Clutia abyssinica (PROTA)

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Ressources végétales de l'Afrique tropicale
Introduction
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Clutia abyssinica Jaub. & Spach


Protologue: Ill. pl. orient. 5: 77, t. 468 (1855).
Famille: Euphorbiaceae

Noms vernaculaires

  • Lightning bush, smooth-fruited clutia (En).

Origine et répartition géographique

Clutia abyssinica est présent du Congo à l’Erythrée et à la Somalie, et s’étend à travers l’Afrique orientale jusqu’en Zambie, en Angola, au Mozambique et en Afrique du Sud.

Usages

Les racines et les feuilles sont communément utilisées à des fins médicinales. En R.D. du Congo, la décoction de racine se prend pour traiter la fièvre et la toux, et les femmes enceintes l’utilisent comme tonique. Les racines broyées s’emploient en lavement pour traiter la gonorrhée. Pour traiter les maux de tête, soit on frictionne la tête avec un extrait de racine, soit on boit un extrait de feuille. Le jus de rameaux feuillés se boit pour traiter les douleurs thoraciques, les douleurs au côté et les difficultés respiratoires. On prend en infusion les rameaux feuillés ou les feuilles, ou bien on ingère leurs cendres, pour traiter les problèmes de peau, l’éléphantiasis, la diarrhée et la tachycardie. Cette infusion sert également en lotion pour traiter ces maux. Les cendres de feuilles dans de l’eau se prennent aussi pour traiter la toux. La poudre de feuilles dans de l’huile de palme s’emploie sur les brûlures pour les cicatriser. La macération de feuilles écrasées s’utilise en gouttes nasales pour traiter la pneumonie. Le jus de feuilles dilué dans de l’eau s’emploie en lavement pour traiter la diarrhée chez les enfants. Au Rwanda et au Kenya, la décoction de racine se boit, parfois dans du lait, contre les affections hépatiques. En Afrique orientale, les racines cuites à l’eau servent à préparer une soupe qui se prend comme remède contre la splénomégalie et les problèmes rénaux, et pour traiter les maux de tête, les maux d’estomac et le paludisme. L’extrait de racine se boit pour traiter les vers intestinaux, la grippe, les rhumes et la fièvre ; c’est aussi un remède contre l’indigestion. Le paludisme se traite avec des feuilles que l’on met à bouillir pour préparer un bain de vapeur. Au Rwanda, l’extrait de feuilles se boit pour déclencher l’accouchement, ainsi que comme abortif ; il sert également à traiter les douleurs sciatiques. En Afrique du Sud, on frictionne les gencives avec les feuilles pour traiter les maux de dents. En Ouganda, les feuilles réduites en poudre dans de l’eau se prennent pour traiter la coqueluche et la décoction de feuilles se prend pour traiter les états de choc. En Tanzanie, les feuilles fraîches se frictionnent sur la peau atteinte de mycose. Les femmes souffrant de douleurs menstruelles fument le bois. En Afrique du Sud, la macération d’écorce de racine se boit pour traiter les douleurs abdominales ; elle a des vertus laxatives et sert à expulser les vers.

Au Kenya et en Tanzanie, les racines sont cuites à l’eau avec les aliments pour leur donner du goût.

Production et commerce international

Les racines, les tiges feuillées et les feuilles ne servent qu’au niveau local.

Propriétés

Les racines contiennent un glucoside phytostérol, le cluytyl alcool, et plusieurs diterpénoïdes bicycliques à squelette de 6,7-sécolabdane : le clutiolide, le dihydroclutiolide, et l’isodihydroclutiolide. Un extrait au chloroforme de racines en poudre a produit un mélange complexe de 5-méthylcoumarines. Le γ-cadinène était le principal composant de l’huile essentielle des racines, tandis que la β-ionone, le α-farnesène et le farnésylacétone étaient les principaux composants volatiles des feuilles. Les feuilles ont donné des flavonoïdes, l’ent-16β,17-dihydroxykaurane, la spinosine et un diterpène, la 2"-O-glycosylisovitéxine.

Des extraits à l’éthanol des feuilles, des tiges et des racines ont montré une activité antivirale moyenne in vitro contre le virus de la polio et le virus coxsackie, une activité antifongique moyenne contre Aspergillus fumigatus et Fusarium culmorum, mais peu d’activité antibactérienne. Un extrait à l’éthanol des feuilles sèches a fait ressortir une activité antifongique contre Trichophyton mentagrophytes.

Plusieurs sources signalent l’extrême toxicité de plusieurs Clutia spp. pour le bétail.

Description

Arbuste dioïque, érigé et lâche, atteignant 6 m de haut, à rameaux cassants, glabre à régulièrement poilu. Feuilles alternes, simples et entières ; stipules absentes ; pétiole de 1–3,5 cm de long ; limbe ovale à elliptique-lancéolé, de 2–16(–20) cm × 1–7 cm, base cunéiforme à arrondie, apex obtus à aigu, pennatinervé à 5–12 paires de nervures latérales. Inflorescence : fascicule axillaire ; inflorescence mâle dense, à nombreuses fleurs, inflorescence femelle à 1–nombreuses fleurs ; bractées triangulaires, atteignant 1 mm de long. Fleurs unisexuées, régulières, 5-mères ; pédicelle atteignant 1 cm de long, allant jusqu’à 2,5 cm chez le fruit ; fleurs mâles à sépales elliptiques-ovales, d’environ 2,5 mm × 1 mm, chacun à 3–4 glandes à la base, vert pâle, pétales triangulaires, munis d’un onglet, d’environ 2 mm × 1,5 mm, chacun muni d’une glande à la base, blancs, étamines soudées en une colonne d’environ 1 mm de long, ovaire rudimentaire ; fleurs femelles à sépales oblongs-lancéolés, d’environ 2 mm de long, obtus, chacun avec une glande jaunâtre à la base, pétales en forme de cuiller, d’environ 2 mm de long, blancs, ovaire supère, presque globuleux, d’environ 1 mm de diamètre, 3-loculaire, lisse, styles 3, d’environ 1 mm de long, soudés à la base, bifides et réfléchis à l’apex, persistants. Fruit : capsule 3-lobée d’environ 5 mm × 4,5 mm, vert pâle, couverte de petits verrues blanchâtres, à 3 graines. Graines ovoïdes, d’environ 3 mm × 2 mm × 1,5 mm, finement ponctuées, noires, luisantes, caroncule conique, d’environ 1 mm de long, blanchâtre.

Autres données botaniques

Le genre Clutia comprend environ 60 espèces, dont une vingtaine se trouvent en Afrique tropicale et une quarantaine en Afrique du Sud. Trois variétés ont été décrites au sein de Clutia abyssinica, qui se distinguent essentiellement par la pilosité de la plante, la forme des feuilles et la longueur du pédicelle.

D’autres Clutia spp. d’Afrique orientale et australe ont aussi des usages médicinaux.

Clutia angustifolia

Clutia angustifolia Knauf est présent du Burundi à la Zambie et au Mozambique, et en R.D. du Congo l’extrait de feuille est utilisé en bain de bouche, alors que les feuilles s’emploient en frictions pour traiter les maux de dents.

Clutia hirsuta

La décoction de feuilles de Clutia hirsuta (Sond.) Müll.Arg., espèce du Zimbabwe, du Mozambique et d’Afrique du Sud, se prend pour traiter la fièvre. La macération de feuilles combinée à d’autres plantes se prend pour traiter le charbon, ainsi que les affections de la vésicule biliaire du bétail. Les extraits bruts de racine et de feuilles ont des activités antipaludéennes modérées.

Clutia lanceolata

Clutia lanceolata Forssk. (synonymes : Clutia kilimandscharica Engl., Clutia robusta Pax) est présent depuis l’Erythrée et la Somalie jusqu’en Tanzanie et au Zimbabwe. En Ethiopie, la macération de jeunes rameaux et de feuilles se boit pour traiter la diarrhée. Les rameaux feuillés sont également utilisés en fumigations pour traiter l’ophtalmie. En Afrique de l’Est, la décoction de racine dans du lait se prend pour traiter les rhumes et les rhumatismes. Les Massaïs se servent de petits morceaux de son bois pour se boucher les oreilles.

Clutia paxii

Clutia paxii Knauf est présent du sud de la R.D. du Congo jusqu’au Zimbabwe et au Mozambique ; l’infusion de feuilles se boit en R.D. du Congo pour traiter l’angine.

Clutia pulchella

L’infusion chaude de feuilles de Clutia pulchella L. (espèce du Zimbabwe, du sud du Mozambique et du nord de l’Afrique du Sud), se boit pour traiter les maux d’estomac, la diarrhée et la dysenterie. On soigne les fractures et les entorses avec de la cendre de racines que l’on frictionne sur des scarifications. L’infusion de feuilles, de tiges et de racines dans du lait s’emploie en lavement pour traiter les maux d’estomac chez les enfants.

Ecologie

Clutia abyssinica est commun dans la forêt sèche, les vestiges de forêts, la forêt secondaire et les savanes arborées des collines rocailleuses, ainsi que dans les fourrés sempervirents des bords de rivière, à 700–3700 m d’altitude.

Multiplication et plantation

Clutia abyssinica ne se multiplie que par graines.

Récolte

Toutes les parties de la plante de Clutia abyssinica peuvent se récolter au fil des besoins.

Traitement après récolte

Les feuilles, les tiges feuillées et les racines s’emploient fraîches ou sont séchées en vue d’un usage ultérieur.

Ressources génétiques

Clutia abyssinica est répandu et commun et n’est donc pas menacé d’érosion génétique.

Perspectives

Clutia abyssinica a de nombreux usages médicinaux contre toutes sortes de maladies. Plusieurs essais menés avec des extraits de racines, de tiges et de feuilles ont montré des activités antifongique et antivirale ; les effets antibactériens quant à eux donnent des résultats divergents. Il vaudrait la peine d’évaluer l’activité des composés isolés.

Références principales

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Autres références

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Sources de l'illustration

  • Radcliffe-Smith, A., 1987. Euphorbiaceae (part 1). In: Polhill, R.M. (Editor). Flora of Tropical East Africa. A.A. Balkema, Rotterdam, Netherlands. 407 pp.

Auteur(s)

  • E.N. Matu, CTMDR/KEMRI, P.O. Box 54840–00200, Nairobi, Kenya

Citation correcte de cet article

Matu, E.N., 2008. Clutia abyssinica Jaub. & Spach. In: Schmelzer, G.H. & Gurib-Fakim, A. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands. Consulté le 3 avril 2025.


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