Bois (Planchon, 1888)

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Planchon, 1888. Etude sur les produits des Sapotées
Fleurs

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BOIS DES SAPOTEES


Le nombre des Sapotées qui fournissent des bois à l'industrie est très-considérable. L'origine de ces bois commerciaux est restée longtemps obscure, et, aujourd'hui encore, il en est dont la provenance n'est pas nettement déterminée.

Ces bois se ressemblent, en effet, assez souvent, et la distinction n'en est point facile. Ils rendent à l'industrie de très-grands services ; la plupart d'entre eux possèdent des qualités précieuses, qu'on ne trouve dans nos bois d'Europe qu'à un moindre degré, et qui les rendent éminemment propres à certains usages spéciaux.

Le plus souvent, ces bois sont très-lourds, et plusieurs plongent au fond de l'eau, même lorsqu'ils sont secs. Ils ne présentent pas d'ordinaire de fibres bien distinctes, sauf quelques exceptions ; on n'y remarque pas non plus de veines flexueuses manifestes. (Dr Sagot.)

La distinction entre le duramen et l'aubier y est quelquefois facile ; mais d'ordinaire on ne peut guère la faire, et le bois est dur jusqu'à l'écorce.

La coloration est le plus souvent foncée, rouge brunâtre, ou brune, ou fauve ; quelquefois plus claire.


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Ils sont extrêmement durs en général, et les noms de Sideroxylon et de Bois de fer, que portent plusieurs d'entre eux, suffisent à affirmer cette propriété.

La résistance qu'ils offrent à la rupture est très-grande. Représentée par 1 chez le Chêne, par exemple, elle est de 3,150 pour le bois de Balata. De nombreuses expériences ont été faites sur ce point, en particulier par M. de Lapparent.

L'élasticité est souvent très-grande. Le même bois de Balata, par exemple, a une élasticité de 3,325, comparée à celle du Chêne prise pour unité.

La résistance à la pourriture, l'incorruptibilité, est une des plus précieuses qualités du bois des Sapotées. La plupart résistent merveilleusement à l'humidité, et des expériences concluantes ont montré que, si le bois de Chêne plongé dans du fumier perdait en six mois 30 1/2 %, le bois de Balata, par exemple, ne perdait que 10 %.

Il faut dire pourtant que les bois durs et colorés de certaines Légumineuses, particulièrement les Césalpiniées, offrent bien plus de résistance encore à la pourriture et aux termites. Mais les Sapotées n'en rendent pas moins de grands services sous ce rapport, surtout dans les tropiques, où l'humidité a bien vite raison des bois enfoncés dans le sol.

Ces qualités désignaient naturellement les bois des Sapotées pour prendre rang parmi les plus utiles. Beaucoup sont employés dans le pays même ; beaucoup sont exportés. On les utilise pour les traverses de chemins de fer, le charronnage, la construction, le tour, la menuiserie, les dents d'engrenage, les palissades et pilotis, l'ébénisterie, etc.

Le reproche qu'on leur adresse parfois, en commun avec la plupart des bois de la Guyane, est de contenir souvent des tares invisibles du dehors. C'est pourquoi on les refend souvent suivant l'axe, pour constater l'état du centre, et aussi pour éviter les fissures qui se produisent fréquemment si l'on n'a pas pris cette précaution.


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Voici l'énumération des principaux bois utilisés dans l'industrie :

Chrysophyllum. — C. Caïnito L. Important à cause de son abondance sur le littoral de la Guyane et des Antilles. — Menuiserie.

C. glycyphoeum Casar. (Voy. Monésia.) Brésil. Menuiserie.

C. glabrum Jacq. nec Juss., vulgô Bouis. Antilles, sur- tout la Martinique. — Palissades, poteaux, charpente.

C. Sp. ?, vulgô Gligli. La Guadeloupe. Bois fort estimé. Les palissades auxquelles il est employé durent indéfiniment.

Les Chrysophyllum de Nouvelle-Calédonie donnent aussi des bois fort utiles ; les principaux sont :

C. Wakere Panch. et Séb. Un des meilleurs bois de l'île. Grain fin, serré, très-dur, très-difficile à clouer. Apparence du Buis. Dents d'engrenage, tour, etc.

C. Seberti Panch. Rougeâtre, solide. Remplace le Chêne dans les ouvrages de boissellerie. Charpente, charronnage.

C. sessilifolium Panch. et Séb. Rouge jaunâtre, dur. Facile à travailler. Charronnage, charpente.

C. dubium Panch. et Séb. Rougeâtre, fibreux, facile à fendre. Menuiserie, charpente.

C. argenteum Jacq.

C. Spec. ? Deux autres Chrysophyllum dont l'un porte le nom vulgaire d'Azou, sont signalés dans le « Catalogue des plantes utiles des colonies françaises », de M. de Lanessan, comme donnant un bon bois de tour et d'ébénisterie.

Lucuma. — L. Bonplandii Kunth, vulgô Bartaballi. Guyane. Léger, facile à fendre. Douves de tonneau.

L. rivicoa Gaertner, vulgô Jaune-d'œuf. Guyane. Traverses de chemins de fer, charpentes.

L. Caïnito A. D C. Brésil. Bois blanc, dur, résistant, durable.


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L. procem Mart. — Brésil. — Bois blanc, dense, durable, employé dans la construction des vaisseaux, et comme bois de charpente.

L. ? (Sersalisia cotinifolia F. Mùller). Jaunâtre. Nouvelle-Calédonie. Grain fin.

Sideroxylon. — S. mastichodendron Jacq., vulgô Bois de fer rouge. — Guadeloupe. — Grain fin, compact. Beau poli. Ebénisterie.

S. inerme L., vulgô Bois de fer de Cayenne. Rougeâtre, dur et pesant, mais se gerçant facilement.

S. Acouma A. D C, vulgô Bois d'Acouma. Espèce mal connue.

S. Bojeranum A.D C. (S. cinereum Wall, pro parte). Maurice, vulgô Bois de fer de Bourbon ou Bois de fer blanc.

S. pallidum Spreng. j vulgô Bois de fer bâtard, Bois d'Acouma bâtard. La Jamaïque, Cuba, Porto-Rico, etc., etc.

S. borbonicum A. D C, vulgô Bois de fer. Bourbon, mais assez rare.

S. cinereum Lam. nec Wall., vulgô Bois de fer de Bourbon, Bois de sable. Employé surtout à l'ébénisterie, à cause du beau poli qu'il prend et des veines agréables à l'œil dont il est parcouru. Il résiste mal à l'humidité, bien qu'on en fasse, paraît-il, des pirogues. La Réunion.

Quelques autres espèces peu importantes.

Argania. — Le bois de l’A. Sideroxylon, la seule espèce du genre, est très-employé dans l'ébénisterie, à cause de sa dureté et de sa beauté. Il est, en effet, très-joli à l'œil, gris jaunâtre, avec un grand nombre de cercles concentriques ; mais il est fort apprécié au Maroc et employé sur place. Il en vient encore très-peu dans le commerce. L'Argan devrait être acclimaté en Algérie, où il viendrait probablement fort bien et où il pourrait rendre de vrais services par son bois ou ses graines.


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La croissance de l'arbre est très-lente; mais il se reproduit facilement par des rejets et finit par former une tête ombreuse. Il est très-rameux et spinescent, et se divise souvent, dès la base, en plusieurs troncs gros et contournés (1).

Labatia. — Labatia macrocarpa Mart., du Rio-Negro. Vulgô Balata indien, Balata singe-rouge. Chemins de fer (excellent). Charpentes. Plus lourd que l'eau, même sec.

Achras. — A. Sapota L. Le Sapotillier a un bois très-dur, qu'on employait souvent dans la construction des anciens moulins à sucre à la Martinique et à la Guadeloupe, et qui sert aujourd'hui à divers usages. Mais on s'en sert peu dans l'ébénisterie. Sa dureté en fait un bon bois de charronnage.

A. costata Endl. Ile Norfolk, Nouvelle-Zélande, Nouvelle-Calédonie. Duramen foncé, odeur poivrée. Charpente et charronnage.

A. Sideroxylon. — Bois fort estimé.

Bassia. — Moins connus par leur bois que par d'autres produits, les Bassia ont cependant une utilité dans les travaux de charpente, menuiserie, tour ; car le bois en est fin, dur et serré. Le B. longifolia surtout est presque aussi durable que le bois de Teck ; mais il est moins facile à travailler, et les beaux fragments pour poutres ou planches sont bien plus rares.

Le B. latifolia Roxb. peut servir pour les travaux de chemins de fer. Il est demandé pour la construction des voitures, des moyeux de roues, etc. (Hayes).

Labourdonnaisia Boj. — L. sarcophleia Boj., vulgô Mapou à larges feuilles ovales. (D'après le Catalogue des produits coloniaux à l'Exposition de 1878). Bois de Natte à petite feuille (fide DC). Maurice, la Réunion.

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(1) Joachim Gatell, Bull. de la Soc. de géographie, mars-avril 1871.


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L. glauca Boj. Maurice. Vulgô Bois de Natte à grande feuille.

L. calophylloïdes Boj. — Maurice. Vulgô Petit Bois de Natte (Commerson), à cause de la petite taille de l'arbre, ou Bois de Natte à grande feuille Boj., comme le L. glauca.

L. revoluta Boj. Maurice. Vulgô Bois de Natte a petite feuille ou à langue de chat.

Bumelia Sw. (1). — B. nigra Sw. (Dipholis nigra Griseb.). La Jamaïque, la Guadeloupe. Vulgô Acouma-Boucan ou Aco- mat-Boucan. Charpente, menuiserie.

B. tenax Willd. (Sideroxylon tenax L.). Caroline du Sud, Louisiane, Martinique, Guadeloupe. Vulgô Bois de fer rouge. Un autre Bois de fer, le Bois de fer blanc des mêmes régions, est considéré comme une variété plus lourde. Charpente, pilotis, charronnage.

Mimusops. — Ils forment un genre important pour le bois.

M. Elengi L. Magadam, Magoudam-Cotté, Maulsri, Bakul, suivant les dialectes de l'Inde; Cavenkin des créoles (2). Bon bois de menuiserie, d'ébénisterie et de tour. Inde.

M. Balata Gærtn. (Achras Balata Aubl., Sapota Mulleri BL). L'arbre est extrêmement important à connaître pour son latex (voy. Balata) ; mais le bois mérite aussi une mention toute spéciale à cause de ses usages multiples. Il habite Maurice, où il est connu sous le nom de Bois de Natte à feuille de Poirier ou à petite feuille, Bois de Natte rouge, et surtout la Guyane et les Antilles. Là les noms qu'il reçoit sont multiples : Balata rouge ou franc, B. saignant, B. des Galibis, B. de montagne, Boromé des Arrouagues, Bois de chair, etc. Mais, en

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(1) Le nom de Bumelia, dans Pline et Théophraste, signifie grand Frêne ; on pense qu'il s'appliquait au Fraxinus excelsior.

(2) D'après J. Lépine, et de Lanessan, Cat. des prod. des col. franc.


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compulsant les divers catalogues et ouvrages sur ce sujets il m'a paru y avoir une assez grande confusion entre ces noms divers. Quoi qu'il en soit, le M. Balata à un bois précieux, très-dur, très-compacte, très-lourd, à grain fin, rougeâtre, facile à polir, à peu près incorruptible. On l'emploie constamment pour pilotis, engrenages, béliers, alluchons, mortiers, pilons, arbres de moulin, chevilles de marine, constructions diverses, etc. On en fait aussi un charbon estimé, et ce dernier usage a rendu cet arbre très-rare à la Martinique, où il abondait autrefois. La Compagnie de l'Ouest a fait des essais avec ce bois comme traverses de chemins de fer, et la durée en est extraordinaire ; il réunit les conditions essentielles pour cet usage : durée considérable, densité et dureté.

M. elata. Ce bel arbre, dont le suc a été étudié plus haut (voy. Massaranduba), est excellent pour les constructions civiles et navales. Brésil.

M. Kauki L. — Ceylan. — Bois estimé. Vulgô Munamal.

M. parvifolia Br. — Nouvelle-Calédonie et Nouvelle-Hollande.

M. angustifolia Boj. — Maurice. Vulgô Bois de Natte a petite feuille, comme bien d'autres bois de cette région.

M. nattarium Willem. Même région. Bois de Natte.

M. dissecta Br. Ile Tonga-Tabou (archipel des Amis). Vulgô Bois de Natte.

M. erythroxylon Boj. Maurice. Vulgô Bois de Natte rouge.

Imbricaria. — I. petiolaris. DC. C'est encore un des bois de Natte à petite feuille. Droit, dur, plein, c'est un des meilleurs, sinon le meilleur bois de l'île Bourbon. On l'emploie beaucoup pour la carrosserie et l'ébéhisterie. Il prend, sous l'influence de la chaux vive, une coloration qui varie depuis le rose jusqu'au noir. On s'en sert aussi pour faire du charbon, et on utilise son écorce pour la tannerie. On lui donne le nom


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vulgaire de Bardotier (Bojer) et le fruit porte le nom de Pomme de Singe.

I. borbonica Gaertn., vulgô Bois de Natte à grande feuille. Ebénisterie. Bois dur, rouge, plein, bien veiné. Maurice, la Réunion.

I. maxima Poir. La Réunion, Maurice. Autre bois de Natte à grande feuille. Mêmes usages.

I. madagascariensis, Bois de Natte de Madagascar.

Il existe en outre des bois d'origine mal déterminée et qu'on suppose être dus à des Sapotées. Ainsi le bois pain d'épice, employé à la Martinique pour le charronnage, etc., etc. Mais la liste précédente est déjà suffisamment longue sans qu'on y ajoute encore des noms vulgaires qui ne répondent à aucune espèce déterminée. Du reste, ces noms vulgaires s'appliquent parfois en commun à tant d'espèces, qu'il devient assez difficile d'en tirer des renseignements. Le nom de bois de Natte, par exemple, est donné à presque tous les Mimusops, Labourdonnaisia et Imbricaria, de Bourbon, de Maurice et des contrées voisines. Le même vague entoure les dénominations de Bois de fer et de Balata, (1).