Brucea antidysenterica (PROTA)
Introduction |
Brucea antidysenterica J.F.Mill.
- Protologue: Icon. anim. plant. 5: t. 25 (1779).
- Famille: Simaroubaceae
Origine et répartition géographique
Brucea antidysenterica est largement réparti en Afrique tropicale, depuis la Guinée et le Nigeria jusqu’en Ethiopie, et vers le sud jusqu’en Angola, au Malawi et en Zambie.
Usages
Comme l’indique son nom, Brucea antidysenterica est apprécié en médecine traditionnelle dans le traitement de la dysenterie. L’écorce, le fruit et les racines sont couramment utilisés contre la dysenterie, ainsi que pour leurs propriétés vermifuges et pour traiter la fièvre. L’écorce, le fruit, les graines, les feuilles et les racines (parfois bouillies) servent de remède contre la diarrhée, l’indigestion et les maux d’estomac. On fait cuire les feuilles et les racines avec de la viande, ou bien on les fait infuser dans du lait (pour les enfants) pour soulager l’asthme.
Les plaies et les affections de la peau, comme celles résultant de la lèpre et de la scrofule, se traitent avec des onguents confectionnés à partir des feuilles et des rameaux mélangés à du beurre clarifié ou du beurre, ou à partir des fruits mûrs mélangés à du miel. Des préparations de racines sont utilisées sur les plaies provoquées par les maladies sexuellement transmissibles, alors que les feuilles et les graines servent à traiter les tumeurs cancéreuses de la peau. Les fruits, les feuilles et les rameaux s’emploient également en médecine ethnovétérinaire sur les écorchures et les plaies de la peau, et les feuilles en poudre pour soulager la météorisation et la colique chez le bétail. Les racines sont utilisées pour traiter la rage.
En Erythrée, le bois sert de combustible et pour les toitures.
Propriétés
Les puissantes propriétés anticancéreuses mises en évidence par des extraits de Brucea antidysenterica ont beaucoup attiré l’attention des chercheurs au cours des dernières décennies. Sa bioactivité est attribuée à la présence d’alcaloïdes des groupes quassinoïde et canthine.
Des composés quassinoïdes, connus sous le nom de brucéolides, notamment la brucéantine et les acides brucéaniques, ont été isolés des feuilles et de l’écorce de tige. La brucéantine a manifesté une activité anticancéreuse contre le mélanome B16, le côlon 38, et les leucémies L1210 et P388 chez les souris. Toutefois, dans les essais cliniques qui ont suivi, aucune régression objective des tumeurs n’a été observée, et on a mis fin à sa mise au point clinique. Dernièrement, l’activité de la brucéantine a été étudiée sur plusieurs lignées de cellules de leucémie, de lymphome et de myélome. Le traitement des lignées de cellules HL-60 et RPMI 8226 a induit une apoptose faisant intervenir la voie des caspases et la voie mitochondriale. Un essai in vivo à l’aide de xénogreffes humaines-SCID RPMI 8226 a apporté la preuve que la brucéantine induisait une régression chez les tumeurs au stade précoce aussi bien qu’au stade avancé ; et ces réponses étaient facilitées par une absence de toxicité manifeste. Outre leur activité antinéoplastique, de nombreux brucéolides présents chez Brucea antidysenterica sont extrêmement efficaces contre Entamoeba histolytica (IC50 de brucéantine = 0,018 μg/ml), et contre le parasite du paludisme Plasmodium falciparum (IC50 de brucéantine = 0,0008 μg/ml). Selon les sources, les extraits de racine seraient efficaces contre Plasmodium gallinaceum chez les oiseaux. Si les quassinoïdes tirés de Brucea antidysenterica ont manifesté une faible activité antituberculeuse in vitro, leur potentiel anti-VIH est toutefois gâté par une forte cytotoxicité.
Les quassinoïdes sont caractéristiques des Simaroubaceae ; ils donnent à l’écorce de Brucea antidysenterica une amertume marquée.
Les alcaloïdes du groupe canthine, présents dans l’écorce de racine de Brucea antidysenterica, ont des propriétés anticancéreuses et antimicrobiennes. Certains d’entre eux ont été produits par des cultures de cellules en suspension de Brucea antidysenterica.
Le fruit est amer et il serait toxique pour le bétail, en particulier les moutons. Il contient environ 22% d’huile. Un colorant jaune contenu dans son endocarpe est non soluble dans l’eau. Des cristaux d’oxalate de calcium sont présents dans l’écorce, les feuilles et les racines.
Description
- Arbuste ou petit arbre monoïque, atteignant (7–)10(–15) m de haut, se ramifiant parfois à partir de la base ; écorce grise à gris-brun à cicatrices de feuilles en forme de cœur ; jeunes tiges cylindriques, à poils brun-rouge.
- Feuilles alternes, habituellement groupées à l’extrémité des rameaux les plus jeunes, de 10–65 cm de long, composées imparipennées à 2–6 paires de folioles ; stipules absentes ; pétiole jusqu’à 15 cm de long à poils brun-rouge ; pétiolules de 1–9 mm de long, atteignant 35 mm sur la foliole terminale ; folioles étroitement oblongues à étroitement ovales, de 3–18 cm × 1,5–8 cm, base asymétrique et arrondie, apex en pointe, brillantes et vert foncé à vert pâle, à poils brun-rouge.
- Inflorescence : panicule axillaire, érigée, à poils brun-rouge, de 5–35 cm de long, à fleurs mâles et femelles sur des inflorescences séparées en glomérules compacts.
- Fleurs unisexuées, régulières, (3–)4(–5)-mères ; pédicelle de 1–8 mm de long ; sépales presque libres, oblongs à ovales, de 2–3 mm × environ 1,5 mm, aigus, vert pâle, à poils brun-rouge ; pétales oblongs à ovales, de 1,5–3 mm × 1–1,5 mm, vert pâle, garnis de poils brun-rouge à l’extérieur ; fleurs mâles à étamines blanches à jaune pâle ; fleurs femelles à 4–5 carpelles libres ou soudés à la base, d’environ 1–2,5 mm × 1–3 mm, parfois poilus, stigmates d’environ 1 mm de long, libres, recourbés vers l’extérieur en croix.
- Fruit composé de 1–4 méricarpes ellipsoïdes à l’aspect de drupes, de 9–14 mm × 6–8 mm, apex en pointe, vert pâle brillant, prenant une couleur jaune orangé à rouge foncé en mûrissant, chaque méricarpe contenant 1 graine.
- Graines ovoïdes, de 8–9 mm × 5–6 mm, apex en pointe, brun pâle, ponctuées d’une grosse tache rouge à brun foncé.
Autres données botaniques
Le genre Brucea comprend 6 espèces dans les tropiques de l’Ancien Monde dont 5 existent à l’état naturel en Afrique tropicale.
Brucea javanica
Brucea javanica (L.) Merr. a été introduit en R.D. du Congo pour ses propriétés médicinales, qui sont similaires à celles de Brucea antidysenterica. On le trouve à proximité des villages et il s’est naturalisé.
Brucea guineensis
L’espèce ouest-africaine des basses terres Brucea guineensis G.Don serait menacée par suite de son exploitation comme plante médicinale. Il n’y a pas de précisions attestant de son usage, mais on a isolé de la brucéantine, ainsi que plusieurs autres quassinoïdes de l’écorce de tige.
Croissance et développement
La croissance végétative, la floraison et la fructification de Brucea antidysenterica se poursuivent toute l’année, même pendant la saison sèche.
Ecologie
Brucea antidysenterica se rencontre dans les forêts d’altitude, en lisière de forêt et couramment dans la végétation secondaire. On le trouve entre 1000–3700 m d’altitude, mais le plus souvent à 1750–2500 m d’altitude.
Multiplication et plantation
Brucea antidysenterica peut se multiplier sans difficulté par graines et se sème sur place. Une autre méthode de multiplication est le repiquage de sauvageons. Les graines peuvent se conserver à température ambiante pendant plus d’un an.
Maladies et ravageurs
Brucea antidysenterica a été répertorié comme étant une plante hôte de la mouche méditerranéenne des fruits, un des principaux ravageurs en arboriculture.
Ressources génétiques
Brucea antidysenterica est largement réparti et aucune menace sur sa variabilité génétique n’est à envisager. Si la demande en écorce augmente, il sera peut être utile de suivre de près son statut, et de prendre des mesures de protection pour empêcher son exploitation non durable, voire de le domestiquer.
Perspectives
La brucéantine et les composés apparentés ont montré des effets anticancéreux très prometteurs. Leur efficacité justifie un approfondissement des recherches, car ce sont des candidats prometteurs à l’élaboration de médicaments. Il reste à produire de la brucéantine de façon synthétique. Des protocoles ont été instaurés pour la production in vitro d’alcaloïdes bioactifs et de quassinoïdes issus de cultures de cellules en suspension de Brucea javanica, et la mise en place de protocoles similaires avec Brucea antidysenterica est envisageable.
Références principales
- Burkill, H.M., 2000. The useful plants of West Tropical Africa. 2nd Edition. Volume 5, Families S–Z, Addenda. Royal Botanic Gardens, Kew, Richmond, United Kingdom. 686 pp.
- Dale, I.R. & Greenway, P.J., 1961. Kenya trees and shrubs. Buchanan’s Kenya Estates Limited, Nairobi, Kenya. 654 pp.
- Gillin, F.D., Reiner, D.S. & Suffness, M., 1982. Bruceantin, a potent amoebicide from a plant, Brucea antidysenterica. Antimicrobial Agents and Chemotherapy 22: 342–345.
- Jansen, P.C.M., 1981. Spices, condiments and medicinal plants in Ethiopia, their taxonomy and agricultural significance. Agricultural Research Reports 906. Centre for Agricultural Publishing and Documentation, Wageningen, Netherlands. 327 pp.
- Kokwaro, J.O., 1993. Medicinal plants of East Africa. 2nd Edition. Kenya Literature Bureau, Nairobi, Kenya. 401 pp.
- Kupchan, S.M., Britton, R.W., Lacadie, J.A., Ziegler, M.F. & Sigel, C.W., 1975. The isolation and structural elucidation of bruceantin and bruceatinol, new potent antileukemic quassinoids from Brucea antidysenterica. Journal of Organic Chemistry 40(5): 648–654.
- Rahman, S., Fukamiya, N., Okano, M., Tagahara, K. & Lee, K.-H., 1997. Anti-tuberculosis activity of quassinoids. Chemistry and Pharmaceutical Bulletin 45: 1527–1529.
- Roberts, M.F., 1994. Brucea spp.: in vitro culture and the production of canthinone alkaloids and other secondary metabolites. In: Bajaj, Y.P.S. (Editor). Biotechnology in agriculture and forestry. Volume 26. Medicinal and aromatic plants VI. Springer-Verlag, Berlin, Germany. pp. 21–45.
- Stannard, B.L., 2000. Simaroubaceae. In: Beentje, H.J. (Editor). Flora of Tropical East Africa. A.A. Balkema, Rotterdam, Netherlands. 15 pp.
- Watt, J.M. & Breyer-Brandwijk, M.G., 1962. The medicinal and poisonous plants of southern and eastern Africa. 2nd Edition. E. and S. Livingstone, London, United Kingdom. 1457 pp.
Autres références
- Abebe, D. & Hagos, E., 1991. Plants as a primary source of drugs in the traditional health practices of Ethiopia. In: Engels, J.M.M., Hawkes, J.G. & Worede, M. (Editors). Plant genetic resources of Ethiopia. Cambridge University Press, Cambridge, United Kingdom. pp. 101–113.
- Arbayah H. Siregar, 1999. Brucea javanica (L.) Merr. In: de Padua, L.S., Bunyapraphatsara, N. & Lemmens, R.H.M.J. (Editors). Plant Resources of South-East Asia No 12(1). Medicinal and poisonous plants 1. Backhuys Publishers, Leiden, Netherlands. pp. 160–163.
- Arisawa, M., Kinghorn, A.D., Cordell, G.A. & Farnsworth, N.R., 1983. Plant anticancer agents. XXIV. Alkaloid constituents of Simaba multiflora. Journal of Natural Products 46: 374–378.
- Aubréville, A., 1959. La flore forestière de la Côte d’Ivoire. Deuxième édition révisée. Tome deuxième. Publication No 15. Centre Technique Forestier Tropical, Nogent-sur-Marne, France. 341 pp.
- Chiu, C.K.-F., Govindan, S.V., Fuchs, P.L., 1994. Synthesis of 15-deoxy-16B-ethoxybruceantin and synthetic efforts towards bruceantin. Journal of Organic Chemistry 59: 311–323.
- Cuendet, M. & Pezzuto, J.M., 2004. Antitumor activity of bruceantin: an old drug with new promise. Journal of Natural Products 67(2): 269–272.
- Fernando, E.S., Gadek, P.A. & Quinn, C.J., 1995. Simaroubaceae, an artificial construct: evidence from rbcL sequence variation. American Journal of Botany 82: 92–103.
- Fong, K.-L.L., Ho, D.H.W., Carter, C.K.J., Brown, N.S., Benjamin, R.S., Freireich, E.J. & Bodey, G.P., 1980. Radioimmunoassay for the detection and quantitation of bruceantin. Analytical Biochemistry 105: 281–286.
- Fukamiya, N., Koano, M., Aratani, T., Negoro, K., Lin, Y.-M. & Lee, K.-H., 1987. Antitumor agents: LXXXVII. Cytotoxic antileukemic canthin-6-one alkaloids from Brucea antidysenterica and the structure activity relationships of their related derivatives. Planta Medica 53: 140–143.
- Guru, P.Y., Warhurst, D.C., Harris, A. & Phillipson, J.D., 1983. Antimalarial activity of bruceantin in vitro. Annals of Tropical Medicine and Parasitology 77: 433–435.
- Harris, A., Anderson, L.A., Phillipson, J.D. & Brown, R.T., 1985. Canthin-6-one alkaloids from Brucea antidysenterica root bark. Planta Medica 51: 151–153.
- Kupchan, S.M., Britton, R.W., Ziegler, M.F. & Sigel, C.W., 1973. Bruceantin, a new potent antileukemic simaroubolide from Brucea antidysenterica. Journal of Organic Chemistry 38: 178–179.
- Lemordant, D., 1971. Contribution à l’ethnobotanique éthiopienne 2. Journal d'Agriculture Tropicale et de Botanique Appliquée 18(4–6): 142–179.
- Misawa, M., Hayashi, M. & Takayama, S., 1985. Accumulation of antineoplastic agents by plant tissue cultures. In: Neumann, K.H., Barz, W. & Reinhard, E. (Editors). Primary and secondary metabolism of plant cell cultures. Springer, Berlin. pp. 235–245.
- Murakami, C., Fukamiya, N., Tamura, S., Okano, M., Bastow, K.F., Tokuda, H., Mukainaka, T., Nishino, H. & Lee, K.-H., 2004. Multidrug-resistant cancer cell susceptibility to cytotoxic quassinoids, and cancer chemopreventive effects of quassinoids and canthin alkaloids. Bioorganic & Medicinal Chemistry 12(18): 4963–4968.
- Odojo, A., Piart, J., Polonsky, J. & Roth, M., 1981. Etude d’effet insecticide de deux quassinoides sur des larves de Locusta migratoria Ret.f. (Lorthoptera, Acrididae). Comptes Rendus Académie des Sciences (Paris) Serie C 293: 241–244.
- Okano, M., Fukamiya, N., Tagahara, K., Cosentino, M., Lee, T.T.-Y., Morris-Natschke, S. & Lee, K.-H., 1996. Anti-HIV activity of quassinoids. Bioorganic and Medicinal Chemistry Letters 6: 701–706.
- O’Neill, M.J., Bray, D.H., Boardman, P., Phillipson, J.D., Warhurst, D.C., Peters, W. & Suffness, M., 1986. Plants as sources of antimalarial drugs: in vitro antimalarial activities of some quassinoids. Antimicrobial Agents and Chemotherapy 30: 101–104.
- Simão, S.M., Barreiros, E.L., Da Silva, M.F.G.F. & Gottleib, O.R., 1991. Chemogeographical evolution of quassinoids in Simaroubaceae. Phytochemistry 30: 853–865.
- Thomas, M.C., Heppner, J.B., Woodruff, R.E., Weems, H.V., Steck, G.J. & Fasulo, T.R., 2005. Mediterranean fruit fly, Ceratitis capitata (Wiedemann) (Insecta: Diptera: Tephritidae). [Internet] Institute of Food and Agricultural Sciences, University of Florida, Florida. http://creatures.ifas.ufl.edu. May 2007.
Sources de l'illustration
- Wild, H. & Phipps, J.B., 1963. Simaroubaceae. In: Exell, A.W., Fernandes, A. & Wild, H. (Editors). Flora Zambesiaca. Volume 2, part 1. Crown Agents for Oversea Governments and Administrations, London, United Kingdom. pp. 210–220.
Auteur(s)
- O.M. Grace, PROTA Country Office United Kingdom, Royal Botanic Gardens, Kew, Richmond, Surrey TW9 3AB, United Kingdom
- D.G. Fowler, Flat 4 Abbotsrood, 1 Milnethorpe Road, Eastbourne BN20 7NR, Sussex, United Kingdom
Citation correcte de cet article
Grace, O.M. & Fowler, D.G., 2008. Brucea antidysenterica J.F.Mill. In: Schmelzer, G.H. & Gurib-Fakim, A. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands. Consulté le 3 avril 2025.
- Voir cette page sur la base de données Prota4U.