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De Plantis Aegypti


Alpin, Prosper, 1592. De plantis Aegypti, Venise, F. de Franceschi di Siena.

Sycomorus

Sycomorus giumez appellata 9v, Ficus sycomorus

Original en latin

[8r]

De Sycomoro Giumez Vocata ; Cap. VI.

ALPINUS. Arbor vastissima ab Aegyptiis Giumez voçata, in Aegypto provenit, quam nostri Sycomorum, ac ficum Aegyptiam appellant. Hanc proceram arborem in arenosis, sterilibusque Aegypti locis Natura sagacissima perduxit, sub qua possent homines ab injuria radiorum ardentium solis aliquando se tueri. Maxima siquidem arbor est, ramosque sic latissime spargit, ut magnam umbram viatoribus præbeat, quæ in huiusmodi calidis locis, arenosis, ac ferè solis calore inflammatis, libenter expeti ab omnibus soleat.

GUILAND. in lib. 2. de alim.facult. Galenus scripsit, se Alexandrie Sycomorum uidisse parve ficui similem : quamobrem crescentis adhuc, juvenisque Sycomori, & non adulti magnitudinem spectasse arbitror : quod tam grandem arborem, omnibus communem, ipse non animadverterit. Dioscorides melius ipsam describens, dixit. "Sycomorum aliqui etiam sicaminum, idest morum vocant, cuius fructus Sycomorum, propter inefficacem gustum appellant. Arbor est magna, fico similis ; frondosa, multo lacte abundans, foliis mori, pomum ter, aut quater anno fert, non ramis, ut ficus, sed caudice ipso caprifico non dissimile, dulcius grossis, sine granis interioribus : quod non maturescit, nisi ungue aut ferro sculpatur."

ALPIN. Hæc descriptio veram utique Sycomori figuram exprimit, sed ubi ait, foliis mori adderem crassioribus, candidioribus, atque asperioribus, quod hæc folia non nisi magnitudine ac forma, à ficus foliis differant.

GUILAND. Unde Aegyptii dicunt tantam hanc arborem habere cum fico & moro similitudinem, in qua utriusque figura spectatur ?

ALPIN. Insitionem fici supra morum plures illorum affirmant, veluti Musam insitam quoque fuisse cannem saccharum ferentis supra radicem colocassiæ aliquibus est suasum : quod tamen nondum experientia verum esse didici. Sine dubio in hac arbore, truncus, rami, cortexque ipsorum, fructus, lac, foliorum asperitas, colorque fici apparet ; & foliorum figura, magnitudo moro respondet. Fructusque tarde, neque perfecte maturescere, atque saporem aqueum & jucundum habere : hinc aiunt


[8v]

mori frigiditatem impedire, quo minus fructus perfectam maturationem consequantur. Hæc arbor, ut multi etiam meminerunt, sic est fœcunda, ut nunquam multis fructibus careat, qui caudici adnascuntur, minimeque ramis, neque fructum hæc arbor producit, nisi prius multis verberibus sæpe laceretur, sic ut caudicis quoque cortex vulneretur, ex quibus vulneribus lac continuo exit, unde ramus parvus, ficus ferens interim ternos, interim quinos, interim septenos, & plures etiam. Hæc arbor ex seminibus non nascitur, cum ficus seminibus careant, sed ramis insertis propagatur, estque ex iis, quæ cito crescunt ; diutissimeque, quod mirum videtur, vivunt.

Quæpiam Sycomorus in Mattherea visitur, quæ sic ab habitatoribus credita est antiqua, ut omnes pro certo habeant in illius trunci cavitate quadam olim Verginem beatissimam, iram Herodis Hierosolima fugientem, illuc se recepiffe, & Christum puerulum Servatorem nostrum per multos dies occultasse : ex quo ea arbor apud multos in multa est veneratione, maximèque eius trunci meatus, qui Christum occultavit, quem ipsi Dei magni spiritum fuisse fatentur.

Fabulosum est quod dicit Matthæolus, truncos ramosque huiusce arboris nunquam sicarri, ni prius in aqua projiciantur, & morentur aliquantulum. Usus ficuum in cibo est stomacho nocuus, ipsumque laxat, labefactat atque subvertit. Eos vero ficus utiliter comedunt, qui vel itinere, vel sole incaluerint, refrigerationeque opus habent, & humectatione : fructus siquidem hi frigidi temperare existunt, multumque humidi. alvum facile lubricant, atque relaxant. tumores omnes calidos, atque duros ficubus emplastri modo usi sanant. Pauci sunt, qui succum, ut meminit Dioscorid. ex trunco vulnerato colligant : affirmant tamen præsentaneum esse auxilium ad emolliendos scirrhosos tumores, atque ad pestem non ignobilem usum habere.

Traduction en français

LE SYCOMORE, APPELÉ GIUMEZ - Chap. VI.

ALPIN. Un arbre très ample, nommé giumez par les Egyptiens, pousse en Egypte ; c'est celui que nous appellons sycomore ou figuier d'Egypte. La Nature, dans sa grande sagesse, a fait pousser ce grand arbre dans les lieux sablonneux et stériles pour que les hommes puissent quelquefois se protéger des rayons brûlants du soleil. En effet, cet arbre est très grand et il étend assez loin ses branches pour offrir aux voyageurs l'ombre abondante que tous recherchent d'ordinaire dans les endroits de ce genre, sablonneux et pour ainsi dire enflammés par l'ardeur du soleil.

WIELAND. Dans son livre II sur Les Facultés des aliments, Galien écrit avoir vu à Alexandrie un sycomore semblable à un petit figuier. Je pense donc qu'il a prêté attention à la taille d'un sycomore jeune, encore en croissance, et non pas à celle d'un arbre adulte : il ne voulait pas parler du grand arbre connu de tous. Dioscoride, décrivant mieux cet arbre, dit : « Certains nomment aussi le sycomore sycamina, c'est-à-dire mûrier ; ils appellent le fruit sycomore à cause de son goût neutre. L'arbre est grand, semblable au figuier, touffu ; il fournit beaucoup de lait ; il a des feuilles de mûrier. Trois ou quatre fois par an il porte, non pas sur des rameaux comme le figuier, mais sur le tronc lui-même, qui ressemble à celui du caprifiguier, un fruit plus doux que les figues tardives. Ce fruit n'a pas de graines et ne mûrit pas si on ne l'incise pas avec l'ongle ou le fer ».

ALPIN. Cette description donne bien une idée exacte du sycomore. Mais, là où Dioscoride dit qu'il a des feuilles de mûrier, j'ajouterai : plus épaisses, plus blanches et plus rudes, car ces feuilles ne se distinguent de celles du figuier que par les dimensions et la forme.

WIELAND. D'où vient que les Egyptiens disent que cet arbre a une ressemblance si grande avec le figuier et le mûrier que l'apparence de l'un et de l'autre se retrouve en lui ?

ALPIN. Beaucoup d'entre eux disent que l'on a greffé un figuier sur un mûrier, de même que certains pensent que le bananier est une greffe de canne à sucre sur une racine de taro. Mais je ne sais pas par expérience si c'est vrai. Sans aucun doute, le tronc, les rameaux et leur écorce, les fruits, le lait, la rudesse et la couleur des feuilles donnent à cet arbre une ressemblance avec le figuier, tandis que la forme et la dimension de ses feuilles rappellent le mûrier.

Les fruits sont tardifs et ne mûrissent pas parfaitement ; ils ont une saveur aqueuse et agréable. On dit que la froideur du mûrier empêche les fruits d'arriver complètement à maturité. Comme beaucoup l'ont dit, cet arbre est si fécond qu'il est toujours pourvu de fruits nombreux, poussant sur le tronc et très peu sur les rameaux. Mais il ne produit des fruits que si on le lacère en le frappant souvent, abondamment, et si on blesse son écorce. Des blessures sortent du lait continuellement, puis un petit rameau portant des figues : tantôt trois, tantôt cinq, tantôt sept ou plus. Cet arbre ne se reproduit pas à partir de semences, car ses figues n'ont pas de graines, mais par bouturage. Il est de ceux qui poussent très vite et vivent longtemps, ce qui semble étonnant.

On voit, à Matarieh, un certain sycomore, tellement vieux, selon la croyance des habitants, que dans un creux de son tronc, autrefois, ils en sont tous certains, la Sainte Vierge, fuyant Jérusalem et la colère d'Hérode, se réfugia et cacha pendant longtemps l'Enfant Jésus, notre Sauveur. A cause de cela, beaucoup de gens ont une très grande vénération pour cet arbre, et spécialement pour le creux du tronc, car il cacha le Christ, dont ils reconnaissent eux-mêmes qu'il fut l'Esprit du Dieu tout-puissant.

Mathiole dit que le tronc et les branches de cet arbre ne sèchent que si on les a jetés et laissés quelque temps dans l'eau : c'est de la fable. L'emploi des figues dans l'alimentation est nocif pour l'estomac : elles le relâchent, l'affaiblissent et le bouleversent. Elles sont pourtant utiles à manger quand on a été échauffé par la marche ou le soleil et qu'on a besoin de se rafraîchir et de se réhydrater. Ces fruits, en effet, sont modérément froids et très humides ; ils rendent le ventre glissant et le relâchent. On soigne toutes les tumeurs chaudes et dures en utilisant des figues comme emplâtre. Peu nombreux sont ceux qui, comme le dit Dioscoride, frappent le tronc pour en tirer du suc. Ils affirment cependant que ce suc est un remède immédiatement efficace pour réduire les tumeurs cirrheuses et que son usage contre la peste n'est pas inconnu. (Traduction de R. de Fenoyl, révisée par Michel Chauvet)


Les illustrations sont mises dans l'ordre de la publication. Il y a eu une inversion de Hodeveg et Berd entre les éditions de 1592 et 1735. Nous avons utilisé les illustrations de la traduction française, qui étaient propres, et reprennent celles de 1735. Quelques illustrations sont légèrement différentes entre 1592 et 1735. Nous indiquons la pagination : en premier, celle de 1592 qui numérote les folios (d'où r et v), et en second celle de 1735. Les identifications suivent la version française, et ont été effectuées par Vivi Täckholm. La seule exception est Kellu I, qui est visiblement une Salicornia et pas une Salsola.