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Millet commun (Candolle, 1882)

Nom accepté : Panicum miliaceum L.

Avoine
Alphonse de Candolle, Origine des plantes cultivées, 1882
Panic d'Italie ou Millet à grappe

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Millet commun. — Panicum miliaceum, Linné.

La culture de cette Graminée est préhistorique dans le midi de l'Europe, en Egypte et en Asie. Les Grecs en ont parlé sous le nom de Kegchros et les Latins sous celui de Milium 1. Les lacustres suisses, à l'époque de la pierre, faisaient grand usage du Millet 2. On l'a trouvé aussi dans les restes des palafittes du lac de Varèse en Italie 3. Comme on ne retrouve pas ailleurs des échantillons de ces anciens temps, il est impossible de savoir quel était le Panicum ou le Sorghum mentionné par les auteurs latins, dont les habitants de la Gaule, de la Pannonie et autres pays se nourrissaient.

Unger 4 compte le P. miliaceum parmi les espèces de l'ancienne Egypte, mais il ne paraît pas qu'il en eût des preuves positives, car il n'a indiqué ni monument ou dessin ni graine trouvée dans les tombeaux. On n'a pas non plus de preuves matérielles d'ancienne culture en Mésopotamie, dans l'Inde et en Chine. Pour ce dernier pays, la question s'est élevée de savoir si le Shu, une des cinq céréales que les empereurs sèment en grande cérémonie chaque année, est le Panicum miliaceum, une espèce voisine, ou le Sorgho ; mais il paraît que le sens du mot Shu a varié, et que jadis on semait peut-être le Sorgho 5.

Les botanistes anglo-indiens 6 attribuent à l'espèce actuelle deux noms sanscrits, Unoo (prononcez Ounou) et Vreehib-heda (prononcez Vrihib-heda), quoique le nom moderne hindou et bengali et le nom telinga Worga soient tout autres, Cheena (prononcez China). Si les noms sanscrits sont réels, ils indiquent une ancienne culture dans l'Inde. On ne connaît pas de nom hébreu ni berbère 7 ; mais il y a des noms arabes, Dokhn, usité en Egypte, et Kosjæjb en Arabie 8. Les noms européens sont variés. Outre les deux noms grec et latin, il y a un nom vieux slave, Proso 9, conservé en Russie et en Pologne, un nom vieux allemand, Hirsi, et un nom lithuanien, Sora 10. L'absence de noms celtiques est remarquable. Il

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1. Les passages de Théophraste, Caton et autres sont traduits dans Lenz, Botanik der Alten, p. 232.

2. Heer, Pflanzen der Pfahlbauten, p. 17.

3. Regazzoni, Riv. arch. prov. di Como, 1880, fasc. 7.

4. Unger, Pflanzen des alten Ægyptens, p. 34.

5. Bretschneider, Study and value of chinese bot. works, p. 7, 8, 45.

6. Roxburgh, Fl. ind., ed. 1832, p. 310 ; Piddington, Index.

7. Rosenmüller, bibl. Alterth. ; Dictionn. français-berbère.

8. Delile, Fl. ægypt., p. 3 ; Forskal, Arab , civ.

9. Ad. Pictet, Origines indo-européennes, éd. 2, v. 1, p. 351.

10. Ad. Pictet, l. c.


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semble que l'espèce aurait été cultivée spécialement dans l'Europe orientale et se serait répandue vers l'ouest à la fin de la domination gauloise. Voyons si elle est spontanée quelque part.

Linné 1 disait qu'elle habite dans l'Inde, et la plupart des auteurs le répètent ; mais les botanistes anglo-indiens 2 l'indiquent toujours comme cultivée. Elle n'est pas dans les flores du Japon. Au nord de la Chine, M. de Bunge l'a vue seulement cultivée 3 et M. Maximowicz près de l'Ussuri, au bord des prés et dans des localités voisines des habitations chinoises 4. D'après Ledebour 5, elle est presque spontanée dans la Sibérie altaïque et la Russie moyenne, et spontanée au midi du Caucase et dans le pays de Talysch. Pour cette dernière localité il cite Hohenaker. Celui-ci cependant dit « presque spontanée » 6. En Crimée, où elle fournit le pain des Tartares, on la trouve çà et là presque spontanée 7, ce qui arrive également dans le midi de la France, en Italie et en Autriche 8. Elle n'est pas spontanée en Grèce et personne ne l'a trouvée en Perse, ou en Syrie. Forskal et Delile l'ont indiquée en Egypte ; mais M. Ascherson ne l'admet pas 10, et Forskal l'indique en Arabie 11.

L'espèce pourrait s'être naturalisée dans ces régions, à la suite d'une culture fréquente, depuis les anciens Egyptiens. Cependant la qualité spontanée est si douteuse ailleurs que la probabilité est bien pour une origine égypto-arabique.

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1. Linné, Species plant. 1, p. 86.

2. Roxbnrgh, l. c. ; Aitchison, Punjab, p. 159.

3. Bunge, Enumer., n. 400.

4. Maximowicz, Primitiæ Amur., p. 330.

5. Ledebour, Fl. ross., 4, p. 469.

6. Hohenacker, Plant. Talysch., p. 13.

7. Steven, Verzeichniss Halbins. Taur., p. 371.

8. Mutel, Fl. franc.,4, p. 20 ; Parlatore, Fl. Ital., 1, p. 122 ; Visiani, FI. dalmat., 1, p. 60 ; Neilreich, Fl. Nied. Œsterr., p. 32.

9. Heldreich, Nutzpfl. Griechenl., p. 3 ; Pflanzen Attisch. Ebene, p. 516.

10. M. Ascherson m'avertit dans une lettre que, dans l'Aufzählung, on a omis par erreur le mot cult, après le Panicum miliaceum.

11. Forskal, Fl. arab., p. civ.