Cissampelos mucronata (PROTA)

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Cissampelos mucronata A.Rich.


Protologue: Fl. Seneg. tent. 1: 11 (1831).
Famille: Menispermaceae

Synonymes

  • Cissampelos pareira L. var. mucronata (A.Rich.) Engl. (1899).

Noms vernaculaires

  • Orelha de rato (Po).
  • Kishiki cha buga (Sw).

Origine et répartition géographique

Cissampelos mucronata est réparti dans toute l’Afrique tropicale, sauf dans les régions les plus humides, du Sénégal jusqu’en Ethiopie et en Afrique du Sud.

Usages

Cissampelos mucronata, Cissampelos owariensis P.Beauv. ex DC. et Cissampelos pareira L. ont souvent été confondus ; étant donné qu’ils ont des usages analogues, il est souvent impossible d’attribuer sans équivoque des usages à une espèce particulière. Cissampelos mucronata a de nombreux usages médicinaux, et dans toute l’Afrique le rhizome amer se prend en infusion, parfois les feuilles et les tiges, ou le jus de fruit, pour soigner les affections gastro-intestinales du type diarrhée, dysenterie, colique, vers intestinaux et problèmes digestifs, ainsi que les problèmes urogénitaux comme les troubles menstruels, les maladies vénériennes, l’infertilité, l’azoospermie, et pour déclencher les contractions de l’utérus et entamer le travail ou bien l’avortement, puis pour expulser le placenta. Dans l’est de la R.D. du Congo, la décoction de feuilles se prend comme vermifuge contre le ténia.

Au Sénégal, le rhizome est l’ingrédient d’une préparation pour traiter la catarrhe, tandis qu’au Togo il se mastique pour traiter les maux de gorge, la toux et les affections pulmonaires. En décoction, le rhizome s’administre contre les œdèmes. En Tanzanie et à Madagascar, la décoction de rhizome se prend pour faire tomber la fièvre provoquée par le paludisme ou la jaunisse. Le jus de rhizome s’emploie en gouttes auriculaires pour soigner le mal d’oreille. Les Bochimans du Kalahari absorbent la décoction de rhizome chaude pour traiter la toux et pour ses vertus bienfaisantes. Dans le delta de l’Okavango au Botswana, en Namibie et au Zimbabwe, cette décoction se boit contre les maux de tête, les douleurs de la nuque et du dos. En Namibie, les Damaras appliquent la poudre de rhizome sur les plaies ouvertes pour accélérer la cicatrisation. Au Zimbabwe, les rhizomes sont utilisés pour traiter la bilharziose.

Dans toute l’Afrique de l’Ouest et en Ouganda, les feuilles fraîches chauffées ou la pâte de feuilles sont appliquées sur les plaies, les ulcères, la conjonctivite et les chancres syphilitiques, et un cataplasme de feuilles mélangées à du natron est appliqué sur les œdèmes, les ulcères et les plaies du ver de Guinée. Au Ghana, la pâte de feuilles se prend en interne ou s’applique en externe sur les zones affectées comme antidote au venin de serpent. En Côte d’Ivoire et au Burkina Faso, la pâte de feuilles fraîches s’applique pour soulager les céphalées importantes et s’ingère avec de l’argile pour arrêter la stomatite. La vapeur de la décoction de feuilles s’inhale pour déclencher des vomissements.

Dans le sud du Sénégal, l’infusion de tiges feuillées s’utilise pour ses vertus emménagogues. Au Togo, la plante entière s’emploie dans des préparations pour traiter les douleurs intercostales. Au Nigeria, la cendre de la plante est l’ingrédient d’un remède contre l’arthrose, que l’on frotte sur des scarifications. En R.D. du Congo et dans l’est de la Tanzanie, la plante écrasée s’applique sur les morsures de serpent. Au Rwanda, la plante sert à traiter les maladies qui affectent la colonne vertébrale. Au Bénin, en Ouganda et dans d’autres régions d’Afrique, les racines s’utilisent en rituels médicaux pour traiter les problèmes mentaux comme les psychoses.

Au Nigeria, le rhizome est parfois utilisé dans la préparation de poison de flèche. Au Kenya, les rhizomes broyés s’appliquent sur la peau des chèvres pour les débarrasser des insectes parasites.

La tige de Cissampelos mucronata sert couramment comme lien et en vannerie ; en R.D. du Congo, les tiges sont utilisées pour faire des lignes de pêche.

Production et commerce international

Cissampelos mucronata est surtout vendu sur les marchés locaux. Il peut pénétrer sur des marchés plus importants sous l’appellation “pareira brava”. Mais le vrai “pareira brava” vient de l’espèce sud-américaine Chondrodendron tomentosum Ruiz & Pav. ; dans certains pays africains, la vente de Cissampelos pareira est autorisée sous ce nom, et il peut arriver qu’il y ait des confusions avec Cissampelos mucronata.

Propriétés

Toutes les parties de la plante sont riches en alcaloïdes, mais c’est le rhizome qui en contient le plus. Un alcaloïde aporphine, la dicentrine, est le principal alcaloïde isolé de toutes les parties végétales. Le rhizome contient également une forte concentration en alcaloïdes bisbenzyltétrahydroïsoquinoliniques (cissacapine, cycléanine et d-isochondrodendrine) ; les deux premiers sont présents en petites quantités dans la tige, ainsi qu’un alcaloïde aporphine, la lauroscholtzine. Les feuilles contiennent un alcaloïde proaporphine (la pronuciférine), un alcaloïde benzyltétrahydroïsoquinolinique (la réticuline) et un alcaloïde morphinane (la salutaridine). Un extrait méthanolique du rhizome contenait plusieurs alcaloïdes bisbenzylisoquinoliniques, dont la tubocurine, la 12-O-méthylcurine, l’isoliensinine et la cissampentine.

Des extraits méthanoliques de rhizome séché ont manifesté une activité antiprotozoaire significative contre des Plasmodium falciparum sensibles à la chloroquine et d’autres résistantes à la chloroquine. L’extrait au dichlorométhane a montré une moindre activité. L’extrait méthanolique a également inhibé l’enzyme tyrosine kinase. Des alcaloïdes isolés des extraits éthanoliques du rhizome ont fait ressortir des effets sédatifs lors d’essais sur des souris. L’extrait à l’éthanol a également manifesté des effets relaxants sur l’utérus de ratte en gestation ou non. Des extraits méthanoliques de feuilles ont eu un effet positif contre des ulcères de l’estomac induits par indométhacine chez le rat.

Description

Liane dioïque, rhizomateuse ; tiges âgées à sillons longitudinaux, brun foncé, ramilles à poils courts. Feuilles disposées en spirale, simples ; stipules absentes ; pétiole de ( 1–)2–4,5(–8) cm de long, inséré à 0–3 mm au-dessus de la base du limbe ; limbe ovale à cordé, de 4–12(–15) cm × 4–13(–14,5) cm, base cordée, apex arrondi à aigu, mucroné, bord entier ou ondulé, papyracé, à poils courts sur les deux faces, glabrescent par la suite, palmatinervé à 5–7 nervures principales. Inflorescence : cyme umbelliforme, axillaire, solitaire ou en groupes ; inflorescence mâle soit en glomérules soit disposée en une fausse grappe atteignant 15(–30) cm de long, inflorescence femelle disposée en une fausse grappe de 5–16(–18) cm de long ; pédoncule atteignant 1 cm de long ; bractées de 10–12 mm de long, mucronées. Fleurs unisexuées, à taches brun rougeâtre ou noires ; pédicelle atteignant 2 mm de long ; fleurs mâles à 4–5(–7) sépales ovales à elliptiques, libres ou soudés à la base, de 1–1,5 mm × 0,5–1 mm, poilus à l’extérieur, pétales 4–5, soudés à la base, de 1–1,5 mm de long, étalés après la floraison, étamines 2–5, à filets soudés, atteignant 1,5 mm de long ; fleurs femelles à 1(–2) sépales obovales atteignant 1,5(–2) mm de long, à poils courts, pétales 1(–2), largement ovales, d’environ 1 mm × 1,5 mm, glabres, ovaire supère d’environ 1 mm de long, presque glabre, 1-loculaire, stigmate 3–5-lobé. Fruit : drupe obovoïde comprimée de 4–7 mm × 3–5(–8) mm, arquée, rouge orangé ou jaune à maturité, à poils courts, noyau ligneux à crête dorsale, faces à côtes verruqueuses, contenant 1 graine. Graines à albumen peu abondant.

Autres données botaniques

Le genre Cissampelos comprend environ 20 espèces, 7 en Amérique tropicale et 13 en Afrique tropicale. Cissampelos pareira est la seule espèce qui ait une répartition pantropicale.

Croissance et développement

En Afrique du Sud, on peut trouver Cissampelos mucronata en fleurs presque toute l’année.

Ecologie

Cissampelos mucronata est présent dans la savane arbustive décidue, souvent sur les termitières et les affleurements rocheux, dans les ripisylves et les marécages, jusqu’à 1800 m d’altitude. Il persiste souvent dans les terres cultivées.

Multiplication et plantation

Cissampelos mucronata ne se multiplie que par graines.

Gestion

Cissampelos mucronata est couramment planté dans les jardins familiaux comme plante médicinale mais on ne sait rien de sa conduite et des rendements.

Ressources génétiques

Cissampelos mucronata étant très répandu en Afrique et présent dans des milieux très divers, il ne semble pas menacé d’érosion génétique. Au regard de l’importance qu’il a sur le plan médicinal et de sa vaste répartition, la mise en place d’une collection représentative de ressources génétiques est recommandée.

Perspectives

Cissampelos mucronata est une plante médicinale importante et bien documentée dans toute l’Afrique, mais il existe peu de données chimiques et pharmacologiques pour étayer ses usages médicinaux. Il y a un besoin urgent d’études supplémentaires sur les propriétés pharmacologiques des différentes parties de la plante et de leurs composés chimiques.

Références principales

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Autres références

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Sources de l'illustration

  • Berhaut, J., 1979. Flore illustrée du Sénégal. Dicotylédones. Volume 6. Linacées à Nymphéacées. Gouvernement du Sénégal, Ministère du Développement Rural et de l’Hydraulique, Direction des Eaux et Forêts, Dakar, Senegal. 636 pp.

Auteur(s)

  • M. Muzila, Herbarium (UCBG), Department of Biological Sciences, University of Botswana, Private Bag UB00704, Gaborone, Botswana

Citation correcte de cet article

Muzila, M., 2008. Cissampelos mucronata A.Rich. In: Schmelzer, G.H. & Gurib-Fakim, A. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands. Consulté le 14 novembre 2018.


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