Salsepareilles (Perrot)

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Muguet
Perrot, Matières premières usuelles, 1943-44
Autres Asparagoïdées



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SALSEPAREILLES


S. pseudo-syphilitica Kunth ; S. medica Schlecht et Cham. ; S. officinalis Humb. et Bonpl.


Les fameuses drogues connues sous ce nom sont les racines d'un certain nombre de Smilax croissant dans le Mexique méridional et les pays voisins d'Amérique centrale jusqu'au bassin des Amazones.

Jadis très vantées dans le traitement de la syphilis, leur usage est à peu près délaissé devant les acquisitions récentes de la thérapeutique dues aux découvertes, par les chimistes, des composés organiques à taux élevé d'arsenic ; le premier fut le 606, puis l'aeséno~benzol (salvarsan) et, enfin, les nombreuses formules dans lesquelles entrent, avec les composés arsenicaux, ceux du mercure, du bismuth, etc.

Il en résulte que l'étude qui va suivre sera brève ; on la pourrait même juger superflue.

Les racines de Salsepareilles proviennent de plantes ligneuses grimpant à l'aide de vrilles pétiolaires, à tiges souvent anguleuses, pourvues d'aiguillons durs et prenant naissance sur une grosse souche ligneuse. Toutes appartiennent au genre Smilax.

Les espèces médicinales les plus réputées habitent les forêts marécageuses du golfe du Mexique, insalubres ; elles y sont récoltées par les autochtones misérables de ces régions qu'on pourrait dire impénétrables.

C'est avec la plus grande difficulté, on le conçoit, qu'on a pu, peu à peu, grouper les renseignements et recueillir les matériaux de détermination botanique ; aussi, bien des lacunes existent encore sur leur histoire et leurs origines spécifiques qui sans doute ne seront jamais éclaircies sans que cela soit préjudiciable à la thérapeutique désormais mieux armée.

Récolte. - Les indigènes prospectent la forêt et repèrent les pieds de Smilax ; organisant ensuite une expédition, ils vont arracher les souches à l'aide de bâtons en bois dur, épointés. Ils détachent au machète les souches


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radicantes les plus fortes en laissant les plus petites qui, étant abandonnées sur place, reformeront de nouvelles plantes.

La souche étant rhizomateuse, les fragments de rhizome reproduisent également la plante.

Les racines rapportées au village sont suspendues et mises à sécher, soit à l'air libre, soit dans des cases où l'on allume du feu, c'est pourquoi certaines sortes sentent la fumée.


Caractères. - Ce sont de longues racines de la grosseur d'une plume d'oie, ridées fortement par la dessication, dans le sens longitudinal ; leur couleur extérieure varie du rouge ocre au gris pâle et souvent encore les tiges sont encore adhérentes à la souche.

La section laisse voir à l'œil nu ou à la loupe au-dessous d'une assez mince couche lignifiée externe un parenchyme cortical blanc jaunâtre ou rosé qui se sépare assez facilement du cylindre central indiqué par une zone annulaire épaisse entourant une zone centrale parenchymateuse d'ordinaire assez développée et blanchâtre.


Formes commerciales. - Les Salsepareilles arrivent en paquets ficelés ou botillons de longueur variable atteignant 50 à 60 centimètres ou encore coupés en fragments assez réguliers sur une longueur de 30 centimètres environ.

Quand les radicelles sont restées adhérentes, on les appe1le « Salsepareilles barbues ».

L'odeur est à peu près nulle et la saveur douceâtre, d'abord un peu sucrée, devenant assez vite âcre et amère.


Histologie. - Extérieurement, l'écorce est protégée par une gaine scléreuse dont les épaississements des parois cellulaires sont plus grands du côté externe ; le parenchyme cortical sous-jacent, épais, amylacé, est limité par un endoderme d'une seule assise formée de cellules à épaississements plus ou moins inégaux, laissant un lumen de forme variable, triangulaire ou bien à peu près rectangulaire, ou carrée en coupe transcersale ; pour que puissent se faire les échanges entre le cylindre central et l'écorce, cette assise sclérifiée de l'endoderme est interrompue çà et là par des éléments restés parenchymateux (cellules de passage).

Le cylindre central comprend une gaine péricyclique fibro~scléreuse, plus ou moins épaisse, protégeant des faisceaux libériens et des faisceaux ligneux séparés, indiqués par des lames vasculaires et plongés dans un tissu également lignifié ; au centre, persiste un parenchyme médullaire à gros éléments renfermant de l'amidon qui se présente en petites grains simples ou composés ; en outre, l'on observe aussi, dans le parenchyme cortical surtout, des cristauc aiguillés d'oxalate de calcium (4, 4', 4", 5, Pl. 22).


Origine géographique et dénominations. - Presque toujours, les Salsepareilles sont expédiées sous une désinence géographique, soit de pays, soit de port d'expédition ; on peut les répartir en deux groupes :

Salsepareilles de l'Amérique centrale. S. du Mexique, de Vera-Cruz, de Tuzpan, de Manzanilla, de la Jamaïque allemande, de Honduras, du Guatemala, de la Jamaïque vraie, etc.
Salsepareilles de l'Amérique du Sud. S. du Brésil, de Para, de Guayaquil, de Lima, S. Caraque, etc.


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A la fin du siècle dernier, il existait encore une confusion extrême dans le commerce[1] ; peu à peu le nombre des sortes a diminué ; certains des types commerciaux se sont précisés et les différents pays consommateurs se sont attachés à l'un d'eux si bien qu'actuellement, on peut admettre que leur nombre est réduit à quatre ou cinq types, dont voici les principaux caractères :


Salsepareilles du commerce actuel.

Salsepareille de Honduras.

Vient directement de la baie de Honduras à Londres en petites bottes 70-75 centimètres, sur 5 à 6 centimètres de diamètre, formées de racines séparées de leur souche et réunies ensemble en balles ou surons de 0,45 x 0,45 x 0,75 enveloppés dans une peau et liés avec de lanières de cuir ; elle est surtout utilisée en Angleterre.

Ces racines sont de couleur gris-brun pâle ou un peu rougeâtre, moins profondément sillonnées que la sorte « Tampico » et plus propres.

Le cylindre çentral est plus gros ; il occupe environ la moitié du rayon total ; l'amidon est peu abondant, à grains très petits, de l0-12 μ et souvant associés par 3-4.

On lui substitue parfois la précédente sorte, dont on sépare la souche et, présentée de même manière, on la dit de « façon Honduras ».

Elles arrivent enveloppées dans des emballages de toile, et apportées sur leur tête par les indigènes jusqu'au lieu d'expédition, car les bovidés ne peuvent vivre dans la région de récolte.


Salsepareille de la Jamaïque. - Espèce venant sans doute du Guatémala via Jamaïque, sous deux formes, l'une rouge, jadis réputée sous le nom de S. rouge, et l'autre grise. Elle est inconnue au Havre, et ne serait demandée que par certaines firmes de spécialités pharmaceutiques.

Quand elle est encore pourvue de ses radicelles, c'est la fameuse Salsepareille rouge barbue des anciens auteurs, à racines profondément ridées, cannnelées, sans souches, de teinte variant du gris brunâtre au jaune orangé ; l'écorce est mince car le cylindre central est épais et occupe deux tiers du rayon total.


Salsepareille de Para. - C'est le type des Salsepareilles du Brésil qui ne vient plus au Havre ; ce sont des bottes de racines régulièrement coupées de diamètre de 15 centimètres et plus, sans souches et réunies en bottillons serrés par un lien de Rotang. Couleur rouge noirâtre ; faiblement ridées, elles atteignent à peu près le diamètre d'une plume d'oie ; le centre d'expédition est Manaos sur le fleuve des Amazones.

Très estimée des Brésiliens, elle se vend cependant encore en Asie mineure.


Salsepareille du Mexique, dite Tampico. - Exportée par le port de Tampico, elle est dite aussi « Salsepareille féculente » par les droguistes ; d'autres ports mexicains expédient également de la Salsepareille dont les caractères sont identiques ainsi que le conditionnement ; ce sont celles de Tuzpan et Vera-Cruz.

De là, la Salsepareille est généralement envoyée à New-York par les

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  1. Voir la collection du Musée de la Faculté de Paris et les descriptions dans les ouvrages de Planchon et Collin, Tschirch, Flückiger et Hanbury, etc.


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cargos des U.S.A. pour être répartie sur Hamburg, Londresres et Le Havre.

La Salsepareille du Mexique est à peu près la seule sorte courante en France.


Description. - Elle se présente en balles cubiques de 60 centimètres de côté, ou prismatiques de 60-95 centimètres de côté ; chacune comprend un grand nombre de paquets coniques ou cylindroïdes plus ou moins aplatis par pression réciproque, maintenus par des fils de fer.

Chaque paquet pèse environ 300 grammes et les racines qui le composent sont arrangées isolément et de façon régulière ; parfois on y rencontre des racines attachées encore aux souches ; celles-ci portent alors des fragments de tige épineuse dont la trop grande abondance indique une fraude volontaire des récolteurs.

On compte environ une quarantaine de racines isolées par paquet et, comme elles mesurent parfois plus d'un mètre, elles sont repliées sur elles-mêmes pour former des assemblages uniformes.

La couleur est d'un gris un peu rougeâtre ; le diamètre moyen des racines est de 5 millimètres ; elles sont ridées ou cannelées par la dessiccation qui a rétracté les tissus parenchymateux.

L'écorce se détache assez facilement du cylindre central, dont l'épaisseur est d'environ un tiers du rayon ; le parenchyme cortical est rosé, le cylindre ligneux, grisâtre et la région médullaire centrale, blanchâtre.


Histologie. - Sclérenchyme externe à 2-3 assises de cellules, les plus extérieures très épaissies du côté interne, les autres, de diamètre moindre, plus régulièrement épaissies vers l'intérieur.

Le tissu cortical sous-jacent est formé de cellules parenchymateuses avec petits grains d'amidon isolés ou associés par 3 ou 4 ; çà et là, des cellules de raphides d'oxalate de calcium.

C'est dans les balles de Tampico qu'on trouve fréquemment des paquets d'une sorte un peu différente, plus grosse, à grains d'amidon plus gros et plus nombreux ; le poids de ces paquets est plus élevé et atteint 700 grammes, mais les caractères histologiques restent identiques.

On ignore tout de cette sorte au point de vue de son origine et elle est désignée sous le nom de Salsepareille féculente, en opposition avec la suivante, peu amylacée et d'apparence spéciale, appelée Salsepareille cornée.

Composition chimique. - Les Salsepareilles renferment surtout des glucosaponines qui n'ont pas encore été bien définies à l'état de pureté :

Acide parillique ou parilline (0,4 p. 100), saponoïde[1] donnant des sels alcalins à peu près insolubles dans l'eau froide, l'alcool absolu et l'éther, solubles seulement à chaud dans l'alcool à 80-85° ; obtenu à l'état cristallisé par Masson en 1911, il s'hydrolyse en sucre et acide parillinique.

Acide smilacique ou samilasaponine (5 p. 100), saponine amorphe, hydrolysable en un sucre et une sapogénine, l'acide smilacigénique ;

Nous réservons toujours, avec Masson (thèse, 1911), le nom de saponoïdes aux corps de ce groupe, acides et par conséquent donnant des sels alcalins, en laissant le nom de saponines aux corps neutres.

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  1. Nous réservons toujours, avec Masson (thèse, 1911), le nom de saponoïdes aux corps de ce groupe, acides et par conséquent donnant des sels alcalins, en laissant le nom de saponines aux corps neutres.


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Sarsaponine amorphe : corps indéfini.


Usages. - Les Salsepareilles, si elles ont à peu près perdu leur usage et leur mondiale réputation dans la lutte contre les accidents syplhilitiques, ne sont néanmoins pas exclues entièrement de la thérapeutique car on les utilise encore comme dépuratifs ; elles favorisent les sécrétions gastro-intestinales, et exercent une action bienfaisante contre certaines affections de la peau dérivant d'intoxications intestinales.

On a signalé une différence notable d'activité entre la drogue fraîche et sèche, la première étant toxique à la dose même d'emploi de la drogue séchée, mais il n'a pas été fait d'étude sérieuse ; faute de matériaux d'origine indiscutable, il serait téméraire de tenter une explication.


Succédanés et substitutions frauduleuses. - Comme pour les matières premières ayant eu une vente élevée ou une large réputation, on connaît de nombreuses substitutions et falsifications des Salsepareilles ; les rhizomes de Carex arenaria ou Laîche des Sables, qui sont désignés sous le nom de « Salsepareille d'Allemagne » ; le Smilax aspera, qui est la Salsepareille des régions méditerranéennes dite « Salsepareille d'Espagne ou d'Italie ».

Au Paraguay, le Smilax glauca Mart. est un succédané assez répandu et jadis la Squine (Smilax China) d'Extrême-Orient jouissait d'une réputation presque identique.

Quant aux additions frauduleuses, elles ne présentent plus guère d'intérêt, l'examen histologique permettant de déceler rapidement la fraude, sinon l'identification botanique de la plante ayant fourni la drogue de remplacement.