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Quinoa (Potager d'un curieux, 1899)


Psoralée comestible
Potager d'un curieux, Introduction
Radis rose d'hiver de Chine


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Chenopodium quinoa

Nom accepté : Chenopodium quinoa

QUINOA
Ansérine Quinoa. Petit riz du Pérou.
Chenopodium Quinoa Willd.
Fam. des Salsolacées.


Plante annuelle. Tige droite, rameuse, haute de 1m,80 : feuilles alternes, triangulaires, avec deux prolongements sagitlés à la base, découpées par des dents très obtuses, d'un vert blond, pulvérulentes dans leur jeunesse; fleurs blanchâtres, très petites, en grappes resserrées, compactes. Graine comprinée, blanc jaunâtre.

Il en existe des variétés à tiges et à feuilles vertes, rougeâtres ou rouges.

On a beaucoup parlé du Quinoa ; on l'oublie aujourd'hui. Nous connaissons toutes les notes publiées sur cette plante, que nous avons nous-mêmes cultivée. Elles s'accordent à constater l'intérêt qu'on aurait à la cultiver en France comme succédanée des Épinards. C'est à ce titre qu'elle figure dans le Bon Jardinier de 1839, où elle est l'objet d'une Note de M. Vilmorin, assez instructive et assez complète pour que, après l'avoir reproduite, il ne nous reste rien à dire : « En 1836, les essais se sont multipliés ; partout le Quinoa a bien réussi. La plante est très vigoureuse, presque insensible au froid ; elle produit, en bon terrain, une abondance de graines extraordinaire, mais la graine n'a pu être utilisée jusqu'ici d'une manière satisfaisante; soit qu'elle n'acquière pas en France la même qualité qu'en Amérique, ou, plus probablement, que nos palais ne soient pas


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façonnés à sa saveur étrange ; peu de personnes l'on trouvée de leur goût. Elle offre l'inconvénient réel d'une amertume et d'une âcreté assez prononcées, qu'on ne peut lui enlever que par plusieurs lavages. Avec des soins répétés, en en fait chez moi des gâteaux fort bons et des potages passables, mais leur préparation est une affaire ; la graine étant très menue et demandant une longue cuisson, n'aura pas l'approbation des cuisinières. Quant aux maîtresses de maison, quelques-unes peut-être en jugeront comme les dames de Lima, pour lesquelles, dit-on, le Quinoa est un mets de prédilection ; dans ce cas, il se classerait, en France, parmi ces produits secondaires dont on veut un peu pour la variété, mais non, comme en Amérique, parmi les plantes économiques de première utilité. Cela n'arriverait qu'autant qu'on trouverait un moyen de préparation de la graine qui en rendît l'emploi facile et la saveur agréable au plus grand nombre.

« Comme plante potagère, l'usage du Quinoa sera plus facilement adopté, parce que c'est un bon remplaçant de l'Épinard pendant l'été.

« Sa culture, pour l'un et l'autre emploi, est simple et peu difficile : si on veut le récolter en grain, on peut le semer, soit sur couche, en mars, ou même sur une plate-bande abritée, pour le mettre en place en avril ou au commencement de mai, soit en pleine terre, en lignes, dans le courant d'avril. Les plantes devenant très grandes et très fortes, il faut les espacer d'environ 50 centimètres. Elles demandent une terre fertile, plutôt légère que compacte, et l'exposition au plein soleil, quant il s'agit d'une récolte pour la graine. On peut, sur une plantation semblable, couper les rameaux secondaires, qui se développent en fort grand nombre, pour en prendre les feuilles ; mais, si l'on n'avait en vue que


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ce dernier produit, il conviendrait de semer en lignes plus rapprochées et de couper la tige lors de la première récolte, pour la faire ramifier.

« Une planche de Quinoa ainsi établie fournira pendant tout l'été, moyennant des arrosements, une succession de produits sans cesse renouvelés. »

Selon nous, le Quinoa supplée passablement l'Épinard. Les amateurs feront bien, toutefois, d'essayer les autres succédanés de ce légume qui nous fait défaut pendant l'été, c'est-à-dire la Tétragone, la Claytone, la Baselle, la Glaciale, etc. La Glaciale et la Tétragone ont nos préférences.


Publications à consulter :
  • Journal des observations botaniques faites sur les côtes orientales de l'Amérique méridionale et aux Indes occidentales, par le R. P. Feuillée.
  • Revue horticole, vol. IV, 1838-1841, p. 159.
  • Bulletin de la Soc. centrale d'Hort. de France, vol. XVII, 1835, p. 197; vol. XXII, 1838, p. 182.
  • Bulletin de la Soc. d'Acclimatation, vol. IX, 1862, p. 226. Note sur le Quinoa, par Son Excellence le maréchal de Santa Gruz, vol. IV, 2° série, 1867, p. 444.
  • Les plantes alimentaires, par Heuzé.


Nous avons également cultivé le Chenopodium auricomum F. Muell., plante qui a été introduite sous le nom d’Épinard d'Australie et sur laquelle on trouvera des renseignements dans le Bulletin de la Société nationale d Acclimatation, 2° série, volume III, page 634 ; et volume IV, pages 34 et 106.


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L'Épinard d'Australie n'est pas supérieur à l'Arroche ou Belle-Dame, au point de vue de la qualité, et comme il est moins productif, il n'y a pas lieu d'en recommander la culture.


Agriophyllum squarrosum

Nom accepté : Agriophyllum squarrosum (pour les deux).

Deux autres Salsolacées sont particulièrement recherchées dans les déserts de l'Asie centrale, pour leurs graines alimentaires. Ce sont les Agriophyllum gobicum et arenarium.

Prjevalski en fait mention dans la relation de son troisième voyage (en russe), et nous reproduisons cidessous la traduction (1) des passages que le savant voyageur russe leur a consacrés :

« Le Soulkhir est une Chénopodée (Salsolacée) fréquente dans l'Asie centrale tout entière, jusq u'au 48° degré de latitude septentrionale. Il ne croit que sur le sable nu. Il y en a deux espèces : l’Agriophyllum gobicum et l’A. arenarium.
La première domine dans le Ala-Chan, l'Ordos. et, en général, dans les parties sud et est du désert de Gobi ; le seconde occupe plutôt la région ouest et pousse jusque dans le Turkestan et jusqu'à la mer Caspienne.
On trouve également le Soulkhir au haut KbouanKhe (rivière) et dans le Tzaidamme (j'y passai en hiver ; je n'y pus cueillir les sujets et ne saurais, par conséquent, dire laquelle des deux espèces c'était). Cette plante fait défaut dans le Thibet septentrional.
J'ai dit plus haut que le Soulkhir vient sur le sable nu. De même que les autres plantes du pays, il se contente de l'eau de pluie, qui filtre à travers le sable et

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(1) Nous devons cette traduction à l'obligeance de M. Vilbouchevitoh.


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qui remonte après dans les couches supérieures par le fait de l'évaporation.
Pour pouvoir profiter de cette humidité, 1e Soulkhir a des racines d'une longueur inouïe, comme d'ailleurs toutes les plantes qui croissent dans les mêmes conditions ; elles savent puiser l'eau à une profondeur très considérable. Il va de soi que la végétation des sables est d'autant plus riche que les pluies sont plus abondantes.
Le Soulkhir est une plante annuelle. Dans de bonnes conditions, il atteint, dans le Ala-Chan, jusqu'à 1 mètre de hauteur et sa tige peut avoir jusqu'à 5 centimètres (?) d'épaisseur ; mais, en moyenne, ces dimensions sont moitié moindres.
Non seulement le Soulkhir est un superbe fourrage pour le bétail des Mongols, mais ses graines, minimes comme celles du Pavot, constituent un aliment essentiel pour les populations indigènes.
Le dicton : « Il faut avoir semé pour récolter », n'a pas cours en Ala-Chan ; tous les ans, à la fin du mois de septembre et surtout dans les années pluvieuses, ils récoltent une moisson abondante de Soulkhir dans leurs sables.
Les endroits mis à nu du sous-sol de glaise de loess leur servent d'aire pour battre leur moisson ; les graines sont ensuite grillées et réduites en farine à l'aide de moulins à main.
Les oiseaux originaires de la partie nord du Gobi et qui viennent passer l'hiver dans les sables de Tingueri s'en nourrissent également. »

Prjevalski donne les détails suivants sur les sables de Tungueri, dans le désert de l'Ala-Chan, où croissent ces plantes. Ils permettent de se faire une idée exacte du milieu favorable à leur développement.


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« Ces sables présentent une mer de monticules, atteignant de 10 à 20, rarement jusqu'à 30 mètres de haut; ils sont disposés dans un désordre complet ; de longues côtes de sable partagent les monticules.
Les monticules mêmes sont fortement comprimés par le vent sur l'un de leurs versants, de telle sorle que le pied n'y enfonce pas profondément. Le versant opposé est, au conlraire très abrupt, et le sable n'y a aucune consistance.
Entre les monticules de sable il existe des trous en entonnoir ou bien des sortes de vallées qui mettent souvent à nu le fond même de la plaine ; celui-ci esl, comme dans la plupart de ces déserts sablonneux, de la glaise salée, unie et dure comme un parquet. En général, l'eau fait défaut. Il est rare de rencontrer quelque source.
Les endroits sont également rares où l'on puisse se procurer de mauvaise eau salée, en creusant à 3-4 pieds le sous-sol glaiseux des sables.
Comme règle générale, les sables sont nus et quelque végétation ne se montre que sur la lisière des endroits ensablés et, de temps à autre, sur le fonds des vallées et entonnoirs susmentionnés ; la flore du désert est d'ailleurs assez variée dans ces parties ; nous avons récolté dix-sept espèces dans les sables de Tungueri, lesquelles n'avaient pas encore figuré dans l'herbier de l'année.
Deux plantes sont particulièrement remarquables et bien caractéristiques pour le Ala-Chau. Ce sont le Soulkhir et le Pugionium. »