Herniaire (Cazin 1868)

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Hépatique
Cazin, Traité des plantes médicinales, 1868
Hêtre
PLANCHE XXI : 1. Grateron. 2. Gratiole. 3. Herniaire. 4. Hièble. 5. Hysope.


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Nom accepté : Herniaria glabra


HERNIAIRE. Herniaria glabra. L.

Millagrana. Bauh. — Herba turca.

Herniole, — herbe aux hernies, — herbe du turc, — masclou.

AMARANTHACÉES. Fam. nat. — PENTANDRIE DIGYNIE. L.


Cette plante annuelle (Pl. XXI) est commune dans les lieux incultes et sablonneux, dans les champs en friche, etc.

Description. — Racines grêles, blanchâtres et très-peu ramifiées. — Tiges d'environ 40 à 50 centimètres de long, rampantes, très-rameuses. — Feuilles petites, glaires, ovales, oblongues, opposées d'abord, puis alternes après la floraison par la chute de celles qui se trouvaient du côté du rameau fleuri. — Fleurs sessiles, petites, verdâtres, réunies en pelotons formant une sorte d'épi (mai-septembre). — Calices glabres et verdâtres, pétaloïdes à quatre ou cinq divisions profondes. — Quatre ou cinq étamines à anthères jaunes. — Un ovaire supérieur. — Deux styles courts. — Fruit: capsule petite, monosperme, indéhiscente, enveloppée par le calice persistant. — Semences luisantes.

Parties usitées. — L'herbe.

Récolte. — On peut cueillir cette plante pendant tout l'été, mais plus particulièrement en juillet et août. Elle est très-facile à sécher et à conserver. Il suffit de la préserver de l'humidité.

Propriétés physiques et chimiques. — La turquetle est inodore et d'une saveur légèrement amère. Le sulfate de fer colore en brun son infusion aqueuse, ce qui décèle un principe actif que la chimie n'a pas encore isolé.

On a vanté cette plante comme astringente, diurétique, lithontriptique, antiophthalmique. Elle a été employée contre la gravelle, la pierre, les mucosités de la vessie, la faiblesse de la vue, et surtout dans le traitement des


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hernies ; d'où lui vient son nom. On a avancé, d'après Matthiole, que, contuse et appliquée sur les hernies, elle les guérissait radicalement, en en donnant en même temps la décoction ou la poudre. Personne, aujourd'hui, ne parviendra à réduire la hernie la plus simple par un semblable moyen.

Mais faut-il conclure avec Spielmann, Bergius, Murray, Mérat et Delens, que cette plante doit être regardée comme nulle, et que l'on peut sans inconvénient l'éliminer de la matière médicale ?... Non. Herpain, de Mons[1], a démontré par la puissance des faits que la herniaire est un de nos diurétiques les plus puissants et les plus certains ; et, malgré les critiques exagérées de Spielmann, de Bergius et de Peyrilhe, dit ce médecin, elle n'en restera pas moins un remède précieux, autant par la fidélité de ses résultats que par la facilité avec laquelle on se la procure. « Administrée à un homme sain, dit Herpain, la herniaire favorise sensiblement la sécrétion urinaire sans produire de changement appréciable dans les fonctions respiratoires et de la circulation, et sans donner lieu à des phénomènes nerveux sensibles. Ses effets se manifestent assez promptement, trente à soixante minutes environ après son ingestion, et ils persistent plusieurs heures sans qu'il soit nécessaire d'avoir recours à de nouvelles doses du médicament. Dans les expériences que nous avons entreprises sous l'égide de M. le médecin principal Van Denbrouk, qui se sert de cette substance depuis plus de vingt ans, nous avons fait prendre la herniaire en infusion à la dose de 30 gr. par litre d'eau, et, chaque fois, elle a occasionné une grande abondance d'urine claire et limpide. Nous employons la herniaire dans différentes maladies ressortissant toutes d'un type qui est l'anasarque... Les résultats que nous avons obtenus sont des plus encourageants, et ils nous autorisent à employer exclusivement ce diurétique, à la dose de 30 à 60 gr. dans les vingt-quatre heures, contre les affections de la nature de celles dont nous parlons. Quelques ascites survenues chez des sujets anémiques ont promptement disparu sous l'influence de ce remède. » (Zeissl[2] unit la herniaire à l'ambroisie (4 gr. de chaque pour 300 gr. d'infusion) et s'en loue dans le traitement des catarrhes vésicaux aigus ou chroniques. Il est porté à penser que, dans ces cas, ce n'est pas seulement comme diurétique que ce mélange agit ; il lui attribue une légère action calmante.)

Ainsi, la herniaire, comme tant d'autres plantes indigènes dont les anciens avaient exalté les vertus, et que les modernes ont trop légèrement exclue, vient reprendre dans la matière médicale le rang dû à ses propriétés réelles. L'indifférence et le préjugé ne la condamneront-ils pas de nouveau à l'oubli ?

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  1. Journal de médecine et de chirurgie pratiques, t. XXVI, p. 315 et suiv., 1855.
  2. Journal de médecine, de chirurgie et de pharmacologie de Bruxelles, juillet 1863.