Celtis adolfi-fridericii (PROTA)
Introduction |
Importance générale | |
Répartition en Afrique | |
Répartition mondiale | |
Céréale / légume sec | |
Médicinal | |
Bois d'œuvre | |
Bois de feu | |
Fourrage | |
Sécurité alimentaire | |
Celtis adolfi-fridericii Engl.
- Protologue: Bot. Jahrb. Syst. 43: 308 (1909).
- Famille: Celtidaceae (APG: Cannabaceae)
Noms vernaculaires
- African ita, ita (En).
Origine et répartition géographique
Celtis adolfi-fridericii est répandu depuis la Côte d’Ivoire jusqu’à l’ouest de l’Ouganda et vers le sud jusqu’au Gabon et en R.D. du Congo.
Usages
Le bois, vendu avec d’autres Celtis spp. sous la dénomination de “celtis africain”, est utilisé pour la construction légère, la parqueterie, les menuiseries, les boiseries intérieures, les encadrements, les cages d’escalier, le mobilier, les échelles, les articles de sport, les ustensiles agricoles, les manches, les pilons, les cageots et les caisses, les tiges d’allumettes, les panneaux durs et de particules. Il convient pour les étais de mines, la construction navale, les traverses de chemin de fer, le placage et le contreplaqué. Il sert également de bois de feu.
En médecine traditionnelle, la décoction d’écorce permet de soigner les états de malaise, une forte toux, la fièvre, les maux de tête et sert aussi d’émétique ; les feuilles se prennent en décoction pour traiter les douleurs oculaires. En R.D. du Congo, on applique de la pulpe d’écorce sur des scarifications à la poitrine pour soulager les douleurs costales et de côté, et on utilise les fruits contre la tuberculose. L’écorce est utilisée comme émétique et dans les préparations magiques. Les graines sont comestibles ; on ramasse des chenilles comestibles sur les feuilles et des larves de coléoptères comestibles sur les troncs morts.
Production et commerce international
Le bois de Celtis adolfi-fridericii est essentiellement employé sur place et n’est que rarement vendu sur le marché international mélangé à d’autres Celtis spp. Aucune statistique relative à ce commerce n’est disponible.
Propriétés
Le bois de cœur, blanc à jaune pâle à la coupe, vire ensuite au gris-blanc et ne se distingue pas nettement de l’aubier. Le fil est généralement droit, parfois contrefil, le grain est moyennement fin. Le bois est habituellement lustré.
C’est un bois moyennement lourd, avec une densité d’environ 700 kg/m³ à 12% d’humidité, et assez dur. Il faut prendre des précautions lors du séchage au four afin d’éviter le fendage et les déformations. Les taux de retrait sont modérés, de l’état vert à anhydre ils sont de 4,8% dans le sens radial et de 7,8% dans le sens tangentiel.
A 12% d’humidité, le module de rupture est de 150 N/mm², le module d’élasticité de 11 760 N/mm², la compression axiale de 65 N/mm², le cisaillement de 8 N/mm², le fendage de 21 N/mm et la dureté de flanc Chalais-Meudon de 7,2.
Le bois se travaille bien tant à la main qu’à la machine et n’émousse que modérément les tranchants. Le fil droit se rabote aisément, en revanche il est recommandé d’utiliser un angle de coupe de 15° pour éviter la déchirure du bois lorsqu’il est contrefil. Le bois se finit et se polit très bien. Il est difficile à clouer et à visser, c’est pourquoi il est préconisé de faire des avant-trous pour prévenir les fentes. Il se colle bien. Les caractéristiques de placage sont variables. Le bois a une faible durabilité avec une durée de service probable de 1–8 ans lorsqu’il est utilisé à l’extérieur. Il est sujet aux attaques des champignons du bleuissement et des insectes, notamment des termites et des Lyctus. Le bois de cœur est moyennement rebelle aux produits de conservation, contrairement à l’aubier qui est perméable. La sciure peut provoquer des réactions allergiques et des irritations cutanées chez les professionnels du bois.
Quelques traces d’alcaloïdes ont été signalées dans l’écorce et les feuilles de Celtis adolfi-fridericii.
Description
Arbre de taille moyenne à plutôt grande atteignant 35(–50) m de haut, semi-décidu ; fût dépourvu de branches sur 20(–30) m de haut, généralement droit et cylindrique, jusqu’à 100 cm de diamètre, en général pourvu de contreforts largement étalés atteignant 2(–5) m de haut ; surface de l’écorce rugueuse, gris brunâtre à gris foncé, habituellement marquée de stries horizontales près de la base du fût, écorce interne épaisse, granuleuse, crème avec des taches brun foncé ; cime arrondie, vert foncé, à rameaux retombants aux extrémités ; ramilles à pubescence courte et blanchâtre, devenant rapidement glabres. Feuilles alternes, simples et entières ; stipules lancéolées, de 3–6 mm de long, poilues, caduques ; pétiole de 0,5–2 cm de long, cannelé au-dessus ; limbe elliptique à ovale ou obovale, de 8–16(–20) cm × 5–10 cm, cunéiforme à arrondi et très asymétrique à la base, à apex courtement acuminé, coriace, glabre à l’exception de quelques touffes de poils à l’aisselle des nervures au-dessous, légèrement rugueux sur la surface inférieure, à 3 nervures exsertes à la base complétées par 1–3 paires de nervures latérales.
Inflorescence : cyme axillaire de 1–5 cm de long, à pubescence courte, à nombreuses fleurs. Fleurs unisexuées ou bisexuées, régulières, habituellement 5-mères, de petite taille, blanches à verdâtres, sessiles ; tépales de 1–1,5 mm de long, poilus ; étamines libres, incurvées dans le bouton puis étalées ; ovaire supère, ovoïde, densément poilu, 1-loculaire, styles 2, 2-lobés ; fleurs mâles nombreuses et serrées, à ovaire rudimentaire ; fleurs femelles ou bisexuées au sommet des inflorescences supérieures, fleurs femelles à étamines rudimentaires. Fruit : drupe ovoïde à globuleuse de 1,5–2 cm de long, rougeâtre à maturité, glabre, surmontée au sommet par les vestiges des styles ; noyau globuleux, de 1–1,5 cm de long, ponctué, blanchâtre, contenant une seule graine. Plantule à germination épigée ; hypocotyle d’environ 5 cm de long, épicotyle de 3–4 cm de long ; cotylédons d’environ 1,5 cm de long, épais et charnus, émarginés à l’apex ; deux premières feuilles opposées, dentées.
Autres données botaniques
Le genre Celtis comprend près de 100 espèces et est répandu dans toutes les régions tropicales, subtropicales et tempérées. On en a recensé 11 en Afrique tropicale, dont 2 sont endémiques de Madagascar. D’un point de vue taxinomique, Celtis est un genre difficile qui présente une grande variabilité morphologique. Traditionnellement, il était classé dans la famille des Ulmaceae, puis plus tard on a souvent pensé qu’il appartenait à une famille à part, les Celtidaceae, tandis que les recherches les plus récentes proposent de ranger cette dernière famille dans les Cannabaceae.
Anatomie
Description anatomique du bois (codes IAWA pour les bois feuillus) :
- Cernes de croissance : 1 : limites de cernes distinctes ; 2 : limites de cernes indistinctes ou absentes.
- Vaisseaux : 5 : bois à pores disséminés ; (7 : vaisseaux en lignes, ou plages, obliques et/ou radiales) ; 13 : perforations simples ; 22 : ponctuations intervasculaires en quinconce ; 23 : ponctuations alternes (en quinconce) de forme polygonale ; 26 : ponctuations intervasculaires moyennes (7–10 μm) ; (27 : ponctuations intervasculaires grandes (≥ 0 μm)) ; 30 : ponctuations radiovasculaires avec des aréoles distinctes ; semblables aux ponctuations intervasculaires en forme et en taille dans toute la cellule du rayon ; 31 : ponctuations radiovasculaires avec des aréoles très réduites à apparemment simples : ponctuations rondes ou anguleuses ; 42 : diamètre tangentiel moyen du lumen des vaisseaux 100–200 μm ; (46 : ≤ 5 vaisseaux par millimètre carré) ; 47 : 5–20 vaisseaux par millimètre carré.
- Trachéides et fibres : 61 : fibres avec des ponctuations simples ou finement (étroitement) aréolées ; 66 : présence de fibres non cloisonnées ; 69 : fibres à parois fines à épaisses.
- Parenchyme axial : 79 : parenchyme axial circumvasculaire (en manchon) ; 80 : parenchyme axial circumvasculaire étiré ; (81 : parenchyme axial en losange) ; 82 : parenchyme axial aliforme ; 83 : parenchyme axial anastomosé ; 92 : quatre (3–4) cellules par file verticale ; 93 : huit (5–8) cellules par file verticale ; (94 : plus de huit cellules par file verticale).
- Rayons : 98 : rayons couramment 4–10-sériés ; 106 : rayons composés de cellules couchées avec une rangée terminale de cellules dressées et/ou carrées ; 107 : rayons composés de cellules couchées avec 2 à 4 rangées terminales de cellules dressées et/ou carrées ; (110 : présence de cellules bordantes) ; 115 : 4–12 rayons par mm.
- Inclusions minérales : 136 : présence de cristaux prismatiques ; 137 : cristaux prismatiques dans les cellules dressées et/ou carrées des rayons ; (138 : cristaux prismatiques dans les cellules couchées des rayons) ; 141 : cristaux prismatiques dans les cellules non cloisonnées du parenchyme axial ; 144 : présence de macles ; 145 : macles dans les cellules du parenchyme des rayons ; (156 : cristaux dans des cellules dilatées (idioblastes)).
(E.K. Achi, A.A. Oteng-Amoako & P. Baas)
Croissance et développement
Celtis adolfi-fridericii est une essence de lumière non pionnière. Les semis atteignent une hauteur maximale de 40 cm au bout d’un an, puis poussent de 20–100 cm par an. L’arbre perd une partie de ses feuilles, sa cime n’en étant jamais complètement dépourvue. En Afrique de l’Ouest, on a observé que les arbres fleurissaient de mai à juin et de novembre à décembre. Les fruits mûrissent 4 mois plus tard environ. Les animaux tels que les oiseaux, les singes, les chimpanzés et les gorilles s’en régalent et disséminent probablement les graines.
Ecologie
Celtis adolfi-fridericii est très commun dans la forêt semi-décidue ; il a une nette préférence pour les forêts sèches. Il est souvent présent dans la forêt secondaire et la forêt-galerie, et se rencontre jusqu’à 900 m d’altitude. Il préfère les sols fertiles bien drainés.
Multiplication et plantation
1000 graines pèsent environ 65 g. Elles germent au bout de 15–30 jours avec un taux de germination assez faible. En conditions naturelles, les semis se rencontrent normalement dans les petites trouées ou les clairières moyennes de la forêt. Bien qu’ils soient plus exigeants en lumière que les autres Celtis spp., les jeunes semis réclament tout de même un certain ombrage ; les semis plus âgés en revanche exigent davantage de lumière si l’on veut que leur croissance soit optimale. Les semis peuvent être assez abondants dans les forêts exploitées, alors qu’ils le sont moins dans celles soumises à des feux.
En pépinière, la germination des graines est relativement irrégulière et demande en général près d’un mois. Un traitement préalable qui consiste à les tremper dans l’eau et à les exposer au soleil peut accélérer leur germination et relever le taux.
Récolte
Au Ghana, le diamètre minimum de fût pour l’abattage de Celtis adolfi-fridericii est de 70 cm, et de 50 cm au Cameroun.
Traitement après récolte
Après la coupe, les grumes doivent être débardées le plus rapidement possible ou bien traitées avec des produits de conservation car elles peuvent être attaquées par les champignons du bleuissement et les insectes.
Ressources génétiques
Celtis adolfi-fridericii est localement commun et se rencontre fréquemment dans la forêt secondaire. Il ne risque pas de souffrir d’érosion génétique.
Perspectives
Celtis adolfi-fridericii pourrait remplacer les autres Celtis spp. qui sont davantage vendues sur le marché international des bois d’œuvre, comme Celtis mildbraedii Engl. et Celtis zenkeri Engl. A ce jour, peu de recherches ont été faites sur Celtis adolfi-fridericii ; c’est pourquoi des travaux sur ses taux de croissance, ses méthodes de multiplication et ses exigences de gestion se justifient.
Références principales
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Autres références
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- Irvine, F.R., 1961. Woody plants of Ghana, with special reference to their uses. Oxford University Press, London, United Kingdom. 868 pp.
- Letouzey, R., 1968. Ulmaceae. Flore du Cameroun. Volume 8. Muséum National d’Histoire Naturelle, Paris, France. pp. 3–65.
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- Sallenave, P., 1971. Propriétés physiques et mecaniques des bois tropicaux. Deuxième supplément. Centre Technique Forestier Tropical, Nogent-sur-Marne, France. 128 pp.
Sources de l'illustration
- Letouzey, R., 1968. Ulmaceae. Flore du Cameroun. Volume 8. Muséum National d’Histoire Naturelle, Paris, France. pp. 3–65.
- Engler, A., 1911. Ulmaceae. In: Mildbraed, G.W.J. (Editor). Wissenschaftliche Ergebnisse der Deutschen Zentral-Afrika-Expedition 1907–1908 unter Führung Adolf Friedrichs, Herzogs zu Mecklenburg. Band ii. Botanik. Leipzig, Germany. pp. 179–181.
Auteur(s)
- R.B. Jiofack Tafokou
Ecologic Museum of Cameroon, P.O. Box 8038, Yaoundé, Cameroon
Consulté le 23 décembre 2024.
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