Caractères généraux (Planchon, 1888)

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Introduction
Planchon, 1888. Etude sur les produits des Sapotées
Latex


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ÉTUDE SUR LES PRODUITS DE LA FAMILLE DES SAPOTÉES


PREMIÈRE PARTIE
CARACTÈRES GÉNÉRAUX



Les Sapotées (Sapotæ Juss., Sapoteæ R. Br., Sapotaceæ Endl., Lindl., Benth. et Hook.) constituent une famille naturelle, à caractères multiples : les organes floraux, la graine toujours reconnaissable, le fruit, le port, les feuilles, la nature du bois, la présence d'un suc laiteux spécial, sont autant de points importants qui permettent de caractériser nettement ce groupe.

Port. — Les Sapotées sont toutes des arbres ou des arbustes ; la plupart sont remarquables par la beauté de leur feuillage coriace, souvent d'un vert émeraude, quelquefois re-


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vêtu à la face inférieure par un tomentum brillant à éclat métallique. Les plus grands de ces arbres (Isonandra, Palaquium, etc. ) sont ceux de l'Asie méridionale.

Le tronc, de diamètre moyen, n'atteint jamais l'épaisseur énorme de certains Ficus ou des Adansonia : les rameaux qu'il porte sont tantôt fins, très-ramifiés (Bumelia, Sideroxylon, etc.) ; tantôt, dès le début, assez gros, forts, en petit nombre et assez peu ramifiés (Labatia, Lucuma), avec quelques intermédiaires entre ces deux types (Achras, Isonandra, etc.). Il est assez remarquable qu'en général les rameaux forts et peu divisés, coïncident avec : de grandes feuilles épaisses, laissant une cicatrice après leur chute ; des fleurs plus grandes (jamais très-grandes) ; des étamines plus nombreuses ; des fruits et des graines plus volumineux. Aux rameaux fins et très-divisés répondent d'ordinaire des feuilles plus petites, souvent minces, des fleurs minimes et des fruits plus petits (Dr P. Sagot, in Litt.).

Bois. — Il en sera question plus loin avec quelques détails, car il constitue l'un des produits intéressants des Sapotées. Il est ordinairement lourd, compacte, dur, coloré, peu corruptible, et les usages en sont nombreux (voy. Bois).

Écorce. — D'épaisseur moyenne et adhérente, elle laisse découler par incision un latex blanchâtre ou jaunâtre, à propriétés spéciales ; ce latex est d'ordinaire assez peu abondant, bien moins que chez les Apocynées, Euphorbiacées, Artocarpées, etc. Le tissu sécréteur qui le produit est, d'après van Tieghem, constitué par des files de cellules ajoutées bout à bout, et dont les cloisons transversales ne sont pas résorbées (1).


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(1) M. le professeur Heckel décrit une disposition spéciale des formations secondaires dans le Butyrospermum Parkii. Ici les faisceaux


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Feuilles. — Elles sont alternes, très-rarement sub-opposées (quelques Lucuma, Sarcosperma), tantôt rapprochées en groupe, en rosette, sur un rameau court et fort, tantôt plus espacées, sur un rameau plus grêle à élongation rapide. — Elles sont ordinairement très-entières (sauf Chrysophyllum imperiale, où elles sont dentées-spinescentes), simples, penninerves, assez fermes ou même coriaces, rarement membraneuses, ovales ou lancéolées, courtement pétiolées et souvent chargées à la face inférieure de poils étoilés ou malpighiacés, à éclat parfois métallique (Chrysophyllum).

Ces poils soyeux, apprimés, souvent d'un jaune doré ou blanchâtres, argentés, ou ferrugineux, existent non-seulement à la face inférieure des feuilles, mais encore sur les jeunes pousses, l'ovaire, le calyce. Ils donnent un éclat tout particulier aux échantillons d'herbier. Les espèces les plus remarquables sous ce rapport sont le Chrysophyllum Caïnito et les Palaquium (Dichopsis) formosum et calophyllum. Je ne connais pas ces deux dernières espèces, mais l'herbier du Jardin des plantes de Montpellier offre quelques spécimens de divers Chrysophyllum très-remarquables par leur reflet brillant.


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libéro-ligneux développés dans l'écorce viennent former une barrière entre les laticifères et l'extérieur, si bien qu'il faut, pour provoquer l'écoulement du lait, trancher cet obstacle au moyen d'un outil solide. Cette disposition se retrouve, pense M. Heckel, dans tous les Bassia. Une lettre de M. Daruty de Grandpré, de Maurice, lui disant que le lait ne peut, chez le B. latifolia, être extrait que des jeunes branches, le confirme dans cette idée. De mon côté, je trouve dans un article de M. J. Lépine, sur le B. longifolia, qu'on extrait le suc en incisant une écorce fort épaisse. Et ailleurs, d'après Perrottet, qu'on extrait, pour les usages médicaux, le suc des jeunes fruits et de l'écorce tendre. Ceci vient encore à l'appui de la présomption de M. Heckel. (D'après un article découpé sans indication du titre de l'ouvrage : c'est très-probablement un catalogue des produits coloniaux. Peut-être est-ce celui de l'Exposition de 1867.)


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Ces feuilles ne sont jamais aromatiques.

Les stipules manquent. Il en existe pourtant de caduques dans quelques genres (Ecclinusa, Sarcosperma, Cryptogyne, Butyrospermum).

Fleurs. — Généralement portées sur un pédicelle, rarement sessiles, les fleurs peuvent être isolées (Achras); mais le plus souvent elles sont réunies en inflorescences très-variées ; d'ordinaire, elles sont fasciculées à l'aisselle des feuilles ou aux nœuds des rameaux. Rarement rameaux florifères, axillaires, aphylles (Sarcosperma, quelques Sideroxylon), souvent très-nombreuses, peu brillantes, de couleur blanche ou verdâtre.

Ces fleurs sont généralement très-petites. La taille maximum est atteinte par un Lucuma indéterminé dont M. Sagot m'a envoyé un dessin à la plume de grandeur naturelle, et qui atteint près de deux centimètres.

Les arbres fleurissent assez jeunes, et la saison de floraison est longue. Les fleurs sont ☿, régulières. Souvent 5-mères, parfois 4-mères (Isonandra, quelques Lucuma), ou 6-mères, (Achras, quelques Mimusops), ou même 8-mères (quelques Mimusops, etc.). Il existe parfois, mais non toujours, de petites bractées qui entourent la base des pédicelles floraux. Rarement le calyce lui-même est entouré par des bractéoles analogues aux sépales.

Calyce. — Il est ordinairement fort petit et vert, et les pièces qui le constituent sont souvent soudées les unes aux autres à la base. Ces pièces, au nombre de 4-6-8, peuvent être nettement disposées sur deux verticilles, ou bien la bi-sériation n'est pas visible. Exceptionnellement, les sépales sont nombreux, et l'on peut considérer les plus extérieurs comme des bractées. (Bentham et Hooker.) Les segments du calyce sont persistants ou caducs, mais très-rarement accrescents.

Corolle. — Toujours gamopétale, elle est dans la règle iso-


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mère au calyce (Chrysophyllum, Lucuma, Sideroxylon, Achras, Argania, Isonandra, etc.), ou bien le nombre de divisions est deux ou trois fois plus grand (Mimusops, Bassia, Imbricaria, Bumelia, etc.), chaque pétale développant en dedans ou en dehors de lui deux stipules pétaloïdes. (Van Tieghem.)

Le tube de la corolle peut être exceptionnellement plus long que les lobes (Leptostylis) ; mais généralement il est court et le limbe a des lobes imbriqués égaux, formant un ensemble campanulé ou urcéolé suivant le degré de soudure. Lorsque la soudure n'a lieu qu'en bas, la fleur s'ouvre parfois beaucoup, et les divisions peuvent même être excurvées. Dans quelques cas rares, la corolle accrescente se gorge de matière sucrée avant de tomber sur le sol (voy. Mahwah).

Etamines et staminodes. — L'androcée constitue typiquement deux verticilles : l'un est opposé aux pièces de la corolle ; l'autre alterne avec le premier. Tel est le cas des Isonandra, Dichopsis, etc., dont toutes les étamines sont fertiles. Mais il est fréquent de voir l'un de ces verticilles, celui dont les pièces sont alternes avec les lobes de la corolle, disparaître complètement (Chrysophyllum, Payena, Bassia, Dichopsis, etc.), ou être remplacé par des staminodes petits (Lucuma, Labatia, Sarcosperma, etc.), ou plus ou moins grands et pétaloïdes (Argania, Butyrospermum, Achras).

Le cycle d'étamines fertiles est toujours opposé aux pièces de la corolle. Rarement le nombre des étamines devient considérable (Pycnandra).

Chez les Cryptogyne, il y a des staminodes opposés en dedans aux étamines et par conséquent aux côtés de la corolle. Mais sont-ce des staminodes ?

Les appendices de la corolle, ou staminodes, donnent souvent des types floraux bizarres.

Toutes ces pièces, étamines ou staminodes, sont insérées


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sur le tube de la corolle, tantôt sur un même rang, tantôt les pièces oppositipétales un peu plus bas que les autres.

Les filets sont généralement assez courts, dressés ; ou bien leur sommet est légèrement réfléchi en dehors.

Les anthères sont basifixes ou versatiles (Leptostylis), ovales-lancéolées ou linéaires-sagittées, à deux loges, s'ouvrant longitudinalement, tantôt et le plus souvent extrorses, tantôt plus rarement introrses (beaucoup de Lucuma), tantôt enfin à déhiscence latérale (Sarcosperma).

Le connectif est parfois prolongé au delà des loges ; il est ordinairement plus large en dedans qu'en dehors.

Lorsque la corolle est tubuleuse ou urcéolée, les étamines sont ordinairement incluses.

Disque. — Il résulte des observations organogéniques de M. Pierre, que m'ont communiquées M. le docteur P. Sagot et M. Pierre lui-même, que l'existence du disque est très-fréquente : mais il est souvent plus ou moins masqué par les poils villeux qu'il porte, et qui se confondent à l'œil avec ceux de l'ovaire lui-même.

Ce disque est en coussinet ou en bourrelet. Il est très-élevé, mais peu distinct de l'ovaire dans les Omphalocarpum, certains Lucuma. Dans les Myxandra (gen. nov.), il a un rebord en cupule soudé à l'ovaire. Il en est de même dans le Lucuma galactoxylon (Galactoxylon, gen. nov.).

Dans le Siderocarpus (gen. nov.), il a un rebord couvert de poils longs et sétiformes. Dans l’Illipe (Bassia auct.), il est peu visible, ainsi que dans le Chrysophyllum ? imperiale Benth.

Très-rarement il est annulaire comme dans l’Hormogyne. Il manque tout à fait dans le Payena Boelageana Burck, dans l’Æsandra (gen. nov.) et dans le Pycnandra.

Gynécée. — Il est libre et supère, sessile sur une large base, et constitué par :


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1° Un ovaire formé ordinairement d'autant de carpelles que de sépales : chaque feuille carpellaire forme une loge. Rarement le nombre des carpelles est moindre ; quelquefois deux seulement (quelques Lucuma).

Chaque loge est uni-ovulée.

L'ovaire, dans son ensemble, est ordinairement globuleux ou turbiné, très-souvent villeux, soyeux à sa surface.

Il existe constamment, sur la coupe longitudinale de l'ovaire jeune des Sapotées, une vacuole, une petite cavité située à la partie supérieure, entre l'insertion du style et le bord supérieur des cloisons.

Cette petite vacuole n'existe que dans le très-jeune bouton, alors que les bords des feuilles carpellaires ne se sont pas encore rejoints en dedans. Ainsi, dans le Butyrospermum Parkii (Vitellaria paradoxa), les cloisons manquent presque complètement dans le très-jeune ovaire, et les ovules sont en forme de mamelon à l'angle interne des loges, dont les cloisons rudimentaires ne dépassent pas ces ovules en hauteur et ne se rejoignent même pas au centre. Du reste, à ce très-jeune âge, les feuilles carpellaires ne se touchent même pas en haut et en dehors. La chose est plus nette encore chez les Palaquium, chez qui la partie supérieure de l'ovaire est encore en bourrelet, alors que les pétales sont avancés et les étamines différenciées. Cet état jeune et transitoire semble rapprocher l'ovaire des Sapotées de celui des Styracées et des Myrsinées. Mais ce n'est qu'une circonstance dans l'évolution. (Observation de M. Pierre.)

D'après le même observateur, l'ovaire est souvent plus ou moins immergé par sa base dans le réceptacle un peu élargi et tuméfié.

2° Un style simple, court et conique, ou allongé-subulé, glabre, droit, inclus.

3° Un stigmate terminal, punctiforme, peu visible, rarement un peu plus large.


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4° Des ovules, au nombre d'un par loge, plus ou moins amphitropes et fixés à l'angle central de la loge, mais plus ou moins haut ; en général, ascendants ou presque dressés, avec le micropyle extérieur et inférieur, et le raphé interne.

Dans le jeune âge, l'ovule est ou horizontal ou déjà vertical. Par la suite du développement, il devient ou vertical ou un peu oblique. En même temps, le raphé s'allonge de toute la longueur de l'ovule, inscrivant latéralement en dedans l’area derasa caractéristique. La position du hile varie parfois dans un même genre (Sideroxylon). (M. Pierre.)

Fruit. — C'est une baie indéhiscente, à péricarpe plus ou moins charnu, quelquefois assez peu, et dans quelques cas presque sec. Ce péricarpe ordinairement épais peut être assez mince ; il est recouvert par un épicarpe pelliculaire mince, lisse ou furfuracé-rugueux, ou même coriace (Labatia). Cette baie atteint parfois une grosseur assez considérable et la pulpe en est souvent comestible (voy. Fruits).

A l'intérieur sont de 2 à ∞ loges, assez souvent une seule par avortement des autres. Le fruit est donc en ce cas 1-loculaire et monosperme. La pulpe serre les graines de près, et celles-ci n'en sont pas séparées par un espace vide ou une enveloppe spéciale.

Il arrive très-souvent chez les Sideroxylonées, les Bassiées, etc., que les cloisons des loges, après s'être formées, se détruisent, en sorte qu'aucune cloison ne sépare les graines, ou que la graine unique est dressée dans une cavité formée aux dépens des autres. Le fait est commun dans les Sersalisia, dans quelques Payena. On a ainsi une placentation basilaire, bien que les restes des cloisons incomplètes soient visibles dans toute la partie supérieure de la cavité ovarienne. On peut même dire que la placentation est centrale, car la base des talons des carpelles forme un renflement columnaire au


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sommet duquel sont les ovules. Par là il y aurait des rapports avec les Myrsinées. Mais, d'après M. Pierre, à qui je dois ces intéressantes observations, ce fait n'a que peu d'importance dans l'ensemble des caractères des deux familles.

Graines. — Elles sont fort remarquables, souvent très-belles par leur grosseur et l'éclat de leur surface. Le nombre en est d'ordinaire bien moindre que celui des ovules, et le plus souvent une seule se développe (Butyrospermum, Sideroxylon, Payena, Bumelia, etc.) ; quelquefois deux ou trois (Achras Sapota). Lorsqu'elles sont solitaires, elles prennent plus ou moins la forme du fruit. Lorsqu'elles sont nombreuses, elles sont souvent aplaties latéralement, et disposées annulairement autour d'un axe épais. Il arrive quelquefois (Argania) que les graines se soudent étroitement les unes aux autres, l'axe central et les cloisons ayant disparu. Dans certains genres monospermes, on trouve exceptionnellement deux ou trois noyaux, dont un ou deux plus petits.

Chaque graine présente un hile très-remarquable (1), souvent très-grand, occupant presque le tiers de la graine, parfois moindre ou même assez petit. Ce hile est latéral ou sub-basilaire, oblong ou linéaire, ou très-large ; sa surface est souvent un peu rugueuse, marquée de petites inégalités, plus ou moins opaque et mate ; elle tranche par ces caractères et par sa couleur différente, tantôt plus foncée, tantôt moins, sur la surface brillante et vernie du testa.

Le testa est plus ou moins crustacé, dur, lisse, poli, brillant, de couleur acajou, fauve clair, chocolat ou brun-noirâtre,


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(1) M. Pierre considère ce hile si long comme formé par l'union du tégument externe avec le raphé, d'une part, et du raphé avec l'axe de la loge, d'autre part. On comprend que cette union ne se fasse pas toujours de la même façon et qu'elle ait lieu à des hauteurs diverses. De là des différences entre les genres. (Pierre, in Litt.)


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avec une large tache opaque répondant au hile. — L'éclat et le poli égalent celui du plus beau bois d'ébénisterie soigneusement travaillé et vernis. Chez quelques espèces pourtant, le noyau est moins élégant, un peu terne, pâle (Imbricaria, quelques Sideroxylon), ou même mat et rugueux (Labatia). Ce testa est ordinairement assez fragile et mince, rarement plus épais et résistant (Argania, Imbricaria).

Quant à la forme du noyau, elle est ordinairement ovoïde, ou plus ou moins fusiforme (Lucuma mammosa), ou aplatie quelquefois assez fortement (Sapotille).

Albumen. — Il manque souvent complètement (Dichopsis, Bassia, etc.). Lorsqu'il existe, il est peu abondant (Isonandra, Chrysophyllum) et charnu.

Embryon. — Cotylédons tantôt minces et plans, plongés dans l'albumen ; tantôt épais et charnus, l'albumen étant nul. Cependant il est à remarquer que l'albumen n'est pas toujours développé en raison inverse des cotylédons, et que même dans un albumen assez abondant les cotylédons peuvent être épais. Le fait a été observé par M. Pierre, mais j'avais eu déjà l'occasion de faire plusieurs fois cette remarque sur les graines que j'avais entre les mains. Du reste, d'une espèce à l'autre, l'épaisseur des cotylédons varie extrêmement, et le fait a peu d'importance. Dans quelques rares espèces à embryon exalbuminé, les cotylédons sont soudés.

La Radicule est infère, très-courte, à peine visible.

Le plan médian de l'embryon est perpendiculaire au plan de symétrie de la graine et au plan médian du carpelle. L'embryon est transversal dans le genre Calvaria, d'après les observations de M. Pierre.

Tels sont les caractères d'ensemble de la famille des Sapotées. Il reste à dire quelques mots des genres, de leurs affinités et de leur distribution géographique.


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AFFINITÉS

On considère d'ordinaire les Sapotées comme liées avant tout aux Myrsinées et aux Ebénacées : c'est là la place qui leur est assignée dans la plupart des ouvrages généraux de botanique, comme aussi dans la monographie d'A. de Candolle. Je me contente donc de renvoyer le lecteur, pour l'étude des points de contact et des différences avec ces deux familles, au Genera de Bentham et Hooker, au Prodrome de De Candolle et au Traité de botanique de Le Maoût et Decaisne, la manière de voir de ces divers auteurs concordant parfaitement. M. Sagot estime que c'est surtout par le genre Sarcosperma que se fait le passage au groupe des Ardisiacées. (Graine souvent à plusieurs embryons, etc.)

M. Hartog (1) considère les Sapotées comme liées d'une part aux Ægicérées et aux Myrsinées (et par cette dernière famille aux Primulacées et Plumbaginées), et d'autre part aux Ternstræmiacées, Styracées, Ebénacées. Les Guttifères sont aussi une famille voisine.

Le genre Omphalocarpum, que Palisot de Beauvois mettait dans les Sapotées, en a été distrait par Bentham et Hooker, qui en font un genre de Ternstræmiacées. M. Radlkofer (2) revient à l'idée première, et M. Pierre (3), tout en reconnaissant les rapports de ce genre avec les Ternstræmiacées, donne entièrement raison à M. Radlkofer.


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(1) On the Floral structure and Affinities of Sapotacese. Journ. of Botany, 1878, p. 65.

(2) Ueber die Zuruckführung von Omphalocarpum zu den Sapotaceen... Sitzungsberichte des K. K. Akademie der Wissenschaften XII, 3e livr. p. 265-344.

(3) Sur l’Omphalocarpum Radlkoferi. Bull. Soc. Linn. Paris, 1886, p. 577-582, et Bull. bibliog. Soc. bot. 1886, p. 116.


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Du reste, pour M. Pierre, les affinités des Sapotées avec les Ternstræmiacées ne sont pas douteuses ; elles sont plus grandes encore avec les Guttifères, et il est probable pour lui que la connaissance plus approfondie des genres accentuera encore ce rapprochement.

M. Pierre n'adopte pas pleinement l'idée si généralement admise de liens étroits entre les Sapotées et les Myrsinées et Ebénacées. Dans cette dernière famille, la présence de deux ovules pendants dans chaque loge, à la place de l'ovule unique ascendant des Sapotées, lui semble établir une différence assez profonde. Pour les Myrsinées, la placentation est axile, mais avec une série d'ovules sur chaque placenta. La résorption des cloisons se rencontre, il est vrai, chez les Myrsinées et chez quelques Sapotées, mais on trouve ce caractère chez bon nombre d'autres familles évidemment distantes.

Les vraies affinités des Sapotées sont pour M.Pierre avec les Guttifères.

Les faits d'organisation florale dans le genre Garcinia, par exemple, lui ont permis de constater que ce genre est très-étroitement lié aux Sapotées. D'autre part, l'anatomie lui a montré entre les deux familles une évidente similitude. Il est certain que la position épipétale des étamines fertiles n'est pas suffisante pour établir l'affinité avec les Myrsinées, et d'ailleurs ce caractère se rencontre chez certaines Guttifères (Garcinia Pictoria Roxb., etc.).


DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE

Les Sapotées appartiennent toutes aux régions tropicales ; il n'y a guère d'exceptions que pour quelques espèces qui habitent le Cap, l'Australie, la Nouvelle-Calédonie, le Maroc,


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le sud des États-Unis, et qui sortent un peu, par conséquent, de la zone torride proprement dite.

Celles qui exigent, en somme, le moins de chaleur sont les Bumelia, que l'on cultive en plein air dans la région méditerranéenne et qui y fructifient très-bien, et certains Bassia, les B. latifolia et longifolia, par exemple, qui, bien qu'ils habitent en grand nombre les parties chaudes de l'Hindoustan, remontent pourtant très-haut vers le nord de la Péninsule, et poussent même, paraît-il, dans des régions sujettes à de légères gelées blanches.

Les lieux d'élection sont surtout : dans l'Ancien Monde, l'Asie méridionale (presqu'île de Malacca, îles de la Sonde) et, dans le Nouveau Monde, les Antilles, les Guyanes et le Brésil septentrional. Déjà en Colombie le nombre des espèces est bien moindre que dans les Guyanes ou le Vénézuela.

Quelques-unes ont un habitat fort limité : ainsi l’Argania est exclusivement du Maroc ; l ’Hormogyne est Australien ; les genres Pycnandra et Leptostylis habitent la Nouvelle-Calédonie; le Cryptogyne, Madagascar ; les Ecclinusa, le Brésil; le Labramia, les Mascareignes.

A côté de ces genres à aire restreinte, et qui ne sont en général représentés que par une ou un petit nombre d'espèces, on en trouve d'autres qui s'étendent à des distances considérables. Ainsi le Butyrospermum, indigène de presque toute l'Afrique tropicale ; les Isonandra, Dichopsis, Bassia, Payena, répandus plus ou moins abondamment dans l'Inde, la Péninsule et l'Archipel malais, et jusque dans les îles du Pacifique ; les Labatia, Dipholis, Bumelia, de l'Amérique tropicale et quelquefois extratropicale ; les Chrysophyllum et Lucuma, qui sont presque tous Américains, mais ont pourtant des représentants, soit en Australie et en Nouvelle-Calédonie (Lucuma), soit dans l'Afrique tropicale, l'Asie et les îles Sandwich (Chrysophyllum). Les Labourdonnaisia, qui habitent à la fois Cuba, l'Afrique tropicale et les Mascareignes.


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D'autres enfin, plus répandus encore, appartiennent indistinctement à toute la zone tropicale : tels sont les Mimusops et Sideroxylon ; ces derniers sortent même de cette zone : pour vivre dans l'Afrique australe, en Nouvelle-Zélande, en Australie, à Madère, etc.

Il faut ajouter qu'un assez grand nombre donnant des produits utiles, tels que la Gutta-Percha, ou des fruits comestibles, sont l'objet d'une culture qui tend à augmenter leur aire d'extension (Achras Sapota, etc.).

Les Sapotées préfèrent d'ordinaire les grandes forêts, sur sol ferme et sec ; quelquefois les sols marécageux. Il y a pourtant des espèces littorales, telles que le Lucuma rivicoa par exemple, et quelques autres.


CULTURE

Les Sapotées sont assez rares dans les jardins botaniques de l'Europe, et les catalogues ne mentionnent qu'un petit nombre d'espèces, en général toujours les mêmes, les Bumelia, par exemple. Cependant M. le Dr Sagot, qui a bien voulu visiter à ce sujet les serres du Muséum, me signale une quinzaine d'espèces qui y sont actuellement cultivées, et parmi lesquelles l’Achras Sapota, le Mimusops Balata, le Chrysophyllum Caïnito, le Dichopsis (Palaquium) Gutta, etc.

Certaines y fleurissent, comme le Caïmitier ; d'autres, même en pieds âgés, n'y fleurissent jamais, comme le Sapotillier. Du reste, cette dernière plante exige certainement plus de chaleur que la plupart des arbres fruitiers tropicaux, et au Jardin botanique d'Orotava (Ténériffe), où on la cultive en pleine terre, elle prend peu de développement et meurt parfois l’hiver. Dans ce même Jardin on peut cultiver le Lucuma mammosa comme arbre fruitier.


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La multiplication se fait ordinairement par graines. Cependant M. Loury, au Muséum, parvient à faire reprendre les boutures de Sapotées (Argan, Bumelia, Chrysophyllum, Sapotille). Ces boutures mettent deux mois à s'enraciner. Elles sont faites sous cloche, dans des serres à multiplication, et avec des rameaux ligneux. (P. Sagot, in Litt.)

La croissance est en général lente, ou assez lente.


GENRES

Sans entrer dans une discussion dont je n'ai pas les élénents, j'accepte les genres tels qu'ils sont donnés dans le classique Genera de Bentham et Hooker. Les auteurs y reconnaissent eux-mêmes que bien des groupes sont encore mal définis, et que l'ignorance où l'on est des caractères de certaines fleurs ou de certaines graines ne permet pas de faire un classement définitif. Ils ajoutent même que les caractères floraux concordent mal en général avec les caractères carpologiques, et que ce n'est pas sans hésitation qu'ils ont adopté certaines délimitations génériques.

Actuellement, les distinctions de genres reposent surtout sur des caractères assez minutieux, qui ne sont peut-être pas d'une constance absolue. Il y a souvent, d'après M. Sagot, « une saison de floraison principale, et puis production de quelques fleurs isolées ou peu nombreuses, et ces fleurs tardives n'ont pas toujours le type véritable de la floraison. »

On voit tout de suite à quelles erreurs peuvent conduire des échantillons d'herbier recueillis à tel ou tel moment. Il faut ajouter que les fruits mûrs manquent dans les collections pour la plupart des espèces ; que la graine est inconnue dans une foule de cas ; que l'analyse des fleurs sur le sec est fort difficile à cause de leur petitesse.


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Pour ces raisons et pour d'autres encore, on voit que l'arrangement de Bentham et Hooker est loin d'être définitif, et qu'une révision des genres est nécessaire, aujourd'hui surtout que les échantillons contenus dans les herbiers sont trois fois plus nombreux que les espèces énumérées dans le Prodrome.

Mais c'est un travail qui incombe à plus compétent que l'auteur de cette modeste étude ; du reste, ainsi que je l'ai dit déjà, une importante monographie est à l'heure actuelle à peu près terminée et ne tardera pas à paraître. (Voy. Introduction.)

Au moment même de mettre sous presse, je reçois de M. Pierre une intéressante lettre, où il a l'obligeance de me communiquer ses idées sur la division des Sapotées en genres et en tribus. Bien que, pour les raisons énumérées plus haut, l'ordre suivi dans cette étude soit celui de Bentham et Hooker, on me saura gré de reproduire ici le tableau de M. Pierre. Ce tableau n'est pas encore définitif, car divers genres cités par M. Pierre dans ses lettres n'y figurent pas (Galactoxylon, Æsandra, Ochrotallus, etc.) mais il est le résultat de longues et patientes études et, une fois complété, sera sans doute adopté de tous, lorsque l'auteur aura fourni les preuves à l'appui. En attendant, je suis heureux que M. Pierre veuille bien m'autoriser à le publier.

Les Sapotées, telles qu'il les comprend, se divisent en six tribus :


Tribu I.- BASSIÉES

a) Illipe (Bassia auctorum).

b) Kakosmanthus.

c) Payena (Dasyaulus).

d) Azaola.

e) Mixandra (gen. nov.) (Bassia butyracea Roxb.).

f) Pycnandra.

g) Mahea (gen. nov.).

h) Isonandra.


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i) Palaquium (Dichopsis).

j) Diploknema (Pierre).


Tribu II - OMPHALOCARPÉES

a) Omphalocarpum.


Tribu III- MIMUSOPSÉES

a) Mimusops (Imbricaria, Labramia).

b) Murriaea.

c) Northia (Hook. f., gen. bonum !).

d) Labourdonnaisia.

e) Vitellaria (Butyrospermum, etc.)


Tribu IV - LUCUMÉES

a) Lucuma.

b) Pometia.

c) Oxythece.

d) Guapeba.

e) Labatia Sw.

f) Pouteria (Labatia Mart., ecxl. Guapeba Gomez).

g) Ecclinusa (Passaveria ??).

h) Niemeyera.

i) Amorphospermum.


Tribu V.- SIDEROXYLÉES

a) Sideroxylon ( Sersalisia pro parte, Micropholis, Leptostylis, (Cryptogyne = Calvaria), Argania, Henoonia).

b) Achras.

c) Sarcosperma.

d) Siderocarpus. (gen. nov.)

e) Ecclisanthe.

f) Bumelia.


Tribu VI.- CHRYSOPHYLLÉES

a) Chrysophyllum (cum sectionibus permultis).

Dans l'état des choses, le seul guide que je puisse suivre ici est le Genera de Bentham et Hooker. Il ne sera donc pas question des genres exclus dans cet ouvrage (Inocarpus, etc.), bien que certains pussent peut-être à bon droit réclamer leur place parmi les Sapotées (Omphalocarpum, etc.), ni de ceux qui ont été créés depuis (Eichleria Hartog, Sarcaulus Radlkofer, Mixandra, Mahea, Siderocarpus Pierre, etc.).

Le Genera de Bentham et Hooker admet vingt-quatre genres, dont un douteux (Henoonia). Ces genres sont :

1. Chrysophyllum. L.

2. Ecclinusa. Mart.

3. Lucuma, Juss.

4. Sarcosperma. Hook. f.

5. Sideroxylon. L.

6. Hormogyne. A. DC.


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7. Argania. Rœm. et Schult.

8. Cryptogyne. Hook. f.

9. Labatia. Mart.

10. Achras. L.

11. Isonandra. Wight.

12. Dichopsis. Thw.

13. Pycnandra. Benth.

14. Bassia. L.

15. Payena. A. DC.

16. Leptostylis. Benth.

17. Labourdonnaisia. Boj.

18. Labramia. A. DC.

19. Bumelia. Sw.

20. Dipholis. A. DC.

21. Butyrospermum. Kotsch.

22. Mimusops. L.

23. Imbricaria. Juss.

24. Henoonia. Griseb.


Il existe quelques Sapotées fossiles dans le tertiaire. Mais elles sont assez mal connues, et n'offrent guère à l'examen que des feuilles, en sorte que les genres même sont un peu douteux. Le genre Bumelia est le plus représenté à l'éta fossile (1).


(1) Voy. Saporta (G. de) in Ann. sc. nat., Sér. IV, t. 19, p. 73 ; — Id., ibid., Série V, t. 4, p. 139 ; t. 18, p. 61 ; — Marion, ibid., Sér. V, t. 14, p. 349.