Rosages (Cazin 1868)

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Roquette
Cazin, Traité des plantes médicinales, 1868
Roseau
PLANCHE XXXV : 1. Roquette. 2. Rosage. 3. Roseau aromatique. 4. Rue. 5. Sabine.


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ROSAGES ou RHODODENDRONS.
ERICACÉES. — RHODORÉES. Fam. nat. — DÉCANDRIE MONOGYNIE.


Rhododendron doré

Nom accepté : Rhododendron aureum


ROSAGE CHRYSANTHE, ROSE DE SIBÉRIE, ROSE DE NEIGE DE SIBÉRIE, rhodo-


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dendrum chrysanthum. Ce petit arbuste (Pl. XXXV) croît naturellement dans les lieux les plus froids de la Sibérie, de la Davourie, du Kamtschatka, etc. On le cultive dans nos jardins. S.-G. Gmelin est le premier qui l'ait fait connaître, sous le nom d’Andromeda.

Description. — Tiges rameuses, presque rampantes, diffuses, hautes de 30 à 50 centimètres. — Feuilles alternes, ovales-lancéolées, un peu pétiolées, entières, persistantes, d'un vert foncé en dessus, pâles et roussâtres en dessous. — Fleurs d'un beau jaune pâle, disposées en corymbe à l'extrémité des rameaux (juin-juillet). — Calice court à cinq découpures persistantes. — Corolle monopétale à cinq lobes évasés, presque en roue. — Dix étamines insérées sur le tube de la corolle. — Un ovaire supérieur, un style et un stigmate obtus. — Fruit : capsule ovale, presque anguleuse, à cinq loges, contenant des semences nombreuses.

Parties usitées. — Les feuilles.

Culture, récolte. — Comme toutes les espèces du même genre, la rose de Sibérie se multiplie de graine, qu'on sème clair, en terre de bruyère, sous châssis, au frais, à l'ombre. On presse un peu la terre avant de semer. On tamise dessus un peu de cette terre. On arrose très-souvent avec un arrosoir très-fin, pour entretenir toujours la fraîcheur, mais peu à la fois. Lorsque la plante a 50 à 80 centimètres, on l'enlève en motte et on la place dans le jardin, sans trop rechercher l'ombre, en terre de bruyère terreautée. On entoure de mousse les jeunes troncs et on arrose. On les multiplie aussi en courbant peu à peu les branches des mères rosages, dans des petites fosses, qu'on remplit de la même terre, à laquelle on mêle un tiers de terreau, et on fixe la marcotte par un crochet. A mesure que les branches s'enracinent, on foule au pied un peu de terre pour les redresser. — Les feuilles peuvent être récoltées pendant toute la belle saison, mais de préférence un peu avant l'épanouissement des fleurs.

Propriétés physiques et chimiques. — Les feuilles de ce rhododendron sont d'une saveur amère, austère, âcre, même étant sèches, et leur odeur se rapproche un peu de celle de la rhubarbe. Elles paraissent contenir un principe stimulant et narcotique, qui n'a point été, je crois, déterminé par l'analyse, mais qui semblerait rapprocher le rosage de la plupart des poisons âcres.

Murray[1] rapporte qu'un chevreau, après avoir mangé quelques feuilles de rosage, trépigna, donna de la tête contre terre, chancela, et enfin tomba sur les genoux. Cet état disparut au bout de quatre heures. Chez l'homme, l'infusion concentrée de cette plante, ainsi que sa décoction, produit une légère ivresse, une chaleur vive, la suspension des fonctions de l'entendement, une foule de symptômes nerveux, tels que l'obscurcissement de la vue, la constriction de l'œsophage, la dyspnée, un état de torpeur, et même des convulsions. Elle produit quelquefois le vomissement, d'autres fois des évacuations alvines ; dans certains cas, une abondante sécrétion d'urine, des sueurs, le prurit des yeux, du nez ou de quelque autre partie du corps, des douleurs dans les membres, des fourmillements, un sentiment de brûlure ou de piqûre dans différentes régions, des exanthèmes, etc. On a remarqué aussi la diminution de la fréquence du pouls, qu'elle rend parfois intermittent. Orfila regarde la décoction de ce rhododendron, prise à haute dose, comme pouvant enflammer les tissus, et, par conséquent, comme très-vénéneux.

Toutefois, l'action de cette plante varie selon le sol qui lui a donné naissance, selon l'époque à laquelle elle a été récoltée, selon le degré de susceptibilité des individus qui en font usage, etc. Les habitants du nord de la Russie se servent de l'infusion théiforme de ses feuilles pour réparer leurs forces et pour combattre les douleurs rhumatismales et goutteuses. Koelpin[2] rapporte plusieurs cas de goutte traités avec succès par le moyen de ce végétal donné en infusion à la dose de 8 à 15 gr. dans 300 gr. d'eau,

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  1. Appar. med., t. VI.
  2. Observations pratiques sur l'usage de la rose de neige de la Sibérie contre les douleurs rhumatismales. Berlin, 1779.


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chauffée toute la nuit, et qu'on prend le matin à jeun. Administré ainsi, il produit souvent des vomissements, de nombreuses évacuations alvines, des vertiges, du délire, etc., accidents qui sont généralement de courte durée. On recommande, pour ne point exciter trop de vomissements, de ne pas boire après l'ingestion du médicament. Pallas [1] a aussi observé les bons effets du rosage chrysanthe dans neuf cas d'arthrite ; mais il donne de préférence les feuilles en poudre depuis 50 centigr. jusqu'à 2 gr., deux ou trois fois par jour, continués pendant des semaines et même des mois, s'il est nécessaire, parce que, dit-il, de cette manière il y a moins d'inconvénient : il a remarqué que les sueurs des malades qui en faisaient usage avaient une odeur aromatique particulière. Methernich[2] administre avec succès ce rhododendron dans le rhumatisme chronique. Charpentier, résident de France à Saint-Pétersbourg[3], en a observé les bons effets dans la sciatique. On l'a employé contre les affections syphilitiques et dans les maladies chroniques de la peau, comme succédané de la salsepareille, à la dose de 4 à 8 gr., soit en infusion, soit en décoction dans 1 kilogr. d'eau. En France, où ce médicament n'est pas employé, on a proposé de le remplacer par son congénère le rhododendrum ferrugineum, qui croît spontanément dans nos hautes montagnes.


Rhododendron ferrugineux

Nom accepté : Rhododendron ferrugineum


ROSAGE FERRUGINEUX, LAURIER-ROSE DES ALPES, rhododendrum ferrugineum, L. — Cette espèce croît sur les hauteurs des Alpes et dans les montagnes des Pyrénées, des Vosges, du Jura, de l'Auvergne, etc. On la cultive dans nos jardins.

Description. — Forme irrégulière et hauteur de 9 centimètres. — Feuilles oblongues, entières et repliées sur le bord. — Fleurs rouges, en bouquet. — Variété à fleurs blanches.

Cet arbuste est vénéneux. Welsh[4] parle d'un repas qui devint funeste aux convives pour avoir mangé d'un lièvre qui s'était nourri de ses feuilles. Villars[5] dit qu'il fait périr les chèvres et les brebis qui en mangent. Ce botaniste l'a employé contre les dartres. Il paraît avoir les mêmes propriétés que le précédent, et a de plus l'avantage d'être indigène.

(En Piémont, on prépare, par infusion des bourgeons, une huile préconisée contre les douleurs articulaires, connue sous le nom d'huile de marmottes. Cette appellation, comme celle qu'on a donnée à l'huile de brugnon, doit être entachée d'erreur, à cause de la similitude du lieu de fabrication : on a confondu l'huile végétale qui nous occupe avec l'huile animale que l'on extrayait autrefois du corps des marmottes.)

Il est à croire que le rhododendrum hirsutum, qui croît dans les mêmes lieux, se rapproche du rosage ferrugineux par ses propriétés.


Rhododendron géant

Nom accepté : Rhododendron maximum


ROSAGE A FEUILLES LARGES, rhododendrum maximum, L. — Cette belle espèce, de l'Amérique septentrionale, où elle est presque un arbre, n'est qu'un buisson haut de 2 mètres dans nos jardins.

Description. — Feuilles ovales, obtuses, à bords roulés. — Fleurs roses en ombelles terminales (juillet) ; variété à fleurs blanches, très-belle, une panachée de blanc, une de jaune, une de vert clair.

Elle est vénéneuse comme ses congénères. Cependant, on l'a employée aux Etats-Unis contre le rhumatisme chronique et la goutte. La poussière glanduleuse qui se trouve autour des pétioles et des semences est mise en

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  1. Act. des cur. de la nat. Berlin, 1775.
  2. Bibliothèque médicale, t. XXXIV, p. 415.
  3. Encyclopédie méthodique, t. VI, p. 265, art. BOTANIQUE.
  4. Orfila, Toxicologie générale, t. II.
  5. Flore du Dauphiné, t. III, p. 591.


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usage, suivant Coxe[1], comme sternutatoire. Michaux[2] dit qu'en Amérique cette espèce fournit aux abeilles un miel délétère.


Rhododendron du Pont

Nom accepté : Rhododendron ponticum


BOSAGE PONTIQUE ou DE PONT, rhododendrum ponticum, L. — Cet arbrisseau a été introduit dans nos jardins par Tournefort[3], qui le trouva près de Cérasonte, le long de la mer Noire, etc. C'est le rhododendros de Pline[4]. Cet auteur dit que le miel puisé sur ses fleurs, et qu'il nomme mœnomenca,- rend insensé. Dioscoride parle aussi de ce miel vénéneux, qui est fourni aussi, comme nous l'avons dit plus haut d'après Michaux, par le rosage à feuilles larges. D'après Fourcroy et Vauquelin[5], le rhododendron pontique présente chez nous sur son réceptacle des grains d'une sorte de miel concret, assez semblable pour l'aspect au sucre candi, mais qui est amer ; il se fond pendant la nuit par la fraîcheur de l'air. Ce sont, suivant Bosc[6], les pieds plantés en pots, à l'abri du soleil et de la rosée, qui en fournissent ; ceux qui sont très-vigoureux n'en fournissent pas.

Cet arbrisseau a été reconnu aussi vénéneux en France qu'en Perse. Pépin[7] a rapporté à la Société royale d'horticulture que quatre chèvres qui en avaient mangé furent empoisonnées et moururent au bout de quatre jours dans des souffrances horribles ; on trouva des traces d'inflammation dans l'estomac et les intestins. Une autre chèvre et un bouc, qui mangèrent aussi de ces feuilles, n'en moururent pas, ayant bu du lait ; ils furent huit jours à se remettre.

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  1. Americ. disp., p. 526.
  2. Mérat et Delens, Dictionnaire de matière médicale et de thérapeutique, t. VI, p. 75.
  3. Voyage, t. III, p. 70.
  4. Lib. II, cap. XIII.
  5. Annales de chimie, 1807, t. LXIII, p. 102.
  6. Séance de l'Institut, 31 mai 1824.
  7. Annales de la Société d'horticulture, juillet 1845, t. XXX. p. 410.