrères dont le nom, déjà plusieurs fois cite dans cet article, se rattache depuis près d'uu siècle aux progrès de l'agriculture trançaise, M. Tessier, voulut consulter la pratique aussi sur ce point. Il fit donc en divers lieux des expériences qui le conduisirent à ces résultats : « Qu'en ne s'attachant qu'à celle dont la différence de la semence et du produit comparés est la moindre, on trouve qu'en ensemençant un arpent de 100 perches de 22 pieds ( 1/2 hectare), avec 180 livres de froment, au lieu de 225 qu'on est dans l'usage d'employer, on peut récolter 441 livres de froment de plus dans une terre de bonne qualité. » — Une autre expérience offre des résultats plus tranchés encore, puisqu'elle prouve qu'en ensemençant un arpent avec 100 livres au lieu de 2*25, on peut récolter 495 livres de plus; mais, quoique M. Tessier ajoute qu'elle a été faite en terrain médiocre, ii ne faut pas perdre de vue qu'en pareil cas il y aurait inconvénient réei à semer trop clair, car on doit avant tout désirer que le terrain soit couvert, non seulement afin d'obtenir plus de tiges et d'épis, mais aussi plus de paille, ce qui n'est pas un avantage à dédaigner.

On sème ordinairement à la volée, terme moyen^ 200 litres par hectare. — Pour les semis en lignes, à 9 pouces de distance, la proportion peut être du tiers, et même de moitié moindre.

De l'époque des semailles

§ VII. — De l'époque des semailles.

Il est tout aussi impossible de fixer d'une manière précise l'époque des semailles que la quantité absolue des semences qu'elles exigent pour un espace donné. La disposition des climats, les variations des saisons et la nature différente des terres, apportent nécessairement d'importantes modifications.

En France, on sème Les fromens dits d'automne depuis le mois de septembre jusqu'aux approches de janvier. Vers le centre, la meilleure époque parait être le milieu d'octobre.

Il résulte de longues observations, qu'en général les céréales d'automne semées tard produisent moins de paille et plus de grains que celles qu'on a semées de bonne heure. Il peut donc arriver que des semailles tardives donnent d'aussi bons et même de meilleursproduitsquedes semailles précoces. Mais, généralement, le contraire a lieu, et

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nous pensons qu'on ferait bien de semer toujours de bonne heure si on était prêt à le faire, circonstance assez rare, tantôt parce

3ue les sécheresses, en se prolongeant, reuent les labours impossibles, tantôt parce que des pluies accidentelles ne permettent pas d'entrer dans les cliamps. Les terres argileuses, surtout, présentent fréquemment l'un ou l'autre de ces empêchemens; aussi, laissant tout autre travail de côté, le semeur doit-il saisir avec empressement l'occasion favorable, celle où les mottes se trouvent dans un état moyen entre l'humidité et une dessication excessive, de sorte qu'elles puissent obéir convenablement à l'action de la herse ou du versoir.

Au printemps, les semailles précoces sont presque toujours fort avantageuses, parce que les blés ont le temps de développer un plus grand nombre de talles avant l'époque où les chaleurs les saisissent. Malheureusement, si la dureté du sol n'est pas à craindre dans cette saison, l'eau qu'il contient en surabondance est souvent un très-grave obstacle sur les terres à froment, non seulement parce qu'elle entrave le labour; qu'elle rend impossibles les semis sous raies; mais encore parce qu'elle contribue physiquement à empêcher ces sortes de terres de s'échauffer aussi promptement qu'il serait désirable. Un tel effet est d'autant plus marqué que l'argile domine davantage dans la couche labourable, et que celle-ci repose sur un sous-sol peu perméable

Des divers modes de semailles

§ VIII. - Des divers modes de semailles.

On en connaît trois principaux : les semailles à la volée, celles au semoir, enfin, celles au plantoir.

Les semailles à la volée se font sur raies, c'est-à-dire à la surface du champ, pour être recouvertes à la herse; ou sous raies, de manière à l'être par la charrue. Nous ne répéterons pas ce qui a été fort bien dit, sur ces deux moyens, par l'un de nos collaborateurs, dans le Yll chapitre de ce livre, auquel nous renvoyons le lecteur: pour les procédés généraux de sémination, ceux que l'on emploie pour recouvrir la semence et plomber le terrain ; — pour l'importance de la coopération d'un bon semeur; — relativement à la difficulté de donner, pour exécuter les semis à la volée, des indications suffisantes pour mettre au fait celui qui ne serait pas familiarisé par la pratique avec les précautions qu'exige celte opération; — pour le choix des instrumens ou ustensiles qu'emploie le semeur pour porter la graine qu'il répand, etc., etc.

Les avantages des semis sous raies sont de permettre de recouvrir davantage les semences dans un terrain léger; — de les répandre sur un fonds en que'que sorte plombé par suite de l'action de la charrue; — de les défendre plus efficacement contre les effets du déchaussement; mais, à côté de ces avantages, se trouve rinconvénient grave de la lenteur du travail, qui compense souvent et bien au-delà, la perti de semences que l'on reproche avec raison aux semailles sur raies, quelques soins que l'on donne au hersage. Lextirpateur offre un moyen expéditif d'enterrer, sinon précisément sousraies, au moins d'une manière analogue.

Les semis en lignes présentent d'incontestables avantages pour la culture de la plupart des récolles dites sarclées; mais, ainsi qu'on a pu le voir dans le chapitre déjà précédemment cité, ils n'ont pas jusqu'ici prévalu en France pour les céréales, ni même dans la plupart des provinces d'Angleterre, quoiqu'on les considère, dans beaucoup de parties de ce pays, «comme le meilleur moyen connu jusqu'ici de cultiver les grains, et aussi de conserver la fertilité du sol par la destruction des mauvaises herbes.» ( Sir J. Sinclair, Agriculture pratique et raisonnée.)

Les principaux argumens que font valoir les Anglais- en faveur de l'emploi du semoir, pour les céréales, sont, après l'économie des semences, la régularité du travail, \.\ facilité de régler la profondeur selon la nature des terrains, et de donnt;r les façons qui facilitent la végétation pendant les diverses phases de la croissance des plantes; — de pou^oir diminuer au besoin la quantité d'engrais, tout en augmentant leur efficacité, parce qu'on les met eu contact immédiat avec les racines. Ils considèrent de plus que les binages faits entre les lignes sont utiles, non seulement à la récolte principale, mais aussi au trèfle ou à toute autre prairie artificielle semée au printemps; — que les blés semés en lignes sont moins sujets à verser, parce que leurs chaumes acquièrent plus de force; — que les frais de moisson d'une récolle semée en lignes sont moins considérables que ceux d'une récolte semée à la volée, puisqu'il est reconnu que, dans le premier cas, trois moissonneurs font autant d'ouvrage que quatre dans le second ; — que les semis en lignes ont une croissance plus égale, et que leurs produits sont en général de meilleure qualité ; — enfin, que les semailles en ligue, par suite des binages qu'elles admettent, non seulement facilitent la destruction d'une partie des insectes nuisibles, mais concourent puissamment au succès des assolemens dans lesquels les céréales reviennent fréquemment, parce qu'elles empêchent l'envahissement progressif des mauvaises herbes.

A ces diverses raisons, dont plusieurs ne sont ni sans fondement, ni sans importance, nos praticiens ol^jectent le prix élevé des semoirs, qui ne permet pas de les introduire dans les petites exploitations; — l'irrégularité du travail de la plupart d'entre eux sur les sois pierreux ou en pente; —le surcroit de main-d'œuvre, qui ne leur parait pas suffisamment compensé par la différence des récoltes; — les relards indispensables qu'entraîne l'emploi de ces sortes de machines, et qui sont incompatibles avec la célérité qu'exigent les semailles d'automne, et surtout celles de printemps, dans les saisons pluvieuses; — enfin, loin d'admettre que les semis en lignes aient une croissance plus régulière, ils ont reconnu qu'elle est parfois tellement inégale, par suite des développemens progressifs des talles latérales, qu'à l'époque de la moisson, lorsqu'une partie des chaumes et des épisont atteint un grand développement

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et une maturité complète, les autres resicuï faibles et presque verts.

Quoi qu'il en soit, les résultats officiels des essais que iT/. HuGCEs rty«iYj- sur divers points du royaume, pendant le cours des deux années précédentes, sont de nature à éveiller de plus en plus Taltenlion de nos concitoyens sur une question qui nous semble, malgré sa gravité, fort incomplètement résolue.

Il est certain que le semoir Hugues paraît devoir lever une partie des plus fortesobjections dirigées contre ces sortes de machines. Presque partout on a reconnu sa solidité et la bonté de son travail, même dans des circonstances peu favorables. A la vérité, il ne peut être livré aux cultivateurs à moins de 250 à 400 fr., selon les dimensions et la rapidité du travail qu'on en obtient; mais, dans une exploitation d'étendue moyenne, le prix d'achat serait bientôt couvert par l'économie de la semence, puisque cette économie est d'environ moitié. Quant au temps employé pour le semis, et aux frais qu'il nécessite, on verra que la différence est peu appréciable, en comparant les résultats suivans, extraits du procès-verbal du 9 octobre 1832, dressé par M. Bella, directeur de l'Institut royal agronomique de Grignon :

Avec le semoir de M. Hugues :

Seigle : 10 ares, semé à 6 pouces.

Semence : 12 lit. 50 centil. à 12 fr. l'hect. 1 f. 50c.

/ 2 hommes à 20 c. l'heu- \ Temps employé :] re, fr. 12 cent. I „. 18 minutes. \ 1 cheval à 30 d'heure,?

fr. 09 cent.

lf.71c.

2 f . 64 c.

A la volée par un semeur de Grigïvon •

Seigle : 10 ares, semé à la volée.

Hersage : 2 herses en bois attelées chacune d'un

clicval conduit par un seul homme. Semence : 22 litres à 12 fr. l'hectolitre.. 10 minutes d'un semeur à 20 c.

l'heure, f. 03 ceut. 13 minutes d'un homme auxl herses, à 20 cent, l'heure. )0 20 fr. 04 cent. |30 minutes de 2 chevaux à 30' c. l'heure, fr. 13 c.

Temps employé .

Total.

2f. 84 c.

Jusque V&.,r avantage en faveur du semis en lignes est donc de 1 fr. J4 c. pour les 10 ares, ou de 11 fr. 40 c. pour l'hectare.— Voici quels ont été les produits:

D après la méthode de M. Ht:GUEs, 40 gerbes ont donné : 3 hectolitres 79 centilitres de grains; — 24 gerbes de paille, 318 1/2 kilog.; et 14 bottes dito, 105 1,2 kil. = En tout, 424 kil.

D'après la méthode de Grignon, 44 gerbes ont donné : 3 hectolitres 25 centilitres de grain;— 24 gerbes de paille, 314 1/2 kil.; et 18 bottes dito, 106 3,4 kil.=En tout, 421 1/4 kil.

Différence en faveur du semoir : 19 litres 54 ceutilit. pour les 10 ares, ou 195 lit. 4 cent, par hectare.

M. Bella ajoute : « L'un cl l'autre seigles étaient de première qualité et du même poids, de 73 kil. rhectolitre. La paille obtenue par le semoir était la plus belle, et a donné une gerbée de plus. Chaque partie a été faite sur une planche de 138 mètres de longueur sur 7 mètres 25 centimètres ; mais il est bon de faire observer que la partie faite selon la méthode de Grignon était couverte d'une rangée d'ormes sur toute la longueur de la planche, tandis que l'autre partie a été faite tout à côté de la première sur toute la longueur. » Sans doute cette circonstance a dùinfluersur les résultats; toutefois, dans beaucoup d'autres lieux, oîileschan» ces avaient été rendues plus égales, un succès plus grand encore a coui'onné le zèle ardent de 3L Hlgues. Si l'on ajoute à ces données les résultats obtenus pendant 10 ans dans la ferme expérimentale du département de l'Ain ; — les longues expériences de M. Devréde, constatées tout récemment par les soins de la Société d'agriculture de Valenciennes, dans le journal la Flandre Agricole et Manufacturière ; celles que fait depuis 6 ans, dans le midi, M. A. de GaspaniN, etc., etc. : il sera difficile de ne pas reconnaître que les semis en lignes, même pour les céréales, présentent des avantages marques selon les lieux et les circonstances. — Selon les lieux, car nous ne pensons pas qu'ils puissent, réussir également sur tous les terrains el dans tons les climats; — dans les sols arides ou sous les feux d'un soleil brûlant, comme dans les terres substantielles et fraîches, ou sous les latitudes du centre et du nord ; — pour les semis de printemps, comme pour ceux d'automne, etc. — Selon les circonstances, parce que le prix comparatif du blé et de la main-d'œuvre n'est pas toujours le même.

Ainsi qu'il a été dit ailleurs, les semis au plantoir ont été à peu près abandonnés, et nous pensons que c'est avec d'autant plus de raison qu'il est facile, à moindres frais, d'atteindre à bien peu près le même but, à l'aide des semoirs perfectionnés. Cependant nous ne pouvons omettre de parler de la méthode suivie, pendant plusieurs années, par le cultivateur distingué de Valenciennes dont nous avons déjà, un peu plus haut, fai! pressentir le succès. « Je suppose, dit M. Devréde, le champ que j'ai dessein de planter de 6 mencaudées (1 hectare 37 ares 38 centiares), la terre bien préparée, comme pour un semis à la volée; je pose deux cordes eu travers de mon champ, .soit sur sa longueur, soit sur sa largeur.. . Je les espace à 9 pouces de distance, et je place à chaque bout du champ un bâton de cette dimension. Deux planteurs, suivis chacun d'un enfant de dix à douze ans, sont armés d'un plantoir de la forme de ceux dont on se sert pour les colzas, si ce n'est que l'extrémité qui doit entrer en terre est eu forme de boule de cinq pouces de diamètre, aplatie du côté de la terre, et au milieu de laquelle se trouve une broche de fer de deux pouces de diamètre et de deux pouces et demi de longueur. Avec cet instrument, les planteurs fout des trous distans de 6 à 7 pouces, le long des cordes. La boule plate du plantoir tasse la terre, l'empêche de retomber dans les trous avant que les enfans qui suivent

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aient déposé Irois à cinq gi'ains de blé... Comme les planteurs et les enfans arrivent ensemble à chaque boni, ils s'empressent de déplacer les cordts et de les replacer a la distance de 9 pouces que les lignes doivent toujours conserver entre elles. On commence la plantation par un des bouts, et l'on travaille en avançant dans le champ, afin de piétiner l'ouvrage qu'on laisse derrière soi. — Un hersage suffit alors : on pourrait même s'en dispenser si la terre se prête bien au piétinement, et si l'on voyait les trous bien bouchés. »

D'après ce procédé, selon M. Devréde, ronsemencement d'un hectare coûte 13 fr. 05 c, tandis que, d'après la mélhode ordinaire, 11 ne revient qu'à 1 fr. 08 c. dans les mêmes circonstances; mais, d'un autre côté, ce même hectare, au lieu de recevoir 1 hectolitre 1/5 de blé, n'en reçoit que 36 litres, et cependant, au lieu de 26 hectolitres 10 litres <le produit moyen, il donne 3i) hectolitres 15 litres. — L'auteur ne parle pas des produits en paille.

Certes, sans nier de semblables résultais, nous sommes loin de croire qu'on en obtiendrait partout d'analogues ou même d'approchans; mais, nous n'en tirons pas moins une induction de plus en faveur des semis en lignes, et nous concluons, comme nous avons commencé, en recommandant aux cultivateurs, non de changer immédiatement leurs méthodes, mais, lorsqu'ils en auront la possibilité, de les comparer à une autre pratique qu'il serait injuste de rejeter sans examen attentif, et maladroit de ne pas adopter partout où elle offrirait un avantage bien constaté. — Nous ne pouvons terminer plus utilement ce § qu'en citant encore M. TessiEK, et en faisant connaître le résultat des expériences faites par lui à Rambouillet. — « L'ensemencement au plantoir, dit-il, a de l'avantage sur celui à la volée lorsque le blé est cher, dans un pays où les bras sont nombreux et les salairesàbon marché.... En calculant à quel prix doivent être le froment et la main-d'œuvre pour qu'il y ait compensation dans l'une et l'autre méthode, j'ai trouvé qu'en supposant le prix de la main-d'œuvre constamment le même, l'avantage qu'il y a d'ensemencer au plantoir cesse lorsque le froment est à 13 fr. 74 c. l'hectolitre, ou il devient zéro : alors commence l'avantage pour l'ensemencement à la volée. J'observe d'ailleurs que, comme le profit de l'ensemencement au plantoir est en raison inverse de l'ensemencement à la volée, et qu'en prenant 13 fr. 74 c. pour le prix où l'une des méthodes n'a aucun avantage sur l'autre, il est clair que l'augmentation ou la diminution de l'avantage ou du désavantage suivra, à partu' de ce point, la progression croissante ou décroissante des nombres naturels 1,2, 3, 4, etc. — Pareillement, supposant le prix du froment toujours le même, et «;elui de la main-d'œuvre variable, l'avantage en faveur de la mélhode au planloir cesse lorsque la journée d'homme est à 2 fr. 25 c, et celle d'enfant à 75 c. — On voit que l'avantage de l'une ou de l'autre méthode dépend absolun)eut des différentes variations que peuvent subir et le prix de la main-d'œuvre et celui

du froment; que, quant à celui-ci, il n'est guère possible qu'il tombe à un prix assoz modique (i:> fr. 74 c.) pour laire perdre entièrement à l'ensemencement au plantoir son bénéfice ; qu'il n'en est pas de même du prix de la main-d'œuvre, qui, dans beaucoup d'endroits, peut être porté à 2 fr. 25 c. pour homme et 75 c. pour enfant.... » {Nouv. Cours d'agric. 1822.)

Des soins d'entretien

§ IX. — Des soins d'entretien des fromens.

Les soins que l'on donne aux fromens pendant leur végétation varient autant selon les coutumes locales que selon les véritables besoins de leur culture. En résumé, les principaux sont : des roulages, — des sarclages, — des hersages — et des binages.

Les roulages ne sont qu'accidentellement nécessaires. Sur les terres légères, un peu humides, tourbeuses, calcaires ou crayeuses, lorsiju'elles ont été soulevées par l'eifel des gelées, et qu'il s'est formé à leur surface un boursoufflement qui met à nu une partie des racines, ces sortes d'opérations produisent un très-bon effet. En pareil cas, l'action d'un rouleau dont la pesanteur est proportionnée à la porosité du sol, peut sauvai* un champ do céréales d'une destruction presque totale. — Dans quelques parties de la Normandie, il est curieux de voir, sur des sols de cette nature, aussitôt que la saison le permet, les hommes, les animaux et même les voitures diverses qui composent le matériel de chaque ferme, parcourir en tous sens les champs de céréales, pour empêcher les désastreux effets du déchaussement. — C'est ici le lieu de rappeler que le parcage des moutons, en tant qu'il suit nnmédiatement les semailles, est, eu pareil cas, une excellente pratique.

Les sarclages ( voy. pag. 232 et suivantes ), dont chacun connaît l'importance et le but, quoique le manque de bras, ou, d'autres foi.s l'incurie de certains culti\ateiu's les fasse négliger et même entièrement supprimer dans quelques lieux, sont cependant d'un usage plus général que les roulages. Sur les sols légers, ils produisent aussi, par le piétinement des femmes et des enfans chargés de les exécuter, une sorte de plombage fort utile. — Sur les terres argileuses ils pourraient avoir des résultats fâcheux, si on les entreprenait à contre-temps. Il faut donc soigneusement choisir le moment où la couche labourable n'est ni assez durcie pour entraver l'arrachement des mauvaises herbes, ni assez humide pour se comprimer sous les pieds des travailleurs. Il faut aussi avoir égard, avant de sarcler, à l'état de croissance des touffes de blésSi on commençait avant qu'elles couvrisscntsuffisamment lesûl,ilpourrait arriverque beaucoup de plantes nuisibles prissent de nouveau le dessus. Si on tardait jusqu'au moment où les tiges granifères se développent, on courrait le risque de nuire au succès futur de la récolte. — C'est ordinairement, pour nos régions du centre, dans le courant d'avril qu'on rencontre l'époque la plus favorable; néanmoins, si, à cette même époque, au lieu iy arracher les chardons, soit à la main, soit à l'aide de l'espèce de pince décrite et figurée page 233, on cherchait à les couper avec le

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sarcloir {voy. même page), on les verrait bientôt repousser de la racine, plus nombreux qu'avant l'opération. Par celte raison, il est bon de n'écliardonner que lorsque le ble est déjà un peu grand et en tuyaux, c'est à-dire vers le commencement de mai. — Si au lieu d'un seul sarclage on était en position d'en donner plusieurs, ce qui est presque toujours utile, on devrait alors, étudiant les phases de la végétation des principales plantes nuisibles, les détruire successivement aux approches de la floraison de chacune d'elles.

Le hersage des blés, toujours plus facile et beaucoup plus profitable sur les terres fortes que sur les terres légères, n'est autre chose qu'un binage économique, donné dans le courant de mars, aussitôt que la terre est suffisamment ressuyée. En blessant au collet de la racine les jeunes touffes de céréales, et eu les recouvrant en partie de terre, la herse provoque le développement de nouvelles racines et de nouvelles tiges coronales qui compensent et bien au-delà, par leurs produits, la perte du petit nombre de pieds qui sont détruits pendant le travail. (]ette opération, dont les avantages sont désormais reconnus, exige toutefois des précautions assez grandes (ricj. pag. 228 et suivantes). <• Du reste, si, après le hersage, dit Thaer, le champ a toute l'apparence d'avoir été semé récemment, de sorte qu'à peine on y aperçoive une feuille verte, et qu'on n'y voit autre chose que de la terre, c'est alors que l'opération a le mieux réussi. Si même on y trouve des feuilles de froment déchirées (ou n'y trouvera pas de plantes entièrement arrachées), peu importe. Après huit ou dix jours, seloa la température, on verra les plantes pousser de nouveau, et le champ paraîtra alors beaucoup plus garni de plantes qu'un autre qui n'aurait pas subi cette opération. Dans les contrées où ce procédé est universellement connu, on pardonnerait au cultivateur toute autre négligence plutôt que l'omission de ce hersage dans le moment favorable et en temps propice. On laisse alors tout autre labeur pour pouvoir mettre tous les attelages sur les champs de céréales On ne peut pas déterminer d'une manière générale combien de traits on doit donner avec la herse, parce que cela dépend de la ténacité du sol. Il faut herser à tel point que le champ soit partout couvert d'une couche de terre meuble, et que les crevasses qui se forment sur les terrains argileux lorsqu'ils se dessèchent, soient complètement recouvertes.... »{Principes raisonnes d'agriculture, traduits de l'allemand par le baron Crld. )

Quant aux binages proprement dits {voy. pag. 225 et suivantes), nous craignons, malgré leur inconleslable elficacité, qu'ils ne puissent être utilisés généralement pour les céréales, que dans les exploitations où l'on croira pouvoir adopter la culture en lignes.

Voilà néanmoins ce qu'en pense M.Mathieî: DE DoMBASLE : « Le binage du blé à la houe à main est une opération longue et assez coûteuse. Cependant, l'augmentation qu'elle procure toujours sur la récolte paie largement les frais qu'elle entraîne, et le sol reste en bien meilleur état pour les recolles suivantes.

Dans le binage du blé semé à la volée, vingt ouvriers font facilement un hectare dans la journée, dans la plupart des circonstances.

— Comme on donne très-rarement plus d'un binage au blé, lorsque cette opération s'exécute à la houe à main, on doit le donner le plus tard qu'il est possible, c'est-à-dire lorsque le blé est sur le point de couvrir le terrain ; si on le donnait plus tôt, il repousserait encore beaucoup de mauvaises herbes; mais, dans le premier cas, elles sont bientôt étouffées par les blés »

Tous ces travaux ont pour but d'activer la végétation des blés. En de rares circonstances, soit que le terrain présente une fertilité excessive, soit que la douceur insolite de l'hiver ait occasioné le développement trop piécoce des tuyaux, il peut être nécessaire de la retarder. Pour cela, on a recours à la faulx, à la faucille ou à la dent des animaux, et un champ de froment peut ainsi se transformer momentanément en un excellent pâturage, sans préjudice notable pour lesuccès futur delà récolle de grains.

Toutefois, il ne faut user de l'un ou del'autre de ces moyens qu'en des cas peu ordinaires. Quand on fauche, comme on peut couper les feuilles sans attaquer le collet de la plante, lavé.^étation est moins l'etardée que loî"squ'on fait parquer les moutons qui broutent fort près de terre. On doit donc, avant tout, bien connaître la fécondité du sol sur lequel on opère, et tâcher d'apprécier les probabilités souvent trompeuses de la température des saisons.

Cette sorte d'affanage s'exécute vers la fin de l'hiver. A cette époque, les fanes peuvent déjà procurer un fourrage assez abondant.

— D'autres fois on attend le milieu du printemps pour couper à la faucille la sommité des feuilles seulement, à la manière des cultivateurs de la Beauce et de plusieurs autres parties de la France.

// est heureusement fort rare que les semailles d'automne se montrent assez mal au printemps pour qu'on soit obligé de les détruire. Il est arrivé cependant, dans l'appréhension d'une récolte décidément mauvaise, de mettre la charrue dans les fromens, pour y semer de l'orge, de l'avoine, ou quelque autre plante de mars. Nous engageons les cultivateurs à ne pas prendre, sans de mûres réflexions, ce parti extrême; car souvent les récoltes trop claires donnent de meilleurs produits que celles qu'on leur substitue. — Dans le Mecklembourg, ainsi que l'attestent des expériences curieuses consignées dans les annales de la Société d'agriculture de cette contrée, « l'on a quelquefois semé, au moyen d'un fort hersage, de l'avoine sur un froment d'automne, qui semblait détruit par la gelée; ou a récolté le froment avec l'avoine, et fait sur le tout une bonne récolte; mais le froment a surpassé l'avoine en quantité. »

Il est probable qu'on trouverait chez nous plus avantageux, après ce hersage, de répandre de la semence de blé de printemps. Du reste, il doit être assez rare d'obtenir, de l'une ou de l'autre de ces manières, des produits qui mûrissent bien également.

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Des fromens de printemps

§ X. — Des fromens de printemps

Le succès des fromens de printemps est beaucoup moins certain que celui des fromens d'automne^ dans toutes les parties du sud et même du centre delà France, et leur culture est d'ailleurs moins productive; aussi, sonlils à peine connus dans beaucoup de nos départemens. Cependant, ils ofirent, partout où ils peuvent prospérer, une importante ressource, soit pour suppléer aux céréales d'automne, détruites par les intempéries de l'hiver, soit pour faire partie des assolemens <lans lesquels le terrain ne peut être en état de recevoir des semences automnales.

Les fromens trémois exigent un terrain bien préparé par les labours, et riche en engrais d'une facile décomposition.— Comme leur végétation foliacée est promptement arrêtée par les chaleurs, ils tallent moins que les autres, et doivent par conséquent être semés plus épais. — En général, on trouvera rarement de l'inconvénient à semer jusqu'à 260 litres par hectare, quoique le moindre volume des grains puisse faire considérer cette quantité comme excessive, comparée à celle qu'on emploie pour les blés d'automne.

On a remarqué que les fromens de mars s'accommodent beaucoup mieux que les fromens de septembre, des sols légers, à la condition qu'ils aient de la profondeur^ et par conséquent de la fraîcheur. C'est une raison de plus pour les semer de bonne heure, attendu que ces sortes de terrains sont plus tôt que d'autres accersiblesà la charrue. Les semailles ont donc lieu ordinairement, dans le centre de la France, dès la mi-mars, quoiqu'elles réussissent encore, généralement, en avril et parfois en mai.

Les travaux d entretien des céréales printaniéres sonl moins nombreux que ceux que nous avons recommandés précédemment pour les céréales d'hiver. Le sarclage de mai ou de juin est, le plus souvent, la seule façon qu'on leur donne.

De la quantité des produits

§ XI. — De la quantité des produits,

he froment n'est pas seulement la plus utile, il est aussi une des plus productives de nos céréales; car, si, à volume égal, il a plus de poids, ce qui est un indice suffisant de sa supériorité nutritive, assez souvent, sur une étendue donnée de terrain, il rend autant et plus en volume.

Toutes circonstances égales, lorsqu'un //oment de bonne qualité pèse%Okilog. à l'hectol., le seigle, qui s'en rapproche le plus, arrive rarementde 72 à 75 kilog.; — l'orge vient ensuite, et l'avoine en dernier lieu. D'ailleurs, à poids égal, le froment contient encore beaucoup plus de parties nutritives que ces diveriics céréales.

La quantité de semence raisonnablement nécessaire pour semer un hectare à la volée, étant de 2 hectol. 15 litres à 2hectol. 20 lit., on sait qu'il est des localités où l'on peut espérer recueillir, sur cet espace, au-delà de 20 fois la semence, et ce chiffre, quelque beau qu'il paraisse, est encore parfois de 1 beaucoup dépassé.— Nous avons cité l'exemple de IM.Deviiède; nous pourrions en ajouter plusieurs autres pris également en Flandre ou en Angleterre. Mais aussi, à côté d'une fécondité si remarquable, due autant à une excellente culture qu'à un excellent sol, nous trouverions, en parcourant des contrées moins favorisées et moins éclairées, que le produit de l'hectare se réduit trop souvent à 6 ou 7 hectolitres. — Généralement, selon que le sol est médiocre ou fertile, cultivé avec négligence ou avec soin, etc., on doit trouver le terme moyen entre Set 16 hectoi. En adoptant les bases fixées par M. de MoREL-ViNDÉ {voy. p. 267), l'hectare de blé froment doit donner, terme moyen, 720 bottes de paille d'environ 5 kilog. chacune, ou 3,500 kilog. -— Sur des terres d'excellente qualité, nous avons trouvé un grand tiers de moins, et Thaeu est encore resté au-dessous de notre estimation, en établissant que « le froment donne ordinairement en paille le double de son poids en grain : sur les terrains élevés, quelque chose de moins ; sur les terrains bas, quelque chose de plus.» — Au milieu de données aussi vagues, et qui doivent nécessairement l'être, tant est grande la diversité des produits, non seulement de localité à localité, mais d'année à année, on sent qu'il serait bien difficile de donner des chiffres un peu précis. — La quantité de paille varie plus encore que celle du grain.


Oscar Leclerc-Thouin et Vilmorin.