Caesalpinia sappan (PROTA)

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Ressources végétales de l'Afrique tropicale
Introduction
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Auxiliaire Fairytale bookmark gold.svgFairytale bookmark gold.svgGood article star.svgGood article star.svgGood article star.svg


rameau en fleurs et en fruits. Source: PROSEA

Caesalpinia sappan L.


Protologue: Sp. pl. 1 : 381 (1753).
Famille: Caesalpiniaceae (Leguminosae - Caesalpinioideae)
Nombre de chromosomes: 2n = 24

Noms vernaculaires

  • Sappan, bois de sappan (Fr).
  • Sappanwood, Indian redwood (En).
  • Pau de sapan (Po).

Origine et répartition géographique

L’origine de Caesalpinia sappan n’est pas sûre, mais elle se situerait dans la région qui s’étend du centre et du sud de l’Inde, en passant par le Myanmar et la Thaïlande, jusqu’à la Malaisie péninsulaire, l’Indochine et le sud de la Chine. Il est cultivé et naturalisé dans de nombreuses régions des tropiques. En Afrique, il a été signalé au Nigeria, en R.D. du Congo, en Ouganda, en Tanzanie, à la Réunion, à l’île Maurice et en Afrique du Sud.

Usages

Le bois de Caesalpinia sappan est un bois tinctorial connu pour avoir été utilisé sur une vaste échelle internationale à travers l’histoire mondiale. Des centaines de tonnes furent exportées chaque année vers les mondes islamique et méditerranéen et vers l’Europe dès le Moyen-Age. Il demeura une source essentielle de teinture rouge jusqu’à la fin du XIXe siècle. Il est toujours utilisé pour teindre les textiles, mais uniquement à petite échelle par les artisans et les artistes. Il sert de teinture rouge pour la soie, la laine, le coton, les nattes et la vannerie, et quelquefois de colorant alimentaire. Le bois, réduit en poudre grossière, est imbibé d’eau et mis à fermenter pendant quelques semaines pour renforcer le pouvoir colorant de la teinture. Le bois fermenté est mis à bouillir dans l’eau. Le bain de teinture peut être employé sur-le-champ ou mis à évaporer afin d’être commercialisé comme extrait soluble sec que l’on peut conserver pour un usage ultérieur. Les mordants employés (par ex. l’acétate d’aluminium, les sels stanniques, l’acide oxalique) déterminent la couleur finale de l’étoffe, dont les nuances peuvent aller du rouge au rose, au mauve et au marron. Parfois, la teinture est utilisée en combinaison, par exemple en deuxième bain sur fond d’indigo pour des couleurs violettes, et avec du curcuma et des sulfates de fer pour donner un très beau rouge bordeaux. On peut aussi extraire la teinture avec de l’alcool et d’autres solvants organiques. Quelques gouttes d’extrait du bois versées dans de l’eau potable passent pour être rafraîchissantes, grâce au parfum et à la couleur qu’elles procurent.

Les fruits contiennent des tanins qui servaient jadis à préparer une teinture noire en combinaison avec un mordant de fer. Le bois est utilisé en ébénisterie depuis le Moyen-Age, notamment pour la marqueterie. C’est également une bonne source de bois de feu. Caesalpinia sappan est souvent planté en haie vive et comme arbre ornemental. Grâce à sa croissance aisée et à son port dense, il sert à marquer les limites des terres ainsi qu’à protéger les plantations contre les herbivores. Ses feuilles peuvent servir à accélérer la maturation des fruits tels que les bananes et les mangues. Le bois de sappan est aussi utilisé en médecine traditionnelle dans différents pays d’Asie (Inde, Vietnam, Chine, Japon). Une décoction ou une infusion de bois de cœur passe d’ordinaire pour être un puissant emménagogue et astringent. Il sert aussi à soigner les plaies (également avec un emplâtre de feuilles et d’écorces macérées), la tuberculose, la diarrhée, la dysenterie et aurait des propriétés anti-oxydantes, anti-inflammatoires, hépatoprotectrices, cytotoxiques, hypoglycémiques et inhibitrices de la xanthine oxydase. Les graines sont employées comme sédatif.

Propriétés

Le principal composant extractible, la sappanine, représente 20% du poids anhydre du bois de cœur. Le principal colorant présent dans le bois de cœur de Caesalpinia sappan est la braziline, que l’on trouve également dans le bois du Brésil (Caesalpinia echinata Lam.). La braziline est un produit peu coloré, qui s’oxyde facilement et donne la braziléine, un pigment d’un rouge profond, rouge naturel n° 24 et colorant n° 75280 du Colour Index. De nombreux autres composés phénoliques, également isolés du bois de cœur, contribuent à ses propriétés tinctoriales : essentiellement la 3’-O-méthylbraziline et d’autres homo-isoflavonoïdes (le sappanol et ses dérivés méthylés, l’épisappanol et ses dérivés, les sappanones A et B), plusieurs dibenzoxocines (les protosappanines A, B et C) ainsi qu’une méthanodibenzoxocinone dimère, la néosappanone A. La majorité de ces composés se transforment en braziline sous l’action de la chaleur, dans les milieux faiblement acides ou basiques qui résultent des processus habituels d’extraction de teinture. Lors d’essais, la braziline a eu un effet positif sur les fonctions immunitaires chez des souris en première phase d’intoxication par l’halothane, et chez des animaux présentant un diabète induit, elle a eu une action hypoglycémique et augmenté le métabolisme du glucose. Une décoction de bois a montré une activité antibiotique contre Staphylococcus, Salmonella typhi, Shigella flexneri, Shigella dysenteriae et Bacillus subtilis. Un extrait de Caesalpinia sappan s’est révélé être un puissant agent capable d’inactiver le sperme humain in vitro ; environ 2,5 mg/ml sont nécessaires pour réduire sa mobilité de 50%.

La tige et les feuilles contiennent des alcaloïdes et des tanins, ainsi qu’une abondance de saponine et de phytostérol. Les fruits renferment environ 40% d’un tanin qui convient parfaitement à la fabrication d’articles en cuir léger. Le bois de sappan fraîchement coupé est orange pâle. Longtemps exposé à la lumière et à l’air, il vire au rouge foncé. Une ébullition prolongée intensifie la couleur de la teinture. L’aubier est très étroit et peu coloré, le bois de cœur faisant jusqu’à 90% du volume total. La moelle est distincte et jaunâtre. Les cernes de croissance sont distincts. Le bois présente un fil droit et un grain fin à modérément fin, il est assez lourd (600–780 kg/m3), dur et brillant. Il sèche difficilement, se gauchit facilement et est sensible à l’effondrement, mais il est relativement facile à travailler ; il permet d’obtenir un bon fini, il est solide et résiste aux attaques des termites. Sa valeur énergétique est d’environ 25 000 kJ/kg.

Description

  • Arbre buissonnant atteignant 10 m de haut ; tronc jusqu’à 14 cm de diamètre, écorce à sillons distincts et à nombreuses épines, brun grisâtre ; jeunes rameaux et bourgeons poilus, brunâtres.
  • Feuilles stipulées, bipennées, atteignant 50 cm de long, avec 8–16 paires de pennes ; pennes à épines à la base et 10–20 paires de folioles sessiles ; folioles oblongues, de 1–2 cm × 0,5–1 cm, très obliques à la base, arrondies à émarginées à l’apex.
  • Inflorescence : panicule ou grappe axillaire ou terminale de 10–40 cm de long.
  • Fleurs bisexuées, légèrement zygomorphes, 5-mères, de 2–2,5 cm de large lorsque épanouies, jaunes ; sépales glabres ; pétales pubescents, le supérieur plus petit ; étamines 10, filets à poils laineux dans la partie inférieure ; ovaire supère, pubescent, 1-loculaire.
  • Fruit : gousse déhiscente, cylindrique-obovale, de 7–9 cm × 3–4 cm, fortement aplatie, brillante et glabre, munie d’un bec recourbé à l’apex, vert jaunâtre lorsque jeune, devenant brun rougeâtre à maturité, contenant 2–5 graines.
  • Graines ellipsoïdes, aplaties, de 18–20 mm × 10–12 mm, brunes.

Autres données botaniques

Le vaste genre Caesalpinia (environ 200 espèces) est pantropical, la majorité des espèces se trouvant en Amérique du Sud et centrale. En Afrique tropicale, près de 25 espèces sont indigènes, naturalisées ou cultivées.

Au début, le sappan pousse droit mais après avoir atteint 2,5 m de haut environ, ses branches commencent à retomber et à s’entremêler à celles d’arbres voisins pour former des fourrés, sous lesquels la végétation reste clairsemée. Après l’abattage, la souche rejette abondamment en l’espace de deux semaines. La floraison peut se faire au bout d’un an. Elle a lieu généralement pendant la saison des pluies, la fructification à peu près 6 mois plus tard.

Ecologie

En conditions naturelles, Caesalpinia sappan pousse principalement dans les régions de collines, à sols argileux et roches calcaires en basse et moyenne altitude. Il ne supporte pas des sols très humides. Il tolère en revanche des précipitations annuelles de 700–4300 mm, des températures annuelles moyennes de 24–28°C et un pH du sol de 5–7,5.

Gestion

Le sappan peut être multiplié par graines et régénéré par recépage. En règle générale, les gousses mûres éclatent en saison sèche, dispersant ainsi les graines qui restent dormantes jusqu’au début de la saison des pluies. Elles germent immédiatement si l’humidité est suffisante. On peut améliorer le taux de germination à environ 90% en trempant les graines dans de l’eau bouillante pendant 5 secondes. D’ordinaire, les arbres sont plantés à l’ombre d’autres arbres en forêt ou en lisière de forêt.

On ne fait état d’aucune maladie grave ni d’aucun ravageur dangereux, bien que des champignons tels que Auricularia auricula-judae (l’oreille de Judas comestible) et Meliola caesalpiniae puissent attaquer les arbres. Pour l’utilisation comme bois de teinture, l’arbre ne doit être coupé que tous les 6–8 ans, pour permettre au bois de cœur de se développer parfaitement ; pour le bois de feu, il peut être récolté tous les 3–4 ans lorsque le tronc a atteint 5–6 cm de diamètre. On coupe l’arbre à environ 1 m au-dessus du sol pour permettre aux rejets de se former sur la souche. La récolte se fait manuellement à la machette ; on retire les épines facilement en éraflant l’écorce avec le côté émoussé de la machette.

Ressources génétiques

Caesalpinia sappan est largement planté et n’est pas menacé d’érosion génétique.

Perspectives

Il semble peu probable que l’on assiste, dans un avenir proche, à un regain d’intérêt à grande échelle pour le bois de sappan en tant que produit tinctorial pour l’industrie textile, étant donné que les teintures synthétiques sont toujours moins chères à produire, souvent plus vives, et que les meilleures concurrencent les naturelles pour ce qui est de la solidité à la lumière et au lavage. Néanmoins, il n’est pas exclu que les teintures naturelles retrouvent une partie de l’importance qui fut la leur jadis, en raison des problèmes d’environnement et de toxicité liés à la production et à l’emploi de teintures synthétiques, et à l’épuisement progressif des matériaux fossiles à partir desquels les teintures synthétiques sont élaborées. Le bois de sappan représenterait ainsi une source renouvelable de colorant, non seulement pour les textiles et la vannerie mais aussi pour l’industrie alimentaire, cosmétique et pharmaceutique. Il pourrait aussi avoir un avenir encore plus prometteur en tant que plante médicinale, et continuera à être prisé pour son bois magnifique utilisé en ébénisterie ainsi que comme source de bois de feu doté d’une grande valeur énergétique.

Références principales

  • Zerrudo, J.V., 1991. Caesalpinia sappan L. In: Lemmens, R.H.M.J. & Wulijarni-Soetjipto, N. (Editors). Plant Resources of South-East Asia No 3. Dye and tannin producing plants. Pudoc, Wageningen, Netherlands. pp. 60–62.

Autres références

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  • Zerrudo, J.V., 1985. Sibukao (Caesalpinia sappan L.) a multipurpose tree. Diamond Jubilee Professorial Lecture. University of the Philippines at Los Baños, College Laguna, Philippines. 23 pp.

Sources de l'illustration

  • Zerrudo, J.V., 1991. Caesalpinia sappan L. In: Lemmens, R.H.M.J. & Wulijarni-Soetjipto, N. (Editors). Plant Resources of South-East Asia No 3. Dye and tannin producing plants. Pudoc, Wageningen, Netherlands. pp. 60–62.

Auteur(s)

  • P.C.M. Jansen, PROTA Network Office Europe, Wageningen University, P.O. Box 341, 6700 AH Wageningen, Netherlands

Citation correcte de cet article

Jansen, P.C.M., 2005. Caesalpinia sappan L. In: Jansen, P.C.M. & Cardon, D. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands. Consulté le 18 novembre 2020.


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