Zétoutt des Arabes (Potager d'un curieux, 1899)

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Potager d'un curieux, Introduction
Introduction


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Zétoutt des Arabes

Nom accepté : Iris juncea

ZÉTOUTT DES ARABES
Iris juncea Poir., Desf. Fl. Atl. ; Iris lusitanica Ker. Bot. Mag., tab. 679.
Fam. des Iridées.


Fleur d'un jaune vif ; divisions externes à lame ovale orbiculaire, unicolore, à onglet obliquement dressé ; divisions internes spatulées-oblongues, pointues, échancrées ; stigmate à lame liguliforme ; lamelle bilobée. Bulbe petit, atteignant à peine la grosseur d'une Noisette, recouvert d'une tunique brunâtre. Tige haute de 1 à 2 pieds, grêle, un peu flexueuse, feuillue à la base. Feuilles linéaires-lancéolées, étroites, subulées au sommet, d'un vert glauque. Spathe herbacée, ordinairement uniflore. Tube du périanthe très court, campanulé. Portugal, Afrique boréale.

On lit, dans le Bulletin de la Société d'Acclimatation, volume III, 1856, la lettre suivante, page 456, adressée à son président par M. A. de Cès-Caupenne :

« Monsieur le Président. Fixé en Algérie, où je dirige une importante exploitation forestière située dans la province de Constantine, vivant en contact avec les Arabes, j'ai remarqué qu'au nombre des mets qui composent leur frugale alimentation, il en est un fort recherché dans tous les douars que j'ai visités et que leur fournit une plante qui croît à l'état sauvage dans les forêts et les terrains humides. Zétoutt est le nom que les Arabrs donnent à cette plante (Iris juncea).
Sa tige ressemble assez à celle du Narcisse sau-


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vage. La partie alimentaire se compose d'un oignon qui ne dépasse guère la dimension d'une Noisette.
Ce Zétoutt fleurit au printemps, en même temps que les Iris et les Jonquilles. Dès qu'il est en fleur, les femmes arabes s'empressent de le récolter. Pour le manger, elles dépouillent l'oignon de la pellicule qui le recouvre et le font cuire dans le beurre ou bien dans l'eau, et le convertissent en pâte, comme la Pomme de terre, pour en faire des gâteaux.
Cette plante est farineuse et sa fécule a un goût très fin. Pendant l'hiver, les sangliers en sont très friands et, de même que les fouilles des porcs servent à la découverte des Truffes, les fouilles des sangliers guident les Arabes dans la recherche du Zétoutt.
Tout porte à croire qu'au moyen d'une culture sarclée, on pourra accroître le volume de l'oignon du Zétoutt et arriver ainsi à introduire dans l'industrie agricole ou maraîchère de la France un produit nouveau, qui, en se vulgarisant, peut devenir une ressource précieuse. C'est là une question qui mérite peut-être de fixer l'attention de la Société. L'un de ses membres, l'honorable M. Tastet, à qui j'en parlais naguère, l'a envisagée ainsi, et c'est d'après ses encouragements que je me permets, monsieur le Président, de vous adresser quelques échantillons de Zétoutt que j'ai recueillis moi-même, il y a quelques jours, dans la forêt de Chênes-liège de la Safia. »

Un de nos amis, propriétaire en Algérie et directeur d'une Société d'exploitation de Chênes-liège, a fait recueillir pour nous, dans ses forêts, 1,200 ou 1,500 bulbes de Zétoutt, dont il nous a gratifié.

Nous avons bien mal profité de ce précieux cadeau.


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Estimant, à tort peut-être, que le Zétoutt ne serait utile qu'autant que sa culture serait très économique, et qu'il fallait même en tenter la naturalisation sur la lisière des bois, nous avons planté nos bulbes à mi-ombre et nons nous sommes borné à sarcler le sol toutes les fois qu'il en était besoin.

L'expérience a duré quatre ans. Les hivers n'ont pas, croyons-nous, contribué à la destruction de notre plantation, mais le terrain était trop aride, et le résultat final a été qu'il ne nous est à peu près rien resté de nos 1,200 ou 1,500 bulbes.

Nous n'aurions sans doute pas mieux réussi en procédant autrement, car nous avouons que les plantes bulbeuses ne nous ont donné aucun résultat satisfaisant.

Nous avons perdu les Lis comestibles du Japon, le Crocus edulis, comme nous avons perdu le Zétoutt. Des amateurs plus habiles et disposant d'un terrain plus favorable réussiront peut-être mieux que nous.

Dans tous les cas, il s'agit là d'une plante pour laquelle nous pouvons répéter ce que nous avons dit relativement aux Lis comestibles. On peut la récolter et l'utiliser partout où elle croît à l'état spontané ; mais il n'y a aucun avantage à l'introduire dans les jardins, car il faut plusieurs années pour obtenir, de graines, des bulbes adultes qui, ainsi que nous l'avons vu un peu plus haut, sont toujours de faibles dimensions.


Nous avons encore expérimenté un certain nombre d'Iridées comestibles qui ne nous ont pas donné un meilleur résultat ; entre autres le Jahuique (Tigridia Van-Houttei Baker), Flore des serres et des jardins de l'Europe, pl. 2174; Baker, Handbook of the Irideæ,


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p. 69, du Mexique, dont M. Cornu nous a donné des graines qu'il avait reçues de M. Dugès. Quand ils sont cuits, les bulbes de cette espèce ont, paraît-il, le goût de la Châtaigne.

Deux autres plantes de cette famille ont aussi des bulbes comestibles ; ce sont :

Moraea fugax

Nom accepté : Moraea fugax

1° l’Iris edulis Thunb. (Moræa edulis Ker, Vieusseuxia edulis Link), espèce originaire du Cap de Bonne-Espérance. Les Hottentots en recueillent les bulbes et les tiges, dont ils font des paquets. Ils les font cuire légèrement et les mangent. Selon Thunberg, cet aliment est d'un bon goût et fort nourrissant. Les singes en font aussi leur nourriture (Encycl. méth.).


Gladiolus permeabilis

Nom accepté : Gladiolus permeabilis

2° Le Gladiolus edulis Burch. Espèce qui croît au Cap de Bonne-Espérance et dont les bulbes rôtis ont la même saveur que la Châtaigne (Botanical Register, vol. II, p. 169).