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Tabac (Cazin 1868)

Révision de 8 mars 2017 à 22:33 par Michel Chauvet (discussion | contributions)

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Sureau
Cazin, Traité des plantes médicinales, 1868
Tamaris
PLANCHE XXXIX : 1. Sumac vénéneux. 2. Tabac. 3. Tanaisie. 4. Tormentille. 5. Tussilage.


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Nom accepté : Nicotiana tabacum


TABAC. Nicotiana tabacum. L.

Nicotiana major latifolia. C. Bauh. — Hyosciamus Peruvianus. Dod. — Tabacum latifolium. Besl. — Nicotiana. Offic.

Tabac commun, — tabac vrai-nicotiane, — petun, — jusquiame du Pérou, — herbe de la reine, — Catherinaire, — herbe du grand-prieur, — herbe de l'ambassadeur, — herbe sainte, — herbe sacrée, — herbe de Sainte-Croix, — panacée antarctique, — tarnabonne, — herbe de Ternabon, — toubac, — herbe à tous maux.

SOLANACÉES. — NICOTIANÉES. Fam. nat. — PENTANDRIE MONOGYNIE. L.


Cette plante annuelle (Pl. XXXIX), originaire du Mexique, est abondamment cultivée dans toute l'Europe. Jean Nicot, ambassadeur de François II en Portugal, en envoya, dit-on, les premières graines en France en l560, et en fit connaître les propriétés[1].

Description. — Racine rameuse et blanchâtre. — Tiges cylindriques, fortes, rameuses, légèrement pubescentes, un peu fistuleuses, hautes de 1 mètre 50 centimètres à 2 mètres. — Feuilles grandes, amples, ovales-lancéolées, alternes, sessiles,

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  1. (L'origine des différents noms qu'on a donnés à la plante qui nous occupe offre un certain intérêt. Les Indiens lui donnaient le nom de petum. Tabac, vient de 1'île de Tabago (Mexique), où les Espagnols l'ont d'abord découverte. Ce que nous avons dit plus haut explique suffisamment l'appellation de nicotiane, que lui donna le duc de Guise. Le présent que Nicot en fit à Catherine de Médicis lui valut celle d’herbe à la reine, de Catherinaire. Ses autres noms historiques lui vinrent de ce que le cardinal de Sainte-Croix, nonce du pape en Portugal, et Nicolas de Tornabon, légat en France, introduisirent la plante en Italie.)


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glabres ou un peu glutineuses. — Fleurs rosées ou purpurines, disposées en panicules terminales (juillet-août). — Calice ovale, velu, persistant, à cinq divisions. — Corolle infundibuliforme, velue en dehors, à tube renflé, une fois plus long que le calice et à limbe divisé en cinq lobes aigus. — Cinq étamines à anthères allongées. — Un ovaire supérieur. — Un style à stigmate échancré. — Fruits : capsules ovales, biloculaires, à deux valves, s'ouvrant au sommet, contenant des semences nombreuses.

(Il existe plusieurs espèces de tabac cultivé en France. On ne met en usage que le précédent et le tabac rustique (nicotiana rustica), ou tabac femelle, dont les feuilles sont pétiolées ou ovales, les fleurs en panicules plus serrés et de couleur verdâtre. Cette variété donne le tabac de Corse.)

Parties usitées. — Les feuilles, rarement les graines.

Culture et récolte. — La culture et la récolte du tabac, soumis au monopole et surveillés par l'administration des contributions indirectes, est du domaine de l'agriculture[1].

Propriétés physiques et chimiques. — Le tabac est peu odorant tant qu'il est vert ; ses feuilles ont une saveur amère et âcre. A l'état de dessiccation, son odeur est très-pénétrante, et agréable pour certaines personnes ; d'après l'analyse de Vauquelin, les feuilles de tabac renferment de l'albumine, du malate acide de chaux, de l'acide acétique, du chlorure de potassium, du chlorydrate d'ammoniaque, un principe âcre volatile nommé depuis nicotine, et qu'on prépare en distillant les feuilles de tabac avec la potasse ou la soude. Les feuilles fraîches de tabac contiennent, d'après Posselt et Reimann, une base alcaline végétale (nicotine), une huile volatile particulière (nicotianine), de l'extractif, de la gomme, de la chlorophylle, de l'albumine végétale, du gluten, de l'amidon, de l'acide malique, du chlorhydrate d'ammoniaque, du chlorure de potassium, du nitrate de potasse et quelques autres sels.

[La nicotine = C20H14Az2, étudiée depuis par Boutron et Henry, Barral, Melsens, Schlœsing, T. Wertheim, Wurtz, Kékulé et Planta, Raewsky, etc., est un alcali organique, liquide, incolore, brunissant à l'air, d'une odeur dont l'âcreté est exagérée par l'élévation de la température, d'une saveur brûlante, soluble dans l'eau, l'alcool et l'éther, formant avec les acides des combinaisons définies et quelquefois cristallisables (tartrates, oxalates).]

Elle a été trouvée dans les feuilles de tabac fermentées ou non, et dans les racines de la plante. Le tabac fermenté en contient moins, quoiqu'il soit plus odorant. Cela tient à ce que l'ammoniaque développé par la fermentation met l'alcaloïde en liberté. Elle est à l'état de combinaison (probablement malate de nicotine) dans la plante dans la proportion de 3.21 (Alsace, 3.21) à 8 (Lot, 7.96) pour 100.

(La nicotianine est une huile essentielle solide, amère, répandant une forte odeur de tabac, insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool, l'éther et la potasse. Barral a signalé dans le tabac un acide particulier, l’A. nicotianique.)

Les semences de tabac contiennent, d'après Parmentier[2], une huile grasse, douce, siccative et comestible : 500 gr. contiennent 105 gr. d'huile ; et, comme ces graines sont excessivement nombreuses, puisque Linné a calculé qu'un seul pied pouvait en fournir 40 320 par an, on pourrait peut-être tirer quelque parti de ce produit, qui est ordinairement sans emploi.

On emploie ordinairement en médecine les feuilles de tabac (fraîches ou sèches) telles que la plante les produit.

(On met aussi en usage le tabac préparé, ou tabac de régie ; mais ce dernier, en raison des, opérations qu'il a subies pour le rendre odorant, et par la mise en liberté de l'alcaloïde qui est la conséquence de ces opérations, contient moins de nicotine que les feuilles sèches non travaillées.

Le tabac de la régie, dont les manipulations ne sauraient être reproduites ici, et pour lesquelles nous renvoyons aux ouvrages spéciaux, se divise en tabac à fumer gros et fin, en cigares, en tabac à priser et enfin en tabac à chiquer.

Nous devons signaler le danger d'enfermer le tabac à priser dans des sacs doubles de papier de plomb, comme on le fait beaucoup en Allemagne. Mayer[3] cite cinq cas d'intoxication et de paralysie saturnines produites par l'usage de ce tabac. Il résulte

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  1. Voyez Maison Rustique du XIXe siècle, t. II, p. 47, la plupart des ouvrages d'agriculture et la Flore médicale du XIXe siècle, de Réveil et Dupuis, 1865, où l'on trouve des détails très-intéressants sur la culture et la manutention du tabac, la fabrication des cigares, etc.
  2. Bulletin de la Société phil., t. I, p. 18.
  3. Cité par la Gazette hebdomadaire de médecine, 31 juillet 1857.


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des expérience de Mondet qu'il se forme dans cette circonstance, sur la couche de métal, du sous-acétate de plomb, qui se mêle à la poudre de tabac.

Pendant l'acte de fumer, une partie de la nicotine est brûlée ; l'autre est entraînée avec la fumée. Ce fait a été constaté de la façon la plus précise par Melsens, qui aurait obtenu environ 30 gr. de nicotine, en livrant à la combustion 4 kilogr. 500 de tabac préparé.

Pendant la combustion du tabac, surtout lorsqu'il est humide, il se dépose une huile empyreumatique ; c'est cette huile qui constitue en grande partie ce que l'on nomme vulgairement le jus de culot de la pipe. Le cigare imbibé de salive, lorsqu'il est tenu directement entre les dents, en produit aussi souvent. D'après Richard, cette huile empyreumatique serait produite par la décomposition de quelques principes de la plante.

En résumé, la fumée de tabac telle qu'elle sort de la pipe est un mélange d'air, d'acide carbonique, d'oxyde de carbone et de particules de matières carbonisées, dans lequel on retrouve une quantité notable de nicotine (environ 7 pour 100), avec des traces d'huile empyreumatique et d'ammoniaque, lorsque le tabac est humide.)


PRÉPARATIONS PHARMACEUTIQUES ET DOSES.


A L'INTÉRIEUR. — Infusion, 75 centigr. à 2 gr. par 500 gr. d'eau bouillante, comme émétocathartique (rarement employé).
Vin (1 de feuilles sur 12 de vin), de 25 centigr. à 2 gr.
Sirop (8 de sucre sur 6 d'hydromel, 1 d'oxymel et 12 de sucre, ou 1 de tabac sur 12 d'eau, 2 de réglisse, 24 d'eau et 16 de miel), de 10 à 30 gr., comme purgatif et vermifuge.
Extrait, de 3 à 20 centigr., comme altérant ; de 10 à 50 centigr., comme émétique.
Teinture de Fowler (32 gr. de feuilles pour 500 gr. d'eau en macération au bain-marie ; à 120 gr. de cette infusion, ajoutez 60 gr. d'alcool), de 40 à 200 gouttes progressivement.
A L'EXTÉRIEUR. — Décoction, de 10 à 30 gr. par kilogramme d'eau, pour lotions, fomentations, etc. ; feuilles en cataplasme.
Suc (1 sur 3 d'axonge), pour pommade, etc.

Poudre (2 gr. pour 30 gr. d'axonge), en frictions.
Fumée de tabac, en injections dans le rectum[1] ou dirigée sur des parties affectées de névralgie, de rhumatisme, de goutte.

(NICOTINE. — A L'INTÉRIEUR. - De 1 13 gouttes dans un véhicule approprié, par jour, à doses fractionnées et graduellement. Rarement employée et demandant une grande circonspection. Voyez page 1061.)
A L'EXTÉRIEUR. — De 10 à 30 gouttes, en injection dans la vessie.
Teinture de nicotine : nicotine, 1 gr. ; alcool faible, 30 gr. On en imbibe des compresses qu'on applique sur les parties douloureuses.
Le tabac entre dans la composition du baume tranquille, dans le sirop de Quercetan et autres préparations aujourd'hui inusitées.

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  1. On a inventé un grand nombre d'appareils fumigatoires pour introduire la fumée de tabac dans le rectum. Le plus simple de tous et le meilleur est celui de Gaubius. Il consiste dans un soufflet de cuisine dont le tuyau est garni de cuir pour ne pas blesser l'intestin, et à l'âme duquel on adapte un entonnoir. La fumée, reçue dans ce dernier et introduite dans le soufflet, est pressée ensuite doucement dans le rectum.

(Les exemples d'empoisonnement par le tabac et ses préparations fourmillent dans les ouvrages classiques et les recueils périodiques.


Les émanations du tabac peuvent suffire pour produire des douleurs de tête intenses, des vertiges, des tremblements, des vomissements opiniâtres. Ramazzini cite le fait d'une jeune fille qui eut tous les symptômes initiaux de cet empoisonnement pour s'être reposée sur des paquets de tabac en carde. Fourcroy, dans la traduction de l'ouvrage de ce dernier auteur, rapporte le cas de la petite fille d'un marchand de tabac qui mourut dans des convulsions affreuses pour avoir couché dans un endroit où on en avait râpé une grande quantité.

Introduit dans l'estomac, son effet primitif ou direct est de déterminer de l'irritation, des nausées, des vomissements, des coliques violentes, des déjections alvines abondantes, l'inflammation du tube digestif. Lorsqu'il est absorbé, il agit sur le système nerveux et produit des vertiges, du trouble de la vue, une céphalalgie persistante et un état profond de prostration accompagné de sueurs froides, alternant avec un état convulsif ou des tremblements de tout le corps. Quelquefois il augmente l'action des reins ou celle de la peau, et provoque une diurèse douloureuse ou des sueurs abondantes. S'il a été pris en assez grande quantité et que la mort s'ensuive,


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celle-ci est précédée d'un moment de calme trompeur, mais le malade pâlit, s'anémie profondément, s'affaisse insensiblement et s'éteint. A l'autopsie on trouve des traces d'inflammation sur les parties avec lesquelles le poison a été mis en contact. (Voyez NICOTINE p. 1060.)

Les effets que nous venons de décrire et dont l'étude physiologique sera complétée dans le courant de l'article, et au paragraphe traitant de la nicotine, sont également produits par le tabac en substance, par sa décoction, par son extrait aqueux, par son huile empyreumatique, par sa fumée, mais avec des degrés divers d'intensité ; ils ont également lieu, soit qu'il soit introduit dans l'estomac ou dans le rectum (dans ce dernier cas, une dose moindre suffit), soit qu'il soit appliqué sur des surfaces dénudées ou simplement sur la peau excoriée. Murray rapporte l'histoire de trois enfants qui moururent en vingt-quatre heures, au milieu des convulsions, pour avoir eu la tête frictionnée avec un liniment composé de tabac, dans l'intention de les guérir de la teigne. L’Abeille médicale (mai 1858) rapporte un fait analogue, terminé par le retour à la santé, où l'huile empyreumatique de tabac employée en frictions sur un herpès tonsurans avait déterminé les plus graves accidents. Fourcroy a noté des symptômes d'empoisonnement causé par l'usage de la décoction de tabac en lotions contre la gale.)

Le traitement de l'empoisonnement par le tabac est à peu près le même que celui que nous avons indiqué à l'article BELLADONE, p. 136. Toutefois le principe irritant de la nicotiane produit souvent une angiothénie, avec état pléthorique général ou local qui nécessite impérieusement l'emploi de la saignée et des antiphlogistiques. Les vomissements violents et opiniâtres, plus particuliers à l'action de cette solanée, et dispensant de l'administration des vomitifs, réclament l'emploi de l'opium quand la congestion cérébrale n'en contre-indique pas l'usage, ou lorsque celle-ci a été combattue par les émissions sanguines. Si, après la disparition des symptômes nerveux, une vive réaction donne lieu à une inflammation plus ou moins intense, on devra la combattre par les saignées locales, les boissons mucilagineuses et abondantes, les bains, etc. Ici, comme toujours, la nature des effets produits peut seule diriger le médecin dans l'emploi des ressources que lui offre la thérapeutique.

(Sans contredit, l'action nuisible du tabac ne se manifeste jamais plus souvent que lorsque cet agent est introduit dans l'économie par une habitude volontairement contractée.

L'usage du tabac est tellement répandu dans nos campagnes et parmi la classe indigente des villes, que le malheureux supporte plutôt la privation du pain que celle de cette plante, qu'il mâche, fume ou prise. L'ouvrier prend sur son salaire de quoi satisfaire une habitude qui lui fait perdre beaucoup de temps et le rend lourd, moins apte à se livrer au travail.

Les priseurs. — Le tabac à priser, quelquefois conseillé comme moyen thérapeutique, appliqué sur la muqueuse olfactive, y détermine un sentiment de titillation et de picotement suivi d'une sécrétion plus abondante, non-seulement des glandes de la pituitaire, mais aussi des glandes voisines, à moins que les parties ne soient accoutumées à son action par un long usage. Le plus souvent, en effet, l'habitude de priser devient une servitude, un besoin impérieux ; mais l'irritation répétée que cause le tabac en poudre affaiblit l'odorat, l'hyperémie qu'il produit prédispose aux affections ulcératives ou hyperplasiques (polypes). Puis, lorsque l'usage a produit l'émoussement, le priseur doit aspirer fortement le tabac pour le faire monter à la partie supérieure des fosses nasales, ou la pituitaire conserve encore quelque sensibilité. De là, par suite de la descente des mucosités, une partie de ce tabac tombe dans le pharynx, dans l'œsophage et finalement dans l'estomac. Dans ces organes, il agit à la fois comme irritant et comme poison âcre, et produit l'inflammation.


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(Les effets secondaires de l'habitude de priser sont des vertiges, des maux de tête, des tremblements et même l'apoplexie.)

Mon père fut appelé au mois de novembre 1858 au pensionnat de M.Taverne, de Boulogne-sur-Mer, pour secourir un jeune Anglais âgé de dix ans, atteint de violents vomissements, de défaillances, d'anxiété précordiale avec petitesse du pouls, pâleur de la face, crampes, etc., symptômes déterminés par l'action de deux prises de tabac successivement introduites dans le nez et tombées dans l'arrière-bouche. Cet état alarmant n'a cédé peu à peu, dans l'espace de quinze heures, qu'à l'usage très-abondant d'une décoction de graine de lin et de tête de pavot. Le malade est resté faible, chancelant comme après l'ivresse pendant près de huit jours.

J. Lanzoni[1] rapporte l'histoire d'un soldat qui avait contracté une telle habitude de prendre du tabac, qu'il en consommait jusqu'à trois onces par jour ; à l'âge de trente-deux ans, il commença à être atteint de vertiges bientôt suivis d'une apoplexie violente qui l'emporta. Le même auteur cite encore le cas d'une personne que l'usage immodéré du tabac d'Espagne rendit aveugle et ensuite paralytique. Les grands priseurs tombent quelquefois dans une espèce d'imbécillité. « J'ai connu, dit Mérat[2], de ces priseurs intrépides qui étaient dans une sorte d'abattement continuel, qui, la bouche béante et les narines étoupées d'une croûte noire de cette poudre, ne savaient que fouiller sans cesse dans leur tabatière, et conservaient tout juste assez d'instinct pour cette action machinale.

(Aux incrédules qui nieraient l'absorption du poison et ses effets délétères sur l'économie qu'elle empoisonne graduellement, nous pourrions encore citer le cas si remarquable de paralysie observée sur un médecin dont la disparition ou la réapparition était due à la suppression ou à la reprise de l'habitude ; en dernier ressort, on leur mettrait sous les yeux les résultats remarquables des analyses minutieuses de Morin (de Rouen), qui a trouvé dans les organes (foie et poumons), d'un vieux priseur invétéré des quantités notables de nicotine[3].

Les chiqueurs. — Ceux qui mâchent le tabac, et, si l'on en excepte la population maritime, c'est le petit nombre, n'éprouvent pas souvent de mauvais effets de leur sale habitude, par la raison qu'ils rejettent la salive ; s'ils en faisaient autrement et l'avalaient, ils éprouveraient les mêmes effets que ceux qui ingèrent l'infusion de la plante. L'absorption est à peu près nulle dans la muqueuse buccale, surtout lorsqu'elle est intacte. Malheureusement l'usage prolongé de la chique l'irrite souvent, et il peut alors se produire des phénomènes d'intoxication. Ils ont été très-rarement notés. W. Scott a publié[4] un cas d'empoisonnement par cette voie, suivi de mort après sept jours. Marchal (de Calvi) a signalé un cas de paralysis agitans auquel il n'attribuait pas d'autre cause.

D'après une statistique de Bergeron, citée par L. Figuier[5], le cancer de l'estomac est plus fréquent chez l'homme que chez la femme, et il faut en chercher la cause dans les funestes effets de la chique. Il ne faudrait pourtant pas oublier que les hommes boivent plus que la femme.

Les fumeurs. — Les effets du tabac sont surtout très-manifestes chez les fumeurs inexpérimentés ou chez ceux qui, pour la première fois, sont enveloppés d'une atmosphère chargée de fumée de tabac. Les accidents sont plus fréquents dans ce cas que dans l'acte de priser parce que, ainsi que l'a

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  1. Journal d'Allemagne, 1730, p. 179.
  2. Dictionnaire des sciences médicales, t. LIV.
  3. Recueil des travaux de l'Académie de Rouen et Gazette hebdomadaire de médecine, décembre l861.
  4. Medic. mirror, cité par le Journal de médecine et de chirurgie pratiques, 1867.
  5. Année scientifique, dixième année, 1866, p. 257.


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fait remarquer Bichat dans son Cours manuel de matière médicale, le poison passe avec l'air dans les voies aériennes. Ce poison, lorsqu'on n'en a pas l'habitude, peut produire les phénomènes les plus divers, depuis l'indisposition la plus légère jusqu'à l'intoxication aiguë et la mort.

De la langueur, un malaise général, de la sécheresse à la gorge, un trouble dans les idées se produisent plus ou moins rapidement. Surviennent ensuite de la pesanteur à la tête, des vertiges, des tintements d'oreille, des défaillances ; puis le sujet est pris de tremblements nerveux ; sa face décolorée se couvre d'une sueur froide et visqueuse ; il se produit de fréquentes envies d'uriner, des nausées, des douleurs gastralgiques. Ces phénomènes sont les avant-coureurs du vomissement, qui rarement amène du soulagement. Le pouls est petit, fréquent, serré et intermittent ; la respiration est laborieuse et suspirieuse ; puis des coliques aiguës déchirent les entrailles et se terminent par des évacuations alvines abondantes et fétides. Le calme revient alors, mais la faiblesse subsiste ; le sommeil se produit, et le réveil amène un soulagement qui n'est troublé que par une céphalalgie sus-orbitaire plus ou moins intense.

Les symptômes ne s'arrêtent pas toujours là ; il se produit des symptômes plus graves de congestion cérébrale dont la paralysie est le résultat. Ces phénomènes peuvent amener la mort. On connaît le fait relatif aux deux frères dont parle Helwig, qui moururent dans un état léthargique pour avoir vidé, en fumant, l'un dix-sept et l'autre dix-huit pipes de tabac. Marshall Hall rapporte qu'un jeune homme fut pris de crampes et de convulsions pour avoir fumé dix pipes. Ce sont là des faits exceptionnels, et comme excès et comme effets produits. Le tabac n'est réellement nuisible que lorsque l'habitude est invétérée. On observe chez les fumeurs de profession des altérations locales de la muqueuse buccale et des symptômes généraux, qui frappent les appareils de la digestion, de la circulation, de la respiration et de l'innervation.

Le fumeur éprouve une sensation continuelle de chaleur dans la bouche et dans la gorge qui pousse à la soif. Ses lèvres et ses gencives sont enflammées, ses dents deviennent jaunes, et prennent une teinte enfumée, leur émail s'altère ; le frottement du tuyau de la pipe arrive même à user complètement les canines. Son contact, surtout lorsqu'on use de la pipe dite brûle-gueule et l'huile empyreumatique qui en sort produisent sur la muqueuse de l'érythème ou même des aphthes et des ulcérations ; il s'ensuit aussi quelquefois une altération de l'épithélium, qui devient épais et blanchâtre, puis passe à l'état d'épithelioma grave. Le brûle-gueule est en effet reconnu comme une des causes les mieux établies du développement du cancer épithélial papilliforme. D'après une statistique due à Leroy, le cancroïde des lèvres figure à peine pour un centième chez la femme, tandis que chez l'homme la proportion monte à plus d'un vingt-sixième. Le cancer de la langue pourrait, comme ce dernier, mériter le nom de cancer des fumeurs.

Cette action irritante locale a engagé Diday à prohiber formellement le tabac dans la syphilis, car il entretient les plaques muqueuses par cette irritation constante. Bien plus, il propage le virus, car un tuyau de pipe peut le colporter et le transmettre[1].

La sécrétion des glandes buccales et celle des glandes salivaires est augmentée ; l'expuition fréquente qui en est la conséquence est repoussante et finit par épuiser.

L'haleine contracte une odeur caractéristique des plus répugnantes que l'on parvient à peine à neutraliser par la racine d'iris, les tablettes de cachou, etc.

Les fonctions digestives sont troublées ; si la fumée de tabac est quelque-

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  1. Histoire naturelle de la syphilis, leçons professées à l'Ecole pratique, 1863.


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fois un léger excitant de la digestion, par l'abondance de la sécrétion gastrique, qui paraît sympathiquement liée à celle de la salive (Cl. Bernard), il est patent que l'habitude qui nous occupe détermine de la lenteur dans les digestions, de la dyspepsie flatulente ou acide ; on l'a aussi accusé d'être une des causes efficientes du cancer de l'estomac.

L'usage prolongé du tabac a sur les mouvements du cœur une action qui pour n'être pas constante, n'en est pas moins manifeste. Le pouls est désordonné et affecte le type cérébral. Il résulte des observations d'Emile Decaisne[1], que, sur quatre-vingt-huit fumeurs incorrigibles, il s'est rencontré vingt et un cas d'intermittence du pouls, indépendante de toute lésion organique. Cet auteur pense que l'abus du tabac à fumer peut produire sur certains sujets cet état d'intermittence qu'il propose d'appeler narcotisme du cœur.

D'après Edward Smith[2], le danger devient réel lorsque l'organe central de la circulation est le siège d'une affection plus ou moins grave. Dans ces cas, l'usage du tabac précipite le mal et rapproche beaucoup le terme fatal[3].

La circulation capillaire se trouve aussi impressionnée, les joues sont rouges et les conjonctives congestionnées ; il n'est pas rare d'observer des apoplexies qui n'ont pas d'autre cause.

Du côté des organes de la respiration, il se rencontre peu de modifications. Beau a rassemblé un certain nombre de faits tendant à prouver l'influence de la pipe et du cigare sur la production de l'angine de poitrine. Ces faits, dont l'interprétation est peut-être un peu hasardée, demanderaient à être étayés par de nouvelles observations.

C'est sans contredit sur le système nerveux que l'on accuse le tabac de porter avec le plus d'intensité son action délétère. Il n'est pas d'imprécations que l'on n'ait proférées contre lui à ce sujet. Jolly, dans une très-intéressante communication à l'Académie de médecine, a résumé tous les griefs et lui a fait son procès en forme[4]. Selon cet éloquent académicien, outre l'état d'hébétude momentanée, dans laquelle se plonge, s'absorbe le fumeur, ce dernier, en obéissant à sa funeste passion, irait au-devant des affections cérébrales les plus graves : congestion, vertiges, affaiblissement nerveux, paralysie des extrémités inférieures. Les statistiques médicales ont établi que les affections des centres nerveux, les maladies mentales, les paralysies générales et progressives, et les ramollissements du cerveau et de la moelle augmentent dans une proportion vraiment effrayante. Guislain avait déjà signalé l'influence du tabac sur le développement des paralysies générales. D'accord avec la physiologie (voyez NICOTINE), qui enseigne que la nicotine porte surtout son activité sur la fibre motrice, Jolly a trouvé que les paralysies étaient surtout musculaires. Nous pourrions multiplier les exemples et parler des cas d'épilepsie publiés par Ch. Bastings, d'ataxie locomotrice cités par Michea, qui n'avaient d'autre point de départ que 1'abus de la nicotiane. Le tabac se contente souvent de favoriser le développement du nervosisme.

Sans vouloir accepter la véracité complète de ce tableau, dont les couleurs sont si sombres, il faut bien reconnaître que l'usage immodéré de cette solanée engourdit l'intelligence et diminue manifestement l'excitation des facultés d'expression orale et mimique. Bertillon[5] a demandé à la sta-

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  1. Cité par Garnier, Dictionnaire annuel des progrès des sciences et instructions médicales, 1864, p. l07.
  2. In Bulletin de thérapeutique, 30 avril 1864, p. 380.
  3. Math. Fageret, Du tabac, son influence sur la circulation et l'innervation, thèse de Paris, 1867, n° 139, p. 28.
  4. Bulletin de l'Académie impériale de médecine, février 1865 ; Etudes hygiéniques et médicales sur le tabac, publiées par l’Union médicale, même année, et analysées avec soin par L. Figuier. (Année scientifique, 1866, p. 250-264.)
  5. Union médicale, 1866, n° 29.


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tistique la preuve de l'incompatibilité de l'intelligence et du tabac. I1 a montré que, dans les classements qui ont lieu trois fois l'an à l'Ecole polytechnique, les fumeurs occupaient toujours les places les moins bonnes. Dans la première série de vingt élèves, à peine un tiers ou un quart sont adonnés au tabac ; dans les suivantes, au nombre de six, qui comptent cent vingt élèves, il y en a les trois quarts ; dans la dernière les quatre cinquièmes.

L'ensemble des phénomènes constituant l'intoxication chronique par le tabac, phénomènes portant tantôt sur la digestion, la circulation, l'innervation, ou sur toutes ces fonctions en même temps, a reçu le nom de nicotinisme. (Marchal, de Calvi.)

Parent-Duchâtelet avait déjà signalé chez les fumeurs une diminution dans l'énergie des instincts génésiques. On est actuellement porté à admettre que le tabac, non content d'attenter à la conservation de l'individu, porte une atteinte profonde à la reproduction de l'espèce.

Pour en finir avec toutes les invectives publiées contre la plante qui nous occupe, citons la production de l'amaurose, signalée par Mackensie dans son Traité des maladies des yeux, puis par Sichel[1], Hutchinson[2], Wordsworth[3], et d'une otite spéciale amenant à sa suite une intense surdité[4].

Toutefois les dangers de l'abus du tabac sont moindres chez les sujets lymphatiques ayant de l'embonpoint que chez les gens nerveux, bilieux, délicats, d'une constitution sèche ; chez les personnes qui habitent les pays humides, bas, froids, marécageux, que chez celles qui reçoivent l'action vivifiante des régions sèches, élevées ou chaudes.

Mais, comme le dit le Dictionnaire de Nysten dans l'excellent résumé qu'il consacre à cette question, le tabac n'est véritablement utile que pour les hommes livrés aux travaux manuels pénibles, en diminuant les sensations de fatigue et d'ennui ; il le devient surtout lorsque ces travaux s'exécutent dans des atmosphères humides, miasmatiques, etc. (marins, mineurs, débardeurs, égouttiers, charpentiers, couvreurs, etc.).

Tous les moyens moraux dirigés contre l'habitude de fumer[5] doivent désormais être abandonnés, vu l'inanité des tentatives antérieures. Les moyens coërcitifs n'ont jamais réussi ; ils seraient du reste en opposition avec les intérêts du gouvernement, qui fabrique, patronne et vend le poison. Il est alors nécessaire de rechercher le mode de fumer le moins pernicieux.

Il est évident que la pipe turque et la pipe hollandaise sont moins dangereuses que le cigare, où il y a contact immédiat. Comme on sait que la fumée est chargée de nicotine, on a essayé de retenir cette dernière au moyen d'un appareil disposé dans le tuyau, et d'un agent y déposé, destiné à la neutralisation du poison. Latour du Pin a conseillé une boulette de coton imbibé d'une solution de tannin et d'acide citrique ; d'autres auteurs, avec une solution de tannin seul. Les fumeurs connaisseurs refusent ces perfectionnements, parce que, le poison disparaissant, le parfum et l'effet stupéfiant disparaissent en partie. Malapert[6] conseille de ne pas fumer de tabac trop humide, et de ne fumer la pipe ou le cigare qu'à moitié. Jolly

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  1. Abeille médicale, 10 mai 1863, p. 148.
  2. Archives générales de médecine, 1864, t. I.
  3. Dublin medical Press, 1863.
  4. Abeille médicale, 10 mai 1863, et Journal de médecine et de chirurgie pratiques, avril 1863.
  5. Il ne faut pas cesser brusquement de se livrer à cette habitude ; il faut diminuer graduellement le nombre des pipes ou des cigares. La suspension subite a quelquefois amené des accidents plus ou moins graves.
  6. Union médicale, 6 janvier 1853, t. VII, p. 8.


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croit qu'il vaudrait mieux éclairer les populations sur le choix des tabacs qui contiennent le moins de principes actifs.

Nous ne pouvons nous empêcher de le dire, malgré les efforts de toute nature que l'on essaiera de tenter pour diminuer les funestes effets du tabac, l'habitude est invétérée, enracinée, et les raisons, même les plus convaincantes, les menaces les plus effrayantes, viendront toujours échouer contre les éternels triomphateurs, le plaisir, la routine et l'oisiveté.

Influence des émanations nicotiques sur les ouvriers des manufactures de tabac. — Les ouvriers qui débutent sont presque tous, surtout les femmes et les enfants, pris de céphalalgie plus ou moins intense, de vertiges, de cardialgies, de crampes d'estomac, de nausées et même de vomissements. Il y a en même temps sentiment profond de lassitude et inappétence. L'ensemble de ces phénomènes, qui durent de un à huit jours, se termine généralement par des évacuations abondantes ; puis la santé rentre dans le calme.

Ces symptômes sont peu marqués, si le sujet ne s'expose pas à absorber pendant trop longtemps les émanations nicotiques sur la peau et les poumons. (Parent-Duchâtelet.)

L'opération la plus dangereuse serait, dans la fabrication du tabac, à priser, celle du transvasement des cases.

Suivant plusieurs auteurs, et à leur tête nous citerons Melier et Loiseleur-Deslongchamps[1], l'action nocive ne s'arrêterait pas là. Il se développerait une intoxication chronique, qui imprime à la constitution un cachet particulier, un changement profond tout spécial. Il consiste particulièrement dans une altération du teint. « Ce n'est pas une décoloration simple, une pâleur ordinaire, c'est un aspect gris avec quelque chose de terne, une nuance mixte qui lient de la chlorose et de certaines cachexies[2]. »

Comme dans la chloro-anémie, le sang contiendrait moins de globules et recouvrerait sa composition normale par l'usage du fer.

Mais l'existence de cette anémie spéciale n'est rien moins que prouvée, et la fabrication du tabac ne doit peut-être pas être plus incriminée que toute autre fabrication qui astreint les ouvriers à une existence sédentaire dans un milieu mal aéré. Berruti, professeur à l'Université de Turin, a publié un travail complet sur les maladies du personnel employé dans les deux grandes manufactures des États sardes, et il affirme que le fait d'un empoisonnement chronique lui paraît une erreur d'observation. Igonin, médecin de la manufacture de tabac de Lyon, vient tout récemment de reproduire la même opinion étayée sur un grand nombre de faits[3].

Pendant mon séjour à l'École de médecine de Lille, j'ai fait des recherches dans le même sens. La fabrication des cigares employait alors une grande quantité de jeunes filles. Sur toutes celles qui entraient à l'hôpital, et dont la plupart travaillaient le tabac depuis plusieurs années, je n'ai jamais rencontré que des chloro-anémies communes, dont le développement se rattachait aux conditions étiologiques ordinaires, et qui ne pouvaient en rien être rattachées à l'insalubrité de leur profession.


Thérapeutique

THÉRAPEUTIQUE. — L'introduction de la fumée de tabac a été recommandée depuis longtemps dans l'asphyxie, et surtout dans celle qui est produite par la submersion. Pia, pharmacien philanthrope et échevin de Paris, a mis ces fumigations en vogue, et Cullen, Stoll, Tissot, Desgranges, Louis, etc., en ont constaté les bons effets.

Suivant Portai, les lavements de fumée de tabac sont non-seulement inutiles, mais presque toujours dangereux. Trousseau et Pidoux partagent cet

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  1. Bulletin de l'Académie de médecine, t. X, p. 569.
  2. Dictionnaire de Nysten, 11e édition, p. 1387.
  3. Comptes-rendus de la Société de médecine de Lyon, mars 1864.


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avis. Malgré ces opinions que la physiologie vient corroborer, on continue de nos jours l'usage pernicieux des lavements de tabac contre l'asphyxie par submersion. (Ou ils sont inefficaces, si l'absorption n'a pas lieu; ou ils sont très-nuisibles, si elle se produit ; car l'action de la nicotine (Voyez p. 1058) ne peut qu'aider à l'anéantissement de la fonction respiratoire et s'opposer à son retour.)

Sydenham et Mertens conseillent les lavements de fumée de tabac dans l'iléus. Hufeland prescrit dans ce cas la décoction de 12 gr. de feuilles de tabac dans 250 gr. d'eau de fontaine, réduits à 200 gr., à la dose d'une demi-tasse toutes les heures, ou bien des lavements de 15 gr. d'infusion de tabac. Ces moyens exercent quelquefois sur les nerfs une action narcotique si prononcée, dit l'auteur, que le malade tombe en défaillance ; mais les déjections alvines ont lieu pendant la syncope. De tels effets ne sauraient être appréciés d'avance ; le point qui sépare ici le remède du poison ne pouvant être fixé, le médecin consciencieux et prudent ne s'exposera point à perdre son malade pour le guérir, surtout s'il a à sa disposition des moyens moins dangereux et tout aussi efficaces. La belladone, administrée par la bouche et en friction sur l'abdomen, réussit souvent en pareil cas et est bien préférable. Ce n'est pas à dire qu'il ne faille jamais employer les lavements de tabac dans l'iléus ; mais il ne faut administrer ce remède qu'à des doses telles qu'elles ne puissent jamais produire des accidents semblables à ceux que signale Hufeland comme moyen de guérison. Il ne faut pas toujours de grandes doses de cette substance pour causer la mort. Une femme périt en quelques heures des suites d'un lavement préparé avec 4 gr. seulement. J'ai eu à combattre les accidents les plus graves causés par un quart de lavement, contenant seulement 2 gr. de tabac en décoction, qui avait été donné contre les oxyures vermiculaires à une femme de 42 ans. Elle éprouva de violents vomissements, de la cardialgie, avec tremblement suivi d'engourdissement, de crampes dans les membres et d'insomnie qui durèrent pendant plusieurs jours. « Bouchardat critique avec raison, dit Martin-Lauzer[1], la dose de 30 gr. de feuilles de tabac pour lavement, indiquée par le Formulaire des hôpitaux. Mais celle de 5 gr. qu'il leur substitue, est encore trop forte des 4 cinquièmes pour la généralité des cas. Si de pareilles doses ont été quelquefois employées impunément, c'est que les lavements n'ont pas été gardés. »

(Les inégalités d'action des lavements de tabac tiennent, si nous mettons de côté les susceptibilités individuelles, à la matière employée. Il existe des proportions différentes de nicotine dans tous les tabacs, dans les feuilles sèches ou dans le tabac préparé ; il serait bon de choisir une matière type. Serres voudrait qu'on fît usage du tabac dit tabac de caporal, parce que nos manufactures se préoccupent de lui donner toujours la même force par des mélanges calculés sur les données de l'analyse[2]. Cet auteur recommande aussi l'infusion de préférence à la décoction, dont on ne peut mesurer la force de concentration.)

Schœffer et Dehaen recommandent les lavements de fumée de tabac dans la hernie étranglée. Pott donnait en lavement l'infusion des feuilles à la dose de 4 gr. pour 500 gr. d'eau. La plupart des auteurs du siècle dernier ont considéré le tabac comme très-utile dans ce cas ; ils le donnaient en vue de produire un effet purgatif, afin de dégager la portion étranglée du tube intestinal en accélérant le mouvement péristaltique de cet organe. Les avantages qu'offrent la belladone et la stramoine comme stupéfiants et antispasmodiques ont fait renoncer presque entièrement au tabac, dont l'action est toujours plus ou moins redoutable.

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  1. Revue de thérapeutique médico-chirurgicale, t. III, p. 158.
  2. Journal de médecine et de chirurgie pratiques, 1858, p. 78.


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On a aussi attaqué la colique de plomb par le tabac. Gravelle[1] s'en est servi en topique dans cette maladie. Il appliquait sur le ventre des fomentations faites avec une décoction de tabac, qu'on laissait jusqu'à production d'évacuations alvines, et il donnait alors des purgatifs drastiques. O'Bierne de Dublin[2], dit avoir retiré de bons effets de ces mêmes fomentations dans la dysenterie. Il est à remarquer, à cette occasion, que le tabac appliqué sur l'épigastre produit ordinairement le vomissement, tandis que sur l'abdomen il provoque des selles. La constipation peut être combattue par la fumée de tabac. Il est des personnes qui, en fumant une pipe et en buvant quelques verres de bière, dissipent facilement cette indisposition. Le tabac a pu être employé avec avantage dans les constipations opiniâtres causées par la paralysie. « J'ai connu, dit Mérat[3], un médecin de la Faculté de Paris, paralytique dans les sept ou huit dernières années de sa vie, qui, tous les dix ou douze jours, n'allait à la garde-robe qu'au moyen d'un lavement de décoction de tabac ; tout autre moyen était insuffisant pour le faire évacuer. »

Le tabac a été employé comme vermifuge en lavement, en potion ou en application sur le ventre. Je ferai remarquer à ce sujet que Fouquet[4] a vu le tabac mouillé, appliqué sur le ventre, causer non-seulement des vomissements, mais une sorte de choléra-morbus. Introduit en fumigation dans le rectum en petite quantité à la fois, il m'a réussi chez un cultivateur âgé de trente-cinq ans, qui n'avait pu, par aucun autre moyen, se débarrasser de nombreux ascarides vermiculaires dont il était atteint depuis plus de cinq ans.

(Il arrive souvent en Afrique que des soldats ou des indigènes avalent, en même temps que l'eau, des sangsues qui s'implantent dans le pharynx et peuvent déterminer des accidents plus ou moins sérieux. Dans un cas semblable, Villars[5], médecin de l'hôpital de Saint-Denis-du-Seg, a parfaitement réussi à faire rejeter la sangsue, en ordonnant au malade de fumer un cigare, en ayant soin d'avaler la fumée. Dans un cas analogue, il fallut avoir recours à l'insufflation de fumée de tabac)[6].

On a mis en usage le tabac en cataplasme (30 gr.) sur l'épigastre pour provoquer le vomissement, ou en frictions (pommade) sur l'abdomen pour provoquer des évacuations alvines. Lieutaud[7] employait comme purgatif 60 à 80 gr. de feuilles de tabac pilées avec de l'eau-de-vie et du vinaigre, en cataplasme sur le nombril. Il vaut mieux, pour produire le même effet, employer comme exempts des inconvénients du principe narcotique du tabac, la pommade ou la teinture de coloquinte en frictions. Barton a appliqué les feuilles de tabac fraîches pour faire vomir, surtout dans le cas d'empoisonnement par l'opium.

Le tabac, fumé comme la stramoine, s'est montré aussi utile que cette dernière contre l'asthme, chez les personnes qui n'y sont point accoutumées par l'usage habituel. P. Hanin dit avoir vu employer fréquemment contre cette affection, par un médecin de sa connaissance, quatre à cinq cuillerées par jour d'une infusion vineuse préparée avec 32 gr. de tabac pour 1 kilogr. de vin liquoreux. Gesner, Hufeland, Stoll, ont employé le tabac avec succès dans la coqueluche. Pitshaft[8] en faisait prendre l'infusion (1 gr. 20 centigr. pour 180 gr. d'eau bouillante) à la dose d'une cuillerée à café, aux enfants d'un à deux ans toutes les heures ; il en donnait une cuillerée à bouche aux enfants plus âgés. Cette dose est trop forte. On rapporte dans le Journal

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  1. Journal de chimie médicale, 1828, t. IV, p. 140.
  2. Gazette de santé, août 1826.
  3. Dictionnaire des sciences médicales, t. LIV, p. 201.
  4. Mémoires de la Société royale de médecine, 1777, p. 209.
  5. Journal de médecine et de chirurgie pratiques, 1862, p. 27.
  6. Idem, p. 70.
  7. Matière médicale, t. II, p. 284.
  8. Journal de Hufeland, 1832.


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amlvtiquè (décembre 1828, p. 436) un cas de croup spasmodique (pseudo-croup) guéri par la fumée de tabac. La belladone, dont l'efficacité dans la période spasmodique de cette maladie est mieux connue, peut, je crois, dispenser d'avoir recours au tabac.

(Les Italiens considèrent le tabac comme un antiphlogistique puissant. Berruti, que nous avons déjà cité, avance que dans les fabriques où l'on prépare cette plante, les maladies inflammatoires sont moins graves et moins fréquentes que dans les manufactures d'un autre genre, placées pourtant dans des conditions hygiéniques et climatériques identiques.)

Robert Page[1] rapporte plusieurs observations de pneumonies guéries par l'emploi du tabac dans des circonstances graves où le traitement antiphlogistique avait été insuffisant. Il s'est servi, dans ces cas, du lavement suivant, qu'il n'a pas eu besoin, dit-il, d'administrer plus d'une fois : feuilles de tabac, 1 gr. 75 centigr. ; eau bouillante, 360 gr. ; faites infuser pendant une demi-heure et administrez. Szerlecki s'est bien trouvé de ce moyen dans les mêmes circonstances. Dans ces cas, le tabac à dose un peu élevée parait avoir agi à la manière du tartre stibié. Comme ce dernier, à cause de l'inflammation des organes respiratoires, il a produit des effets caractérisés parrhyposthénie, au lieu de déterminer des vomissements comme dans l'état de santé. Szerlecki et Bauer ont observé les plus heureux effets du tabac, et surtout de la teinture de ce végétal, contre l'hémoptysie active. Dans les catarrhes pulmonaires chroniques et dans certaines affections asthéniques des voies respiratoires, le tabac soulage les malades en favorisant l'expectoration. Le sirop de tabac, de Quercetan, autrefois en grande réputation, était souvent mis en usage dans ces affections pour calmer la toux et débarrasser les bronches des mucosités qui les obstruent.

(Benavente[2] a obtenu des lavements de tabac des effets remarquables dans un cas de pleurésie grave et de péricardite intense.)

On a conseillé le tabac dans la paralysie de la vessie, l'ischurie, la dysurie, la rétention d'urine. On employait anciennement, contre ces maladies, les applications de cette plante sur le bas-ventre. Fowler en a vanté la teinture à l'intérieur contre la dysurie calculeuse. Henri Larle et Shaw ont guéri la rétention d'urine et le spasme de l'urètre par les lavements de fumée ou de décoction de nicotiane. Larle employait aussi, dans ce cas, des suppositoires dans la composition desquels entrait pour une grande partie l'extrait de la même plante. La belladone et le datura stramonium sont aujourd'hui reconnus comme beaucoup plus efficaces en pareil cas.

Zacutus Luzitanus, Rivière et Hannesner disent avoir employé le tabac avec succès dans l'épilepsie. On doit s'assurer par de nouvelles expériences si, en effet, cette plante, par son action à la fois perturbatrice et stupéfiante, peut s'opposer à la concentration nerveuse, subite, convulsive qui caractérise les accès de cette terrible maladie. Les résultats obtenus de l'usage de la belladone et du stramonium portent à croire, par analogie, à l'efficacité du tabac. On l'a aussi recommandé à l'intérieur dans l'hystérie et la manie.

Aux Antilles, on administre les bains d'infusion de tabac contre le tétanos. Thomas et Anderson[3] employaient cette plante avec succès dans cette maladie. Le premier faisait administrer des lavements de fumée de tabac ; le second appliquait cette plante fraîche aux parties antérieures et latérales du cou, et en même temps, en décoction ou en cataplasme sur la plaie dans le tétanos traumatique.

(O'Beirn[4] a obtenu de grands avantages du tabac intus et extra dans ces dernières circonstances.) (Voyez NICOTINE, p. 1060.)

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  1. Journal de médecine d'Edimbourg, t. XVIII, p. 351.
  2. Siglo medico, 1859, n° 320.
  3. Journal d'Edimbourg, t. VII, p. 198.
  4. Dublin Quarterly Journal et Gazette des hôpitaux, 28 février 1863, p. 99.


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Boerhaave conseillait les applications de feuilles fraîches de tabac sur le front pour calmer les douleurs névralgiques. L'application de la décoction ou de l'extrait de cette plante calme, d'après Trousseau et Pidoux, les douleurs de la goutte et du rhumatisme, quand elles sont superficielle. Wetch [1] s'est bien trouvé de l'infusion de tabac (4 gr. pour 500 gr. d'eau) à l'extérieur dans différentes phlegmasies goutteuses et rhumatismales. Tourlet, au rapport de Roques s'est guéri d'un rhumatisme qui l'avait rendu comme perclus, par l'application des feuilles fraîches de tabac. Réveillé-Parise[2] a eu à se louer de l'application extérieure de cette plante sur les tumeurs goutteuses. L'abbé Girard[3] a proposé l'emploi des fumigations de tabac dans le traitement de la goutte. On jette du tabac sur des charbons ardents, et on expose la partie malade à la fumée. Ces fumigations doivent être répétées deux ou trois fois dans les vingt-quatre heures. Ce moyen a également réussi entre les mains des docteurs Caglia[4] et Hinard[5].

« Dans la goutte aiguë, plutôt pour prévenir que pour calmer les attaques, quelques empiriques conseillent la médication suivante : Tous les mois, pendant une semaine, le malade prend un bain de pieds préparé avec l'infusion de 30 gr. de tabac à priser, en poudre. Puis, après avoir bien essuyé les pieds, il les expose pendant dix minutes à la fumée de feuilles de tabac à fumer, que l'on brûle sur un réchaud. Quand les pieds sont bien secs, on les recouvre d'un bas de laine bien sec, dans lequel on a également introduit de la fumée de tabac. Nous avons été témoins de cette médication, que nous n'avions pas conseillée, disent Trousseau et Pidoux ; et dans quelques cas nous avons eu à nous louer de l'avoir suivie chez quelques-uns de nos malades. » Le tabac sec, en application extérieure, a fréquemment réussi entre les mains de Dubois, de Tournai, pour combattre le lumbago et la pleurodynie. On applique sur la partie malade des compresses trempées dans une teinture préparée avec une pincée de tabac à fumer pour 30 gr. d'eau-de-vie. L'eau-de-vie camphrée, à laquelle on ajoute du tabac, parait encore plus efficace. Cette même teinture a été utile dans des affections où la douleur était le symptôme dominant. J'ai tout récemment constaté l'efficacité de ce topique dans un lumbago très-douloureux. Berthelot[6] a vu améliorer et même guérir des sciatiques au moyen des émanations de tabac ou de son application topique. On a remarqué que les ouvriers employés aux manufactures de tabac guérissaient promptement du rhumatisme, ce qui a été aussi observé par Heurtaux, médecin de la manufacture de Paris.

Le tabac a été employé comme puissant diurétique. Fowler[7] en a préconisé l'usage dans l'hydropisie. Il employait surtout la teinture à la dose, deux fois par jour, de 40 gouttes dans un véhicule approprié, augmentant de 5 à 10 gouttes tous les jours, jusqu'à 200 gouttes, sans jamais aller au-delà. Les effets diurétiques du tabac ne se manifestent que lorsqu'il y a des nausées et quelques vertiges. Fowler éloignait, diminuait ou même suspendait les doses quand ces effets étaient trop prononcés, et surtout lorsqu'il observait du trouble dans les idées. Sur trente et un malades, dix-huit furent guéris, dix furent soulagés, trois seulement n'en éprouvèrent aucun effet. Les résultats obtenus par ce médecin pourraient être considérés comme très-heureux si l'on ne savait que l'hydropisie, étant la plupart du temps produite par une lésion organique plus ou moins grave, les prétendues

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  1. Bulletin des sciences médicales de Férussac.
  2. Guide pratique des goutteux et des rhumatisants.
  3. Sentinelle du Jura, mars 1826.
  4. Annali universali di medicina.
  5. Bulletin général de thérapeutique, 1843.
  6. Bulletin de l'Académie royale de médecine, t. X, p. 604.
  7. Med. reports on the eff. of tobacco, etc. London, 1783.


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auérisons obtenues par l'évacuation de la sérosité ne sont le plus souvent qu'apparentes : la source subsistant, l'eau revient.

Thomas Bartholin[1] rapporte en ces termes l'histoire très-curieuse d'une hydropisie ascite guérie par le tabac fumé : « Vir quidam in urbe nostra ex hiemis prægressæ injuriis et sedentaria vita asciten contraxit, abdomine in ingentem moîem elevato : pedibus tumidis, scroto et præputio valde distentis : circa solstitium æstivum, forte tabaci fumum cum amicis per fistulam hausit. Exinde sucessit vomitus, soluta alvus : serum copiose per aliquot dies expurgatum sensimque et abdomen detumnit et pedes, scrotumque ad pristinum statum rediere. »

Des frictions faites sur la peau avec la teinture de tabac ont une action diurétique accompagnée de symptômes qui prouvent l'absorption des principes de cette plante : les malades en ont l'odeur dans la bouche. La décoction de tabac a été recommandée dans l'anasarque comme propre à dissiper cette affection. A petites doses, elle agit comme diurétique ; à doses élevées, elle produit de nombreuses évacuations et agit alors comme hydragogue.

On a remarqué au Havre, où on prépare beaucoup de tabac, que les fièvres intermittentes sont plus rares parmi les ouvriers qui travaillent à sa fabrication que parmi les autres artisans[2]. On a vu des fièvres quartes rebelles enlevées par quelques grains de tabac délayés dans du vin. Ce moyen doit être employé avec beaucoup de prudence.

Le tabac, employé à l'extérieur, a eu le plus grand succès dans le traitement de la gale. Boerhaave, Dodoens, Lémery ont vanté les vertus antipsoriques du tabac. Coste, médecin des armées, employait, il y a plus de soixante-dix ans, l'infusion vineuse de cette plante pour guérir les galeux confiés à ses soins à l'hôpital militaire de Calais. Bécu avait recours, à l'hôpital militaire de Lille, en 1786, à la décoction aqueuse, bien plus économique et tout aussi efficace. Voici le procédé qui fut adopté alors pour les hôpitaux militaires, et que j'ai encore vu mettre en usage au premier camp de Boulogne : on prend 1 kilogr. du meilleur tabac haché, on le fait infuser dans 8 kilogr. d'eau bouillante, ou bien on le fait bouillir légèrement dans 9 kilogr. qu'on réduit à 6. On fait dissoudre dans l'eau, avant d'y avoir mis le tabac, 30 gr. de sel ammoniac ou 60 gr. de sel marin ; 150 ou 160 gr. de cette infusion, employée chaude en deux ou trois lotions, suffisent pour un jour. Ces lotions doivent durer huit à dix minutes, et n'être pratiquées qu'après la digestion, de crainte de nausées et de vomissements. Par ce moyen, la guérison a souvent lieu au bout de huit jours en été ; mais, l'hiver, elle se fait souvent attendre quinze jours. Les sujets irritables éprouvent des lassitudes dans les membres, des coliques, des vertiges, des vomissements, qui forçent de suspendre le traitement. Il faut donc être très-circonspect dans l'administration de ce remède et ne pas l'employer indistinctement chez tous les sujets, surtout que nous disposons de traitements plus expéditifs et moins dangereux.

Le prurigo, la teigne, les dartres, le phthyriasis, les poux de la tête et du pubis, sont aussi avantageusement combattus par le même traitement ou par la pommade de tabac. J'ai vu, en 1847, une femme de soixante-dix ans se débarrasser d'une maladie pédiculaire contre laquelle elle avait inutilement employé plusieurs remèdes, en employant pendant huit jours des lotions de tabac et de sel marin (13 gr. pour 1 kilogr. d'eau); ces lotions provoquèrent quelques selles avec coliques et de légers vertiges.

Un médecin américain, Stephenson, appelle l'attention de ses confrères sur l'emploi du tabac pour la cure de l'érysipèle. Il affirme, dit le Medical Times, que ce moyen est de ceux sur lesquels on peut compter avec le plus de certitude pour se rendre maître de l'inflammation érysipélateuse. Il re-

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  1. Hist. XVII, cent. VI.
  2. La Clinique, juin 1829.


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couvre la surface enflammée avec des feuilles de tabac humides et les conserve appliquées sur la partie, jusqu'à ce que les malades éprouvent de fortes nausées[1].

On s'est bien trouvé de l'infusion de tabac dans l'ophthalmie purulente et dans la conjonctivite scrofuleuse. On prépare à cet effet un collyre avec 2 gr. de tabac pour 500 gr. d'eau. J. Gnaham[2] a guéri en peu de jours au moyen de l'onguent de tabac, des bubons qui avaient résisté à une foule de remèdes. On lit dans le journal de Leroux[3] que l'on est parvenu à dissiper une tumeur abdominale très-considérable par l'application de feuilles fraîches de tabac trempées dans le vinaigre. J'ai employé ce topique avec succès sur des engorgements lymphatiques, comme résolutif. Lyman Spaldine[4] a fait résoudre un engorgement considérable du sein, survenu à la suite de l'accouchement, au moyen de frictions pratiquées sur la partie malade avec un mélange d'une cuillerée à café de tabac en poudre, macéré dans un verre d'huile et d'eau-de-vie, en y laissant la nuit une flanelle imbibée de cette liqueur. Le malade éprouva quelques nausées, signe de l'absorption du tabac, mais le matin du jour suivant il n'y avait plus de tumeur. Lyman Spalding s'est servi de ce remède pour résoudre plusieurs autres engorgements analogues et quelques autres de nature différente, toujours avec succès.

On a recommandé le tabac comme excitant pour déterger des ulcères atoniques, sanieux, putrides, cancéreux. J'ai vu la décoction de tabac aiguisée de sel marin, ou coupée avec de la lessive, produire d'excellents effets en fomentation sur les engorgements articulaires chroniques, les tumeurs blanches, les ulcères anciens et rebelles. L'eau-de-vie dans laquelle on a fait infuser du tabac s'est montrée efficace en topique sur les ulcères putrides et les plaies gangreneuses. Mais il ne faut pas perdre de vue que, dans ces cas, l'absorption du médicament peut donner lieu à des accidents graves et même à des empoisonnements.

L'usage du tabac à priser peut être utile à quelques personnes pour faciliter la respiration par le nez en augmentant les sécrétions nasales ; dans certaines céphalalgies, et particulièrement à celles dont la cause peut être attribuée à l'état de sécheresse de la membrane pituitaire ; contre le larmoiement qui tient à l'endurcissement du mucus de la partie inférieure du canal nasal. « C'est de cette manière, disent Trousseau et Pidoux, qu'il faut entendre ce proverbe, que le tabac éclaircit la vue. Le médecin doit encore conseiller cette médication comme moyen révulsif utile dans certaines ophthalmies chroniques. Le mal est à côté du bien ; car chez les gens que la poudre de tabac irrite trop, il peut survenir des maladies des fosses nasales, qui, se communiquant aux voies lacrymales, finissent par amener des tumeurs ou des fistules. » Les catarrhes de la trompe d'Eustache et ceux du tambour, suivant les auteurs que nous venons de citer, sont quelquefois avantageusement modifiés par la fumée de tabac. Le malade remplit la bouche et le pharynx d'une grande quantité de fumée ; puis, fermant le nez et la bouche, et faisant un grand effort d'expiration, il chasse à plusieurs reprises la fumée dans l'intérieur de l'oreille. Rivière[5] conseille contre l'odontalgie de mâcher du tabac jusqu'à produire le vomissement. Il indique aussi la cendre de tabac pour nettoyer et blanchir les dents : ce moyen est devenu d'un usage populaire. Chevallier[6] indique la pommade suivante pour empêcher la chute des cheveux : on prend 20 gr. de tabac en poudre (soit du tabac de la régie, soit des feuilles de nicotiane pulvérisées) ; on les place

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  1. Annales médicales de la Flandre occidentale, n° 13.
  2. Journal analytique de médecine, mars 1828.
  3. Tome XXV, p. 286.
  4. Nouveau Journal de médecine, t. III, p. 1811.
  5. Prax. med., cap. II.
  6. Journal de la Société des sciences médicales de Bruxelles, vol. X, p. 362.


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dans un vase et l'on verse dessus une certaine quantité d'eau bouillante pour bien imbiber la poudre ; on laisse macérer pendant dix heures, on retire l'infusion avec expression, on décante le liquide. On concentre ensuite ce liquide à l'aide de la vapeur, et lorsqu'il ne reste plus que 5 à 7 gr. de solution on l'incorpore, soit dans 64 gr. de pommade ordinaire, soit dans 60 gr. de moelle de boeuf purifiée, qu'on aromatise à volonté ; on introduit dans un pot et l'on conserve pour l'usage. Chevallier a la conviction que cette pommade empêche la chute des cheveux.

« Après avoir observé l'anéantissement, la subite et profonde prostration qui suivent l'emploi du tabac fumé ou chiqué chez un individu qui n'en a point l'habitude, il y a lieu d'être surpris, dit Londe[1], qu'on n'ait jamais pensé à employer l'une ou l'autre de ces pratiques, préférablement à la saignée ; dans les cas où il s'agit de paralyser sur-le-champ les forces musculaires d'un sujet, dans la réduction de certaines luxations, par exemple. Ce moyen, dans ce cas, atteindrait mieux et plus rapidement que tout autre le but qu'on se propose. » Lorsque Londe s'exprimait ainsi sur les propriétés anesthésiques du tabac, la chloroformisalion n'était pas connue.

La médecine vétérinaire emploie le tabac dans un assez grand nombre de cas, surtout en pommade ou en lotion concentrée (1 partie pour 8 d'eau), contre les affections cutanées, les insectes qui attaquent la peau des animaux, etc. Plusieurs personnes m'ont assuré qu'une pincée de tabac à priser, mêlée avec une suffisante quantité de beurre pour en former une pilule, et administrée chaque matin aux jeunes chiens, les préservait de la maladie, qui leur est si funeste. (C'est par le vomissement qu'elle agit alors.

Il faut ménager ces moyens : le tabac en poudre est en effet émétique chez les carnivores ; mais son usage prolongé peut amener des accidents locaux et généraux graves qui doivent lui faire préférer les vomitifs ordinaires.

On conseille des lavements de décoction de tabac (16 à 30 gr. pour 2 itres d'eau) contre les constipations opiniâtres, pour favoriser le part, contre les affections comateuses.

Dans plusieurs contrées de la France, on assure que les maquignons qui veulent mettre en vente un cheval très-méchant lui administrent du tabac en suspension dans l'alcool, afin de le plonger dans un état d'ivresse et de somnolence qui masque momentanément ses vices.)


Nicotine

(NICOTINE. — ACTION PHYSIOLOGIQUE. — A. Sur les animaux. — La NICOTINE est un des poisons les plus violents qui existent. Brodie[2] avait déjà fait remarquer qu'une goutte appliquée sur la langue d'un chat amène la mort en deux minutes. Berzelius constata qu'une seule goutte tue un chien. Les oiseaux, en raison de l'activité plus grande de leur circulation, succombent plus promptement encore.

L'action toxique a lieu sur quelque point que l'on dépose le poison avec une rapidité proportionnée à la faculté d'absorption dont jouit l'organe impressionné. A la peau, cette absorption doit être favorisée par des frictions. L'effet local considéré comme caustique, comme irritant par Stas et Albers, est nul, si l'on en croit L. Van Praag[3]. L'effet secondaire se porte sur le cerveau et sur la moelle ; il se traduit par une incitation puissante des centres nerveux, amenant à sa suite les phénomènes multiples que nous allons décrire.

Les animaux soumis à l'influence de la nicotine sont aussitôt pris d'un tremblement de tout le corps ; ils tombent en poussant un cri. Tout leur

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  1. Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, t. XV, p. 244.
  2. Philosophical Transactions, 1811, p. 178.
  3. Etudes toxicol. et pharmacodyn. sur la nicotine. (Gazette médicale de Paris, 1856.)


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être est agité de convulsions violentes ; leur tête, fortement ramenée en arrière, exprime la souffrance ; la respiration s'embarrasse ; la cage thoracique est agitée de mouvements désordonnés et violents ; le cœur accélère ses battements. Cet ensemble de phénomènes se rattache, suivant Vulpian[1] à un état convulsif spécial, caractérisé par des contractions irrégulières disséminées dans tout le système musculaire. Bientôt les convulsions cessent ; après la période d'excitation spasmodique survient une période de calme, caractérisée par une paralysie généralisée, quelquefois précédée de tremblements particuliers.

« On dirait que le système nerveux, violemment surexcité par le poison, dépense en quelques instants tout son pouvoir d'impulsion ; puis, désarmé, laisse la mort achever son oeuvre[2]. »

Etudions maintenant analytiquement l'effet de la nicotine sur les différents systèmes.

Le système musculaire, nous venons de le voir, est un des premiers impressionnés. Nous avons décrit la manière dont ses fonctions étaient troublées ; les fibres musculaires restent dans un état de contraction comme tétanique ; elles ne sont pas affectées de paralysie, leur faculté contractile n'est pas anéantie ; mais, maîtrisées par l'excitation puissante que le poison exerce sur la moelle et sur la moelle allongée, elles ne répondent plus aux influences qui les mettent ordinairement en jeu. Dans la seconde période, lorsque le relâchement se produit, la motricité nerveuse diminue peu à peu pendant que l'irritabilité musculaire subsiste (Vulpian).

La fonction respiratoire reçoit de la nicotine une modification caractéristique ; la respiration s'accélère ; les phénomènes mécaniques augmentent d'énergie ; les phénomènes chimiques sont au contraire entravés dans leur manifestation ; la rapidité des mouvements thoraciques est accompagnée d'un bruit particulier, comme râlant, que Van Praag attribue à un rétrécissement des voies aériennes, et que Cl. Bernard[3] rapporte à des contractions précipitées du diaphragme. Ce dernier phénomène s'observe surtout avec netteté quand on a expérimenté avec des doses très-faibles. A l'approche de la mort, la respiration se ralentit. L'auteur que nous venons de citer n'a constaté cet effet que deux fois. Van Praag l'a souvent vu se montrer très-tard.

Quant au système vasculaire, la nicotine agit sur le coeur, dont elle accélère les battements, qui deviennent aussi tumultueux et plus énergiques sur les gros vaisseaux, qu'elle contracte ; sur les capillaires, qu'elle fait resserrer. Lorsqu'on place sous le microscope la membrane interdigitale d'une grenouille soumise au poison, on voit se produire une déplétion des petites artères, qui se rétrécissent au point de se vider complètement. Cependant le cœur continue à battre avec énergie, ce qui prouve, ainsi que l'a avancé Cl. Bernard, et contrairement à l'opinion de Vulpian, que dans les petits vaisseaux est l'obstacle.

Cette contraction des fibres-cellules des vaisseaux est l'analogue de celle que la nicotine détermine dans le système musculaire ; elle est le resultat de l'excitation transmise aux nerfs vaso-moteurs.

Après la mort, le cœur continue à battre. Ce fait, déjà signalé par Brodie, est admis de tous les physiologistes. Rouget[4] a démontré que chez les grenouilles empoisonnées par l'agent qui nous occupe les pulsations du cœur persistent longtemps après que toute trace d'excitabilité a disparu

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  1. Comptes-rendus de la Société de biologie, 1859.
  2. Math. Fageret, Du tabac, son influence sur la respiration et la circulation, thèse inaugurale de Paris, 1867, n° 139.
  3. Leçons sur les effets des substances toxiques et médicamenteuses. Paris, 1857, p. 397 et suivantes.
  4. Journal de physiologie, 1860.


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dans les muscles locomoteurs ; il a aussi trouvé que, lorsque ces battements deviennent plus faibles et plus rares, l'action directe de la nicotine les ranime instantanément.

Les sécrétions sont sensiblement modifiées. Sur neuf expériences, Van Praag a constaté quatre fois un flux abondant de salive ; il n'a rencontré d'augmentation dans les selles et des vomissements que dans les cas terminés par la guérison. La sécrétion urinaire n'a présenté aucun changement appréciable.

Quelle action la nicotine exerce-t-elle sur la pupille ? A priori, et en raisonnant par induction, son action sur les nerfs vaso-moteurs, action opposée à celle de la belladone, fait supposer qu'elle est antimydriatique.

Jusque dans ces derniers temps, les opinions étaient très-contradictoires. Orfila, Cl. Bernard, Van den Corput ont signalé la dilatation de la pupille comme s'étant montrée chez des mammifères soumis à l'action du poison. Van Praag dit que tout d'abord la pupille se dilate, puis se rétrécit. Reil avait observé la succession inverse des phénomènes. Braun enfin avait constamment rencontré l'atrésie.

La plupart de ces observations avaient été faites concurremment avec d'autres, portant sur l'ensemble des symptômes d'intoxication. S'appliquant à résoudre la question en litige, Hirschmann[1] a institué un grand nombre d'expériences spéciales. Le résultat de ces recherches peut se résumer ainsi : rétrécissement constant, soit que l'agent ait été appliqué directement sur l'œil, soit qu'il ait été introduit dans l'économie par une autre voie. Ce rétrécissement atteint rapidement son maximum d'intensité et diminue légèrement quelque temps après ; il reste ensuite stationnaire, puis s'efface graduellement.

Quand on a obtenu par ce moyen le myosis, et qu'on instille de l'atropine dans l'œil, l'ouverture pupillaire reprend ses dimensions moyennes; elle reste dans cet état le temps ordinaire de l'atrésie nicotinique, puis survient, par suite de l'action plus persistante de l'atropine, une mydriase d'une assez longue durée. Si on fait agir la nicotine sur une pupille préalablement dilatée par la belladone, le même phénomène se produit.

On peut comparer les effets antimydriatiques à ceux obtenus avec la morphine, et plutôt encore à ceux résultant de l'instillation de la solution d'extrait de fève de Calabar.

Lorsque l'empoisonnement par la nicotine est mortel, on trouve le sang artériel noir ; les poumons, parsemés de taches livides, présentent à la coupe un tissu dense et résistant, d'où il découle un sang noirâtre et non aéré. Les gros vaisseaux, les cavités cardiaques, hormis le ventricule gauche, sont gorgés de sang demi-fluide. Le sang chassé par la contraction énergique des petits vaisseaux s'est porté en masse vers les centres. Orfila a signalé dans le cerveau et ses enveloppes une injection d'une étendue variable.

On a avancé, mais à tort, que le poison agissait comme destructeur des éléments de la substance nerveuse ; on aurait trouvé des déchirements des cellules de la moelle et une coloration pigmentaire brune de ces cellules.

En résumé, la nicotine est un agent fortement excitant du cerveau et spécialement de la moelle et de la moelle allongée. Sous son influence, toutes les fibres contractiles sont mises en mouvement avec une extrême énergie : fibres contractiles du système locomoteur, fibres contractiles des vaisseaux, fibres contractiles des bronches, etc.

Malgré sa parenté botanique avec la belladone et les autres solanées, on ne peut en rien assimiler l'action de la nicotine à celle de ces dernières. Nous avons affaire ici à un mode d'action spécial.

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  1. Archiv für Anatomie, Physiologie und wissenschaftliche Medicin, 1863, 3e livraison.


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B. Chez l'homme. — Ici l'empoisonnement par la nicotine (de 6 à 8 gouttes peuvent amener la mort) s'accompagne de symptômes semblables à ceux que nous venons de décrire chez les animaux. Il reproduit avec une rapidité d'évolution en rapport avec l'énergie plus grande de l'agent le tableau de l'intoxication par le tabac. (Voyez page 1044.) Le traitement est le même, mais le temps laissé à l'action thérapeutique est bien court.

Chez certains individus ayant succombé, on a trouvé des altérations des premières voies. Dans d'autres cas, il n'a pas été rencontré de lésion locale. Ainsi, chez le jeune G. Fougnies, empoisonné par Bocarmé[1], la langue était cautérisée, tuméfiée et d'un gris noirâtre, le pharynx rouge et injecté, l'œsophage et l'estomac présentaient peu d'altérations, à raison de la promptitude de la mort. Dans un cas plus récent[2], observé par Fonssagrives et Besnon, à l'hôpital militaire de Cherbourg, chez un individu qui s'était suicidé, les voies digestives ont été trouvées intactes dans toute leur étendue. Nous avons vu que pour les animaux il y avait aussi des opinions diamétralement opposées. Pour rendre compte de ces inégalités d'observation, il faut admettre des différences dans l'agent ou des modes différents d'introduction du poison, avec ou sans violence, ou enfin un contact plus ou moins prolongé.

La toxicologie a étudié avec soin la recherche médico-légale du poison. On trouvera dans les ouvrages spéciaux des renseignements sur ce sujet que le cadre de notre travail ne nous permet pas d'aborder.


THÉRAPEUTIQUE. — On comprend qu'un agent d'une si redoutable énergie ait été peu employé. A l'extérieur, on l'a recommandé en teinture (voyez Préparations pharmaceutiques et doses) contre les douleurs névralgiques. Pavesi l'a employé[3] avec succès en injections dans un cas de paralysie de la vessie, rebelle jusque-là à tout autre traitement. Voici la formule de ce praticien : nicotine, 3.60 ; eau distillée, 360 gr. ; mucilage, 30 gr. Pour deux injections par jour. Comme le fait observer Réveil[4], la dose prescrite est trop élevée. On sait que la muqueuse vésicale est douée d'une faculté très-peu marquée d'absorption ; malgré cela, l'absorption se fait, et des accidents des plus graves pourraient survenir à la suite de ces injections.

On a publié[5] plusieurs observations de tétanos avantageusement modifiés ou guéris par la nicotine.

Un succès de l'emploi du tabac dans un cas d'empoisonnement par la strychnine a été le point de départ de cette innovation. La ressemblance symptomatologique entre l'intoxication strychnique et le tétanos a inspiré cette pensée à des praticiens américains et anglais, Haughton et O'Beirne, entre autres.

Après la description détaillée que nous venons de donner des effets physiologiques de la nicotine, on a peine à admettre la réalité de cet antagonisme et l'efficacité de ce mode de traitement ; mais des faits authentiques doivent passer avant tous les raisonnements. Chevers (6)[6] admet et explique l'antagonisme ; la strychnine déterminant l'afflux du sang dans la moelle, et la nicotine produisant la contraction vasculaire et diminuant ainsi l'accumulation de ce liquide dans le centre nerveux. Ce sont des faits à contrôler sérieusement. Dans le cas bien rare où on aurait à prescrire la nicotine à

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  1. Annales d'hygiène et de médecine légale, 1851, t. LVI.
  2. Ibid., avril 1861.
  3. Journal de la Société des sciences médicales et naturelles de Bruxelles, 1854, t. XVIII.
  4. Formulaire des médicaments nouveaux, p. 516.
  5. Bulletin de thérapeutique, 30 novembre 1862, p. 474 ; Archives générales de médecine, novembre 1862 ; Journal de médecine, de chirurgie et de pharmacologie de Bruxelles, janvier 1863, p. 59 ; Dublin Quarterly Journal, cité par la Gazette des hôpitaux, 28 février 1863, p. 99.
  6. Indian Annals of med. science, 1867.


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l'intérieur, il faudrait débuter par des doses très-petites. Van Praag a avancé que 2 centigr. 1/2 n'étaient jamais mortels chez l'homme. Haughton avait prescrit 3 gouttes dans la journée, à quelques heures d'intervalle.

Ce médicament d'un maniement si difficile réclame une surveillance infinie, et nous nous demandons même si l'extrême gravité des cas autorise suffisamment à en recommander l'emploi. Il faudrait des succès bien établis et plus nombreux pour justifier une thérapeutique aussi aventureuse.)