Cordia myxa (PROTA)

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Ressources végétales de l'Afrique tropicale
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Cordia myxa L.


Protologue: Sp. pl. 1: 190 (1753).
Famille: Boraginaceae
Nombre de chromosomes: 2n = 48

Noms vernaculaires

  • Sébestier, bois savon (Fr).
  • Sebesten plum, sapistan, clammy cherry, Indian cherry, Assyrian plum (En).
  • Sebesteira, sebesteiro do Soudan (Po).

Origine et répartition géographique

Cordia myxa est originaire d’une aire qui va depuis l’est de la Méditerranée jusqu’en Inde orientale, et il a été introduit depuis longtemps en Afrique tropicale, en Asie tropicale et en Australie, et plus récemment également dans les Amériques.

Usages

Le fruit de Cordia myxa est apprécié depuis longtemps dans toute son aire de répartition pour sa pulpe mucilagineuse collante, qui se consomme pour faire cesser la toux et les douleurs à la poitrine et pour traiter les maux de gorge, car il a des propriétés adoucissantes. La pulpe s’emploie également pour ses vertus émollientes sur les abcès pour les faire mûrir, pour calmer les douleurs rhumatismales, et aussi comme vermifuge. En Tanzanie, la pulpe du fruit s’emploie pour soigner la teigne. Au Mali et en Côte d’Ivoire, on applique les feuilles sur les blessures et les ulcères. La macération de feuilles se prend pour traiter la trypanosomiase et, en usage externe, on l’applique en lotion sur les piqûres de mouche tsé-tsé. Aux Comores, on passe de la poudre d’écorce sur la peau dans les cas de fractures avant de mettre un plâtre, pour améliorer la guérison. Cette poudre d’écorce en usage externe sert au traitement de maladies de la peau. Le jus d’écorce se boit avec de l’huile de coprah pour traiter les coliques.

Dans les régions semi-arides, Cordia myxa se plante en rideaux-abris pour prévenir l’érosion du sol. Au Yémen, il sert d’ombrage aux caféiers. Le bois se prête à l’ébénisterie, la menuiserie, on en fait des margelles de puits, des embarcations et des outils pour l’agriculture. Dans le commerce, on le trouve sous le même nom que Cordia africana Lam. : “teck de Khartoum” ou “teck du Soudan”. Son écorce, fibreuse, produit des cordages. La pulpe collante, surtout celle qu’on trouve dans les fruits verts, est couramment utilisée comme glu à oiseaux. Les fruits mûrs se consomment crus, tandis que les jeunes fruits verts se mangent frais ou confits comme un légume. Réduits en purée, les fruits entrent dans la confection de la bière de sorgho. L’amande est également comestible. En Inde, les feuilles se préparent en légume. Au Burkina Faso, la cendre des jeunes rameaux sert à fabriquer du savon. En Asie du Sud-Est, les feuilles servent de fourrage pour le bétail.

Propriétés

L’analyse chimique des feuilles comme des fruits indique la présence d’alcaloïdes pyrrolizidines, de coumarines, de flavonoïdes, de saponines, de terpènes et de stérols. Le fruit contient environ 70% de pulpe ; la pulpe contient, par 100 g : eau 6 g, protéines 35 g, lipides 37 g et glucides 18 g. Les graines contiennent, par 100 g : eau 32 g, lipides 46 g ; les principaux acides gras sont : acide palmitique, acide stéarique, acide arachidique, acide béhénique, acide oléique et acide linoléique.

Les extraits à l’éther de pétrole et à l’alcool ont montré des propriétés analgésiques, anti-inflammatoires et anti-arthritiques significatives lors d’essais sur des rats. On a isolé quatre hétérosides à flavonoïdes (robinine, rutine (rutoside), datiscoside et hespéridine), un aglycone flavonoïde (diydrobinétine) et 2 dérivés phénoliques (l’acide chlorogénique et l’acide caféique). L’extrait à l’éthanol des feuilles a réduit les contractions de l’iléon de cobaye provoquées par l’acétylcholine. L’extrait à l’éthanol tiré des fruits et des feuilles présente une importante activité antioxydante due aux caroténoïdes, mais aucune activité antimicrobienne contre les bactéries gram-positives ou gram-négatives. Le mélange de feuilles hachées à du sol infesté de nématodes réduit les populations de Meloidogyne incognita et de Rotylenchulus réniformis.

La valeur nutritive du fourrage, par 100 g de matière sèche, est : protéines brutes 15 g, fibres brutes 20 g, cendres 14 g, lipides bruts 6 g, extrait non azoté 47 g, Ca 2,5 g, P 0,3 g. Le bois de Cordia myxa est brun jaunâtre et tendre mais résistant ; il se polit bien et résiste à l’eau.

Description

  • Arbuste ou petit arbre dioïque atteignant 12 m de haut ; fût sinueux ou droit ; écorce grise, craquelée ; rameaux étalés, formant une cime dense ; rameaux poilus, glabres par la suite, à cicatrices foliaires très proéminentes.
  • Feuilles alternes, simples ; stipules absentes ; pétiole de 0,5–4,5 cm de long ; limbe largement ovale à orbiculaire, parfois obovale, de 3–18 cm × 3–20 cm, base arrondie à cordée ou cunéiforme, apex arrondi à acuminé obtus, bords entiers à dentés, glabres en dessus, glabres à velus en dessous.
  • Inflorescence : panicule terminale lâche ou latérale courte, de 3–8,5 cm de long, à nombreuses fleurs ; bractées absentes.
  • Fleurs unisexuées, régulières, blanches à ivoire ; pédicelle de 1–2 mm de long ; fleurs mâles à calice campanulé de 4,5–5,5 mm de long, 3-lobé, brièvement poilu à l’intérieur, glabre à l’extérieur, tube de la corolle de 3,5–4,5 mm de long, lobes 5, elliptiques, d’environ 5 mm × 2 mm, réfléchis, étamines insérées à la gorge de la corolle, exsertes, filets de 1,5–3,5 mm de long, ovaire rudimentaire ; fleur femelle à calice campanulé-tubulaire de 6–8,5 mm de long, irrégulièrement 3–4-denté, densément poilu à l’intérieur, glabre à l’extérieur, tube de la corolle de 4,5–6,5 mm de long, lobes 4–6, elliptiques à obovales, de 5–7 mm de long, réfléchis et enroulés, staminodes à anthères stériles, ovaire supère, ellipsoïde à obovoïde, 4-loculaire, style de 8–9 mm de long, à 4 ramifications stigmatiques de 4–5 mm de long.
  • Fruit : drupe globuleuse à ovoïde de 2–3,5 cm de long, apiculée, renfermée à la base par le calice accrescent, jaune, jaune abricot ou noirâtre à maturité, pulpe presque transparente, mucilagineuse, de saveur sucrée.
  • Noyau largement ellipsoïde à globuleux, d’environ 12 mm de long, profondément ridé, à 1–2 graines.

Autres données botaniques

Cordia est un vaste genre pantropical d’environ 250 espèces, dont la majorité sont présentes dans le Nouveau Monde. Cordia myxa, sur le plan morphologique, s’apparente étroitement à Cordia dichotoma G.Forst., originaire d’Asie et d’Australie, et les espèces y sont souvent confondues.

Plusieurs autres espèces de Cordia sont utilisées pour leurs propriétés médicinales en Afrique tropicale.

Cordia goetzei

Dans l’Afrique orientale, le jus de feuille et des décoctions de racine de Cordia goetzei Gürke se prennent pour traiter la lèpre, tandis que l’écorce et la cendre de feuille se frottent sur les scarifications. La décoction de racine se prend contre le paludisme. Le jus de feuilles et la décoction de racine se prennent pour soigner les abcès durcis. On a isolé de l’écorce de la tige des polyphénols cordigone, cordigol et 2 benzofuranes. Ces derniers sont à l’origine de la couleur orange de l’écorce de la tige. Ces quatre composés ont une action fongicide contre Cladosporium cucumerinum.

Cordia dewevrei

En R.D. du Congo, l’infusion de feuilles de Cordia dewevrei De Wild. & T.Durand s’administre aux enfants comme tonique. On fabrique des tambours avec le tronc.

Cordia vignei

Les Mendes de Sierra Leone prennent la décoction de feuilles de Cordia vignei Hutch. & Dalziel comme purgatif. Une pâte à base de poudre de feuilles se passe sur le corps pour traiter les rhumatismes. La décoction d’écorce s’utilise pour nettoyer les écorchures, et les jeunes feuilles broyées servent en cataplasme sur les plaies.

Croissance et développement

Cordia myxa pousse assez vite et commence à fleurir à l’âge de 3–5 ans. La pollinisation est effectuée par les insectes. Les fruits mûrissent en 30–45 jours et sont disséminés par les oiseaux.

Ecologie

Cordia myxa est présent dans les forêts claires sèches décidues, principalement sur sol alluvial, jusqu’à 1500 m d’altitude. On le trouve naturalisé autour des villages et des habitations abandonnées. Il tolère un ombrage modéré et subsiste à la sécheresse et au gel.

Multiplication et plantation

Cordia myxa est multiplié par graines ou par boutures. Comme les plantes obtenues à partir de graines présentent une variation importante, on préfère la multiplication végétative à partir de plantes produisant de gros fruits. On fait tremper les graines dans l’eau froide pendant 6 heures avant le semis et celles-ci germent au bout de 40–60 jours. Le taux de germination est de 50–80%. Il y a environ 18 000 graines par kg. Les plants ont besoin qu’on les laisse 4–6 mois en pépinière avant d’être transplantés.

Gestion

Cordia myxa est un arbre qui se prête à l’écimage et au recépage.

Maladies et ravageurs

En Egypte, plusieurs maladies provoquées par Alternaria tenuissima et Alternaria alternata sont devenues courantes sur les fruits de Cordia myxa et sur d’autres espèces fruitières de Cordia.

Récolte

Les fruits se récoltent surtout mûrs, mais on les cueille verts pour en faire un légume confit.

Rendement

Dans les régions arides de l’Inde, une plantation de Cordia myxa âgée de 8 ans a produit en moyenne 32,4 kg de fruits par arbre et par an. Le poids des fruits est d’environ 5 g.

Ressources génétiques

Comme Cordia myxa est planté assez couramment, rien n’indique qu’il soit menacé d’érosion génétique. Il n’existe pas de collection importante de ressources génétiques.

Perspectives

La pulpe de fruit de Cordia myxa s’emploie couramment en médecine populaire pour traiter la toux et les douleurs pulmonaires, ainsi que dans le traitement des blessures et des ulcères. Plusieurs études ont confirmé son activité anti-inflammatoire et analgésique mais il est nécessaire d’approfondir les recherches pour évaluer ses composés actifs. Etant donné l’importante variabilité dans la taille des fruits, l’amélioration et la multiplication végétative des arbres à rendement élevé méritent qu’on s’y intéresse.

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Sources de l'illustration

  • Berhaut, J., 1974. Flore illustrée du Sénégal. Dicotylédones. Volume 2. Balanophoracées à Composées. Gouvernement du Sénégal, Ministère du Développement Rural et de l’Hydraulique, Direction des Eaux et Forêts, Dakar, Senegal. 695 pp.

Auteur(s)

  • P. Oudhia, SOPAM, 28-A, Geeta Nagar, Raipur, 492001, C.G., India

Citation correcte de cet article

Oudhia, P., 2007. Cordia myxa L. In: Schmelzer, G.H. & Gurib-Fakim, A. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands. Consulté le 16 août 2022.


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