Tormentille (Cazin 1868)

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Tilleul
Cazin, Traité des plantes médicinales, 1868
Troène
PLANCHE XXXIX : 1. Sumac vénéneux. 2. Tabac. 3. Tanaisie. 4. Tormentille. 5. Tussilage.


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Nom accepté : Potentilla erecta


TORMENTILLE. Tormentilla erecta. L.

Tormentilla sylvestris. C. Bauh., Tourn. — Tormentilla vulgaris. Park. — Pentaphyllum tormentilla dictum. Moris. — Potentilla tormentilla erecta. Scop. — Fragaria tormentilla officinarum. Crantz. — Consolida rubra. Tab. — Heptaphyllon. Fuchs.

Tormentille droite, — tormentille tubéreuse, — tourmentille, — blodrot.

ROSACÉES. — DRYADÉES. Fam. nat. — ISOCANDRIE POLYGYNIE. L.


Cette plante vivace (Pl. XXXIX) se rencontre partout, dans les bois, les lieux frais, le long des haies, les pâturages ombragés.

Description. — Racine : souche épaisse, courte, tuberculée, ronde vers la partie supérieure, presque ligneuse, à écorce inégale, d'un brun foncé en dehors, rou-


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geâtre en dedans, un peu chevelue à sa partie inférieure. — Tiges nombreuses, dressées, ramifiées. — Feuilles sessiles, à trois ou cinq folioles ovales, allongées, dentées en scie, légèrement pubescentes, d'un vert plus foncé à la surface supérieure. — Fleurs petites d'un jaune vif, solitaires, sur des pédoncules axillaires (juin-juillet). — Calice à huit divisions, dont quatre pour le calicule et quatre pour le calice. — Corolle à quatre pétales cordiformes et unguiculés. — Étamines nombreuses, à styles filiformes. — Fruits : akènes nus et lisses, insérés sur le réceptacle convexe persistant.

Parties usitées. — La racine.

Récolte. — On peut l'employer fraîche toute l'année. C'est dans la belle saison qu'il faut récolter cette racine pour la sécher et la conserver. Celle qui se trouve dans les bois et les pâturages secs est préférable. On doit choisir les plus grosses et les débarrasser de toutes les tiges et radicules.

[Culture. — La tormentille est très-commune ; elle demande dans les jardins une bonne terre à demi ombragée. On la propage par drageons.]

Propriétés physiques et chimiques; usages économiques. — L'odeur de cette racine, comme de toute la plante, est nulle ; sa saveur est styptiqne et un peu aromatique. Elle contient, d'après Meissner[1], près d'un cinquième de tannin, trois dixièmes à peu près de gomme, de la myricine, de la cérine, du rouge de tormentille, de l'extrait gommeux, de l'extractif, des traces d'huile volatile, de la fibre ligneuse, de l'eau.

Dausse[2] a fait l'analyse comparée des racines de ratanhia et des racines de tormentille, cette dernière étant présentée comme succédanée de la précédente. Voici le résumé de ces intéressantes recherches, tel que le présente ce chimiste distingué :

1° L'éther démontre dans le ratanhia et la tormentille une substance résinoïde, insoluble clans l'eau, mais soluble dans l'alcool à 36 degrés. C'est à cette substance plus ou moins introduite dans l'extrait qu'il faut attribuer le trouble des dissolutions faites par l'eau. 2° Le ratanhia choisi et la racine de tormentille fournissent le plus d'extrait quand on les a traités par l'alcool à 21 degrés ou par l'eau bouillante. 3° Ces substances fournissent un extrait entièrement soluble si l'on ne les traite que par l'eau froide; mais par ce moyen on est loin de leur avoir enlevé tout le principe astringent. 4° L'extrait de tormentille hydro-alcoolique ou par l'eau bouillante contient un cinquième en moins de tannin que les deux mêmes extraits de ratanhia choisi : ainsi, pour remplacer entièrement le ratanhia, il faudra employer 5 gr. d'extrait de tormentille pour 4 gr. de ratanhia. 5° Le sirop de sucre et l'alcool sont les meilleurs dissolvants de ces deux extraits. 6° Toutes les fois qu'on voudra dissoudre un de ces deux extraits dans un sirop, il est inutile de se servir de l'eau : la solution se fait beaucoup mieux à l'aide de la chaleur dans le sirop seul. 7° Toutes les fois qu'une solution dans l'eau est trouble, on peut la rendre liquide en y ajoutant une certaine quantité d'alcool. 8° Déjà, par suite de la rareté du ratanhia, les falsificateurs se sont mis à l'œuvre ; on m'a déjà montré deux prétendus extraits de ratanhia faits de toutes pièces et sans ratanhia. Un moyen sûr de couper court à toutes ces falsifications, c'est de prescrire, à la place de l'extrait de ratanhia, l'extrait de tormentille qui, par son prix des deux tiers au-dessous de celui du ratanhia, n'offrira plus aucun avantage aux falsificateurs et permettra aux pharmaciens de fournir aux malades peu aisés un médicament moins coûteux et aussi actif que celui fait avec le ratanhia. 9° Les préparations de tormentille se distinguent par une odeur légère de rose.

La grande quantité de tannin qui existe dans cette racine l'a fait employer au tannage, surtout dans le nord de l'Europe, et particulièrement aux îles Feroë, aux Orcades, etc. On lit dans les mémoires de l'Académie de Berlin[3], qu'une livre et demie de poudre de tormentille équivaut à 7 livres de tan, pour cette opération ; aussi Hermstædt propose-t-il de la recueillir avec soin pour l'employer à la préparation des peaux. La couleur rouge, qui est si abondante, la rend utile en teinture, surtout pour les cuirs, en Laponie. On en fait aussi de l'encre. La gomme, qui fait plus du quart de ses principes constituants, montre qu'on pourrait encore se servir de cette racine inodore comme aliment, en la dépouillant de ses principes styptiques et un peu aromatiques.

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  1. Journal de chimie médicale, 1830, t. VI, p. 537.
  2. Bulletin général de thérapeutique, t. XLII, p. 237.
  3. Annales de chimie, an XIII, t. LIV, p. 219.


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PRÉPARATIONS PHARMACEUTIQUES ET DOSES.

A L'INTÉRIEUR. — Décoction, de 15 à 30 gr. par kilogramme d'eau.
Teinture (1 sur 8 d'alcool), de 5 à 10 gr., en potion.
Poudre, de 2 à 12 gr., en bols, pilules ou dans du vin généreux.
Estrait (l sur 8 d'eau), de 1 à 4 gr. et plus, dans du vin, en pilules, bols, etc.

Vin (1 sur 16 de vin), 60 a 100 gr.

A L'EXTÉRIEUR. — Décoction (30 à 60 gr. par kilogramme d'eau), pour lotions, fomentations, etc.
Poudre, quantité suffisante pour cataplasme.
Pommade (1 de poudre sur 5 à 16 d'axonge.


La racine de tormentille est énergiquement astringente ; comme la bistorte, elle est employée dans les flux et écoulements muqueux atoniques, les hémorrhagies passives, les fièvres intermittentes, etc. Haller la préférait à toutes les autres plantes astringentes. « La tormentille, disent Mérat et Delens[1], est un des meilleurs astringents indigènes connus ; c'est une plante trop négligée, et sa racine, sous le seul rapport économique, devrait être recueillie avec soin et employée plus qu'on ne fait. »

La tormentille et la bistorte peuvent remplacer, dans la médecine rurale, le ratanhia. Je leur ai constamment trouvé la même efficacité. Comme tous les autres astringents, la racine de tormentille ne doit être employée dans la dysenterie, la diarrhée, etc., que lorsque la période d'irritation est passée. Loiseleur-Deslongchamps et Marquis[2] disent que c'est uniquement à son emploi intempestif qu'il faut attribuer la diminution de sa réputation dans les dysenteries et les fièvres intermittentes, et non à son défaut d'énergie ; et ils ajoutent que si quelquefois elle a été nuisible, il est probable que ce n'a été qu'entre des mains inexpérimentées.

Cullen a éprouvé de bons effets de la racine de cette plante dans certaines fièvres intermittentes, en l'unissant à la gentiane ; ce mélange m'a réussi dans la leucorrhée atonique. Gilibert dit avoir vu un phthisique guérir par le seul usage d'un gros (4 gr.) de tormentille en poudre, administrée tous les matins, pendant un mois, par le conseil d'un paysan. Cette phthisie était consécutive de fréquents crachements de sang avec langueur d'estomac. Il est probable qu'il n'existait chez ce malade qu'une grande débilité causée par de fréquents crachements de sang, et que les poumons n'eussent offert, à l'exploration, aucune lésion semblable à celles que l'on trouve chez les phthisiques.

A la campagne, on utilise la décoction de racine de tormentille contre l'hématurie des bestiaux.

A l'extérieur, cette plante est employée en décoction aqueuse ou vineuse dans les cas de ramollissement des gencives, pour résoudre les contusions, les ecchymoses, pour exciter les ulcères atoniques, blafards, etc.

(De Duben[3] rapporte qu'il a traité avec succès plusieurs cas de prolapsus du rectum par des lavements de décoction de tormentille.)

Morin, de Rouen[4], a recommandé le remède suivant contre le panaris : on fait sécher au four la racine de tormentille, on la pulvérise, et, au moyen d'un jaune d'œuf, on lui donne une consistance pâteuse ; on étend sur un linge une ou deux lignes d'épaisseur de cette pâte, et on en enveloppe la partie malade; on doit de plus avoir la précaution de recouvrir le tout d'un cataplasme ordinaire, afin de retarder la dessiccation de la pâte par la chaleur de la partie malade ; ce remède réussit aussi contre le furoncle. Quel est, dans ces cas, sa manière d'agir ?

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  1. Dictionnaire de matière médicale et de thérapeutique, t. V, p. 491.
  2. Dictionnaire des sciences médicales, t. XLIV, p. 383.
  3. Journal für Kinderkrankheiten, 1862.
  4. Bulletin de thérapeutique, novembre 1839.