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Aferontany (Pharmacopée malagasy)

Aferombohitra
Rakoto, Boiteau, Mouton, Eléments de pharmacopée malagasy
Afotany
Figure 9 : Aferontany : Mollugo nudicaulis. 1. Aspect de la plante ; 2. Détail de l'inflorescence ; 3. Fleur ; 4. Graine ; 5. Coupe de l'ovaire.

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Notice 9 - AFERONTANY (Merina)



Nom scientifique : Mollugo nudicaulis Lamarck et Poiret in Encyclopédie Méthodique, Paris (1783-1817), tome IV, p. 234 (Molluginacées).

Observations sur le nom malgache

Dans la précédente notice, nous avons vu que, sur la côte Est, le nom d’aferombohitra était donné jadis (d'après Chapelier et Bojer) à


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Tachiadenus carinatus Griseb. Les deux plantes n'ont rien de commun (à part leur amertume) et ne doivent pas être confondues.

Sur un échantillon de Chapelier sans numéro, daté de l'An XII (1804) et conservé au Muséum National d'Histoire Naturelle (Paris), Mollugo nudicaulis est appelé « anguehane-Toulanhan ». Chapelier lui-même nous explique que « anguehana » signifie « brède, sorte d'épinard » (voir Bull. Acad. Malgache, VII (1909), p. 118, et H. Poisson, « Etude des Manuscrits de Louis-Armand Chapelier » in Collection de Documents de l'Académie Malgache, tome II (1940), p. 28) c'est donc le mot anana déformé. La plante devait s'appeler à l'époque sur la côte Est : anan-taolana ( ?) ou plus vraisemblablement anan' ny Ntaolo. Nous n'avons pu trouver de trace récente de ce nom.

Quant au nom d’aferontany il est mentionné par plusieurs collecteurs dans l'Herbier du Muséum : à Nanisana (près Tananarive) par Ch. d'Alleizette n° 95 (1905) avec la mention : « plante amère, pectorale et tambavine »; à la ferme vétérinaire de Kianjasoa (Herb. Jardin Botanique Tananarive n° 359, sans date, et n° 2513, 1937, P. Boiteau coll., avec indication : « infusion contre la toux » ; à Tsimbazaza (Herb. Jardin Botanique Tananarive no 1280, 1935, P. Boiteau coll., nom malgache établi par Rason Gabriel).

Description

Plante herbacée annuelle glabre dans toutes ses parties, ou parfois légèrement tomenteuse à la face inférieure des feuilles sur les nervures ; ne dépassant pas 15 à 20 centimètres de haut, inflorescences comprises. Feuilles toutes radicantes, étalées en rosette à la base des tiges florifères (lesquelles ne portent que des bractées étroites), généralement oblongues, spatulées, mais parfois étroites, presque linéaires (de 25 × 2 à 63 × 12 millimètres), atténuées en pétiole à la base, obtuses au sommet, quelquefois un peu épaisses sans être vraiment crassulentes, toujours de saveur extrêmement amère. Inflorescences de 10-20 centimètres à rameaux divariqués ou verticillés par 3 ou 4, chaque ramification à l'aiselle d'une bractée linéaire, scarieuse, parfois réduite à une simple écaille pour les rameaux ultimes. Fleurs petites, peu apparentes, pédicellées (pédicelles grêles de 6-10 millimètres de long), à périanthe constitué de pièces rougeâtres ne s'ouvrant qu'à la maturité des étamines pour se refermer dès que la fleur est fécondée ; à 5 divisions (rarement 6), oblongues, de 9 × 3 millimètres environ, aiguës au sommet, persistantes autour de l'ovaire fécondé et du fruit et s'accroissant alors légèrement. 6 étamines à filet aussi long que l'ovaire, à anthères arrondies, les deux sacs polliniques bien distincts ; ovaire à trois loges, à placentation axillaire, renfermant chacune de nombreux ovules, surmonté de trois stigmates divergents. Le fruit est une capsule, s'ouvrant à maturité en trois valves ; graines petites, noirâtres, à surface d'aspect rugueux.


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Répartition géographique

Toute l'Ile, dans les endroits ensoleillés, sablonneux ou sur latérites arides ; terrains cultivés, bords des chemins, lit des rivières en saison sèche, etc.

La plante existe aussi dans de nombreux autres pays tropicaux ou subtropicaux d'Afrique et d'Asie.

Étude chimique

Le premier auteur ayant tenté l'étude chimique de l’Aferontany, R. Westling, a surtout étudié les caractères anatomiques et organoleptiques de cette plante pour faciliter sa reconnaissance. Il signale le premier la présence d'un hétéroside, mais sans indiquer sur quelles bases et sans en donner les caractères (voir Svensk Farmaceutisk Tiddskrift, n° 24-25 (1918), p. 403 et 421 (en suédois) ; résumé allemand dans Apotech. Zeitung, 57 (1919), p. 70).

Boiteau ayant ramené un important échantillon de la plante en 1946, son étude fut commencée au Muséum de Paris (Laboratoire du professeur Sannié) par Sosa et Boiteau qui confirmèrent la présence de glucosides par la technique de Herissey et signalèrent le grand nombre de ces constituants. Lorsque Boiteau quitta le laboratoire du professeur Sannié en 1948 pour celui du Dr Ratsimamanga, A. Sosa continua seul ces travaux et c'est à lui qu'on doit nos principales connaissances chimiques sur l’aferontany. Elles ont été exposées dans les trois notes suivantes :

A. Sosa : Sur un d-xyloside Ravonique de Mollugo nudicaulis, in Comptes rendus Acad. Sciences (Paris), 248 (1959), p. 1699-1702.

- Sur quelques saponosides cristallisés de Mollugo nudicaulis, C.R.Ac.Sc., 248 (1959), p. 2243-2245.

- Sur quelques hétérosides de Mollugo nudicaulis (« Aferontany »), in Annales Pharmaceutiques Françaises, 20 (1962), n° 3, p. 257-279.

D'après ces travaux, les principaux constituants de l’Aferontany sont les suivants :

1° Le mollugoflavonoloside C22 H26 O12 (environ 0,03 p. l00 du poids sec), cristallisant en plaques jaunes ; point de fusion : 225° ; pouvoir rotatoire; (α)D - 87°, éthanol, présentant huit hydroxyles acétylables ; donnant par hydrolyse une mole de d-xylose et une mole de mollugoflavonol, corps cristallisé en beaux prismes jaunes, de formule empirique Cl7 H18 O8, F = 286°, spectre d'absorption dans l'éthanol présentant trois maxima à 226, 269 et 340 mμ ; structure non encore établie.

2° Huit substances amères différentes, les mollugosaponosides A, B, C, D, E, F, G et H, cristallisant en plaquettes ou en aiguilles incolores, dont les caractéristiques connues sont les suivantes :

  • a. Mollugosaponoside A : F = 269° ; (α)D -10°; donnant par hydrolyse rharnnose, galactose, arabinose et mollugosapogénol A, de formule empirique C30 H50 O5, F = 212- 214°; (α)D + 23° (éthanol).


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  • b. Mollugosaponoside B : F = 293° ; donnant par hydrolyse glucose et mollugosapogénol B, formule empirique C27 H42 O4, F = 287° ; absorption dans l'U.V. λmax 255 mμ (ε = 6890) éthanol.
  • c. Mollugosaponoside C : F = 241° ; (α)D - 14° ; donnant par hydrolyse arabinose et mollugosapogénol C, formule empirique C33 H38 O3, F = 298°, (α)D + 77° ; absorption U.V. λmax 250-255 mmμ (ε = 3.300), éthanol.
  • d. Mollugosaponoside D : F = 247°, (α)D - 22°8 ; donnant par hydrolyse rhamnose, glucose, arabinose et mollugasapogénol D, C26 H44 O6, F = 239°, (α)D + 42°2 ; absorption U.V. λmax 255 mμ (ε = 4.480), éthanol.
  • e. Mollugosaponoside E : F = 285° ; donnant par hydrolyse rhamnose, glucose, galactose et mollugosapogénol E, C27 H44 O6, F = 221° ; absorption U.V. λmax 245 mμ (ε = 3.050), éthanol.
  • f. Mollugosaponoside F : F = 304° ; donnant par hydrolyse rhamnose, glucose, arabinose et mollugosapogénol F, C33 H54 O4 , F = 154° ; absorption u.v. λmax 240 mμ (ε = 3.830), éthanol.
  • g. Mollugosaponoside G : F = 229° ; en très faible quantité; n'a pu être étudié.
  • h. Mollugosaponoside H : F = 258° ; donnant par hydrolyse des sucres non identifiés et le mollugosapogénol H, C30 H48 O4, F = 301°, absorption U.V. λmax 255 mμ (ε = 6.350), éthanol.

Tous ces saponosides donnent les réactions colorées des triterpènes ou des stérols ; en dépit des formules empiriques trouvées pour certains d'entre eux, ce sont probablement tous des triterpènes en raison des difficultés qu'il y a généralement à surmonter pour l'étude de ces corps qui retiennent énergiquement l'eau et divers solvants avec lesquels ils constituent des complexes (voir P. Boiteau, B. Pasich et A.R. Ratsimamanga : « Les Triterpénoïdes en physiologie végétale et animale », Paris, Gauthier-Villars, 1964).

Les mollugosapogénols présentent tous un carbonyle très réactif donnant des composés caractéristiques avec la dinitro-2, 4-phénylhydrazine. Outre ce caractère, leur absorption U.V. fait penser qu'il pourrait s'agir de triterpènes ayant des rapports avec les Cucurbitacines.

La nature triterpénique de ces corps est également confirmée par l'isolement, à partir d'une espèce voisine, Mollugo spergula du Bengale, d'un mélange analogue et également fort complexe de saponosides triterpéniques, par les chercheurs indiens (voir les travaux de P. Chakrabarti et coll. dans Indian Journal of Chemistry, 2 (1964), n° 8, p. 339-340 ; 3 (1965), no 6, p. 283-284 ; Journal of the Indian Chemical Society, 42 (1965), n° 3, p. 137-141, et 43 (1966), p. 41-44).

3° R. Pernet, in « Plantes Médicinales Malgaches », Mémoires Institut Scientifique Madagascar, série B, IX (1959) p. 221, a été le premier à signaler la présence dans cette plante d'un pigment violet et d'un corps


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blanc cristallisé soluble au chloroforme et à l'amylol, mais dont le spot n'est pas colorable par l'iodo-bismuthate de potassium.

Le pigment, que nous avons également observé, nous a paru être une naphtoquinone et pourrait être, au moins en partie, responsable des propriétés antitussives. Quant à l'hypothétique alcaloïde qui, d'après Pernet, représente 0,08 p. 100 du poids sec, il n'a pas fait l'objet d'autres études à notre connaissance.

Propriétés pharmacologiques et indications thérapeutiques

En dépit de son extrême amertume, l’aferontany a dû être consommé anciennement comme « brède » (d'où le nom d’anan' ny Ntaolo signalé par Chapelier). Aux Indes, de même, Mollugo spergula sert encore de légume, surtout en cas de disette. C'est dire que la plante est pratiquement dépourvue de toxicité.

D'après le Tantaran'ny Andriana, dans la traduction que Mme B. Dandouau et G. Fontoynont ont donnée du chapitre « Ody sy fanafody » (Bull. Acad. Malg. XI, 1913, notamment p. 178 et 216), l’aferontany n'est cité que pour deux usages : il aurait été employé au temps d'Andrianampoinimerina dans le traitement de la blennorrhagie (p. 216) et surtout utilisé dans le traitement du tambavy (p. 178).

On sait que, sous le nom de tambavy, ce sont surtout les maladies nutritionnelles du jeune enfant qui sont désignées (bien que l'imagination populaire donne souvent à ce mot des sens beaucoup plus larges). Le mot malgache est utilisé depuis fort longtemps à la Réunion et à l'île Maurice et c'est le Dr Clément Daruty de Grandpré qui, dans ce dernier pays, semble avoir été le premier à établir un rapport entre la nutrition défectueuse et le tambavy.

« Nous croyons que dans la majorité des cas, écrit-il, il est produit par un régime alimentaire défectueux. Aussi, le voit-on survenir après le sevrage et le plus souvent à la suite d'un sevrage précoce ». « Plantes Médicinales de l'île Maurice », 2e édition, 1911, p. 156).

G. Fontoynont (Bull. Acad. Malg, XI, 1913, p. 178, note 2) distingue deux formes de tambavinjaza : l’alobotra : « sorte de bouffissure générale », c'est le syndrome bien connu aujourd'hui sous le nom de kwashiorkor et qu'on a d'ailleurs appelé aussi autrefois : « bouffissure d'Annam ». Il est dû effectivement à un régime déséquilibré, manquant de protides d'origine animale et trop riche, par contre, en glucides ; et l’alofisaka, « amaigrissement semblable à la cachexie et qui entraînerait très rapidement la mort ». C'est en effet une sorte d'athrepsie consécutive à une gastro-entérite chronique elle-même due à une ration alimentaire inadaptée aux besoins du jeune enfant.

Compte tenu de ces observations, il est évident que le tambavy nécessite d'abord un retour à une alimentation équilibrée (poudre de lait, peptones, etc., avec réduction du taux des sucres et des produits amylacés).


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Accessoirement, dans les cas bénins, l’aferontany pouvait avoir une certaine action apéritive et anabolisante ; mais il ne saurait être considéré comme un véritable remède des états de malnutrition.

Quant à la blennorrhagie, elle relève aujourd'hui, comme on le sait, d'un traitement aux antibiotiques et il est probable que l’aferontany n'était pas beaucoup plus actif que les très nombreuses autres plantes préconisées pour le traitement de cette maladie.

L'utilisation empirique de l’aferontany s'est d'ailleurs orientée elle-même vers d'autres indications. C'est dans la thèse de médecine du Dr Rasamimanana qu'a été signalé pour la première fois, semble-t-il, l'excellent effet de l'infusion de cette plante dans la coqueluche (kohadavareny). Cet excellent antitussif arrête, en effet, les quintes de toux, prévient les vomissements alimentaires si fréquents dans cette affection et restaure l'appétit des petits malades.

Nous avons d'ailleurs montré qu'un extrait d’aferontany injecté au Cobaye le prémunit d'excellente façon contre le bronchospasme provoqué par les aérosols d'histamine ou d'acétylcholine (travaux inédits du laboratoire Ratsimamanga).

Parmi les travaux consacrés à cet emploi de l’aferontany dans la coqueluche, on pourra consulter les suivants :

  • J. Rajaobelina : « Fitsaboana ny kohadavareny », in Bull. Soc. Mutuelle Corps Méd. Malg., (Tananarive), III (1927), n° 3, p. 186.
  • P. Giraud, in Revue Médicale de France et des Colonies (1927).
  • M. Fontoynont : « Aferontany et traitement de la coqueluche », Bull. Soc. Mutuelle Corps Méd. Malg., n° 123 (mars 1935), p. 96.
  • M. Fontoynont : « Note sur le traitement de la coqueluche par l’aferontany », in Gazette Médicale Malgache, 3e année, n° 11 (juillet-octobre 1940), p. 16- 17 ; reproduit en français et en malgache dans Bulletin d'Informations du Gouvernement Général, 1re année, n° 12 (1er décembre 1941), p. 13.

Posologie

La plante entière, racine comprise, est utilisée fraîche ou après séchage. L'infusion, ou la décoction, se prépare à raison de 0,5 gramme de plante fraîche ou 2 grammes de plante sèche pour 100 grammes d'eau ; à distribuer dans la journée par cuillérées à café, au moment des quintes de toux et immédiatement avant les repas.

On peut aussi administrer la poudre de plante à raison de 0,1 gramme par année d'âge et par jour. On peut en préparer des pillules si l'on veut éviter le goût amer de la drogue, ou dissimuler ce goût en incorporant la poudre à du miel.

En dépit des moyens modernes de prémunition et de traitement contre la coqueluche, l’aferontany et les préparations qui en dérivent peuvent encore rendre des services considérables.