Pissenlit (Cazin 1868)

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Pins et sapins
Cazin, Traité des plantes médicinales, 1868
Pistachier


[855]

Nom accepté : Taraxacum officinale


PISSENLIT. Leontodon taraxacum. L.

Dens leonis latiore folio. C. Bauh. — Taraxacum officinale. Vill. — Dens leonis. Cam. — Taraxacum minus. Lonic. — Taraxacum vel dens leonis. Pharm.

Pissenlit officinal, — dent de lion, — liondent, — pichaulit, — florion d'or.

COMPOSÉES. — CHICORACÉES. Fam. nat.— SYNGÉNÉSIE POLYGAMIE ÉGALE. L.


Cette plante vivace se rencontre partout, dans les prairies, les pâturages, sur le bord des chemins, etc. Elle est une nourriture saine pour les vaches, les chèvres et les moutons, après les fourrages secs de l'hiver. L'abeille recherche ses fleurs.

Description. — Racine assez longue, presque aussi grosse que le doigt, d'un brun rougeâtre en dehors, blanche et succulente en dedans. — Plante acaule à feuilles radicales longues, roncinées, découpées profondément ou comme ailées avec des pinnules dentées. — Fleur jaune, grande, terminale, solitaire, sur une hampe de 1 à 3 décimètres de longueur, tendre, fistuleuse, quelquefois un peu velue (mai-septembre). — Calice formé de deux rangs de folioles linéaires ; les extérieures courtes, réfléchies et inégales ; les intérieures droites, beaucoup plus longues et ne se renversant qu'à la maturité des graines. — Corolle composée de demi-fleurons hermaphrodites, quinquéfides. - Involucre à écailles réfléchies intérieurement. — Cinq étamines syngénèses. — Un style. — Deux stigmates roulés en dehors. — Fruit : akènes oblongues, striées, surmontées d'une aigrette plumeuse.

Parties usitées. — La racine et l'herbe.

Récolte. — On récolte cette plante en toute saison, excepté quand elle est trop jeune. On l'emploie toujours fraîche, quoique l'on puisse conserver sa racine comme celle de chicorée, que l'on fait sécher. (C'est au milieu de l'été que le suc de la racine présente l'amertume la plus grande. Pour les préparations pharmaceutiques, c'est le moment de la récolter.)

[Culture. — Le pissenlit vient dans tous les terrains ; cependant il préfère un sol sablonneux, meuble et substantiel. On le propage de graines semées en place ou sur couche au printemps et pendant l'été.]

Propriétés physiques et chimiques. — Le pissenlit est inodore ; sa saveur est d'une amertume qui n'est pas désagréable. On a trouvé dans son suc laiteux : de la gomme, du sucre, de l'inuline, de l'albumine, du gluten, un principe odorant, de l'extractif et un principe particulier que Pollax en a retiré, la taraxacine, amère, âcre, formée par des cristaux arborescents ou stellés, soluble dans l'alcool ou dans l'eau[1].

Widhmann et Frukinger ont trouvé de la mannite dans le suc exprimé ; mais on a prouvé que cette substance ne doit pas exister dans sa racine fraîche, mais se développe sous l'influence d'une fermentation dite visqueuse. On suppose que le suc de raisin C12 H12 O12) est transformé en 1 atome de mannite (C6 H7 O6) et 1 d'acide lactique (C6 H5 O5), 1 autre équivalent d'oxygène étant employé à la décomposition des principes albumineux. Ludwig a, en effet, trouvé de l'acide lactique dans l'extrait de pissenlit.

Marmé[2] y a noté des traces d'inosite.


PRÉPARATIONS PHARMACEUTIQUES ET DOSES.


A L'INTÉRIEUR. - Décoction et infusion (racines ou feuilles), 30 à 60 gr. par kilogramme d'eau.
Suc exprimé des feuilles, 50 à 150 gr.
(Pour le préserver de la décomposition, on y ajoute en Angleterre un quart de son poids d'alcool rectifié. On obtient ainsi une préparation très-employée sous le nom de liquor taraxaci. Cette dernière est aussi obtenue à l'aide d'une solution aqueuse d'extrait additionnée d'alcool dans les proportions suivantes :

extrait de taraxacum, 64 gr. ; esprit de vin rectifié, 32 gr. ; eau, 220 gr. (60 gr. dans une potion).
Extrait des feuilles par décoction (1 sur 10 d'eau), 1 à 10 gr. et plus, en pilules.
Extrait des racines (préparation très-recherchée et soigneusement préparée en Angleterre), mêmes doses.
On mange les feuilles tendres et les jeunes pousses en salades; on prépare des bouillons avec les feuilles, etc.

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  1. Mérat et Delens, Dictionnaire de matière médicale et de thérapeutique, Supplément, p. 689.
  2. Répertoire de pharmacie, août 1865, p. 60.


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Le pissenlit est tonique, diurétique, antiscorbutique, dépuratif. Il est fréquemment employé dans la débilité des voies digestives, les affections chroniques des viscères (ictère, hépatite chronique), engorgement de la rate, etc., l'hydropisie, les affections chroniques de la peau, le scorbut, les cachexies, etc.

Cette plante, autrefois très en usage, a été trop oubliée de nos jours, excepté dans la médecine populaire. Il en est du pissenlit comme de la patience chez nos campagnards ; ils le mettent dans toutes les tisanes, et l'emploient dans toutes les maladies.

(Très-employé en Angleterre, le taraxacum y est classé parmi les médicaments altérants) ; il y est très-vanté contre les maladies du foie et les affections cutanées chroniques. Pemperton l'administrait avec succès sous forme d'infusion aqueuse ou d'extrait dans l'hépatite chronique, et la plupart des praticiens anglais le prescrivent dans cette affection, contre laquelle il passe pour avoir une action spéciale. Van Swieten en faisait un fréquent usage pour résoudre les engorgements abdominaux nés de fièvres intermittentes ou d'affections hypocondriaques invétérées. Il en mêlait souvent le suc à ceux de cerfeuil, de fumeterre et de cresson, dans le petit-lait. Bonafos[1] a employé avec succès le suc de pissenlit chez deux militaires affectés d'hydropisie. Stoll faisait un grand usage de cette chicoracée; il la donnait souvent en décoction nitrée dans les fièvres bilieuses, et elle faisait partie de la plupart de ses tisanes. Zimmermann, appelé auprès du grand Frédéric atteint d'une hydropisie de poitrine, prescrivit l'usage du suc de cette plante, qui le soulagea beaucoup en excitant la sécrétion urinaire. Itard[2] a vu une anasarque assez considérable se dissiper au bout de trois semaines par l'usage de ce suc. Hanin eut de fréquentes occasions d'observer les bons effets du pissenlit dans les hydropisies. Le suc de pissenlit, mêlé avec celui de saponaire et de trèfle d'eau, est regardé par Roques comme un puissant remède contre les dartres invétérées, et surtout contre les fièvres quartes.

Je donne souvent le pissenlit dans les vices de sécrétion de la bile, dans l'ictère essentiel ou symptomatique, et surtout dans les engorgements hépatiques ou spléniques qui suivent les fièvres intermittentes, dans la cachexie paludéenne et les hydropisies. Je l'associe le plus souvent, dans ces derniers cas, comme l'indique Roques, à la saponaire et au trèfle d'eau. Je l'administre seul en décoction dans la convalescence des fièvres muqueuses et adynamiques, pour relever les forces digestives et rétablir les sécrétions.

Le suc de pissenlit en topique est détersif ; délayé avec l'eau de fenouil, il a été autrefois mis en usage dans la palpébrite chronique.

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  1. Recueil d'observations, t. II, p. 360.
  2. Dictionnaire des sciences médicales, t. XXII, p. 404.