Citronnier (Cazin 1868) : Différence entre versions

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On emploie le citron entier pour la préparation de la limonade commune. Quand on enlève l'écorce, quand on coupe sa partie succulente et qu'on la laisse en contact avec l'eau froide ou chaude, on obtient une simple dissolution dans l'eau. La manière la plus simple de faire cette boisson consiste à exprimer dans l'eau, jusqu'à acidité convenable un citron coupé par le milieu. On y ajoute une suffisante quantité de sucre. Si l'on soumet à l'ébullition les tranches de citron, on obtient une limonade cuite qui est moins acide et d'une consistance plus mucilagineuse. En laissant tremper dans l'eau le citron coupé et muni de son écorce, on fait une limonade tonique par le principe amer, et excitante par l'huile volatile qu'elle contient. Ainsi préparée, elle convient mieux chez les personnes qui ont l'estomac faible, qui digèrent mal, ainsi que dans les fièvres muqueuses, putrides ou typhoïdes, etc.
 
On emploie le citron entier pour la préparation de la limonade commune. Quand on enlève l'écorce, quand on coupe sa partie succulente et qu'on la laisse en contact avec l'eau froide ou chaude, on obtient une simple dissolution dans l'eau. La manière la plus simple de faire cette boisson consiste à exprimer dans l'eau, jusqu'à acidité convenable un citron coupé par le milieu. On y ajoute une suffisante quantité de sucre. Si l'on soumet à l'ébullition les tranches de citron, on obtient une limonade cuite qui est moins acide et d'une consistance plus mucilagineuse. En laissant tremper dans l'eau le citron coupé et muni de son écorce, on fait une limonade tonique par le principe amer, et excitante par l'huile volatile qu'elle contient. Ainsi préparée, elle convient mieux chez les personnes qui ont l'estomac faible, qui digèrent mal, ainsi que dans les fièvres muqueuses, putrides ou typhoïdes, etc.
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La limonade est rafraîchissante, délayante, diurétique. Elle convient dans les embarras gastriques de caractère bilieux, les nausées, les dégoûts, les vomissements, l'ictère, les calculs biliaires, les irritations hépatiques, les inflammations des organes de la tête et de l'abdomen, les fièvres inflammatoires, bilieuses, putrides, la fièvre jaune, le typhus, la peste du Levant. Mais comme les acides excitent ordinairement la toux, on doit s'en abstenir dans les inflammations des organes respiratoires.
 
La limonade est rafraîchissante, délayante, diurétique. Elle convient dans les embarras gastriques de caractère bilieux, les nausées, les dégoûts, les vomissements, l'ictère, les calculs biliaires, les irritations hépatiques, les inflammations des organes de la tête et de l'abdomen, les fièvres inflammatoires, bilieuses, putrides, la fièvre jaune, le typhus, la peste du Levant. Mais comme les acides excitent ordinairement la toux, on doit s'en abstenir dans les inflammations des organes respiratoires.

Version actuelle en date du 1 décembre 2016 à 19:23

Ciste hélianthème
Cazin, Traité des plantes médicinales, 1868
Citrouille


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Voir la page Citrus medica. Cette espèce est appelée aujourd'hui cédratier.


CITRONNIER. Citrus medica. L.
Malus medica. Bauh. — Citreum vulgare. Tourn. — Malus medica. Plin.
Aurantiacées, Juss. — Citracées, Rich. — Polyadelphie icosandrie. L.


Cet arbre, qui paraît être originaire de la Médie et de l'Assyrie, est cultivé en Europe, et surtout en Espagne, en Portugal, en Italie, dans le midi de la France, etc. Il ne parvient dans nos jardins qu'à une hauteur médiocre : dans l'état sauvage son tronc s'élève quelquefois jusqu'à soixante pieds, et ses branches sont hérissées d'épines.

Description. — Racines fortes, ramifiées, blanches en dedans, couvertes extérieurement d'une écorce jaunâtre. — Tronc droit, revêtu d'une écorce d'un vert pâle, divisé en rameaux nombreux, étalés, avec ou sans épines : bois blanc et dur. - Feuilles ovales-lancéolées, aiguës, entières, d'un vert luisant, alternes, simplement et courtement pétiolées. — Fleurs blanches ou rouges violacées en dehors, d'une odeur suave, réunies en bouquets terminaux. — Étamines nombreuses, souvent libres. - Ovaire globuleux. — Fruit allongé, rempli d'une pulpe fortement acide, terminé au sommet par un petit mamelon conique, recouvert d'une écorce épaisse, ridée, raboteuse, d'un jaune pâle, connue sous le nom de zeste de citron.

Parties usitées. — Le fruit, la graine, l'écorce, les feuilles.

[Culture. — Le citronnier se reproduit par semis, non pas pour multiplier l'espèce, mais dans l'espoir d'en obtenir de nouvelles variétés ; les semis se font d'une manière particulière dans du marc de citron que l'on se procure chez les confiseurs, auquel on ajoute des graines et que l'on sème dans des pots ; on les élève sous bâche pendant la première année, à la seconde on les change de pot ; on peut les greffer depuis trois mois jusqu'à dix ans ; enfin, on peut aussi multiplier le citronnier par bouture et par marcotte.]

Récolte. — La récolte des différentes parties du citronnier n'exige rien de particulier. On peut, dit-on, conserver le fruit pendant plusieurs années dans la saumure. Comme moyen de conservation, Garoste[1] indique de mettre les citrons sur des planches de peuplier et de les couvrir d'une cloche en verre ou d'un bocal.

Propriétés physiques et chimiques. — Le citron a une odeur suave et fragrante ; son suc est d'une acidité très-piquante et très-agréable ; son écorce est chaude, aromatique, très-amère. Ses semences sont âcres, et d'une amertume qui se rapproche un peu de celle de l'acide cyanhydrique. Le suc de citron contient, suivant Proust, acide citrique, 1.77 ; principe amer, gomme et acide malique, 0.72 ; eau, 97.51. C'est à l'acide citrique, découvert par Scheele, en 1784, que les citrons, les oranges, les cédrats, les bigarades, les fruits rouges, etc., doivent leur agréable acidité. C'est

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  1. Dorvault, l'Officine, 5e édition, p. 226.


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particulièrement du citron qu'on le retire. Cet acide est solide, en cristaux prismatiques, transparents, d'une saveur excessivement acide, mais agréable ; il est inodore. Il se dissout dans trois quarts de son poids d'eau froide, et dans beaucoup moins d'eau bouillante. Il est soluble dans l'alcool. Chauffé, il se fond d'abord, puis, par une élévation de température, il se décompose en donnant naissance à trois acides pyrogénés qui sont les acides citraconique, itaconique et aconitique.

[L'acide citrique qui est tribasique peut être représenté par C12 H5 O11 3 HO, les trois équivalents d'eau peuvent être remplacés par trois équivalents d'une même base ou de trois bases différentes ; le citrate de magnésie neutre employé comme purgatif est représenté par C12 H5 O11 3 MgO, il cristallise en prismes rhomboïdaux.]

L'huile volatile de citron, que l'on fait avec les zestes, où des glandes spéciales la sécrètent, est, d'après l'analyse de Dumas et celles de Blanchet et Sell, composée de 88.5 de carbone, et de 11.5 d'hydrogène. [Elle est représentée par C10 H8 pour le volume ; elle dévie le plan de polarisation de la lumière de 80 degrés vers la droite.] Elle se combine avec l'acide chlorhydrique, en formant deux combinaisons différentes, l'une solide, l'autre liquide.

(On obtient, par la distillation de 6 parties en poids d'alcool à 80° centésimaux sur 1 partie d'écorce fraîche, l'esprit ou alcoolat de citron.

Lebreton a trouvé dans l'enveloppe blanche et spongieuse du citron un principe amer, l’hesperidine. Les pépins contiennent aussi un principe amer que Bernays a dénommé limonine.)

Associé au sucre, au vin, à l'eau-de-vie, le citron sert à préparer des limonades, du punch, des sorbets, des glaces. Les confiseurs en font des sirops, des conserves, divers genres de confitures, des espèces de candis secs ou des tablettes acidulés pour calmer la soif, etc.

Substances incompatibles. — Les acides sulfurique, nitrique, tartrique, oxalique ; les acétates de plomb, de cuivre ; les carbonates terreux et alcalins, l'eau de chaux, le chlorure de baryum, le mercure.


PRÉPARATIONS PHARMACEUTIQUES ET DOSES.

Les préparations les plus employées sont la limonade, le suc, le sirop de suc, l'oleosucre, etc., et l'alcoolat.

On emploie le citron entier pour la préparation de la limonade commune. Quand on enlève l'écorce, quand on coupe sa partie succulente et qu'on la laisse en contact avec l'eau froide ou chaude, on obtient une simple dissolution dans l'eau. La manière la plus simple de faire cette boisson consiste à exprimer dans l'eau, jusqu'à acidité convenable un citron coupé par le milieu. On y ajoute une suffisante quantité de sucre. Si l'on soumet à l'ébullition les tranches de citron, on obtient une limonade cuite qui est moins acide et d'une consistance plus mucilagineuse. En laissant tremper dans l'eau le citron coupé et muni de son écorce, on fait une limonade tonique par le principe amer, et excitante par l'huile volatile qu'elle contient. Ainsi préparée, elle convient mieux chez les personnes qui ont l'estomac faible, qui digèrent mal, ainsi que dans les fièvres muqueuses, putrides ou typhoïdes, etc.


La limonade est rafraîchissante, délayante, diurétique. Elle convient dans les embarras gastriques de caractère bilieux, les nausées, les dégoûts, les vomissements, l'ictère, les calculs biliaires, les irritations hépatiques, les inflammations des organes de la tête et de l'abdomen, les fièvres inflammatoires, bilieuses, putrides, la fièvre jaune, le typhus, la peste du Levant. Mais comme les acides excitent ordinairement la toux, on doit s'en abstenir dans les inflammations des organes respiratoires.

Le suc de citron est rafraîchissant, vermifuge, antiseptique, diurétique, antiscorbutique, astringent, etc. On le prescrit contre le vomissement, la putridité, le scorbut, etc. Mêlé avec la solution aqueuse de bicarbonate de potasse, il forme la potion anti-émétique de Rivière. Whytt[1] a vu les palpitations nerveuses, rebelles à tous les moyens, céder comme par enchantement à quelques cuillerées de suc de citron, ce qui suppose une action hyposthénisante. Mêlé au sel commun, Wright[2] le vante comme

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  1. Flore médicale, vol. III.
  2. Coxe, Americ. dispensat., p. 200.


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un moyen très-efficace dans la dysenterie, les fièvres rémittentes, les angines gangréneuses, et presque comme un spécifique dans le diabète et la lientérie. Le suc de citron, administré à la dose de 60 à 100 gr. dans l'intervalle apyrétique, a quelquefois guéri des fièvres intermittentes rebelles. J'ai vu plusieurs fois employer avec succès contre ces fièvres le suc d'un citron mêlé avec une tasse de café très-chaud. Ce moyen populaire, administré avant de se mettre au lit, provoque une abondante transpiration. — Le mélange de suc de citron et de poudre de café est un fébrifuge populaire en Grèce. Broussonnet[1] employait avec succès contre les fièvres intermittentes, la mixture suivante : suc de citron, ad libitum, sel de cuisine, Q.S. pour saturer le suc ; filtrez ; dose : une cuillerée d'heure en heure. Ce mélange convient aussi dans les fièvres putrides. — Foldi[2] regarde comme un excellent fébrifuge le remède suivant : on coupe un limon en morceau que l'on introduit dans une bouteille de vin blanc, et, suivant la saison, on expose le tout au soleil ou à l'action d'une chaleur artificielle jusqu'à ce qu'il y ait eu fermentation. On filtre en exprimant avec soin le résidu. Dose : un verre ordinaire chaque matin, à jeun.

Suivant Hufeland, le moyen curatif qui agit avec le plus d'efficacité contre le scorbut, est le suc de citron, à la dose de 190 à 570 gr. par jour ; il est employé aussi à l'extérieur pour le pansement des ulcères scorbutiques.

(Dans la marine anglaise, depuis 1757, on distribue quotidiennement, au repas de midi, à tous les hommes, au bout de quatorze jours de mer, une ration de jus de citron. Ce n'est qu'après la guerre de Crimée, qu'on a employé en France, officiellement du moins, le suc de citron épaissi au bain-marie et conservé dans des bouteilles hermétiquement bouchées. La ration journalière est de 15 gr. « Cette ration suffit dans les cas d'imminence de scorbut et dans les cas légers ; il faut la doubler, la tripler même pour le scorbut confirmé. Le plus grand nombre des médecins de la marine a reconnu que le jus de citron était un excellent prophylactique de cette maladie, mais qu'il était souvent impuissant à arrêter ses progrès. Son action curative paraît se développer avec plus de facilité chez les scorbutiques atteints à terre)[3]. »

On a vanté le suc de citron et l'acide citrique contre le rhumatisme articulaire aigu ; mais il résulte des essais faits à l'hôpital Necker par Aran que ce remède est non-seulement nul, mais quelquefois même nuisible.

Amatus Lusitanus a employé le suc de limon à la dose de 3 ou 4 onces (90 à 120 gr.) comme un excellent moyen contre l'ischurie et la gonorrhée. Il dit l'avoir expérimenté mille fois. Cependant, ajoute-t-il, il faut l'employer avec précaution, car il peut produire l'impuissance, ainsi qu'il arriva à un prince italien : « Cum impotentem sæpe hominem reddat, et ad procreandem sobolem inhabilem, ut cuidam ex principibus Italiæ, superioribus annis, in bello germanico evenit. » Le suc de citron serait-il réellement anaphrodisiaque ? De nouveaux faits bien observés pourront seuls répondre à cette question.

La Gazette des Hôpitaux a reproduit, d'après un journal allemand, deux observations desquelles il résulte que le suc de citron, fraîchement exprimé, possède la propriété remarquable de guérir les hydropisies aiguës. Ce traitement, connu anciennement, et peut-être négligé de nos jours, est surtout efficace dans l'hydropisie aiguë qui succède à l'éruption scarlatineuse. Mais un fait qu'il importe de noter, c'est que Buettner, auteur de ces observations, a remarqué que, dans les mêmes circonstances, le suc de citron, préparé à l'avance dans les officines, reste complètement sans action[4].

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  1. Bories, Pharmacopée de Montpellier.
  2. Annales de la Société de médecine d'Anvers, 1847.
  3. A. Barrallier, in Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, 1865, t.II, p. 605, art. Antiscorbutiques.
  4. Journal de médecine et de chirurgie pratiques, t. XIII, p. 459.


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(L'emploi des citrons, à titre de diurétique, est depuis longtemps en vogue en Allemagne, particulièrement contre les hydropisies résultant de la maladie de Bright.)

Neucourt[1] dit avoir vu employer avec succès le jus de citron à l'extérieur dans la névralgie faciale ; pour cela on coupe un citron et on frotte avec une des moitiés la partie malade. — Dans le muguet, Guersant et A. Dugès conseillent l'usage d'une décoction mucilagineuse à laquelle on ajoute un quart de jus de citron. On l'emploie à l'aide d'un pinceau de charpie que l'on porte dans la bouche des enfants. (Ce moyen doit être énergiquement repoussé. Il résulte, en effet, de la plupart des travaux modernes que l’oïdium albicans prospère dans un milieu acide.)

Dans l'angine couenneuse épidémique qui a régné à Boulogne-sur-Mer en 1855 et 1856, j'ai employé avec succès le mélange de parties égales de suc de citron et de suc d'ail. J'en imbibais un pinceau de charpie que je portais d'heure en heure ou de deux heures en deux heures sur les parties affectées, suivant l'intensité des symptômes, l'épaisseur et l'étendue de la production diphthéritique, etc. Je donnais en même temps à l'intérieur une cuillerée à bouche, de deux heures en deux heures, de la mixture suivante :

Suc de citron..................................................... 30 grammes.
Bulbe d'ail......................................................... 20
Eau distillée d'hyssope....................................... 150
Sirop de gomme................................................ 30

Triturez l'ail avec le suc de citron, en ajoutant peu à peu l'eau d'hyssope ; passez et ajoutez le sirop de gomme.

Ces moyens suffisaient le plus ordinairement pour limiter promptement l'affection locale. L'action fébrigène et antiseptique de la mixture citro-alliacée était évidente. Le pouls, de faible, petit et fréquent qu'il était, dès le début de la maladie, ou après une réaction initiale insidieuse, devenait ample, grand, souple, développé ; les forces se relevaient ; une transpiration douce s'établissait, et la guérison avait lieu du cinquième au quatorzième jour.

Pendant tout le cours de la maladie, on faisait usage de bouillon de bœuf, de gruau, d'eau vineuse sucrée, quelquefois de vin pur, et dans certains cas où il y avait assoupissement non fébrile, de quelques tasses de café ; on tenait le ventre libre au moyen de petites doses journalières d'huile de ricin, de lavements laxatifs, du calomel à dose purgative.

Dans les cas très-graves et à marche rapide, je touchais en outre les parties malades, une, deux ou même trois fois par jour avec la teinture d'iode. Des frictions mercurielles étaient pratiquées au cou, de quatre heures en quatre heures, lorsqu'il y avait gonflement extérieur considérable[2].

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  1. Bulletin général de thérapeutique, t. XLVII, p. 137.
  2. Mais, dira-t-on, ce traitement complexe laisse le praticien dans l'incertitude sur la part que chaque agent médicamenteux a pu prendre à la guérison. Je répondrai à cela que, la plupart du temps, je n'ai employé à l'extérieur comme à l'intérieur que l'ail et le suc de citron, et que j'ai pu par conséquent, apprécier les effets exclusifs de cette médication. Dans douze cas, où j'aurais indubitablement perdu tous ou presque tous mes malades, je n'ai eu à déplorer que la mort d'une petite fille de six ans, chez laquelle on n'avait pu suivre que très-irrégulièrement le traitement indiqué.
    La maladie, envisagée comme locale, et traitée exclusivement par les caustiques (la solution concentrée de nitrate d'argent, l'acide chlorhydrique mêlé au miel rosat ou même employé pur), les sangsues, etc., s'est presque toujours terminée par la mort ! Une sorte d'intoxication se manifestait par les symptômes qui caractérisent l'atteinte profonde du principe de la vie, tels que la petitesse du pouls avec fréquence ou ralentissement, l'absence de réaction et souvent même de chaleur fébrile, la pâleur de la face, l'anxiété ou l'anéantissement, la prostration extrême précédant une mort souvent exempte de souffrance locale.
    Dans un tel état de choses, le traitement stimulant antiseptique que j'ai mis en usage, en provoquant une réaction fébrile salutaire, en arrêtant par une ligne de démarcation franchement inflammatoire les progrès du mal, amenait en peu de jours une terminaison heureuse.


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Le suc de citron, à la dose de 15 à 60 gr., mêlé avec autant d'huile de ricin, d'huile douce de moutarde, ou de celle de noix, d'olives, de lin ou d’œillette, avec addition d'un peu d'eau-de-vie, forme une mixture vermifuge efficace. On regarde aussi comme un vermifuge puissant l'émulsion faite avec dix ou douze pépins de citron et quelques cuillerées d'eau aromatisée avec l'eau de fleur d'oranger ou de menthe. Cette émulsion convient en outre, dans tous les cas où les toniques amers et excitants sont indiqués. Je l'ai employée avec avantage dans la leucorrhée atonique, dans l'anorexie par débilité gastrique, dans les fièvres intermittentes, et vers la fin des fièvres muqueuses.

(J'ai fréquemment employé les pépins de citrons frais, concassés avec suffisante quantité de sucre comme vermifuges. Les enfants prennent facilement ce mélange si facile à se procurer.)

On se sert du suc de citron pour obtenir le sirop de limon. Étendu d'eau, ce sirop donne une limonade extemporanée. Ajouté en quantité suffisante à l'eau saturée d'acide carbonique, il forme la limonade gazeuse.

Reveil a vu le suc de citron édulcoré (100 gr. pris en une fois) réussir dans les cas de migraine.

A l'extérieur, le suc de citron convient sur les ulcères sanieux, putrides, gangréneux, vermineux, la pourriture d'hôpital, le lupus, la vulvite diphthéritique.

(On injecte le jus de citron dans les trajets fistuleux, et notamment dans ceux qui résultent d'abcès de la glande mammaire dont on a abandonné l'ouverture à la nature.

A l'hôpital des enfants malades, on fait d'heureuses applications de branches de citron sur les plaies scrofuleuses et gangreneuses : le premier contact est douloureux ; mais les malades ne tardent pas à s'y habituer)[1].

On a aussi employé avec avantage le suc de citron en frictions sur les dartres furfuracées. (Duchesne-Duparc[2] en frotte le cuir chevelu des sujets atteints de pityriasis ; il a obtenu, lorsque la maladie est récente, des succès constants.)

Evrat a proposé de répandre le suc d'un citron dans l'intérieur de la matrice chez les nouvelles accouchées atteintes d'hémorrhagie utérine, ce qui stimule cet organe, augmente ses contractions, fait revenir ce viscère sur lui-même et cesser l'écoulement sanguin (Mérat et Delens).

Le gargarisme avec le jus de citron est d'un usage vulgaire contre toutes les variétés d'angine.

L'écorce de citron, dépouillée de la partie blanche qui se trouve au-dessous, est chargée de glandes remplies d'huile volatile. A l'état frais, il suffit de presser cette écorce entre les doigts pour en faire jaillir ce liquide inflammable. Cette écorce a une saveur chaude et piquante. Appliquée sur la peau par sa partie extérieure, elle y produit la rubéfaction. Elle est tonique, excitante, et un peu diaphorétique. On la prescrit en poudre lorsqu'elle est desséchée, et en fusion théiforme lorsqu'elle est fraîche. On en prépare un sirop, une teinture et un alcoolat.

[Le bois du citronnier, qui est très-dur et aromatique, peut servir à faire des pois à cautère pour remplacer les pois d'oranges ; les petits citrons de la grosseur d'un pois ont été quelquefois aussi employés aux mêmes usages.]

L'écorce de racine du citronnier n'est pas usitée en Europe ; mais, à la Guadeloupe, d'après Lherminier[3], on l'emploie sous forme de poudre ou sous celle d'extrait pour combattre les fièvres qui sont si communes dans cette île.

Les feuilles de citronnier ont les mêmes propriétés que celles d'oranger,

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  1. Reveil, Formulaire des médicaments nouveaux, p. 121.
  2. Abeille médicale, 1863, p. 59.
  3. Journal de pharmacie, t. III, p. 465.


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elles sont antispasmodiques. On recommande leur infusion aqueuse, le matin à jeun, lorsque la digestion de la veille a été laborieuse.

L'acide citrique, d'une saveur excessivement aigre, est employé aux mêmes usages que le suc de citron ; mais son acidité est moins agréable et sujette à pincer l'estomac. On l'associe au sucre. Suivant Hallé, il tend à diminuer la sueur fébrile, tandis que l'acide acétique l'augmente. Broussais a remarqué[1] que cet acide était celui que l'estomac supportait le mieux dans la gastrite. Quelque concentré qu'il soit, même à l'état solide, il ne paraît pas susceptible de produire l'inflammation. Les pastilles connues sous le nom de pastilles de citron, qui conviennent pour calmer la soif dans les grandes chaleurs, se font ordinairement avec l'acide tartrique. L'acide citrique s'administre à l'état liquide en en faisant fondre 1 gr. 20 centigr. dans 500 gr. d'eau qu'on édulcore avec 30 gr. de sucre. On administre aussi cet acide sous forme de sirop. Comme le suc de citron, il a été préconisé contre le rhumatisme aigu.

[Les solutions étendues d'acide citrique ont été employées très-souvent pour le pansement des ulcères sanieux et gangreneux. Suivant Brandini, elles auraient, dans ces cas, un véritable effet sédatif[2].

Les citrates alcalins et terreux sont tous purgatifs ; celui de magnésie est le plus souvent employé à la dose de 30 à 60 gr. sous forme de limonade sucrée],

L’huile essentielle de citron se donne à l'intérieur comme stimulante dans une potion ou sous forme d'oléo-saccharum. Cette essence a encore été prescrite contre le tænia, à la dose de 4 à 8 gr. (Cette propriété parisiticide repose sur des données expérimentales sérieuses ; cette essence tue les lombrics, les sangsues, les batraciens. Bouchardat a prouvé qu'elle tuait les poissons)[3].

Werlitz a proposé[4] l'application de l'huile essentielle de citron dans différentes affections des yeux. D'après les expériences de ce médecin, elle peut spécialement être employée avec avantage dans les ophthalmies qui tendent à passer à l'état chronique et qui ont leur siège dans les membranes extérieures de l’œil, surtout dans les cas où les petits vaisseaux présentent des dilatations variqueuses, dans les ophthalmies rhumatismales, blennorrhéiques et scrofuleuses dans le pannus et le ptérygion, dans plusieurs cas de taies de la cornée, enfin lorsque le tissu de cette membrane est ramolli et prend un aspect spongieux. On applique cette essence de la manière suivante : on coupe une tranche d'écorce de citron d'environ 3 centimètres (1 pouce) de long sur 12 milligrammes (6 lignes) de large, et, par une légère pression, on fait jaillir dans l’œil affecté les petites gouttelettes d'huile volatile qui remplissent les glandules dont est parsemée cette écorce ; ces gouttelettes s'en échappent sous forme d'un petit nuage, et l'impression qu'elles produisent dans l’œil est quelquefois très-vive. Dans le cas où la douleur produite serait trop forte, on pourrait recourir à des fomentations froides pour la calmer. Cette instillation d'essence peut être réitérée de cinq à dix fois dans les vingt-quatre heures.

Le citron forme trois sous-espèces : le citrus medica dont nous venons de parler ; le cédrat (citrus cedra) ou cédratier, citronnier des Juifs ; la bergamotte (citrus bergamia), qui fournit l'essence portant son nom : cette essence est d'une odeur très-suave, plus dense (0.880) que celle du citrus medica ; étant hydratée, elle contient de l'oxygène ; à la longue, elle dépose un stéaroptène cristallisé, le bergaptène.

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  1. Phlegmasies chroniques, t. III, p. 254.
  2. Lo sperimentale, mai l865.
  3. Annuaire de thérapeutique, 1860, p. 89.
  4. Observ. de olei citri rec. exp. usu in quibusdam acut. morb.