Alfa (Trabut, Algérie Agricole, 1906)
- Nom accepté : Macrochloa tenacissima
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L'Alfa joue un rôle très important dans les Steppes. Cette Graminée est l'objet d'une grande exploitation industrielle, qui a beaucoup contribué aux progrès de la colonisation dans le département d'Oran.
L'Alfa est une herbe vivace à rhizome très rameux formant des souches d'abord compactes homogènes, mais devenant circulaires ou circinées par le dépérissement des rameaux anciens du centre. Les rameaux périphériques qui dessinent ainsi un cercle, s'isolent à mesure qu'ils s'éloignent et deviennent à la longue l'origine de nouvelles touffes compactes qui s'évident au centre, à leur tour, et forment de nouveaux cercles si la nature du terrain le permet.
La feuille, variable avec l'âge et l'état de la plante, a
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une longueur de 25 à 120 cent. et une moyenne de 50 à 80 cent. Elle est pendant la période de végétation étalée d'une forme laminaire, plane et rubanée. Sous l'influence de la sécheresse les deux moitiés de la feuille se rencontrent et forment un limbe dur, sec, jonciforme. La pointe est fine, piquante, légèrement scabre, souvent jaunissante (pointe dorée des alfatiers). Sur le vif et dans la saison humide la couleur des feuilles est d'un beau vert foncé. Sous l'influence de la sécheresse ou de la dessiccation la teinte verte devient blanchâtre. Les feuilles de l'alfa sont persistantes, elles durent au moins deux ans.
L'alfa a une aire de dispersion très étendue et il y a bien peu d'espèces de la flore méditerranéenne qui l'emportent par le nombre d'individus ou la surface occupée. Les stations de cette graminée présentent quelques caractères communs. mais bien des variantes. On peut rencontrer l'alfa à des altitudes très différentes ; il croît, en effet, au bord même de la mer et à 1,800 mètres, il vient sur le littoral, dans le Tell inférieur, les Hauts-Plateaux et dans la région désertique.
Souvent l'alfa recouvre des mamelons dont il constitue la végétation principale, abritant une flore bien caractérisée d'humbles herbes qui passent presque inaperçues . Sur d'autres points l'alfa vient sous bois, c'est alors dans les forêts, souvent de Pins, de Chêne vert et de Callitris, qu'on le rencontre surtout. Dans la région désertique au Sud-Est de Laghouat, l'alfa de Tripoli trouve encore les conditions nécessaires à son développement.
Le sol argileux des dépressions ne convient pas à l'alfa, son terrain préféré paraît être un sol léger formé
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de silice avec peu d'argile et recouvert de menues pierrailles calcaires. Malgré ce tempérament rustique, il s'en faut de beaucoup que l'alfa occupe toute la région des Hauts-Plateaux que l'on considère comme son domaine. De vastes surfaces sont couvertes par quelques plantes qui semblent être en concurrence avec cette graminée. Nous citerons l’Albardine ou Lygeum Spartum et l ’Artemisia Herba-alba (le Chih des Arabes). Dans les Steppes du Sud, il est facile de remarquer que l'alfa ne vient que sur les parties saillantes ou déclives du sol, les bas-fonds qui sont vastes et nombreux, ne nourrissent que l'Albardine et le Chih.
Parmi les influences météorologiques, c'est une grande quantité annuelle de pluie qui paraît, sur bien des points, exclure l'alfa.
Si nous circonscrivons sur une carte du Nord-Afrique les régions où il tombe en moyenne plus de 50 centimètres de pluie par an, nous verrons que l'alfa ne pénètre point dans ces contrées.
Jusqu'au niveau de Ténès, le littoral de l'Ouest depuis Tanger reçoit moins de 60 centimètres de pluie, aussi l'alfa vient sur les bords mêmes de la mer. De Ténès à Tunis, une ligne passant à 50-100 kilomètres Sud de la côte, limite une contrée pluvieuse (de 60 à 100 centimètres) dépourvue d'alfa. Les montagnes élevées du littoral, le Djurjura, les Babors arrêtent les pluies. Les régions placées immédiatement en arrière, comme la forêt du Ksenna, au Sud du Massif Kabyle, la région des Beni-Abbès à Sétif, au Sud des Tababors, Babors, etc., sont alors occupées par l'alfa.
Il en est de même en Espagne où l'alfa n'occupe que le littoral et les plateaux recevant de faibles quantités annuelles de pluies (40 à 50 centimètres).
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Par eonlre, l'alfa ne craint pas les contrées sèches, puisqu'il végète encore avec vigueur sur les confins de la région désertique, sur des points où il ne tombe pas 20 cm. de pluie par an, Laghouat (16 cm), Djebel Gharian, au sud de Tripoli.
L'alfa occupe une vaste région dans la partie occidentale et méridionale du domaine méditerranéen.
Au Maroc, l'alfa se trouve sur le littoral jusqu'à Tanger, sur les Hauts-Plateaux (Dahra), qui font suite aux plateaux oranais. Sur le versant nord du grand Atlas (Keira, Seklana, etc.), mais il n'est exploité que près de Mogador, dans les deux provinces de Chiadma et de Haha, chez les Kabyles d'Aouirah.
Dans la péninsule ibérique il occupe, dans le sud du Portugal, une petite région plus sèche que le reste du pays, la province d'Algarve (Cap St-Vincent).
En Espagne, l'alfa couvre une superficie très considérable des plateaux compris dans un triangle, dont les trois sommets sont à Malaga. Valence, Madrid. Il abonde dans les provinces de Murcie et d'Almeria, il est exploité à Alméria, Motril, Albacete, Alicante, Grenade, Huescar, Jaen, Guadalajara, Ciutad Real, Tolède. etc.
En Algérie, dans la province d'Oran, l'alfa est répandu depuis le littoral jusqu'aux montagnes des Ksours et le plateau des Ouled Sidi-Cheikh. Les grandes nappes exploitées sont au sud d'une ligne passant par Sebdou, Daya, Saïda, Frenda.
Dans la province d'Alger, l'alfa ne vient pas jusqu'au littoral ; il ne dépasse pas au Nord une ligne passant par Tiaret, Téniet-el-Haâd, Aumale, les Beni-Abbès, les Bibans. L'alfa abonde dans les Hauts-Plateaux, dans la région de Aïn-Oussera, Chellala, Razdeba, Djelfa, autour
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de Bou-Saâda, dans les montagnes des Ouled Nayl, autour de Laghouat, qu'il dépasse au Sud jusqu'au versant de l'Oued Mia.
Dans la province de Constantine, l'alfa forme un peuplement dans la région ouest et sud de Sétif, Beni-Abbès, les Bibans, les Boutaleb et les Maadid. L'alfa couvre une grande partie des contreforts inférieurs du massif de l'Aurès (Batna), l'alfa ne se trouve dans ces régions que sur les versants des montagnes, il ne forme pas de plaines comme dans les plateaux oranais.
Les peuplements d'alfa des montagnes de la province de Constantine se continuent en Tunisie, de Tébessa à Feriana, à Gafsa, Djebel Zitouna, Sbeilta, jusque dans les massifs montagneux à l'ouest de Kairouan. Puis au sud et non loin du littoral, les plateaux des Matmata et des Haouïa sont également couverts d'alfa.
Cette région se continue vers Tripoli et au delà pnr Djado, Zintan, Dj. Nefousa, Dj. Yefren, Dj. Ghaian, Dj. Cherchara, jusqu'au niveau de Sliten et suivant Rohlfs l'alfa s'avancerait aussi jusqu'au 30° vers le sud dans les plateaux tripolitains.
L'alfa rentre dans la catégorie des végétaux toujours verts et, parmi les graminées, dans le groupe physiologique des graminées de steppes. Les feuilles présentent des couches protectrices qui les rendent coriaces pendant la sécheresse. Le parenchyme vert entre alors dans une période de vie ralentie par l'insuffisance d'eau.
Vienne la pluie ou une forte rosée, immédiatement le limbe reprend de la turgescence, s'ouvre, se colore en vert foncé et aussitôt les communications avec l'atmosphère se trouvent rétablies, la chlorophylle peut reprendre le cours de ses fonctions organisatrices.
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L'influence de l'exploitation est très évidente ; les alfa vierges sont longs, larges, durs, grossiers, plus cassants, à mesure qu'on les exploite et que la souche s'épuise, ils perdent leur longueur, deviennent plus fins, moins cassants, plus uniformes.
A ce degré, l'exploitation a amélioré le produit au point de vue commercial. Mais la continuité des récoltes épuisant de plus en plus la souche finit par réduire les feuilles à de petits brins de 25 cent. Arrivés à ce degré d'épuisement les terrains à alfa ne sont pas toujours laissés en repos. Dans le voisinage des grandes voies de communications, des grands centres, on arrache encore ces brins étiolés qui sont assez estimés.
L'exploitation de l'alfa remonte à une haute antiquité et il est probable que tous les peuples qui ont occupé les terrains à alfa ont utilisé cette précieuse Graminée.
Varron en parle. Dioscoride et Pline qui, tous les deux ont voyagé et même séjourné en Espagne, ont écrit à ce sujet. Pline (Hist. nat. chap. XIV) décrit très bien les traits principaux de la distribution géographique des stations de l'alfa ; il énumère les opérations de la récolte et les manipulations qui permettent d'utiliser ce textile. Il remarque que la cueillette commence souvent immédiatement après l'hiver, mais que l'époque de la maturité du produit est fin mai-juin. L'arrachage était fait absolument comme aujourd'hui au moyen d'un petit levier d'yeuse ou d'os, autour duquel les feuilles étaient enroulées. Déjà, du temps de Pline, l'alfa était exporté surtout sous forme de cordages pour les navires, et c'est Carthagène qui était le centre de production, d'où le nom de Campus Spartarius donné par les anciens au territoire de Carthago Nova. On
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tissait aussi des étoffes et l'on confectionnait avec les brins d'alfa des nattes et des tapis. - Pline ne paraît pas avoir bien connu les alfas d'Afrique et en dit: « In Africa (Spartum) exiguum et inutile gignitur. »
Lécluse (Clusius) vers 1560 voyagea en Espagne et vit aussi l'alfa exploité ; rien n'avait changé depuis Pline, et, actuellement encore, les procédés d'exploitation sont à peu de chose près ce qu'ils étaient du temps de Pline.
La feuille d'alfa sc compose de deux parties très distinctes quand elle est bien développée : le limbe et la gaine ; la réunion de ces deux parties se fait par une véritable articulation, tous les tissus ne sont pas continus, les nombreuses fibres qui donnent cette solidité si remarquable au limbe cessent brusquement au niveau de l'articulation. Aussi une traction sépare facilement le limbe de la gaine ; c'est cette faculté de se désarticuler qui est le point de départ de tous les procédés d'extraction ou d'arrachage.
On peut glaner l'alfa avec la main solidement gantée et choisir ainsi les brins ; ce procédé serait le meilleur pour la conservation de la plante, mais il n'est pas suivi ; un ouvrier ne récolte pas autant que par le procédé suivant, dit du bâtonnet, qui est seul usité sur tous les chantiers et depuis l'antiquité.
L'alfatier ayant à la main gauche un bâtonnet d'environ 40 centimètres, fixé au poignet au moyen d'un brin de cuir, saisit avec la main droite une poignée de feuilles, l'enroule sur le bâtonnet tenu obliquement et tire avec les deux mains et par saccades ; de nombreux brins se désarticulent ; mais aussi presque toujours deux ou trois rameaux de la souche se rompent
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et suivent leurs feuilles. L'ouvrier passe alors la main droite sous les extrémités inférieures des brins, y rencontrent les rameaux pendants qu'il rejette avec les feuilles qui y adhèrent, ne gardant autant que possible que les limbes désarticulés, dont il fait une poignée ou manoque en réunissant le produit de plusieurs touffes. Malgré ce premier triage l'alfa porté au chantier contient encore de nombreuses gaines.
Les alfas séchés. triés, classés, sont ensuite pesés et mis en balles cerclées à la presse hydraulique, puis transportés au port et livrés au commerce.
Actuellement les terrains à alfa sont les uns possédés par des particuliers, d'autres sont communaux, d'autres domaniaux. Enfin de très grandes surfaces sont comprises dans les terrains de parcours des tribus et en territoire de commandement. On a estimé à cinq millions d'hectares la surface de ces peuplements des Hauts-Plateaux ; ce chiffre est évidemment exagéré ou bien comprend, en dehors des surfaces vraiment exploitables, de grandes étendues où les touffes d'alfa sont très éloignées les unes des autres.
Les nappes d'alfa sont généralement exploitées par des entrepreneurs qui font un traité avec les concessionnaires. Ces derniers ont obtenu leur droit d'exploitation en payant une redevance assez faible, soit au service des forêts, soit aux communes en territoire civil. soit enfin aux administrations militaires dans les territoires de commandement.
Les entrepreneurs établissent, dans les régions à exploiter, un chantier, c'est-à-dire une barraque habitée par un gérant chargé de recevoir livraison des alfas cueillis et pesés verts.
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Les Indigènes, qui dans les premiers temps restaient à peu près étrangers à la récolte de l'alfa s'y adonnent de plus en plus ; et, dans les territoires militaires, ils sont seuls autorisés à récolter.
Les prix payés par les entrepreneurs, sont sujets à d'assez grandes oscillations ; ils ont suivi, dans ces dernières années, la baisse générale des alfas et ont ainsi passé de 4 francs les cent kilos à 2 francs et même 1 fr. 50.
Un ouvrier ardent au travail, dans une journée arrache en moyenne, en alfa vert : 300 à 400 kil. ; un indigène, 150 à 200 kil. ; une femme ou vieillard, 100 kil. ; les enfants de 12 à 15 ans, 35 à 50 kil.
L'Espagne a de tout temps été un pays de grande production d'alfa ;vers 1868-72, l'exportation atteignait 90.000 tonnes ; actuellement elle est réduite à 45.000 tonnes.
L'Algérie a commencé l'exportation en 1863, en 1870 33.000 tonnes étaient livrées au commerce, en 1879 le maximum de 110.000 tonnes est atteint ; aujourd'hui 80.000 tonnes sont transportées en Europe.
La Tunisie exportait en 1879 33.OOO tonnes ; actuellement son exportation est réduite à 14.OOO tonnes ; mais une assez grande partie des alfas récoltés sont mis en œuvre et utilisés dans le pays. La Tunisie exporte aussi pour plus de 100.000 francs d'alfa ouvré. Des fabriques de pâtes à papier y sont installées depuis peu.
La Tripolitaine produit 80.000 tonnes ; son exportation se maintient vers 75.000 tonnes.
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Le Maroc n'exporte par Mogador que 3 à 4.000 tonnes par an.
L'exportation de l'alfa a subi dans ces dernières années une marche ascendante, en rapport avec une consommation croissante. De 1860 à 1869, l'exportation totale s'est élevée d'une quantité insignifiante à 95.000 tonnes ; en 1876 ce chiffre a presque doublé (185.000) ; en 1881 il était de 200.000 tonnes et en 1882 de 225.000 tonnes. Mais si la consommation a augmenté, les prix ont singulièrement baissé et sont arrivés aujourd'hui pour les alfas de papeterie à un minimum.
Les pâtes chimiques de bois sont de jour en jour mieux fabriquées, leur qualité augmente, tandis que les prix baissent.
Les trois provinces de l'Algérie fournissent une part très inégale à l'exploitation ; c'est la province d'Oran qui a toujours conservé le monopole des alfas. Dans les premières années, parce que les peuplements étaient voisins de la mer et aujourd'hui, en raison de ses chemins de fer de pénétration qui permettent un transport économique.
Alger et Constantine exportent des alfas de vannerie, sparterie à un prix bien plus élevé que les alfas de papeterie, 12 à 15 francs au lieu de 7 à 8 francs.
La valeur des alfas exportés annuellement est d'environ 10 millions.
Depuis 37 ans, on peut estimer à 300 millions le produit total des ventes.
Aujourd'hui que la main-d'œuvre indigène se substitue à la main d'œuvre étrangère, on comprend facilement que les 10 millions d'alfas vendus par an constituent pour les pays producteurs, un revenu très appréciable.
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Il est à désirer que le chemin de fer de Laghouat permette bientôt de livrer à l'industrie les alfas de Djelfa. Lorsque toutes les voies de pénétration seront achevées, l'Algérie pourra produire annuellement 400.000 tonnes d'alfa[1].
C'est l'industrie du papier qui consomme la plus grande partie des alfas, sur les 225.000 tonnes exportées des pays d'alfa, 210.000 étaient destinées à la papeterie. Les autres industries : sparterie, vannerie, corderie, emploient environ 15.000 tonnes.
Dans les pays de production on met souvent en œuvre une quantité notable d'alfa, l'Espagne et la Tunisie utilisent une bonne part de leur production, l'Espagne même importe des alfas d'Algérie pour la sparterie. En tenant compte de cette consommation locale, on peut évaluer ainsi les quantités d'alfa utilisées par année :
Papeterie 210.000 tonnes.
Sparterie
Corderie
Vannerie
Chaussures
Tissus, etc.
20.000 tonnes.
L'Angleterre consomme la plus grande partie de l'alfa produit. Le papier de bois n'a pu y détrôner le papier d'alfa très apprécié ; sur les 225.000 tonnes récoltées en 1885, près de 200.000 ont été importées en Angleterre. La Belgique et la France ont quelques papeteries qui produisent soit du papier, soit de la pâte vendue à d'autres usines pour faire des mélanges.
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- ↑ Dans le département d'Alger, en territoire militaire, plus de 600.000 hectares d'alfa sont inexploités, faute de moyen de transport, et pourront fournir plus de 12.000 tonnes.
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La France utilise très peu d'alfa en raison du prix élevé du transport, des produits chimiques et charbons. L'alfa qui revient aux Anglais et aux Belges à 10 francs les l00 kilogs, revient aux fabricants français à 14 francs ; l'alfa rendant au maximum 50 %, c'est déjà une différence de 8 francs par 100 kilogs de pâte, soit 55 francs au lieu de 43.
L'Allemagne achète de beaux alfas pour la vannerie et sparterie fine, le prix élevé (14 à 17 francs) compense la faible quantité, 3.000 tonnes.
L'Autriche, l'Italie, consomment aussi des quantités faibles, mais croissantes d'alfa.
Depuis les temps les plus reculés, l'alfa a été utilisé pour ses fibres, la sparterie et la corderie de l'Espagne étaient très estimées des anciens. De nos jours, l'alfa est employé pour les usages les plus variés.
On peut grouper les industries de l'alfa suivant la forme que le produit acquiert dans les manipulations, on aura ainsi :
1° Industries qui emploient l'alfa à l'état naturel ou simplement blanchi ou teint : sparterie, nattes, vannerie, balais, chaussures, bouquets, brosses, etc.
2° Les tissus sont dissociés par un rouissage, les fibres restent adhérentes et peuvent être employées après un simple battage : cordes, tapis grossiers, ou bien elles sont peignées, filées et tissées en tentures, tapis, etc.
3° Les fibres sont complètement dissociées par les produits chimiques, en tête desquels se placent les alcalis, soude et potasse.
Les fibres se feutrent facilement et fournissent une excellente pâte à papier employée pure ou mélangée à de la pâte de chiffon, de bois ou de paille.
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La papeterie ne trouvant plus en circulation la quantité de chiffons nécessaire pour une fabrication tous les jours plus considérable, a essayé un très grand nombre de végétaux fibreux désignés sous le nom de succédanés. Les succédanés qui ont acquis rapidement une faveur méritée, sont : l'alfa, la paille, le bois, le jute.
Transformation de l'alfa en pâte à papier. - Le problème à résoudre dans la fabrication de la pâte d'alfa consiste à dissocier les fibres par la dissolution des composés pectiques qui les unissent, à extraire des fibres la vasculose et cutose de manière à obtenir la cellulose en quantité aussi grande que possible et dans un état de pureté convenable, tout en conservant aux éléments fibreux l'élasticité, la force et la longueur qui leur sont nécessaires pour produire, par leur enchevêtrement, le feutrage indispensable à la confection du papier.
Les agents chimiques qui élimineront les composés pectiques, la vasculose et cutose, seront d'autant mieux appropriés au but poursuivi qu'ils altèreront moins la cellulose.
L'alfa est traité à peu près comme la paille. On commence par trier les brins, une toile sans fin entraîne les feuilles et des ouvriers saisissent rapidement au passage les impuretés.
L'alfa est ensuite haché par un hache-paille qui le divise en fragments de 3 à 4 centimètres. Quelques fabricants au lieu de hacher, écrasent entre des cylindres. L'alfa trié, haché et bluté est introduit dans le lessiveur.
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Le lessiveur fermé est chauffé par injection de vapeur pendant 6 à 8 heures.
Quand on emploi le lessiveur boulonne, la pression ne doit pas dépasser trois atmosphères, c'est-à-dire une température de 130° ; à uue pression plus élevée, la pâte d'alfa boutonne très facilement.
Au sortir du lessiveur, l'alfa se défile facilement et rapidement après un lavage prolongé, on blanchit au chlorure de chaux ; 10 kilogs de chlorure par quintal sont suffisants, on chauffe à 55°, ce qui accélère le blanchiement, l'opération doit être conduite doucement, on doit éviter avec soin la formation de boules.
L'analyse suivante, faite en avril 1887, au Museum par M. Fremy, fait prévoir le rendement de l'alfa.
Matières solubles dans l'alcool
Matières solubles dans l'eau
Composés pectiques
Vasculose et cutose
Cellulose
Cendres
3.35 9.95 7.80 17.80 46.00 3.20
Le rendement le plus ordinaire est, en effet, de 45 %, bien que certains industriels anglais prétendent obtenir 50 et même 52 %.
Qualité du papier d'alfa. - L'alfa donne un papier souple, soyeux, résistant, transparent, d'une grande pureté. Le papier d'alfa a beaucoup plus d'épaisseur pour le même poids que tout autre papier. Il prend très bien l'impression, il fait matelas sous les caractères d'imprimerie, qualité très recherchée, il convient très bien pour les éditions de luxe, les belles gravures.
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La paille pure donne un papier sonnant, mais peu solide, qui est beaucoup amélioré par une addition de pâte d'alfa. Les beaux journaux illustrés anglais sont imprimés sur papier d'alfa ; on en fait aussi dans le même pays un très bon papier à lettre.