Artichaut (Vilmorin-Andrieux, 1904)

De PlantUse Français
Aller à : navigation, rechercher
Arroche bon-henri
Vilmorin-Andrieux, Les plantes potagères, 1904
Asperge

[12]

ARTICHAUT
Cynara Scolymus L. — Cynara Cardunculus L. var.
Fam. des Composées.
NOMS ÉTRANGERS : ANGL. Artichoke. — ALL. Artischoke. — FLAM. Artisjok. — DAN. Artiskok. — SUED. Krönartskocka. — ITAL. Carciofo, Articiocca. — PORT. Alcachofra. — ESP. Alcachofa, Alcaucil (Rép. Argentine). — RUSSE Artichoke. — POL. Karczochy


Barbarie et Europe méridionale. — Vivace (mais, par le fait, bisannuel ou trisannuel dans la culture). — Tige de 1 mètre à 1m20, droite, cannelée ; feuilles grandes, longues d'environ 1 mètre, d'un vert blanchâtre en dessus, cotonneuses en dessous, décurrentes sur la tige, pinnatifides, à lobes étroits ; fleurs terminales très grosses, composées d'une réunion de fleurons de couleur bleue, recouverts par des écailles membraneuses imbriquées et charnues à la base dans les variétés cultivées. Graine oblongue, légèrement déprimée, un peu anguleuse, grise, rayée ou marbrée de brun foncé, au nombre d'environ 25 dans un gramme et pesant en moyenne 610 grammes par litre ; sa durée germinative est de six années.


[13]

Artichaut perpétuel Vilmorin-Andrieux 1904.png

CULTURE. L'Artichaut peut se multiplier par semis ou par éclats de pieds ou œilletons ; ce dernier procédé est de beaucoup le plus généralement suivi, car il est le seul par lequel on conserve sûrement les diverses variétés avec leurs caractères propres. Les vieux pieds d'artichauts produisent en terre, autour de leur collet, un certain nombre de rejetons destinés à remplacer les tiges qui ont fleuri l'année précédente. Ces rejets sont généralement en trop grand nombre sur chaque tige pour pouvoir se développer tous également. On est dans l'usage de déchausser, au printemps, jusqu'au-dessous du point d'insertion des œilletons, les vieux pieds qu'on avait garantis pendant l'hiver avec de la terre ou des feuilles. On détache alors du pied tous les œilletons, à l'exception des deux ou trois plus beaux, qui sont laissés en place et qui devront servir à la production de l'année.

L'opération de l'œilletonnage doit se faire avec précaution et demande une main assez exercée, car il est important de détacher avec le rejet une portion de la plante-mère à laquelle il est adhérent, et qu'on appelle le talon, et en même temps il faut éviter de blesser trop gravement le vieux pied, ce qui pourrait en amener la pourriture. Les œilletons, une fois détachés, doivent être parés et dressés à la serpette, c'est-à-dire qu'on doit retrancher du talon les portions froissées ou déchirées et raccourcir un peu les feuilles ; c'est dans cet état que les œilletons doivent être plantés.

La plantation peut se faire immédiatement en place. On doit choisir, pour établir une plantation d'artichauts, une terre bien défoncée, riche, profonde, fraîche et presque humide, sans cesser d'être saine. Les plaines basses, les fonds de vallée à terre noire et presque tourbeuse, conviennent tout particulièrement à la culture de l'Artichaut. Les pieds sont plantés en lignes et espacés entre eux en tous sens de 0m50 à 1 mètre, selon la richesse de la terre et la variété à cultiver. On affermit solidement l'œilleton en terre au moment de la plantation, sans l'enterrer très profondément, puis on donne un bon arrosage, et l'on se contente ensuite de tenir la terre propre pendant toute la belle saison par des binages répétés, et d'arroser abondamment toutes les fois que cela est nécessaire. Si l'eau et l'engrais ne manquent pas à la jeune plantation d'artichauts, presque tous les pieds devront produire dès l'automne. — Quelquefois, au lieu de planter à demeure tout de suite après l’œilletonnage, on plante d'abord les œilletons en pépinière et on les met en place à la fin de Juin ou en Juillet. La réussite de la plantation est ainsi plus assurée et la production au moins aussi abondante à l'automne.

Les semis d'artichauts doivent se faire sur couche tiède en Février ou en Mars, et l'on met le plant en place au mois de Mai. Les plantes ainsi obtenues peuvent produire dès l'automne de la première année. On peut aussi semer en place à la fin d'Avril ou en Mai, mais la production est alors retardée jusqu'à l'année suivante.


[14]

A l'entrée de l'hiver, il faut s'occuper de protéger les plants d'artichauts contre les froids, qui peuvent souvent les faire périr dans notre climat. Pour cela, on nettoie les pieds en les débarrassant des tiges qui ont fleuri, et que l'on coupe aussi près que possible de la racine. On retranche aussi les feuilles les plus longues, et l'on butte les pieds en ramenant la terre tout à l'entour jusqu'à 0m20 ou 0m25 au-dessus du collet de la racine, mais en évitant d'en faire pénétrer dans le cœur de la plante. Si les gelées sont très fortes, il est bon de recouvrir, en outre, les pieds d'artichauts de feuilles sèches ou de paille ; mais il est important de les découvrir quand le temps se radoucit, afin d'éviter la pourriture. A la fin de Mars ou au commencement d'Avril, quand les gelées ne sont plus à craindre, on détruit les buttes qui entouraient chaque pied, on fume, et, tout en labourant, on procède à l’œilletonnage tel qu'il a été décrit plus haut.

Il est bon de renouveler partiellement tous les ans ses plantations d'artichauts, et de ne pas les faire durer au delà de trois ans.

Pour obtenir un produit plus précoce, on œilletonne quelquefois à l'automne, et les œilletons sont mis en godets de 0m08 en terre ordinaire. Ces godets sont ensuite placés sous châssis froid ; on les protège pendant les fortes gelées au moyen de paillassons, de feuilles ou de fumier mis dans les sentiers ou autour des coffres. On donnera de la lumière et on aérera aussi souvent que la température le permettra.


CULTURE FORCÉE. — Dans cette culture, il importe avant tout de préparer les plants de telle sorte qu'ils soient bien établis avant l'hiver, sans être cependant arrivés au point de produire à l'arrière-saison. Pour cela on œilletonne vers la fin de Juin ou en Juillet, puis on plante les œilletons à demeure ou en pots, en terre substantielle, en ayant soin de régler l'arrosage suivant la marche de la végétation. Il va de soi que l'eau ne devra pas être ménagée au début jusqu'à reprise complète des œilletons.

Pour obtenir à l'époque indiquée les œilletons nécessaires, on provoquera par des arrosages abondants l'émission des rejets sur les plantes qui ont déjà commencé à donner une première production.

Au début de l'hiver, on enlève les plus grandes feuilles et l'on recouvre de châssis la plantation, qui aura été faite naturellement à demeure dans des planches correspondant aux dimensions des châssis dont on dispose ; puis, vers la fin de Janvier on chauffe à l'aide de réchauds de fumier ou au moyen d'un thermosiphon portatif. On devra maintenir pendant toute la durée du forçage, qui n'excède généralement pas 70 à 80 jours, une température de 10 à 15° centigrades, et aérer chaque fois que la température du dehors le permettra. Arroser copieusement, mais sans excès, surtout au début ; quand les têtes commencent à se montrer, on ajoute à l'eau des arrosages de l'engrais liquide.

Les œilletons élevés en pots seront hivernés sous châssis froids ou en local aéré garanti du froid et bien éclairé ; on les transportera successivement sur couche tiède pour les forcer et en échelonner la production.


ENGRAIS. — L'Artichaut est très sensible à l'influence des engrais. Dans les potagers d'amateurs, on pourra se contenter d'incorporer à la terre une bonne dose de terreau de couches. — Dans la culture en grand, l'emploi du fumier bien décomposé additionné d'engrais chimiques sera plus économique. Nous indiquons ci-après une formule qui devra donner d'excellents résultats dans les terres de qualité moyenne :

Fumier de ferme 25 à 30 000 kil.

Nitrate de soude. 10 kil.
Superphosphate de chaux 300 kil.
Chlorure de potassium 100 kil.

à l'hectare.

INSECTES NUISIBLES. — L'Artichaut est assez fréquemment attaqué par le Puceron noir qui se porte de préférence sur les organes floraux, et par le Puceron blanc des racines qui se tient au collet de la plante ; des bassinages au Jus de tabac, ou mieux au Solutol Lignières en solution au dixième (1 litre de Solutol dans 10 litres d'eau) ont vite raison de ces insectes.

Mais le plus grand ennemi des artichauts est assurément la Casside verte qui exerce ses ravages aussi bien à l'état de larve qu'à celui d'insecte parfait. Dans ce dernier cas, le ramassage des insectes et des larves est le seul procédé pratique qui permette d'atténuer les ravages de cette peste.


[15]

USAGE. — On mange la base des écailles de la fleur et le réceptacle ou fond de l'artichaut, soit cuits, soit crus. Les tiges et les feuilles peuvent être utilisées blanchies comme celles des Cardons et ne leur sont pas inférieures en qualité.

On a souvent proposé de rendre les têtes d'artichauts plus tendres et d'en augmenter la partie comestible en les étiolant plus ou moins complètement ; on a conseillé à cet effet de les entourer, jeunes, d'un capuchon de laine interceptant la lumière, ou même d'un simple papier fort non transparent ; il ne semble pas que ce procédé ait jamais été pratiqué d'une façon bien suivie.

Artichaut gros vert de Laon Vilmorin-Andrieux 1904.png
ARTICHAUT GROS VERT DE LAON.
NOMS ÉTRANGERS : ANGL. Large globe or Paris artichoke. - ALL. Artischoke von Laon, grüne sehr grosse.

Plante vigoureuse, relativement rustique, de moyenne hauteur, à feuillage grisâtre argenté, côtes rougeâtres, surtout à la base, non épineuses. Tiges raides, dressées, portant ordinairement deux ou trois ramifications secondaires. Pommes grosses, plus larges que hautes, remarquables surtout par la largeur du réceptacle ou fond de l'artichaut. Les écailles sont très charnues à la base, d'abord très fortement appliquées les unes sur les autres, puis brisées pour ainsi dire et un peu renversées en arrière dans les deux tiers supérieurs. Elles sont entièrement d'un vert pâle, sauf à la base, où elles sont légèrement teintées de violet, peu ou point épineuses. La hauteur des tiges ne dépasse pas 0m75 à 0m85 ; les touffes de deux ans en portent trois ou quatre.

Cette variété est la plus répandue aux environs de Paris ; elle n'est pas très hâtive, mais c'est la meilleure pour la production des artichauts à toute venue. Aucune n'a le fond aussi large, aussi épais ni aussi charnu ; en outre elle se reproduit assez bien par le semis.


ARTICHAUT VERT DE PROVENCE.
NOMS ÉTRANGERS : ANGL. Green globe or Provence artichoke. - ALL. Grüne Provencer Artischoke.

Plante de hauteur moyenne, à feuillage d'un vert assez foncé ; pommes vertes, un peu plus allongées mais ordinairement moins grosses que celles de l'A. gros vert de Laon. Les écailles, d'un vert uni, sont longues, assez étroites et épineuses ; elles sont médiocrement charnues à la base. Cette variété, très cultivée dans le Midi, est particulièrement estimée pour manger crue, à la poivrade, quand la pomme est à moitié développée.

Les graines de cet Artichaut donnent toujours par le semis une forte proportion de plantes très épineuses.


[16]

Artichaut gros camus de Bretagne Vilmorin-Andrieux 1904.png
ARTICHAUT GROS CAMUS DE BRETAGNE.
NOMS ÉTR. : ANGL. Large flat Brittany artichoke. — ALL. Bretagner stumpfe Artischoke.

Plante haute et vigoureuse, atteignant 1 mètre et 1m80 ; feuillage ample ; pommes larges, courtes, grosses, de forme presque globuleuse, aplaties au sommet : écailles vertes, brunâtres ou légèrement violacées sur les bords, courtes, élargies, assez charnues à la base.

Cette variété est très répandue dans l'Anjou et la Bretagne, provinces qui en envoient, dès le mois de Mai, de grandes quantités pour réapprovisionnement de la halle de Paris. — En raison du fort développement qu'elles atteignent, ses pommes sont plus particulièrement recherchées pour la cuisson.


ARTICHAUT PERPÉTUEL.
NOMS ÉTRANGERS : ANGL. Perpétual artichoke. — ALL. Immerwährende Artischoke.

Plante de 0m70 à 0m80 de haut ; feuillage vert grisâtre assez clair et liés découpé : côtes rougeâtres, surtout à la hase ; pommes camuses, arrondies, violettes quand elles sont jeunes, puis passant au gris violacé en grossissant : écailles larges, courtes, échancrées et non épineuses ( Voy. la fig. page 13).

Variété très fertile sous le climat du Midi, où elle est particulièrement cultivée par les jardiniers de Cannes, Nice et Antibes. Elle a le mérite de produire de bonne heure au printemps et de continuer à donner presque toute l'année lorsque les plantes sont maintenues en végétation par des arrosages fréquents ; en arrosant copieusement à partir du 15 Août, la récolte peut commencer dès le mois de Janvier, sur le littoral méditerranéen, dans les endroits bien exposés au soleil.

Cet Artichaut se consomme surtout à l'état cru, quand les pommes sont encore peu développées ; elles sont ainsi très délicates.


ARTICHAUT VIOLET HÂTIF.
NOMS ÉTRANGERS : ANGL. Early purple globe artichoke. ALL. Violette frühe Artischoke

Plante assez naine, n'atteignant que 0m70 : feuillage vert grisâtre, ample, mais très lacinié ; pommes rondes, vertes quand elles sont jeunes, se colorant de violet foncé à la maturité ; les écailles sont longues, pointues, légèrement


[17]

épineuses. Quoique cette variété soit originaire du Midi, elle réussit bien dans toute la France à cause même de sa précocité. Comme la précédente, elle est surtout recommandable pour la consommation à l'état jeune.

Cette variété a remplacé dans les cultures l'A. violet de Provence cité plus loin : comme lui, elle est un peu sensible au froid, et, par conséquent, il est prudent de ne pas la découvrir trop tôt au printemps.


Le nombre des variétés d'Artichauts étant extrêmement grand, nous nous contenterons de mentionner ci-après les variétés que nous considérons comme les plus remarquables après les cinq précédentes, qui sont les plus généralement cultivées :

A. cuivré de Bretagne. — Plante assez basse ; les pommes sont rondes, grosses, d'abord violettes, et prennent en se développant une teinte rougeâtre cuivrée ; écailles pointues.

A. gris (SYN. A. violet long). — Variété à pommes allongées, assez minces et assez lâches, élargies du bout ; elle se cultive spécialement aux environs de Perpignan et de Cavaillon, elle est très précoce et franchement remontante. Il en arrive en grandes quantités à la halle de Paris pendant l'hiver et au premier printemps.

A. noir d'Angleterre. — Race très distincte, à pommes nombreuses, de grosseur moyenne, presque rondes et tout à fait camuses, d'un beau violet-noir.

A. de Roscoff — Plante très haute ; pommes ovoïdes, d'un vert assez pâle ; écailles épineuses.

A. de Saint-Laud oblong. — Pommes grosses, allongées, à écailles peu serrées à la base et beaucoup plus rapprochées au sommet, peu échancrées et légèrement mucronées.

A. sucré de Gênes. — Plante assez délicate ; pommes d'un vert pâle, allongées, épineuses ; la chair du réceptacle est jaune, sucrée et très fine.

Artichaut violet de Venise Vilmorin-Andrieux 1904.png

A. violet de Provence. — Race de taille assez basse, à pomme renflée, courte, obtuse, d'un violet assez foncé dans le jeune âge et verdissant de plus en plus à mesure qu'elle grossit. Très fertile, mais un peu sensible au froid et ne produisant abondamment qu'au printemps.

A. violet camus ou A. violet quarantain de Camargue. — Plante moyenne ; têtes assez petites, à écailles rondes, dressées, d'un vert teinté de violet. Variété précoce.

A. violet de Saint-Laud. — Pommes moyennes ; écailles vertes dans leur portion libre et violettes dans la partie recouverte par les autres écailles ; queues violettes.

A. violet de Toscane. — Pommes très nombreuses, allongées, pointues, violet intense. Cette variété est très cultivée aux environs de Florence. Les pommes, cueillies très jeunes et tendres, sont généralement mangées cuites et entières.

A. violet de Venise. — Pommes moyennes, longuement coniques, violet foncé, surtout quand elles sont jeunes ; écailles remarquablement charnues et d'un goût très délicat, caractérisées par une teinte jaune saumoné dans la partie soustraite à l'influence de la lumière. Plante assez rustique, mais peu productive.


ARTICHAUT DE JÉRUSALEM.- Voy. COURGE PATISSON