Benoite (Cazin 1868)

De PlantUse Français
Révision de 8 mars 2017 à 00:06 par Michel Chauvet (discussion | contributions)

(diff) ← Version précédente | Voir la version courante (diff) | Version suivante → (diff)
Aller à : navigation, rechercher
Belle-de-nuit
Cazin, Traité des plantes médicinales, 1868
Berce
PLANCHE VIII : 1. Beccabunga. 2. Belladone. 3. Bénoite. 4. Berce. 5. Berle.


[186]

Benoite

Nom accepté : Geum urbanum


BENOITE. Geum urbanum. L.

Caryophyllata vulgaris. C. Bauh. — Caryophyllata vulgaris flore parvo luteo. J. Bauh. — Caryophyllata urbana Scop. — Herba benedicta. Brunf. — Caryophyllata. Dod. ; Off. — Cortusa. Dioscor. Lagophtalmus.

Benoite officinale, — herbe de Saint-Benoît, — caryophyllée, — herbe bénite, — gariot, — galiote, — récise, — racine de giroflée, — sanicle de montagne.

Rosacées. — Dryadées. Fam. nat. — Icosandrie Polygynie. L.


La benoite (Pl. VIII), plante vivace, commune dans toutes les parties de l'Europe, habite les bois, le long des haies et des chemins, les lieux ombragés, les terrains frais. Elle est un bon fourrage pour les chevaux, le boeufs, les cochons, les chèvres, et. surtout pour les moutons, qui en sont très-friands.


[187]

Description. — Racine horizontale, brune en dehors, blanche ou rougeâtre en dedans, simplement fibreuse quand elle est jeune, mais formant par l’âge une sorte de moignon conoïde qui devient gros et long comme le pouce, se recouvre d’écailles brunes, minces, sèches, et produit une grande quantité de chevelus fauves. — Tiges droites, rouges ou rougeâtres à leur base, grêles, légèrement velues, rameuses, de la hauteur de 40 à 60 centimètres. — Feuilles d’un vert foncé, pubescentes, alternes, les radicales pétiolées, ailées, dont les folioles, au nombre de cinq à onze, sont inégales, dentées, ovales, la terminale plus large et trilobée ; les caulinaires presque sessiles, à trois folioles inégales, accompagnées de deux stipules qui les rendent amplexicaules à leur base, devenant d’autant plus simples qu’elles se rapprochent davantage du sommet. — Fleurs jaunes, petites, rosacées, pédonculées, terminales (juin, juillet, août). — Calice monopliylle, à demi divisé en dix segments pointus, dont cinq alternes plus petits que les autres. — Corolle de cinq pétales entiers, arrondis, ouverts en rose. — Trente à soixante-dix étamines, dont les filaments attachés au calice soutiennent les anthères globuleuses. — Pistils nombreux formant un capitule serré au centre de la fleur, insérés sur un gyrophare globuleux, portant de petits akènes ou fruits terminés par une longue pointe crochue.

Parties usitée. — La racine.

Culture. — [On multiplie la benoite par semis de graines faits à l’ombre ou par division des pieds que l’on fait au printemps ou à l'autunne en terre légère et à une exposition fraîche.]

Récolte. — On recueille la racine de benoite à l’automne pour la conserver ; mais il vaut mieux l’employer fraîche, et alors on peut la récotter en juin, juillet et août. Il faut choisir celle qui végète sur les montagnes, dans les terrains secs, sablonneux et bien exposés. Elle est plus ou moins énergique suivant le sol où elle croît, l’exposition et la saison où on la récolte. — Son odeur aromatique disparaît peu à peu et se perd après une année de conservation. Cependant, si on la l'ait sécher à l'ombre, à une chaleur douce, elle conserve une partie de son arôme.

Propriétés physiques et chimiques. — La racine de benoite récente a une odeur agréable de girofle[1], une saveur analogue, mêlée toutefois d’une amertume particulière qui laisse un arrière-goût austère et âpre. Muehlenstedt, pharmacien danois, Melandri, Moretti, Bouillon-Lagrange, Chomet-Mars et Tromsdorff l’ont analysée. Voici le résultat obtenu par ce dernier : Tannin, 410 ; résine, 40 ; huile volatile, 0.39 ; adragante, 92 ; matière gommeuse, 158 ; ligneux, 300. Les principes actifs sont plus abondants et plus concentrés dans l’écorce de la racine.

(Buchner a donné à la matière amère de la racine le nom de géine. Aucun travail, que nous sachions, n’est venu démontrer l’individualité de ce principe ou en établir les propriétés.)

Substances incompatibles. — Les sels de fer, la gélatine, etc.


PRÉPARATIONS PHARMACEUTIQUES ET DOSES.


A L’INTÉRIEUR.— Infusion ou décoction (racine sèche), 30 à 60 gr. par kilogramme d’eau ; (racine verte), 60 à 100 gr. par kilogramme d'eau.
Teinture (1 sur 8 d’alcool à 30 degrés), 15 à 30 gr. en potion.

Vin (1 sur 12 de vin), 30 à 80 gr.
Poudre, 1 à 4 gr. comme tonique astringent, 10 à 30 gr. et plus, comme fébrifuge, en électuaire, clans l’eau, le vin, etc.
Extrait, 1 à 2 gr. comme tonique, 4 à 8 gr. comme fébrifuge.


La racine de benoite, à la fois astringente, tonique et excitante, est employée contre les diarrhées chroniques, la dysenterie atonique, les hémorrhagies passives, les pertes séminales par relâchement, les leucorrhées, les flux muqueux de même nature, les fièvres intermittentes, la cachexie paludéenne.

C'est surtout comme fébrifuge que la benoite a joui d'une grande réputation. Hulse (in Ray) préconisa le premier cette plante contre les fièvres intermittentes. Leclerc, dans un ouvrage publié à Lille en 1683[2], dit avoir guerri plusieurs fois la fièvre tierce au moyen de cette racine : il en faisait

____________________

  1. De là son nom de caryophyllata ; caryophyllus, girofle.
  2. De murb. pauperum, p. 129.


[188]

digérer, pendant vingt-quatre heures, 8 gr. dans 125 gr. de vin ou de bière, et cette préparation était administrée au début de l’accès. La macération vineuse de racine de benoite a été recommandée par Chomel, qui la prescrivait au commencement de l’accès dans l’intention de provoquer la sueur et de rompre ainsi la période algide.

C'est à Buchhave, médecin danois, que la benoite a dû sa célébrité. Ce médevin, dans un ouvrage publié sur cette plante[1], cite plus de trois cents observations de fièvres intermittentes vernales et automnales, guéries par son seul usage. Weber et Kock, son élève[2], l’employèrent avec succès sur plus de deux cents malades atteints de fièvres intermittentes de tous les types, de toutes les saisons, et dont quelques-unes avaient résisté au quinquina. Gilibert, qui a eu de fréquentes occasions d’employer ce fébrifuge, s’exprime ainsi : « Nous avons, dit-il, employé en Lithuanie cette racine sur nos malades ; nous l’avons reprise sur ceux de Lyon, et nous pouvons affirmer que nous avons autant procuré de guérisons avec la benoîte qu'avec le quinquina. Nous n’ignorons pas que plusieurs médecins allemands se sont élevés contre les assertions de Buchhave, mais nous savons que l’on a vendu, pour la racine cle benoite, d’autres racines, ou cette racine elle-même mais desséchée, altérée, etc. Au reste, depuis deux ans, nous avons vu guérir plus de cent cinquante malades qui n’avaient pris d’autres fébrifuges que la benoite, le chardon étoilé ou le scordium. » .

A l’armée du Rhin, en l'an IV et en l'an V, où le quinquina était très-rare, Gros-Jean et plusieurs de ses confrères ont guéri un grand nombre de soldats atteints de fièvres intermittentes, au moyen de la racine de benoite. Frank[3] eut occasion d’administrer cette racine à un grand nombre de fiévreux, et il en obtint des résultats tellement favorables, qu’il affirme que, dans tous les cas où l’écorce du Pérou est indiquée, on peut lui substituer avantageusement la racine de benoite.

A côté de ces témoignages en faveur des propriétés antipériodiques de cette plante, viennent se placer ceux de praticiens habiles qui lui sont contraires. Les malades traités par Lund (in Murray) ont éprouvé des nausées, des vomissements, et n’ont point été délivrés de la fièvre, que l’écorce du Pérou a promptement dissipée. Les résultats obtenus par Haller, Brandelins, Christopherson, Barfoth, Acrel, Dalberg, n’ont été guère plus favorables. Cullen, ne jugeant à priori des propriétés des plantes que d'après leurs qualités sapides et odorantes, suivant la méthode de Galien, regarde la benoîte comme peu énergique. Broussais (in Flor. méd.) n’a retiré de cette plante que des avantages très-faibles.

Entre l’enthousiasme des uns et le dédain des autres, il n'y avait qu'un parti à prendre, celui de l'expérimentation. Or, j’ai déclaré dans la première édition de cet ouvrage que la racine de benoite m’avait fait complètement défaut comme fébrifuge. Depuis, et notamment pendant l'été de 1848, lorsque la fièvre intermittente régnait épidémiquement dans la vallée de la Liane, j’essayai de nouveau cette racine, fraîchement récollée, sur trente malades atteints de fièvre intermittente tierce, double tierce ou quotidienne. Je l’administrai en décoction concentrée (80 à 120 gr. dans 1 kilog. d’eau réduit à 700 gr. environ). Dans onze cas de fièvre tierce, la guérison eut lieu du troisième au cinquième jour inclusivement. Huit malades, atteints de la même fièvre, guérirent du cinquième au huitième jour, avec diminution graduelle des accès. Six autres malades, ayant le même type fébrile, n’éprouvèrent aucun soulagement, et furent guéris au moyen d'une forte décoction d'écorce de saule et de feuilles de calcitrape. Deux cas cle lièvre

____________________

  1. Observ. circa radic. gei urbani, seu caryophyllatœ virt., 1781.
  2. De nonnulor. febrifugor. virtute, et speciatim gei urbani rad. efficacia. Kiliæ, 1782.
  3. Journal de Hufeland, 1804.


[189]

double tierce avec œdème des pieds et engorgement splénique, en récidive après l’usage à diverses reprises du sulfate de quinine, cédèrent à la décoction concentrée de racines fraîches de benoite et d’ache. Sur trois malades, atteints de fièvre quotidienne, un fut soulagé par l’usage de la benoite et guéri par l’emploi de l'écorce de saule, et les deux autres ne purent guérir que par l'usage du sulfate de quinine. Il est à remarquer que la racine de benoite fut employée fraîche et à dose beaucoup plus élevée que celles que j’avais infructueusement, administrées dans mes premiers essais.

J’ai souvent associé avec avantage la racine de benoite à l’écorce de saule et à l’hydrochlorate d’ammoniaque dans le traitement des fièvres intermittentes. (Voyez l'art. Saule)

La benoîte a été employée comme tonique astringent vers la fin de la dysenterie et dans les diarrhées atoniques. Scopoli prescrit cette racine en poudre à la dose de 1 gr. 50 centigr. à 2 gr. à la fin des dysenteries. Mais, il ne faut pas oublier que ces maladies peuvent être dues, même dans leur état chronique, à une irritation phlegmasique persistante de la muqueuse intestinale, et s’aggraver sous l’influence des astringents. L’absence ou la diminution de cette irritation, et de tout mouvement fébrile, la débilité générale, indiquent la médication tonique dans laquelle la racine de benoite, par les principes qu’elle recèle, tient un rang distingué. Buchhave a préconisé cette racine dans les fièvres muqueuses, putrides, pétéchiales, etc. On l’a employée aussi avec plus ou moins de succès dans les flux muqueux. Dans la leucorrhée bénigne, récente et peu abondante, Vitet prescrivait une infusion concentrée de racine de benoite, dont il faisait prendre la plus grande quantité le matin à jeun. Il administrait aussi une forte décoction de cette racine, acidulée avec l’acide sulfurique, dans les hémorrhagies utérines passives. Weber l'avait déjà donnée avec succès dans les mêmes cas et Matthiole contre les hémoptysies. Plusieurs praticiens ont encore préconisé la benoite dans d’autres maladies, telles que les affections goutteuses et rhumatismales chroniques, la gastralgie, la dyspepsie les engorgements chroniques des viscères abdominaux, les cachexies, le catarrhe pulmonaire chronique, la coqueluche, etc. J'ai employé le vin de benoite dans la débité gastrique et sur la fin des maladies aiguës, pour rétablir les forces digestives. Chaumeton la considère comme analogue à l’angélique par son action thérapeutique. Hoffmann et Vanderlinden (in Bodart) lui attribuent les mêmes propriétés qu'au sassafras.


Benoîte aquatique

Nom accepté : Geum rivale


BENOITE AQUATIQUE (Geum rivale, L.), croit dans les bois humides, au bord des ruisseaux. Elle est commune dans les prairies et les lieux arrosés des Pyrénées. On la trouve aussi dans le centre de la France, aux environs de Paris et de Lyon.

Racine fibreuse, brune, fauve, de la grosseur d’une plume d’oie. — Tiges droites de 30 à 40 centimètres, un peu velues et presque simples. — Feuilles culinaires, assez petites, alternes, distantes, trois lobes dentés et pointus ; les radicales longues, à pinnules latérales, petites et peu nombreuses ; mais la terminale grande, arrondie, dentée, souvent trilobée. — Deux ou trois fleurs pédonculées, penchées, terminales (juin). — Calice d’un rouge-brun. — Pétales un peu échancrés, un peu ouverts, d’une couleur de rouille. Barbes des semences tordues dans le milieu, légèrement plumeuses dans toute leur longueur.

La racine de benoite aquatique, moins odorante que celle de la benoite caryophyllée, mais d’une saveur acerbe, paraît avoir les mêmes propriétés et a reçu les mêmes éloges que cette dernière. Le voyageur Kalme[1] dit que les Anglo-Américains la préfèrent au quinquina. Quand trouverons-nous une plante qui puisse préserver de l'exagération dans la recherche des véri-

____________________

  1. Resa til Norra America, t. IL


[190]

tés thérapeutiques ? Quoi qu’il en soit, suivant Bergius, des fièvres quotidiennes, tierces, quartes, enfin des fièvres réfractaires à d'autres remèdes, ont cédé à l'emploi de la racine de benoite aquatique. Cependant sa vertu fébrifuge a été plus constante à l'égard des fièvres vernales, qui se terminent souvent sans médication.

L'action styptique et corroborante de la benoite aquatique a été utile dans les flux sanguins, séreux ou muqueux. La poudre de la racine s'emploie extérieurement sur les ulcères atoniques. Swediaur (in Roques) a particulièrement recommandé ce topique.


Benoîte des montagnes

Nom accepté : Geum montanum


BENOITE DES MONTAGNES (Geum montanum, L.), croît dans les Alpes, les Pyrénées, les Vosges, les Cévennes, etc. Elle est commune dans les pâturages, près des sources froides, au port d'O, au Pic du Midi (Lapeyrouse),

Tige droite, simple, cylindrique, légèrement velue, de 30 centimètres. — Feuilles distantes et très-petites sur la tige ; les radicales grandes, ailées, velues, à pinnules, augmentant graduellement de grandeur vers le sommet de chaque feuille. — Fleurs grandes, ouvertes, d'un beau jaune, à pétales un peu échancrés. — Barbes des semences plumeuses et non tordues.