Mouron rouge (Cazin 1868) : Différence entre versions

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[[File:Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes (Pl. XXVII) (6459822771).jpg|thumb|PLANCHE XXVII : 1. Moscatelline. 2. Mouron rouge. 3. Nénuphar. 4. Nerprun. 5. Nigelle.]]
  
  

Version actuelle en date du 8 mars 2017 à 19:48

Moscatelline
Cazin, Traité des plantes médicinales, 1868
Mousse
PLANCHE XXVII : 1. Moscatelline. 2. Mouron rouge. 3. Nénuphar. 4. Nerprun. 5. Nigelle.


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Nom accepté : Lysimachia arvensis


MOURON ROUGE. Anagallis arvensis. L.

Anagallis phœniceo flore. C. Bauh. — Anagallis phœnicea mus. J. Bauh. - Anagallis phœnicea. Lam. — Corchorus Cratevæ, Theophrasti et Nicandri.

Mouron mâle, — mouron rouge des champs.

PRIMULACÉES. — PRIMULÉES. Fam. nat. — PENTANDRIE MONOGYNIE. L.


Cette petite plante annuelle (Pl. XXVII) abonde dans les champs et les jardins. Les troupeaux ne la mangent pas, et ses graines empoisonnent les oiseaux.

Description. - Racine simple, blanchâtre, fibreuse. — Tiges faibles, anguleuses, rameuses, courbées, tortueuses et glabres, hautes d'environ 30 centimètres. — Feuilles opposées ou ternées, sessiles, ovales-aiguës, glabres. — Fleurs rouges axillaires, longuement pédonculées (mai-septembre). — Calice à cinq divisions aiguës. — Corolle rotacée à cinq lobes, crénelés au sommet. — Cinq étamines courtes. — Un style filiforme. — Stigmate simple. — Fruit : pixide globuleuse.

Parties usitées. — Toute la plante.

[Récolte. — On cueille l'anagallide au moment de la floraison ; elle perd de son âcreté par la dessiccation.

Culture. — Elle est très-abondante à l'état sauvage ; on ne la cultive que dans les jardins botaniques ; on la propage par semis.]

Le mouron rouge, d'abord d'une saveur douce, laisse ensuite dans la bouche un sentiment d'amertume et d'âcreté. A une certaine dose, l'action qu'il exerce sur l'économie animale peut donner la mort, à la manière des poisons narcotico-âcres. Il résulte des expériences d'Orfila que 12 gr. d'extrait de mouron préparé par évaporation du suc, dans 45 gr. d'eau donnés à un chien, l'ont fait périr en vingt-quatre heures, et que 8 gr. du même extrait, mêlés à une égale quantité d'eau et appliqués à huit heures du matin sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d'un petit chien


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robuste, ont produit la mort au bout de onze heures. Grognier, professeur vétérinaire (m Roques) a éprouvé son action vénéneuse sur les chevaux. Le mouron les fait périr en enflammant la membrane muqueuse de l'estomac et en stupéfiant le système nerveux. Les principaux phénomènes sont un flux abondant d'urine, avec mouvements convulsifs des muscles de la gorge et du train postérieur. Angelot, de Grenoble[1], a vu une superpurgation extraordinaire produite par 250 gr. de suc de mouron rouge.

En présence de tels résultats, on a lieu de s'étonner que les anciens n'aient pas reconnu les propriétés délétères du mouron rouge, et que Lieutaud ait prescrit sa décoction dans la proportion d'une poignée par livre d'eau, et son suc exprimé à la dose de deux à trois onces. Des herboristes ignorants ont quelquefois substitué au mouron rouge le mouron des oiseaux ou morgeline, plante inerte, dont l'administration à l'intérieur a pu faire croire à l'innocuité du mouron rouge.

Beaucoup d'auteurs, d'après Pline et Dioscoride, ont décoré cette plante de vertus plus ou moins merveilleuses. Non-seulement on l'a administrée comme fondante et apéritive dans les obstructions des viscères et dans l'hydropisie, mais aussi comme un remède infaillible contre le cancer des mamelles, et même contre la rage, soit, dans ce dernier cas, comme préservatif, soit comme curatif. Cette dernière opinion vient sans doute de la propriété que lui accordait Dioscoride contre le venin de la vipère. C'est aussi sur le témoignage de ce dernier qu'on a vanté le suc de mouron mêlé avec du miel, pour guérir les ulcères de la cornée et la faiblesse de la vue, et que l'on a employé cette plante dans l'épilepsie, l'odontalgie, la goutte, la peste, la phthisie, les hémorrhagies, etc. Chomel nous raconte, avec sa naïveté habituelle, comment elle a calmé des maniaques, des épileptiques, des frénétiques. Elle est encore d'un usage populaire en Alsace contre la rage, l'hydropisie, la gravelle, et comme détersif des ulcères de mauvaise nature[2]. Miller la recommande dans la phthisie pulmonaire. Les uns ont vanté le suc de la plante fraîche ou l'extrait ; les autres la poudre ou la décoction dans le vin. On a mêlé son suc avec autant de lait.

Le soulagement que l'application du mouron sur un cancer au sein produisit, au rapport de Murray, ne fut pas de longue durée, et le mal, ayant fait de nouveaux progrès, conduisit bientôt la malade au tombeau. Je dois dire, toutefois, que j'ai vu des campagnards employer avec quelque apparence de succès la décoction ou le suc de cette plante pour calmer les douleurs dès plaies et des ulcères, et pour déterger et fondre des engorgements scrofuleux ulcérés. Simon Pauli conseille le mouron rouge bouilli dans l'urine comme un excellent cataplasme contre la goutte.

Hartmann, pour guérir la manie, commençait par un vomitif antimonial, et donnait ensuite à son malade la décoction de mouron rouge durant plusieurs jours, ce qui lui réussissait, grâce au vomitif, que l'on aurait pu tout aussi bien faire suivre de l'usage de l'eau distillée simple ou de quelques pilules de mie de pain. Parmi les auteurs qui ont préconisé le mouron rouge contre la morsure du chien enragé et de la vipère, quelques-uns ont employé en même temps l'alkali volatil, dans des préparations mercurielles. On peut, avec juste raison, attribuer à ces derniers médicaments, et surtout à l'ammoniaque, pour ce qui concerne le venin de la vipère, le succès qu'on a pu obtenir, et non à une plante qui, pour n'être pas dépourvue de propriétés, est loin de posséder celles que les anciens et les modernes lui ont si gratuitement accordées. Admettons que de tels éloges ont toujours quelque chose de vrai, qu'il ne faut pas rejeter d'une manière absolue toutes les propriétés que les anciens ont accordées au mouron rouge, et que des

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  1. Académie royale de médecine, 18 mars 1826.
  2. Gazette médicale de Strasbourg, avril 1856.


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faits bien observés pourront réduire à leur juste valeur. Jusqu'ici, tout ce qui concerne cette plante sous le rapport thérapeutique n'a rien de positif.