Ail (Pharmacopée malagasy)

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Rakoto, Boiteau, Mouton, Eléments de pharmacopée malagasy
Airelle et myrtille
Figure 15 : Tongologasy : Allium sativum Linné. 1. Port de la plante. 2. Ovaire et étamines montrant les appendices caractéristiques. 3. Inflorescence entourée de la spathe.

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Notice 15 - AIL



Nom scientifique : Allium sativum Linné (Liliacées).

Noms malagasy : Tongologasy, Tongolonkova.

Plante alimentaire originaire d'Asie centrale. Introduite à Madagascar à une époque très ancienne, probablement avant l'arrivée des Européens (d'où le nom de Tongologasy qu'on lui donne, par opposition à l'oignon appelé Tongolombazaha parce que d'introduction plus récente).

Description

Plante herbacée, vivace par son bulbe souterrain, dont toutes les parties dégagent une odeur forte et piquante ; hauteur totale - hampe florale comprise - environ 40-50 centimètres ; feuilles longuement engaînantes, à limbe plat, allongé, étroit, atténué de la base au sommet aigu, souvent renversées ou retombantes ; fleurs blanchâtres ou rosées, longuement pédicellées, groupées en ombelles simples, terminales au sommet d'une hampe unique ; l'ensemble des fleurs est enfermé, avant la floraison, dans une spathe membraneuse, univalve, longuement atténuée en pointe au sommet, caduque après la floraison. La fleur comporte 3 sépales, 3 pétales libres ; 6 étamines, dont les filets dilatés à la base portent deux appendices latéraux terminés par des filaments contournés sur eux-mêmes ; un ovaire à 3 loges surmonté par un seul style cylindrique grêle, couronné par un petit stigmate peu visible. Le fruit est une capsule triquètre à trois loges, contenant deux graines par loge, s'ouvrant


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à maturité en 3 valves ; graines noires, anguleuses, comprimées. Le bulbe, simple à l'origine, comporte bientôt de 2 à 10 caïeux (souvent appelés improprement « gousses »), de forme ovoïde, comprimés à la face supérieure (interne) et enfermés dans leur ensemble à l'intérieur d'une tunique commune formée de plusieurs épaisseurs de membranes (correspondant aux gaines des diverses feuilles).

Le bulbe est la partie officinale principale. Il doit être récolté au cours de la saison sèche et conservé à l'abri des pluies après avoir été bien ressuyé à l'air. Accessoirement, les feuilles fraîches peuvent aussi être utilisées.

Culture

L'ail préfère les sols argilo-siliceux, humifères, perméables. Il redoute l'excès d'humidité, mais exige des arrosages fréquents. Il n'est pas recommandé d'apporter une fumure organique immédiatement avant la culture de cette plante. Il vaut mieux utiliser un sol déjà bien pourvu en azote (fumé, par exemple, pour une culture antérieure peu exigeante) et se contenter d'une fumure phosphatée : environ 450 kilogrammes de superphosphates à l'hectare. La culture de l'ail étant sujette à de nombreux parasites, il est préférable de changer de sol chaque année. On plante les caïeux de préférence en septembre ou en avril à Tananarive. Avoir soin de les planter la pointe en l'air et de ne pas recouvrir de plus de deux centimètres de terre. L'intervalle entre les caïeux doit être de 10 à 12 centimètres. Au cours de la végétation, il faut effectuer plusieurs binages pour éliminer les mauvaises herbes et ameublir le sol. Pour obtenir de beaux bulbes, on recommande d'arroser avec de l'eau aussi froide que possible pour empêcher la formation prématurée de la hampe florale, et de nouer le sommet des feuilles.

Composition chimique

Le bulbe de l'ail bien préparé ne doit pas contenir plus de 64-65 p. 100 d'eau.

Le principe actif (0,6 à 0,7 p. 100 du poids sec) est une huile essentielle jaune, d'odeur forte et désagréable, à propriétés lacrymogènes, de densité supérieure à celle de l'eau (1,046 à 1,057), caractérisée par la présence de substances sulfurées : disulfure d'allyle-propyle et trisulfure d'allyle. A. Stoll et E. Seebeck ont consacré de nombreux travaux à la structure et à la genèse de ces substances sulfurées : alliine et allicine. Voir notamment leur communication au XIe Congrès International de Chimie Pure et Appliquée (London), 1947 ; Experientia, 3 (1947), p. 114-115 ; Helvetica Chimica Acta, 31 (1948), p. 189-210, et 32 (1949), p. 197-205 et 866-876 ; Scientia Pharm., 18 (1950) p. 61 ; C. R. Ac. Sc. (Paris), 232 (1951), p. 1441-1442 ; Advance in Enzymol. (U.S.A.), 11 (1951), p. 377-400. On peut aussi citer les travaux de L.O. Small, J.H. Bailey


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et C. J. Cavallito, Journal of the American Chemical Soc., 69 (1947), p. 1710-1713, et ceux de P. L. N. Rao et S. C. L. Verma in Journal of Indian Institut of Sciences, 34 (1952), p. 315.

A côté de l'huile essentielle, l'ail renferme une importante quantité de vitamine C (127 milligrammes pour 100 grammes de feuilles fraîches, les bulbes étant moins riches, d'après R. Charonnat et L. Beauquesne, cité par Garnier, Bezanger-Bauquesne et Debraux : «Ressources Médicinales de la Flore française », tome I, p. 233-239), des vitamines A, B1 et P ; des substances à activité hormonale gonadotrope (mâle et femelle) ; des enzymes : oxydases, peroxydases, tyrosinase, catalase, etc., dont l'ensemble explique sa haute activité physiologique.

Propriétés pharmacologiques et indications thérapeutiques

L'ail a des propriétés apéritives et stimulantes ; il a, par ailleurs, des propriétés antihelminthiques, antifungiques et bactériostatiques. Plus récemment on a reconnu à l'essence d'ail ou à l'alliine isolée une action inhibitrice du développement de certaines tumeurs.

Les propriétés apéritives et stimulantes de l'ail sont très anciennement connues et à l'origine de son emploi comme condiment alimentaire. On a vérifié expérimentalement qu'il a chez le Chien une action favorable sur les sécrétions digestives et sur le péristaltisme intestinal (travaux de P. Nöther in München. med. Wochenschr., 72 (1925), p. 1641-1642, en allemand). D'après S. E. Rhee (Transact. Japan Pathol. Soc., 22 (1932), p. 297, en anglais), il accroît l'activité de la thyroïde et d'autres secrétions internes. R. Agnoli et G. Lio (Archives Internationales de Pharmacodynamie, 33 (1927), p. 251-266) ont enregistré également une action cardiotrope et un accroissement du débit des coronaires sous son influence (cette vasodilatation des coronaires s'accompagne d'une légère action hypotensive périphérique).

L'activité de l'ail vis-à-vis des vers intestinaux, et notamment des Ascaris, est également très anciennement connue. C'était une tradition dans de nombreux pays méditerranéens de faire absorber, de temps à autre, aux enfants une « gousse » d'ail écrasée pour les débarrasser des vers. Parmi les travaux expérimentaux qui ont confirmé l'efficacité de cette pratique empirique, on peut citer notamment ceux de J. Toscano Rico, Comptes Rendtts de la Société de Biologie (Paris), 95 (1926), p. 1597-1599, et 97 (1927), p. 718-720.

L'activité fungicide de l'ail vis-à-vis de divers Champignons parasites de l'Homme (Epidermophyton interdigitalis et autres responsables des mycoses) a surtout été mise en lumière par M. Vlaïcovitch dans sa thèse de Médecine, Nancy (1923), et par P. W. Schmidt et U. Marquardt in Zentralbl. für Bakteriol., Abt, I, 138 (1937), p. 104-128.


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Enfin l'action bactéricide de l'ail, de l'essence d'ail ou des composés sulfurés qu'on en tire, vis-à-vis de nombreux germes : Colibacille, bacille typhique, Staphylocoque, Streptocoque hémolytique, etc., a fait l'objet de très nombreux travaux. L'essence de l'ail est sans doute l'antibiotique le plus efficace qu'on ait tiré jusqu'ici des plantes supérieures (voir Antibiotiques). Outre son action bactériostatique, l'ail agit favorablement sur la composition de la flore intestinale et évite certaines fermentations indésirables (voir à ce sujet la thèse de Médecine de S. Delvaille (Paris, 1927) intitulée : « Recherches bactériologiques et cliniques sur la thérapeutique alliacée en gastro-entérologie ».

En ce qui concerne l'action inhibitrice de l'alliine en injection vis-à-vis de certaines tumeurs (sarcome de Jensen, tumeur transplantable du Rat, etc.), on pourra consulter les travaux de H. von Euler et ses collaborateurs, Arkiv der Kemi, 1949 et 1950, et ceux de N. Bargoni, Ark. Kem., 1949, no 1, p. 145-151.

Posologie, formes pharmaceutiques

Comme vermifuge, l'ail est administré frais aux enfants, de préférence après avoir été écrasé, râpé ou coupé très fin, à raison d'une ou deux « gousses » par année d'âge et l'on fait suivre cette administration d'un laxatif ou d'un purgatif léger. On peut associer l'ail sans inconvénient à d'autres excellents vermifuges, tels que les voantamenaka et les fruits du rafy (voir Rafy et Voantamenaka).

Contre les Oxyures, on utilise également avec succès le jus exprimé de l'ail, à raison de 20 grammes de jus pour un volume total de 100 millilitres (diluer avec de l'eau bouillie), en lavements. Pour réduire l'action irritante de cette préparation sur la muqueuse intestinale, de nombreux auteurs ont préconisé d'y ajouter un jaune d'œuf que l'on mélange intimement, juste avant de pratiquer le lavement (voir notamment M. Perrin et G. Thiry : « Le traitement des Vers intestinaux », Paris, 1913).

Ces préparations très simples et d'un emploi facile peuvent rendre des services considérables à Madagascar, où les parasitoses intestinales constituent encore des maladies très répandues et fort nuisibles à la santé des enfants.

L’onguent à l'ail est très efficace pour protéger les plaies contre les infections microbiennes. Il peut se préparer très simplement, en incorporant le jus exprimé de l'ail à son propre poids de lanoline, ou à un poids double de graisse de Porc (axonge). A défaut d'antibiotiques d'origine fungique (du type Pénicilline), cet onguent à l'ail a été considéré comme le préventif le plus efficace contre l'infection des plaies. Il a été très largement utilisé pendant la dernière guerre mondiale dans des formations hospitalières soviétiques. Cet onguent peut également être employé utilement pour le traitement des furoncles, anthrax, etc. Le sirop d'ail a été utilisé avec succès en Europe et en Amérique contre les fermentations intestinales chez les enfants, les selles putrides, etc.


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Pour le préparer, il est recommandé de faire macérer 45 grammes d'ail râpé et écrasé dans 100 milligrammes de vinaigre fort ; les substances sulfurées de l'ail se conservent mieux, en effet, en présence d'acide acétique. Après trois jours de macération dans un ballon fermé, on ajoute 320 grammes d'eau et 600 grammes de sucre. On fait dissoudre au bain-marie en évitant le dégagement des produits volatils et on passe à travers une chausse pour filtrer. Ce sirop s'administre à raison d'une cuillérée à café à chaque repas. C'est une forme d'administration généralement bien accueillie par les enfants.

Il est beaucoup plus difficile de déssécher l'ail sans lui faire perdre ses propriétés, ses principes actifs étant, comme nous l'avons dit, très volatils. C. J. Cavallito, J. H. Bailey et J. S. Buck (Journal of the American Chemical Society, 67 (1945), p. 1032-1033) préconisent à cet effet le broyage de l'ail dans un mélange d'acétone et de neige carbonique maintenu à très basse température. Mais cette opération comporte de grosses difficultés techniques. Les appareils à lyophiliser étant aujourd'hui bien au point, il est beaucoup plus indiqué de recourir à leur emploi. La poudre d'ail ainsi obtenue s'administre à raison de 4 à 6 grammes par jour pour un adulte. Son emploi n'est pas recommandable pour les enfants en bas âge. On l'a utilisée dans le traitement des maladies intestinales infectieuses : grippes intestinales, choléra, etc. (voir A. Michel in Bull. Gén. Thérapeutique, 36 (1949), p. 420-421).

La préparation de l'alcoolature d'ail et de la teinture d'ail, ainsi que leurs indications et leur posologie, seront traitées dans des notices particulières (voir Alcoolature d'ail et Teinture d'ail).

Emplois vétérinaires

L'emploi de l'ail comme vermifuge, tel que nous l'avons décrit, peut également être étendu aux jeunes animaux domestiques. On sait que les maladies dues à des vers produisent chaque année dans la Grande Ile des pertes considérables pour les éleveurs. Etant donné leurs faibles disponibilités en argent liquide, la plupart d'entre eux sont hors d'état de recourir à des médicaments importés. Mais ils pourraient très bien préparer eux-mêmes des vermifuges très efficaces à partir de produits qu'ils peuvent ramasser dans la nature (fruits de rafy, voantamenaka, etc.) ou cultivés en vue de cet emploi, comme l'ail précisément.