Abnoûs (Ibn al-Baytar)

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Ibrîcem
Ibn al-Bayṭār, Traité des simples
Ibboufâïs


9 Ābnūs - Abnoûs, Ébène, Εβενος.

Nom accepté : [[]]

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  • Dioscorides, I, 129/ I, 98. L’ébène le plus actif est celui d’Abyssinie. Il est noir et sans veines, d’un poli semblable à celui de la corne travaillée. Si on le rompt, il se montre compact. Il pique et resserre la langue. Jeté sur les charbons, il répand une odeur agréable, sans fumée. À l’état frais, en raison de sa consistance grasse, il s’enflamme aussitôt qu’on l’approche du feu. Frotté sur une pierre à aiguiser, il prend une couleur de rubis. Il en est une espèce qui vient de l’Inde et qui a des veines blanches et rouges. Cette espèce est pareillement compacte, mais la première lui est préférable. Il y a des gens qui prennent des rameaux d’arbres épineux et d’un arbre que l’on appelle sîsama sīsāmā, et qui les vendent pour de l’ébène (1). Il y a en effet de la ressemblance, mais on peut on faire la différence, en ce que les rameaux se divisent en fragments pourprés, qu’ils ne mordent pas la langue, et que projetés sur le feu ils ne répandent pas d’odeur.
  • Galien, livre VI. Cet arbre est de ceux qui, frottés avec de l’eau, s’y dissolvent, ainsi que certaines pierres se dissolvent dans le vinaigre. Le suc qui en résulte jouit de propriétés réchauffantes, subtilisantes et détersives. C’est pour cela que certaines personnes prétendent qu’il enlève les particules dont l’iris peut être obscurci. On le fait encore entrer dans d’autres préparations employées contre les ulcères anciens de l’œil, les fluxions chroniques et les pustules de la nature des phlyctènes.
  • Dioscorides. L’ébène est un puissant détersif, employé contre les obscurcissements de la vue. On l’emploie aussi contre les afflux chroniques d’humeur à l’œil et contre les ulcères appelés phlyctis. Si on le dispose en façon de pierre à aiguiser, et que l’on triture par-dessus les collyres, ils en deviennent plus efficaces. On prépare aussi un collyre de la manière suivante : on prend de sa limaille ou de sa sciure et on la fait macérer pendant un jour et une nuit dans du vin de Chio, puis on triture avec soin. Il y a des personnes qui triturent avant de dissoudre; elles agissent ensuite comme nous l’avons rapporté. D’autres, au lieu de vin, se servent d’eau. On fait aussi brûler l’ébène dans un vase d’argile jusqu’à ce qu’il soit réduit à l’état de charbon, puis on le lave à la manière du plomb brûlé, et ou l’emploie avec succès contre l’ophtalmie sèche et le prurit de l’œil.
  • Ibn Massa. L’ébène est excellent contre le larmoiement et les pustules du bord libre des paupières. Il est chaud au troisième degré. Il est utile contre les humeurs chroniques et la tuméfaction de l’estomac. Sa sciure fait pousser les cils.
  • Avicenne. On prétend que nonobstant sa chaleur il éteint celle du sang. D’après El-Khouz (2), il rompt les calculs des reins. Brûlé et lavé, il est utile contre la gale de l’œil.
  • Le Livre El-Minhadj. Réduit en poudre, il est utile contre les brûlures.
  • Sofian l’Andalous. Il fortifie l’œil et la vue; Sa sciure, triturée avec soin et administrée à l’intérieur contre les ulcères malins, leur est salutaire et les pousse à la cicatrisation.

(1) À propos des sophistications de l’ébène, les versions varient. Mathiole donne: Sesamina lignea. Ibn el-Beithar donne Sissama sīsāmā, ce qui ne saurait être le sésame simsim. Sprengel lit Sucamina et traduit par Morus. Il ajoute, en note, qu’on lit vulgairement Sesamina.

(2) Ce mot El-Khouz soulève des difficultés. Et d’abord on le rencontre plus de quarante fois dans Ibn el-Beïthar, quelquefois dans les deux Sérapion, Avicenne et le jeune Mesué, fréquemment dans le Continent de Razès. On lit aussi parfois El Khouzy, et il en a été ainsi pour les traducteurs latins des auteurs que nous venons de citer. Mais le texte arabe d’Ibn el-Beïthar donne non seulement qāl al-ḫūz, mais aussi qālat al-ḫūz, et on lit parfois dans les traductions latines du Continent : dixerunt au lieu de dixit. Ce fait et l’absence de circonstances caractéristiques d’une personnalité nous semblent autoriser l’hypothèse que l’on pourrait avoir dans El-Khouz les Khouzistains, ou autrement les doctrines de l’école de Djondisapour, située dans le Khouzislan.